– Mais comment ça se fait que je ne me sois pas réveillée ? Insista Hermione.
– Tu travailles trop, tu devais être trop épuisée nerveusement, proposa Hannah en se secouant.
– Mais madame Chourave aurait dû me réveiller ! Elle a dû se faire mal en me portant !
Les quatre sorciers se regardèrent sans rien dire, provoquant le malaise de leur amie.
– J’ai dit une bêtise ? Se risqua-t-elle.
– Hermione, tu es une sorcière, soupira Susan.
– Elle n’est au courant que depuis quelques mois, tempéra Harry. Soyez indulgents.
– Tu as repris Ronald sur sa prononciation de lévitation, rappela Neville. Ce sort existe.
– En fait madame Chourave a demandé l’aide des Elfes de maison, éclaircit timidement Hannah. J’ai ouvert les yeux un bref instant et les ai vu.
– Elle a bien fait, leur magie est encore plus indétectable pour nous.
Sans rien ajouter de plus, ils poursuivirent leurs repas, ils reprenaient avec vol et métamorphose, il valait mieux ne pas trop traîner ! Digérer durant ces heures tenait du suicide…
– Qu’est-ce qu’un Elfe de maison ? Reprit leur amie après un temps de réflexion. Je n’ai rien lu à ce sujet…
– C’est normal, c’est une norme sociétale. Ce sont des serviteurs très discrets, il est rare de les mentionner.
Attentive, elle se rendit compte qu’Harry était aussi à l’écoute.
– Tu ne sais pas non plus ?
– Non, nos domestiques sont majoritairement humains, n’importe qui peut nous rendre visite. Oncle Lachlan a embauché quelques fantômes mais c’est plus pour le folklore. Je sais qu’il a capturé un nisse* pendant l’une des invasions danoises mais il a finir par le relâcher. Je crois qu’il en avait marre d’avoir sa ferme brûlée… Majoritairement, ils s’occupent d’eux-même de l’entretien de leur demeure principale, ajouta-t-il. Ils n’aiment pas trop qu’on fouille dans leurs affaires !
– Plus tu parles d’eux et plus j’ai envie de les voir, ils ont l’air passionnants, soupira d’envie son amie.
– Quelles invasions danoises ? Glapit Ernie à côté de lui. De quoi tu parles ?
Finalement, l’heure finit sur une rapide rétrospective de l’Histoire Britannique pour les sorciers ignorant la version non-magique du territoire. Ils n’en surent plus sur les Elfes qu’en fin d’après-midi, révoltant les deux compères.
– Comprenez-nous, l’esclavage est un concept mondial et a pratiquement toujours existé, tenta d’expliquer Harry. Mon tuteur en parle de temps à autre et l’utilise même contre Francis et Alfred avec fierté, mais c’est révolu, maintenant. La Déclaration universelle des droits de l’homme a été signé en 1948, il serait temps de se mettre à la page…
À ses côtés, Hermione hocha véhément la tête. Ses grands-parents étaient des colonialistes assez effrayants et elle avait soupé de leurs discours racistes. Découvrir qu’il y avait pratiquement la même chose dans ce nouvel univers la rendait malade…
– Harry, même si je pense comprendre ta gêne, nous restons des enfants… Que veux-tu que nous fassions ?
– Susan, c’est toi-même qui a rappelé à Hermione l’importance de nos noms. Ce que tu dis n’as aucun sens. Nous symbolisons le futur de cette société, et ce sera à nous de la changer. Ce serait un bon combat à mener, ne penses-tu pas ?
Le silence se fit suite à cette déclaration, son animation les gênant.
– Je ne veux pas te vexer Harry, mais… je n’en vois pas l’intérêt. Ça a toujours été comme ça, pourquoi changer ? Ils sont vraiment heureux, tu sais ? C’est dans leur nature, tenta d’apaiser Neville.
– Oui, c’est ce que disaient les riches planteurs de leurs nègres, ironisa-t-il. Après, ils retournaient les affamer et les rouer de coups de fouet.
De la vapeur aurait pu s’échapper de son nez et de ses oreilles tellement il était énervé mais à la place, il quitta les lieux avec force fracas, exprimant ses humeurs sans frein.
Hermione observa son départ, hésitant à faire de même. Mais elle avait fini par prendre un peu de recul et comprit plus aisément la situation. La communauté magique s’était coupée des autres bien trop tôt, avançant et évoluant à un rythme empêchant toute synchronisation entre les deux univers.
Essayer de faire comprendre des concepts déjà acquis par les moldus aux sorciers était un combat de longue haleine menant plus souvent à la défaite qu’à la victoire !
Il n’y avait qu’à voir les regards qu’elle avait reçu le première fois qu’elle avait porté un pantalon. Se balader nue ou tuer Voldemort aurait sans doute eu autant d’impact.
– Nous allons être en retard, déclara-t-elle finalement. Et je vous conseille de vous souvenir qu’Harry et moi réfléchissions différemment. Pas forcément mieux, mais nous avons maintenant un pied dans chaque monde avec nos connaissances des deux. Viens, Neville, nous allons devoir courir.
Elle tourna les talons sans vérifier la présence de son ami, pressant le pas pour s’interdire de réfléchir.
Aujourd’hui allait peut-être sonner le glas de leur amitié.
Les recherches après Harry Potter avaient débuté dès le 1er novembre 1981, quelques heures après la visite ivre de la ministre de la magie, lancée par Arthur.
Des sorts de localisation furent utilisés, que ce soit par la fratrie Kirkland comme les autres nations possédant de la magie, mais n’aboutirent à rien, le bambin étant sans doute sous dôme de protection, ne les rassurant qu’à moitié.
Mener de front la politique internationale et nationale et les recherches fut dur pour Angleterre, les mauvaises nouvelles s’amassant : la guerre des Malouines, le chômage record, l’IRA et les attentats, les grèves des mineurs, la fermeture des usines…
Un jour, excédé, il avait fini par poursuivre son frère Irlande du Nord en le lapidant de pommes de terre. À charge de revanche, il se ligua avec Pays de Galles et Écosse pour le noyer sous un tas de charbon.
Les deux attaques avaient refroidi leurs liens fraternels, les éloignant les uns des autres, augmentant la grogne parmi le peuple par extension.
Il n’avait plus dormi depuis des jours lorsqu’il reçut un appel du Civil Service qui avait fini par dénicher le citoyen Harry James Potter, élève dans le Surret et adopté par sa tante maternelle et le mari de celle-ci.
Cette simple nouvelle couplée à la fatigue et à son état le fit s’écrouler en larmes à peine le combiné raccroché, effrayant le petit peuple présent avec lui.
– He’s alive, he’s alive, répéta-t-il entre deux sanglots.
Il dut attendre deux jours de plus avant de pouvoir contacter le MI5 afin d’obtenir toutes les informations possibles sur la famille Dursley et leur neveu afin d’examiner leurs situations et aviser. Il ne retirerait pas un enfant d’un foyer aimant, même pour tout l’or du monde.
Le dossier lui fut adressé en main propre alors qu’il comptait rejoindre une réunion européenne. Malgré que sa situation politique méritait tout son attention, il se plongea dedans dès que son attention n’était plus réclamée.
Hélas, ça ne passa pas inaperçue car il eut une explosion de magie.
On repassera pour la discrétion…
Les jours séparant les élèves de leurs vacances de Noël étaient décomptés par la majorité d’entre eux, fébriles.
Le lundi de la dernière semaine, le petit-déjeuner était relativement calme.
Harry déjeunait paisiblement de son côté, mastiquant avec soin son porridge. Il était parvenu jusqu’ici à soigner les apparences, camouflant la peine qu’occasionnait sa séparation d’avec ses amis en se répétant qu’il allait bientôt revoir son tuteur et sa famille, qu’il pourrait bientôt souffler et…
Un rugissement terrifiant retentit, provoquant hurlements et pleurs chez les plus sensibles, le fit sursauter et sortir de ses pensées. Il ne connaissait qu’un animal pouvant entrer à cette heure dans la Grande Salle…
Le Boobrie* d’Écosse, son oncle.
Il n’y avait que peu de raisons pour qu’il soit là, à quelques jours des vacances, et ça concernait toujours la politique.
Impatient, il arracha pratiquement la lettre de ses pattes et faillit la déchirer en l’ouvrant.
Pendant que sa tension atteignait des niveaux encore inconnus pour lui, un silence de mort régnait dans la Grande Salle, autant à cause de l’effrayante apparition de cette espèce de pélican à dents de requin qui les scrutait comme si il désirait les dévorer, que par une curiosité malsaine.
– Tout va bien Harry ? Finit par demander Gabriel, le préfet.
En effet, toute joie avait quitté le première année qui avait un teint crayeux suite à sa lecture.
– Mmh ? Oui. Oui oui, répondit-il d’une voix étouffée. Je…
Mais il ne put tenir plus longtemps et éclata en sanglots, surprenant Gabriel qui réagit rapidement, le faisant sortir afin de rejoindre l’infirmerie, le professeur Chourave les y rejoignant, affolée.
Secoué de tremblements, il tendit son courrier et but la Pimentine que lui présentait madame Pomfresh, afin de contrer le refroidissement soudain.
– Je ne comprends pas tout, avoua sa directrice.
Elle rendit le papier à son étudiant mais celui-ci ne parvenait pas à parler alors il pointa Gabriel Turman, sang-mêlé vivant du côté moldu, pour s’en charger.
Celui-ci s’empara à son tour de la lettre et la lut.
– C’est de la politique moldue, expliqua-t-il. La situation du bloc de l’URSS est préoccupante. La famille d’Harry va être submergée par les répercutions sur la scène politique. La situation en Irlande du Nord, la guerre du Golfe… Quel est leur métier ?
Mais il n’obtint aucune réponse, la fatigue l’ayant rattrapée et l’infirmière le bordait soigneusement.
– En résumé, il a devoir rester ici pour les vacances de Noël, conclut le préfet. Il se faisait une telle joie de les revoir…
– J’irai en informer Minerva, soupira la professeur de Botanique. Pauvre petit, c’est rare que les premières années restent lors des premières vacances…
Ils le contemplèrent tous les trois, se remémorant le même souvenir, à le voir allongé parmi la literie blanche de l’infirmerie.
En effet, Harry y avait été emmené, ainsi que ses amis, suite à une crise un peu semblable.
Lors du banquet d’Halloween, le professeur Quirrel avait surgi comme un diable hors de sa boîte pour hurler la présence d’un Troll au niveau des cachots, provoquant la panique générale.
Profitant de la cohue, Harry s’était éclipsé afin de prévenir les filles qui s’étaient absentées pour aller aux toilettes, suivi de Neville qui l’avait approché avec inquiétude. Il l’avait convaincu en lui rappelant que la créature était dans les sous-sols de l’école, bien loin des toilettes où se trouvaient leurs amies.
« – Tu as l’air très à l’aise, Harry, fit remarquer Neville.
– Je n’ai pas peur des Trolls. Un ami d’Arthur en a un qui lui tient compagnie. Ils sont très gentils et très doux, tu sais… »
Ne connaissant des Trolls que ce qui figurait dans leurs livres de cours – des êtres stupides, laids et puants – il avait alors haussé les épaules et continué de courir dans les couloirs. Et puis, le professeur avait parlé des cachots, alors il auraient le temps de prévenir leurs amies !
Celles-ci piaillèrent lorsqu’ils entrèrent dans les toilettes sans prévenir et à bout de souffle. Ils n’eurent que le temps de leur expliquer leurs présences avant qu’une violente nausée ne les prenne tous les cinq, les pliant en deux, puis la porte explosa, les débris ratant de peu les enfants.
Ils ne durent leurs saluts que par la présence proche du professeur Rogue et par le hurlement de détresse que poussa Hannah.
Une fois le Troll mis hors d’état de nuire, les professeurs qui les avaient rejoint aidèrent les premières années à aller à l’infirmerie afin qu’ils soient examinés, des plaies ayant été occasionnées par les morceaux jonchant le sol et ils étaient en état de choc complet.
Hannah et Hermione étaient inconsolables, pratiquement hystériques, Susan sombrait dans le mutisme, Neville s’était évanoui peu avant leur arrivée et Harry…
Il fut le plus compliqué à apaiser. Son regard était vide, il ne réagissait pas, ne répondait pas et oscillait légèrement.
Une fois que la condition des quatre premiers fut stabilisée, elle se pencha sur son cas et, à force, elle parvint à le sortir de sa transe mais ce fut pire car il fit alors une crise d’hystérie, hurlant à la mort et pleurant, se débattant pour échapper aux mains des adultes, le corps secoué de violents frissons qui faisaient claquer ses dents.
Ne pouvant lui jeter de sorts par crainte d’une réaction inconsciente, les enseignants durent l’entraver manuellement le temps qu’une potion calmante lui soit administrée.
Harry resta alité deux jours durant, l’infirmière diagnostiquant un grand choc émotionnel mais elle ne parvint pas à comprendre sa source. Ses amis eurent bien du mal à lui extirper la raison de sa crise de nerfs et quand ce fut fait…
– C’était pas un Troll ! Sanglotait-il. Ça ressemble pas à ça un Troll !
Ils durent faire face à une nouvelle crise de larmes incontrôlable et Hermione fit un parallèle avec la Grande Révélation du Père Noël* et la confusion qui en découlait, mais ça n’avança personne, l’équivalent n’existant pas chez eux.
On augmenta alors la dose de philtre calmante.
Et c’est sans doute ce qu’il faudra refaire lorsque Harry rouvrira les yeux.
Soupirant Pomfresh rédigea une courte note qu’elle transmit à Gabriel.
– Donnez ça au professeur Rogue, j’ai besoin d’urgence d’un nouveau stock de philtre de paix. Je n’en avais pas encore prévu, pour le moment, les examens sont dans tellement longtemps…
– Oui madame, je fonce !
Il quitta l’infirmerie au pas de course, plus pressé que jamais de rejoindre le cours de potion, laissant les deux adultes seules.
– C’est un enfant mentalement fragile, commenta l’infirmière. Est-il vraiment nécessaire qu’il soit scolarisé à Poudlard ? Il est si instable…
– Il est encore jeune, c’est trop tôt pour l’estimer… mais je le mentionnerai à son tuteur en même temps que son alitement actuel.
– La maison Poufsouffle est celle qui lui convient le mieux, actuellement. Mais voir sa famille au plus vite sera le meilleur des médicaments…
– Je leur en ferai part, assura-t-elle.
Elles l’observèrent dormir encore un peu puis tirèrent les rideaux des cloisons d’intimités, retournant à leurs occupations respectives.
*Un nisse ou tomte est une petite créature humanoïde légendaire du folklore scandinave, comparable au lutin français. Celui-ci s’occupe des enfants et de la maison du fermier, et les protège contre la mauvaise fortune, en particulier la nuit, pendant que les occupants sont endormis. [Wikipédia]
*Le Boobrie est un oiseau aquatique mythique des Highlands écossais. Il est décrit comme un canard ressemblant au Plongeon huard (Gavia immer), mais dont le corps serait taché de blanc et qui serait capable de rugir. [Wikipédia] [Idée de Raziel]
*La Grande Révélation du Père Noël : le terme n’est pas officiel et j’ai passé une heure à le trouver. En gros, c’est le traumatisme subie à la découverte de ce mensonge (J’imagine que chacun a son anecdote. Moi, j’ai découvert mes lettres dans le bureau de ma mère, sur son lieu de travail. À huit ans).
Discussion Discord :
Voracity : Un passage que j’ai hâte d’écrire dans ma version d’Harry élevé par les Kirkland…
C’est l’arrivée du troll
Car lui, il pensera à celui de Norvège
Raziel : XD
Voracity : « Un troll ? Cool ! Il faut que j’aille voir ça ! Vous venez ? »
Raziel : « Noooon? »
Voracity : Et des Moomins. Il aura aussi connu les Moomins
Résultat, cellule psychologique le lendemain pour qu’il s’en remette
Raziel : Le pauvre
Voracity : « Mais ils avaient dit que c’était un trooooll »
« Bah c’était un troll »
Le Mongol : x’)
Voracity : « NAN ! Il était moche et il puait ! »
Raziel : La confusion d’un enfant
Voracity : La destruction d’une croyance
