– Allez, dépêche-toi de finir ton bol…
Le grommellement s’acheva dans un juron sanglant, mais le plus jeune se contenta de renverser la tête afin de finir son chocolat, ignorant les grimaces de son tuteur qui bataillait contre le nœud de sa cravate après l’avoir resserré trop fort.
-Plus de mille ans d’existence et toujours pas capable de nouer une cravate ! Allez, vire tes mains de là, je m’en charge.
Maugréant, la jeune femme assura la mise de son frère, tapant sur ses mains alors qu’il tentait de s’en charger tout seul.
– Alors, microbe, impatient de faire ta rentrée ?
– Lachlan, laisse ses cheveux tranquille, tu vas le décoiffer !
– Harry n’a pas besoin de moi pour ça, voyons.
Un clin d’œil amusé fut échangé, faisant rire le concerné.
– Toi non plus, d’ailleurs. Dis-moi, Arthur, ne serais-tu pas à la base de la création de la famille Peverell ?
– Crève.
– Ça te ferait trop plaisir.
Levant les yeux au ciel, Iverna finit par s’écarter de son frère.
– Bon, c’est toujours pas ça, mais c’est déjà mieux que tout à l’heure. Tu es irrécupérable, petit frère.
Avec un soupir de fin du monde, elle quitta la cuisine, emportant Harry avec elle.
– Laissons ces gamins ensemble. Ils apprendront peut-être la patience le temps que tu termines de t’apprêter.
– Je ne suis pas si long, ronchonna-t-il.
Pour toute réponse, il n’eut qu’un sourire en coin.
Ce n’était pas de sa faute si il appréciait tant le confort de la salle de bain ! Les serviettes douces, les brosses démêlantes, le savon parfumé… l’eau chaude, aussi.
Mais la question n’était pas là, il avait déjà pris sa douche plus tôt dans la matinée et n’en avait pas besoin d’une seconde, merci.
Son tuteur le retrouva donc un quart d’heure plus tard, trépignant près de l’entrée, sa malle à ses côtés.
La vue de cette dernière le fit doucement sourire tandis qu’il reconnaissait l’usure du temps et l’effet du sel sur le cuir. Il ne put s’empêcher de tapoter dessus.
– Tu prendras soin de cette vieille dame pour moi, Harry ?
– Bien sûr !
L’air outré sur la face juvénile fit rire Lachlan.
– Que se passe-t-il ici ? Quel discours as-tu donc tenu à ce pauvre enfant, Arty, pour qu’il ait l’air si contrarié ?
– Va brouter du chardon, toi.
Et sur cette envolée lyrique, il installa la lourde malle cabine sur son épaule, poussant son pupille devant lui. La voiture envoyée par le gouvernement patientait devant le perron, prête à les poser à la gare de King Cross, dès qu’ils seront installés.
– Dis donc, vous ne comptez quand même pas vous enfuir comme ça ? Arthur, honte sur toi !
Grâce à sa longue foulée, l’Irlandaise put rattraper son frère et son protégé pour leur plaquer trois bises retentissantes, sans oublier de tirer sur le nid de pie blond servant de chevelure à son cadet.
– Je reviens, hein, j’accompagne juste Harry à la gare. Vous n’allez tout de même pas croire que je vais vous laisser mon gouvernement entre vos pattes maladroites pendant un an ?
Le chauffeur assigné au véhicule tentait d’attirer l’attention de sa nation afin qu’elle monte avant qu’il ne soit trop tard, mais il fallut attendre que sa sœur en ait fini avec lui avant.
– Bon, en route.
La voiture couina en recevant la malle, mais elle les mena à bon port et avec suffisamment d’avance pour que le futur élève se dévisse le cou à la recherche de la voie 9 3/4, comme l’avait expliqué la professeure Burbage lorsqu’elle était venue.
Un soupir particulièrement bruyant retentit à sa droite et Arthur eut du mal à cacher son sourire. Heureusement pour lui, Harry ne le regardait pas, occupé à trouver la fameuse barrière mentionnée lors de l’entretien avec la professeure.
– Je ne la trouve pas, se plaignit-il.
– Comme je te l’ai déjà dit, ouvre les yeux et observe. La solution se trouve toujours dans ton champ de vision.
Son petit sourire énerva le futur élève mais l’encouragea aussi à scruter davantage les voyageurs. Si Arthur disait ça, ce n’était pas uniquement pour le taquiner, mais bien pour l’aiguiller.
Il faisait ça tout le temps, encourageant la curiosité de son protégé à prendre de l’ampleur, à aiguiser ses capacités de réflexion.
À force, il finit par reconnaître les chariots surchargés, l’air perdu des adultes, les chouettes éveillées en plein jour et les enfants surexcités. Des sorciers de première génération, à la recherche du portail magique.
– On les suit ?
– On peut aussi les saluer et engager la conversation, qu’en penses-tu ?
L’air faussement innocent, Harry se dirigea vers une jeune fille à la chevelure imposante qui semblait plongée dans un discours au point d’oublier de respirer.
– Bonjour !
Restant en retrait, Arthur observait son pupille sociabiliser avec la famille Granger, jouant les porteurs de bagages.
– Vous êtes M. Kirkland ?
– Et vous des citoyens de la Couronne.
Se libérant une main, la nation leur sourit. Il trouvait toujours amusant d’être reconnu alors qu’il n’y avait pas si longtemps, il n’était qu’une ombre, un individu lambda. Mais avec une reine au règne si long, ce n’était pas très surprenant.
– Votre fille va à Poudlard ?
– Oui, c’est sa première année.
Le regard un peu perdu mais fier malgré tout des parents le rassura.
– Mon filleul et moi cherchions l’entrée pour Poudlard. Avez-vous été renseigné ? Je crains que le professeur ait été troublé par mon statut.
– C’est un peu étrange, mais oui. Le professeur McGonagall nous a parlé d’une barrière à traverser, mais…
– Ces sorciers sont bien étranges, je vous l’accorde.
Ils reprirent leurs marches, les deux enfants parlant sans cesse et ayant tout juste prêté attention à la conversation des adultes. Étant tous les deux enfants uniques et restés à l’écart des autres pour différentes raisons, chaque amitié était précieuse.
Passer la barrière fut une expérience étrange, pour chacun d’entre eux, mais ils se reprirent vite. Le quai était noir de monde et le bruit assourdissant n’était pas encore à son maximum.
– Trouvons-vous un compartiment, le voyage va être long jusqu’en Écosse, surtout avec un moyen de transport aussi antique.
Arthur aida à installer les bagages, retrouvant les muscles qu’il utilisait avant. À rester enfermé derrière un bureau, sa liberté d’avant lui manquait.
– Miss Granger, je vous souhaite une bonne rentrée. Si mon filleul vous embête, n’hésitez pas à le remettre à sa place.
Cette pseudo bénédiction fit glousser la jeune fille et sa mère, l’air narquois de la nation prouvant que c’était de l’humour. C’était d’autant plus visible que le filleul en question ronchonnait bruyamment, et ce fut pire encore lorsque son tuteur l’ébouriffa.
– Prends soin de toi, matelot. Fais attention au sens du vent et protège tes arrières, compris ?
Il lui tapota l’épaule avant de l’étreindre brièvement.
Puis ce fut l’heure du départ et les adultes descendirent du train, hurlant recommandations et vœux dans un capharnaüm qui fit grimacer Arthur et rire Harry.
L’ouïe de son tuteur était fine malgré les bombardements et autres explosions liées à la guerre ou non. Et tout ce brouhaha ne lui faisait aucun bien.
Heureusement, le Poudlard express démarra enfin, recouvrant les familles de poussière de charbon et faisant grimacer Arthur. Heureusement que l’électricité avait pu supplanter ce minerai salissant !
Il ne comptait plus le nombre de tenues gâchées par cette fumée grasse. Au moins pourrait-il utiliser sa magie, mais… c’était un coup à changer de couleur son costume à cause d’une erreur de formulation…
Il était à cette réflexion lorsqu’une mère de famille au sourire timide lui proposa de le débarrasser de cette crasse malencontreuse, ce qu’il accepta avec un empressement mesuré.
Il ne pouvait décemment pas se présenter au gouvernement comme ça !
Un peu intimidé bien que très excité, Harry faisait la girouette, observant tout ce qui l’entourait, ce que se refusait de faire Hermione, mais il n’était pas difficile de remarquer que ses pupilles étaient prises de frénésie, bloquant au coin des yeux.
Leurs conversations étaient ininterrompues, bien que tenant un peu du monologue, Hermione énumérant toutes ses connaissances, effrayées de ne pas être à la hauteur. L’apparent détachement de son nouvel ami ne faisait qu’accroître son anxiété. Comment et pourquoi faisait-il ça ?
Un peu énervée, elle finit par le lui demander. Il était vraiment enfant de moldu ?
– Mes parents étaient des sorciers. Mais ils sont morts. Arthur… c’est différent.
– Oui, je me souviens, ton adoption avait fait grand bruit, réfléchit-elle à voix haute.
– Il ne m’a pas adopté. Son statut ne le lui permet pas. Il est mon tuteur, pas mon père.
Mais l’air un peu triste qu’il arborait prouvait qu’il le voudrait bien. Alors la jeune fille décida de changer de sujet.
– Tu penses aller dans quelle maison ?
– J’ai calculé avec mon oncles et tantes, on penche pour Gryffondor, et toi ?
– Serdaigle, sans aucun doute ! C’est le genre d’endroit qui m’aiderait dans ma quête de savoir ! J’adore lire ! Tu as lu « l’Histoire de Poudlard » ? C’est très intéressant…
Hélas, son débit était tel que son camarade ne put lui avouer que son oncle Lachlan l’avait vu être créé et l’avait donc toujours connu. Il en savait sans doute plus qu’un tas de papier, que l’auteur en soit respectable ou non.
Sur les genoux de sa famille, il avait appris la vraie magie : celle des mots. Il n’y avait pas plus redoutable. Mais pour pouvoir en user, il aurait fallu qu’on lui laisse prendre la parole.
Il en était à compter les vaches dans les prés quand un cognement timide se fit entendre et que la porte de leur compartiment s’ouvre sur deux fillettes à nattes et un jeune garçon encore un peu poupin.
– Navrée de vous déranger, commença la petite rousse, mais est-il possible de s’installer avec vous ? Les sièges sont quasiment tous pris !
Harry sauta sur ses pieds pour aider à ranger les lourds bagages, s’amusant des tentatives de fuite du crapaud que tenait l’autre garçon présent.
– Merci ? Je suis Susan Bones. Mes amis d’enfance, Hannah Abbot et Neville Londubat.
– Je suis Harry et voici Hermione.
Si personne ne réagit à l’absence de leurs noms, les penses furent toutes autres.
Un sorcier de sang-pur aurait mis en avant son héritage. Un né-de-moldu n’aurait pas idée de tout ce que ça signifie.
En faisant ainsi, Harry les avait présenté comme des sangs-mêlés, d’une branche sorcière faible ou de deuxième génération.
-Vous êtes proches ? Demanda Hannah.
– Nous venons de nous rencontrer.
Hermione gesticulait sur son siège, mais son nouvel ami régnait sur la conversation, jouant de son éducation pour jouer son rôle. Il allait falloir attendre avant de pouvoir prendre la parole de nouveau.
– C’est la magie du Poudlard Express. Les nouvelles rencontres, déclara Susan d’un ton sérieux.
Il se passa quelques instants d’un silence absolu avant que l’ambiance ne s’allège et qu’il ne reste plus que cinq enfants en route pour l’Écosse.
Si les discours purement moldus d’Hermione en surprit plus d’un, aucun commentaire ne fut énoncé, mis sur le fait d’un parent né-moldu, c’était classique.
– Mais comment font les familles Irlandaises ou Écossaises ? Ils ne viennent quand même pas exprès à Londres ?
– Bien sûr que si. Il n’y a pas d’autres façons pour les élèves d’aller à Poudlard.
Hermione se tourna vers Harry en quête d’un soutien.
– C’est pour ça que j’étais chez mon tuteur. Il a un frère ou une sœur dans chaque pays de la Grande-Bretagne, dont l’Écosse. Et pourtant, j’ai dû rentrer à Londres pour venir.
La jeune fille était atterrée de l’entendre. Les familles magiques avaient sans doute des solutions peu ou pas coûteuses en monnaie comme en temps, mais elle avait vu les familles moldues et connaissait un peu les prix provoqués par un tel trajet ou les heures perdues dedans.
– Avec Grand-mère, on prend la cheminette, bredouilla Neville.
Il triturait ses mains alors que son crapaud, Trevor, se trouvait sur les genoux de Harry qui le caressait avec une application un peu gênante.
– Les parents de Hannah préfèrent transplaner. C’est moins salissant mais j’ai toujours l’estomac barbouillé pendant des heures !
Un signe discret fit comprendre à Hermione de ne pas poser de question.
– Heureusement que la sorcière aux confiseries ne t’intéresse pas du tout, la taquina son amie.
Les deux fillettes se disputèrent faussement, camouflant involontairement Harry expliquant rapidement à Hermione les propos tenus plus tôt.
C’est ainsi que ces cinq enfants passèrent le long trajet ferroviaire, troublés uniquement par la visite de la vendeuse de confiserie -causant leurs rires- et d’autres élèves paraissant chercher quelqu’un.
Mais, préfèrent ignorer cette agitation -il n’étaient que des premières années et ne connaissaient quasiment personne- ils jouèrent et parlèrent, faisant filer le voyage sans s’en rendre compte.
Ils se séparèrent le temps de porter l’uniforme, bien que Neville portait déjà le sien, et une certaine tension commença à augmenter suite à cela, les conversations s’étiolant.
– J’ai peur, finit par avouer Hannah en tremblant. Mes parents n’ont pas voulu me dire comment la répartition se passait. Ils m’ont assuré que c’était sans douleur ni danger, mais…
– L’inconnu t’effraye, comprit Hermione.
Elle lui prit gauchement la main pour lui donner du courage.
– Je paris que ce sera un quiz, comme dans les magazines pour tester notre personnalités, lança Harry.
Les regards perdus des trois sorciers et celui stupéfait d’Hermione le poussa à se justifier.
– Quoi ? C’est cool ces trucs ! Les réponses sont souvent clichés et c’est facile de biaiser les résultats, mais c’est amusant.
Il avait même demandé à ses oncles et tantes de lui envoyer tous les tests de personnalité qu’ils trouveront, en plus de son magazine préféré.
– Ma grand-mère a dit que je pourrais facilement briller à ce moment-là.
L’embarras de Neville et son doute étaient faciles à voir.
– Ma tante a refusé de m’en parler. Elle a argué du secret ministériel.
– De toute façon, on va vite le savoir, déclara Hannah. Je vois Pré-au-Lard d’ici.
L’angoisse put se lire sur leurs visages alors que le train ralentissait et que le quai se rapprochait.
C’était l’heure…
