Konoha, 15 ans plus tard…
-Vous vouliez me voir, Tsunade-sama ?(*)
-J’applaudis ta perspicacité, Zero. C’est vrai, le fait que je t’ai envoyé Genma, c’était pour le faire promener, après tout.
Le jeune homme s’abstint de toutes réponses, comprenant que la Princesse des Limaces se trouvait en manque cruel de saké. Ses anciens coéquipiers, Jiraya et Orochimaru, eux-même l’évitaient durant ces phases creuses où la demoiselle pouvait être fort cynique et ironique… dans le meilleur cas.
-Bref. Tu vas emmener 5 ninjas en mission avec toi, 2 jônins et 3 chûnins, pour effectuer une mission qui…
La Godaime lui expliqua en quoi consistera sa mission, amis Zero ne l’écoutait que d’une oreille, perdu dans ses pensées.
Si petit il avait été solitaire et silencieux, sa croissance ne l’avait fait que rendre plus taciturne. La trahison de son meilleur ami ne fit que le faire se renfermer un peu plus.
Fin et grand, il n’avait rien perdu de l’argenté de ses yeux et de ses cheveux, bien que ces derniers s’étaient un peu éclaircis et que les autres pouvaient être plus tranchants que la lame de ses sabres. Arborant fièrement l’emblème de Konoha à l’épaule droite, Zero Kiryû était passé AMBU avant de finir par les commander, malgré son très jeune âge. Son grand sérieux y avait grandement contribué, en plus de ses facultés naturelles. Enfin, naturelles… pas complétement.
-Quelle doit être la date de départ ? L’interrogea-t-il.
-Dans deux jours, ce sera parfait.
Deux jours. Zero se rembrunit en se rappelant la signification, l’évènement.
-Est-ce que cela peut reporté ? Ou alors, envoyez quelqu’un d’autre à ma place… proposa l’argenté.
Tsunade soupira : aucune de ces demandes ne pouvait être acceptée : deux jours était l’idéal, et seul Ookami était comme il le fallait. Elle savait que l’Évènement Sombre, ou plutôt son anniversaire, se profilait, et que lors de cette période, il sombrait en une sorte de dépression profonde, ajouté de mutisme total. Handicap pour une mission de groupe en tant que capitaine. Mais bon.
-C’est un ordre.
-Haï Tsunade-sama.
Raide, il prit congé de l’Hokage pour retrouver son tuteur et ainsi le prévenir de son absence. Yagari avait décidé de le prendre comme pupille après l’Évènement Sombre, tout en lui laissant son indépendance. Lui et Ichirû, son frère jumeau aux cheveux un peu plus longs et médic-nin.
Il devait trouver 5 ninjas à incorporer à la mission. Il allait devoir demander de l’aide à Aidô. Le jeune blond était très populaire et connaissait plus de la moitié du village, civils comme ninja. Mais il était très fatiguant pour quelqu’un d’aussi effacé que l’héritier Kiryû.
Deux jours, plus tard.
Sautant de branche en branche, les 6 ninjas habilités à la mission se concentraient sur la piste à suivre, tâche facilitée par les insectes mangeurs de chakra qu’un chûnin issu du clan Aburame utilisait. De son côté, le capitaine Kiryû portant son masque de loup gambergeait, l’air sombre. Jusqu’à maintenant, il avait respecté ce jour qu’il passait à prier pour les âmes de ses parents qui avaient subi l’attaque mortelle d’une vampire de haute noblesse.
Son cou l’élançait depuis quelques temps, mais en cette période il en était habitué. C’était comme ça. Grattant plus par habitude qu’autre chose le motif rosé sur sa nuque, il ne pouvait s’empêcher de se perdre dans ses pensées. Il savait qu’il ne pouvait pas échapper aux songes cauchemardesques qui ne manqueraient pas de le poursuivre. Et ne pas dormir n’était pas non plus un choix à faire, ça ne faisait que retarder l’échéance et redoubler la violence des images.
scht… scht… scht…
N’importe quel ninja aurait remarqué le bruit, même un peu étouffé.
Mais le capitaine de l’équipe est coupé du monde, et ses accompagnateurs l’imitent, pensant que ce n’était rien de grave, voir tout à fait normal, vu que Ookami-dono n’avait pas l’air de s’en soucier plus que ça.
Mais ils n’eurent pas le temps de s’en soucier plus que ça, le souffle de l’explosion les balayant largement, tuant les plus faibles au passage, et amputant sévèrement le bras et les jambes de l’autre jônin. Kiryû s’en tira un peu sonné et son masque brisé. Il avait été trop loin pour être touché aussi mortellement que ses coéquipiers. Mais cela n’empêchait pas le fait qu’il s’était mal ramassé lors de sa chute un peu trop haute, l’immobilisant de moitié.
Il perçut la présence de leurs agresseurs. Ils s’approchaient.
N’était-ce donc pas ironique ? Il allait mourir le jour de l’anniversaire du massacre de la famille Kiryû. Non, vraiment, la Mort avait le sens de l’humour. Un humour particulier.
-Itachi ?(*)
-… Ze… Zero ?
Silence perplexe. Ils se regardaient, tous les deux, incapables de prononcer le moindre mot. En même temps, vu le contexte, ça se comprend.
En effet, la dernière fois que Zero avait entendu parler d’Itachi, c’était ce jour sombre où il avait appris la nouvelle : simultanément à l’Évènement Sombre, Itachi avait exterminé tous les membres de la famille, à l’exception de son jeune frère Sasuke. Du jour au lendemain, il avait cessé d’être le meilleur ami, pour devenir la cible à abattre. Zero s’était d’abord forcé à penser que son ami lui expliquerait son geste meurtrier… mais, en 5 ans, rien. Il en avait déduit qu’Itachi n’était plus de ce monde.
De son côté, la dernière fois qu’Itachi avait eu des nouvelles de Zero, il avait appris que la famille Kiryû avait été massacrée en même temps que la sienne. Les corps étaient trop mutilés pour certifier qui était mort et qui ne l’était pas, mais cela avait suffi à le convaincre de la mort de Zero. Il s’était donc enfui pour couvrir ses arrières, ainsi que pour enquêter sur la mort de son ami. En 5 ans, il en avait appris des choses.
Mais voilà qu’après 5 années de deuil, ils étaient de nouveau face-à-face. Bien vivants. Comment rester impassibles devant 5 ans de mensonges soudainement brisés ? Ni Itachi, ni Zero n’avaient la réponse à cette question. C’est pourquoi ils se dévisagèrent avec stupéfaction pendant 15 bonnes minutes.
-Tu comptes me dévisager encore combien de temps comme ça, Zero ?
-… Va savoir. Jusqu’à ce que tu m’expliques.
-Que je t’expliques quoi ?
-Tout. Pourquoi tu as exterminé ta famille. Pourquoi tu t’es fait passé pour mort. Pourquoi tu ne m’as rien dit…
-… Très bien. Concernant ma famille, c’est une histoire… pour le moins… compliquée. Mais je suppose que tu ne me laisseras pas tranquille tant que je ne t’aurai pas tout expliqué d ?
-Effectivement.
-Bon. Alors… Voilà la version courte : j’ai tué tous les membres de ma famille -sauf mon frère- parce que Sandaime-sama me l’avait demandé. Non, attends,, laisse-moi parler. Il se trouve que mon clan voulait faire un coup d’État, en collaboration avec Danzô. S’ils avaient pris le pouvoir… Konoha aurait été à feu et à sang très rapidement. C’est pour ça que j’en suis tombé à les tuer. Et que j’ai épargné mon frère… après tout, il n’avait rien à voir là-dedans… Tu comprends, Zero ?
-… Admettons. Et pour le reste ?
-Sois un peu logique. J’ai tué ma famille pour étouffer les complots de Danzô. Je suis désormais l’ennemi n°1, pas vrai ? Alors c’est un peu normal que je me fasse passer pour mort…
-Mais… pourquoi tu ne m’as rien dit ?
-Parce que tu aurais été considéré comme mon complice…
-… Itachi… tu as conscience de ce que tu me racontes ?
-J’ai perdu toute la confiance que tu m’accordais… Zero ?
-… J’avoue que je ne sais pas trop quoi penser. Qui croire.
-Fais ce que tu crois juste. Arrête-moi.
-Pardon ?
-Tu viens de débusquer un criminel classé S. Tu seras considéré comme un héros si tu m’arrêtes.
-Hors de question.
-Pourquoi ?
-Je… c’est idiot, mais… je crois… que tu dis la vérité. Alors, voilà ce qu’on va faire : tu vas partir loin d’ici, je vais retourner à Konoha faire mon rapport, et on en restera là. D’accord ?
-Tu tiens vraiment à faire ça ?
-On est meilleurs amis, non ?
-Tu n’as pas changé…
-Toi non plus.
-Avant que tu t’en ailles, il y a une dernière chose dont je voudrais te parler.
-Ah oui ?
-C’est à propos de ta famille… ou plutôt de ce qui leur est arrivé…(*)
Zero s’était relevé doucement durant leur échange, autant pour ne pas se retrouver menacé d’une manière quelconque, mais aussi parce que sa tête le faisait souffrir depuis sa rencontre avec la racine. Elles ne semblaient guère vouloir tenter une amitié.
Une main passée au travers de sa taille comme si cela lui permettait de minimiser la douleur que ses côtes lui envoyaient, il serrait les dents, luttant pour rester stoïque face à son ancien ami qui semblait le dévisager avec un semblant de nostalgie. Mais nostalgique de quoi ? De leur passé ensemble ? De leur innocence naïve qu’ils usaient jusqu’à la corde pour se faire oublier lorsqu’ils avaient organisé une farce ? Mais c’était fini, tout ça… C’était loin derrière eux.
-Ma famille ? Ce qui leur est arrivé ? Comme si je ne le savais pas ! Ricana-t-il malgré sa respiration hachée.
-Mais, justement, tu ne le sais pas, rétorqua son ancien ami avec son calme habituel.
N’importe qui aurait perdu le sien face à cette attitude, mais Zero n’est pas n’importe qui. Il connait Itachi. Ou du moins, il pensait le connaître. Et il savait ce qui se passait dans la caboche brune. Après tout, ils avaient grandis ensemble.
-Ah bon ? Et qu’y-a-t-il à savoir ? Lady Shizuka Hiô, cracha-t-il, s’est vengé, je n’ai plus que mon frère par le sang, et c’est tout ! Il n’y a rien à ajouter.
-Ce n’était pas Shizuka.
-Qu’en sais-tu ?
Et dire que la discussion avait été calme quelques minutes plus tôt… Mais c’était ainsi : la famille Kiryû était un sujet sensible pour Zero.
-Zero… soupira Itachi. Soit tu te calmes et je t’explique, soit je pars.
Suite à une courte réflexion, l’argenté souffla pour retrouver son flegme ordinaire.
-Bien, écoutes-moi attentivement maintenant.
