Lorsque nous sommes en mission, le confort passe après le reste. Enfin, ce n’est pas comme si j’étais moi-même très familier avec le confort, me direz-vous. Mais je savais au moins prendre mon temps lorsque le temps était bon.
Et là, il l’était.
Kiba était en train de chasser parmi les arbres pendant que je me relaxais dans une des nombreuses sources d’eau chaude sauvages. Ne croyez pas que nous nous sommes disputés ou que nous partagions les tâches. On est en vacances, pas en mission.
Non, c’est juste que monsieur s’ennuie de son toutou mal luné donc il est allé se dépenser. Et moi, je profite de ces quelques instants de calme bien trop rares pour me délasser. Ce n’est pas comme si les longues baignades chaudes étaient mon quotidien. Ici, au moins, était-ce gratuit.
Basculant sur le ventre et prenant appui sur un rocher, j’agitai mes queues lentement, m’amusant de la sensation à laquelle je ne m’étais toujours pas habitué. C’était heureux, en un sens, car je savais qu’une fois revenu dans mon monde, je les perdrais. Enfin… je crois ?
Chaque chose en son temps, gamin.
Loin de me rassurer, les propos de Kyûbi me firent douter. Oh oh.
Je sortis de mes pensées lorsque mes sens affûtés perçurent les sons caractéristiques de quelqu’un approchant. Et ça ne pouvait être Kiba, ce sont des erreurs de débutant. Ou d’amateurs, au choix.
Fait chier. À croire qu’il n’y avait pas de repos dans ce monde. Du moins, pour les ninjas.
Conscient de ma nudité, je plongeai dans l’eau, ne laissant que la partie supérieure de ma tête au-dehors. Bon, j’étais pas discret, je vous l’accorde, entre mes cheveux blonds, mes oreilles plaquées sur ma tête, et mes yeux bleus.
Naruto, une nouvelle variété de plantes, rien que pour vous !
Mon attention rivée sur les bosquets, j’attendis, sur le qui-vive. Qui venait là ? Pour quelle raison ? Je n’étais personne, après tout, dans ce monde, donc ce n’était pas moi-même qui serait visé. Et ce n’était pas les autres qui nous rejoignaient. Là-dessus, j’étais formel, au moins.
Lentement, trop lentement, l’intrus sortit du sous-bois. Il n’était en rien agressif ou quoi que ce soit permettant de faire penser qu’il était là pour nous. Non, il donnait plutôt l’impression d’être venu là par envie ou pour raison personnelle.
C’était bien ma veine, tiens. J’allais me faire surprendre dans le plus simple appareil par un paysan du coin venu soigner son lumbago grâce aux vertus apaisantes de la chaleur…
Sortant le museau de l’eau, je guettai l’arrivée de l’importun. Non, il était hors de question de me rhabiller, j’étais le premier arrivé, na !
Fort de ma décision, je pris même une position détendue, m’adossant au rebord, avant-bras posés dessus. Voilà, c’était bien mieux comme ça.
Un sourire de conquérant s’afficha sur mon visage, alors qu’une de mes queues commença à me chatouiller les omoplates, comme si elle tentait de me nettoyer le dos. Elles faisaient ça, de temps en temps, prenant des initiatives.
Mais je perdis rapidement de ma superbe lorsque le visage de l’intrus entra enfin dans mon champ de vision.
C’était le gars de l’autre jour, le demi-frère d’Inu-Yasha, si j’avais bien compris entre deux insultes et geignements. Sesshe… Seiche ? Sèche-main ? Sèche-main miaou ?
Dans le doute, ne disons rien, ce gars avait l’air suffisamment arrogant pour proclamer son nom tout seul.
– Nous nous retrouvons…
– Vous n’êtes pas accompagné par votre valet ?
– Nous sommes seuls, pour le moment.
– Pour le moment, hein…
Je me redressai lentement, histoire de ne pas le laisser me dominer par sa taille, restant quand même en partie sous l’eau.
– Vous êtes le frère d’Inu-Yasha, c’est bien ça ?
– Demi-frère. Sa mère était une humaine, cingla-t-il.
– La mienne aussi.
Je relevai la tête d’un air fier. Depuis que j’étais petit, pas une seule fois l’instinct de survie s’était développé chez moi. Et me taire face à des inconnus ou un adversaire particulièrement coriace ne fut jamais une option.
– Vraiment ?
La surprise sur son visage fut rapidement camouflée mais j’avais eu largement le temps de l’apercevoir.
– C’est impossible. Vous êtes un véritable démon, je peux le sentir.
Je me contentai de hausser les épaules.
– Ce n’est pas à moi de vous convaincre de ce que je suis et de qui je suis. Je le sais parfaitement et ce n’est pas un voyeur qui va changer mon opinion.
Mon accusation le troubla et il parut se rendre compte de mon absence de vêtement. Mais ça ne le fit pas reculer ou détourner la tête pour autant. Au contraire, même, il se rapprocha, l’air assuré. Oh oh, il voulait jouer à ça ? Très bien…
Je sortis totalement de l’eau, m’asseyant sur le rebord du bassin naturel, ébrouant mes queues avec nonchalance. Bon, ça avait tendance à les rendre toutes gonflées et à emmêler les poils mais ça me rendait toujours plus imposant qu’avec neuf pauvres appendices dégoulinants !
Et puis, j’aurai largement le temps de m’en occuper tout à l’heure, lorsqu’il aura déguerpi.
– Oui, vous êtes un voyeur. Sinon, vous aurez tourné les talons depuis un moment, je n’ai pas caché être en train de me baigner.
– J’en suis bien conscient.
Il s’avança encore mais un vide nous séparait toujours et ses doigts restaient ancrés aux miens. Mais ça n’avait rien de naturel, il était évident qu’il luttait pour ne pas regarder ailleurs.
D’un mouvement que j’espérais sensuel – ou en tout cas, pas trop brouillon – je repoussai mes cheveux toujours trop longs dans mon dos, agrandissant mon champ de vision. Franchement, comment les shinobi parvenaient à se battre avec ça ? C’était une vraie menace mortelle !
– Alors, ainsi, vous vous targuez d’être un demi-sang…
– Je n’ai jamais fait ça. Juste, ma mère était humaine. Tout comme l’était celle de votre frère.
Il ne réagit pas à la seconde phrase, il avait sans doute préféré ne pas y prêter attention, ne voulant pas se battre pour le moment.
– Alors, comment expliquez-vous posséder tous les attributs d’un yōkai malgré votre revendication ?
– Je ne me l’explique pas. Je vous en laisse ce bon soin.
En fait, il faisait plutôt froid une fois sorti de l’eau… Je croisai jambes et bras en tentant de garder un air dégagé afin de ne pas l’aiguiller sur mon inconfort. Il avait l’air d’être le genre de filou à se faufiler dans le moindre interstice mis à sa porté.
– Ça ne s’explique pas, claqua sa voix. Ou, en tout cas, pas sur ces terres. Cela fait bien longtemps qu’aucun membre d’un clan de renards n’a dépassé les deux cents ans. Alors mille… Je pense que cela m’aurait marqué. Surtout avec une apparence aussi jeune.
– De quoi tu parles ? Glapis-je sous la surprise. Je n’ai même pas vingt ans !
J’ignore qui de nous deux était le plus sous le choc. Mon âge avait l’air d’être une donnée importante dans sa réflexion. Mais pourquoi ?
Une nouvelle queue pousse tous les cent ans, déclara Kyûbi. Je te laisse faire le calcul, gaki.
Oh. oh. Ah, en effet, si je possède l’apanage d’un démon de plus de huit cents ans…
Pour la neuvième, il faut avoir mille ans, en fait.
Ouais mais, peu importe. Je ne suis même pas assez âgé pour avoir deux queues, alors neuf… C’est étrange que personne ne m’en ait fait la réflexion depuis mon arrivée…
Tu fais jeune, certes, mais crois-moi sur parole, les apparences sont trompeuses.
– Quel… quel âge a Inu-Yasha ?
– Deux cents ans ? Je n’y ai pas vraiment prêté attention. Quand à moi, j’attendrai bientôt mille ans. Donc, je me souviendrais si des célébrations avaient été organisées pour fêter les neufs queues d’un héritier renard. C’est un grand événement, quelque soit notre peuple.
– Donc, vous prétendez que je mens ?
– Plutôt que je n’ai pas toutes les informations.
Il appuya sa correction d’un petit sourire narquois. L’art de glisser des insultes sans en avoir l’air. Dommage pour lui, j’y était immunisé grâce au vaccin Sasuke. Je l’avais supporté suffisamment longtemps pour que ça ne me fasse plus aucun effet.
Par contre, j’ai toujours froid. Retourner dans l’eau serait périlleux et donnerait l’impression que je suis le dominé de cette relation. Récupérer mes vêtements me forcerait à le contourner et à lui tourner le dos. Et ne pas bouger risquerait de me tuer lentement par hypothermie.
Remarque, il paraît qu’à un moment on a de nouveau chaud… avant de mourir.
Une vague de flammes me nimba subitement, me faisant sursauter et craindre le pire.
Jamais contents ces gosses. J’utilise notre chakra pour te réchauffer, alors détends-toi.
Heureusement, l’échange avec mon petit démon intérieur parut inaperçu à mon interlocuteur qui me fixait comme si j’avais pris feu. Ce qui était le cas, d’une certaine manière.
Il avait sa main sur le pommeau de son épée mais ne l’avait pas encore dégainé, incertain.
– La situation est sous contrôle, déclarai-je d’une voix assurée. Cette énergie provient de moi.
– Vous avez des pouvoirs spirituels… souffla-t-il. C’est du jamais-vu chez les démons. Vous devez être très puissant.
Une lueur étrange brilla dans ses yeux dorés. Je ne parviens pas à l’identifier, je ne pense pas l’avoir déjà vu.
Du respect, tête à piques. Ce jeunot sait reconnaître ses aînés.
Il paraissait presque ronronner. C’était flippant.
– Euh… Tout va bien ?
– C’est… Ce n’est pas logique. Je ne comprends pas.
Profitant de son état de choc, je décidai d’aller me rhabiller, coupant l’afflux de chakra et reprenant ainsi une teinte plus naturelle. Par contre, que ce soit mes cheveux ou mes magnifiques queues de soie, ça tenait plus d’un cauchemar capillaire que de fils de soie. J’espère que Kiba acceptera de me donner un coup de main…
– Ce que vous dîtes n’a aucun sens, reprit-il enfin. Ce sont les humains qui possèdent ces pouvoirs. Enfin, certains, une poignée à peine. Vous avez les attributs d’un démon mais vous vous vanter d’avoir une mère humaine. Vous avez neuf queues mais prétendez avoir moins de vingt ans, ce qui est impossible au vu de votre apparence humaine.
– … Besoin d’une aspirine ?
Il m’offrit une grimace perdue, ne comprenant pas ce à quoi je faisais référence.
– Un médicament… contre votre migraine. Non ? C’est vous qui voyez…
Je préférai m’éloigner de lui, dans le doute. Donner un coup de pied dans les convictions de quelqu’un et danser le charleston dessus était une chose. Mais ne pas le laisser s’en remettre… Oh, allez, j’avais encore une âme, je pouvais bien lui donner de l’espace ! Et puis, ce n’est pas comme si secouer le cerveau de quelqu’un dans tous les sens et réduire à néant les certitudes de toute une vie n’était pas un sport auquel je m’adonnais avec toute la naïveté de mon jeune âge. Bon, certes, au début cette excuse était recevable, mais le délai était passé, je ne pouvais plus me cacher derrière.
La vérité était que je ressentais un plaisir pratiquement sadique à contempler ces esprits engoncés dans des reliquats erronés du passé. Un être humain qui perdait pied, qui découvrait le sol fragile du doute qui s’éroder sous lui…
Hé ! C’était eux qui avait commencé, me regardant de haut, me jugeant sur mon apparence débraillée, ma grande bouche ou sur les rumeurs courant sur ma personne. Bref, ils étaient les premiers à s’appuyer sur rien, je ne faisais que les aider à continuer !
Je sortis un peigne de mes affaires et m’attaquais à mes cheveux, ils étaient plus simple d’accès et je pouvais ainsi garder dans mon champ de vision ma dernière victime du Special Revelation Naruto !
Celle-ci finit d’ailleurs par se reprendre et disparut, non sans m’avoir respectueusement saluée d’une profonde courbette, ce qui me figea de stupeur. Ça ne collait pas du tout avec son caractère ! Ce gars avait l’air tellement engoncé dans sa fierté qu’il serait capable de jeter un défi au vent pour l’avoir décoiffé, j’en suis sûr et certain !
Tu es puissant Naruto et il respecte ça, tout simplement. Les démons sont prêts de leurs instincts bestiaux et c’est la loi de la nature qui instaure la hiérarchie. Ça ne devrait pas prendre trop longtemps avant que tout ça ne fasse le tour des clans et des tribus et, bientôt, tu seras approchés par les intéressés.
Oh, super, c’est Kiba qui va être ravi de ça. Et intéressé par quoi ? Par un bon mindfuck des familles ?
Mais non idiot. Par des alliances, que ce soit juste une poignée de main ou un mariage. Les démons renards n’ont pas l’air très présents d’après ce que le petit a raconté. C’est le moment idéal de reprendre tout ça en main et de s’imposer en maître. N’as-tu jamais rêvé de famille ? D’un clan tellement immense qu’un pays seul ne suffirait pas pour nous abriter ?
Kyûbi était un démon. Les démons savaient trouver les mots pour déterrer vos souhaits les plus chers et les exposer à l’air libre, ravivant la flamme qui couvait en vous, et vous poussant dans la direction attendue.
Chacun de ses mots éveillait un écho en moi et les images s’imposèrent sans que je n’y prenne garde alors que les larmes me brûlaient les yeux.
J’ai toujours haïe être seul, être repoussé par les autres et encore plus quand j’appris que c’était pour quelque chose pour lequel j’étais innocent, être méprisé et devoir constamment prouver ma valeur tandis que d’autres avaient juste besoin d’un sourire ou de leurs noms pour passer des portes qui me seraient fermées pour un long moment.
Arrête de te lamenter. Ton chemin était plus long et plus complexe que celui des autres, tu as dû abattre plus de travail que quiconque de ta génération du village, mais ça a payé. Plus personne ne rit quand tu proclames devenir Hokage. Alors, relève la tête et carre les épaules, prends un air digne et ils te vénéreront.
Surprenamment, je suis rassuré. Eh bien oui, les interventions de Kyûbi étaient assez rares et calmes depuis notre arrivée sur ces terres. Mais là, enfin, je le reconnaissais. Un plan de domination mondiale. Exactement ce qu’on attendait de lui.
Riant tout seul, je poursuivais mon démêlage de crinière. Et c’est comme ça que Kiba me retrouvât. Et que je me pris une carcasse de lapin en pleine face pour me calmer. Aïe.
– Tu penses que nous devrions poursuivre leur quête ?
– Je pense que nous devrions surtout essayer d’utiliser notre chakra. J’ignore si c’est notre voyage ou notre fusion qui a modifié notre nature, mais je suis incapable de l’utiliser.
– Nous devons peut-être changé notre manière de l’invoquer, si notre corps a changé…
Kiba et moi échangions un regard fatigué.
À notre arrivée, Tôtôsai nous avait créé des sabres à partir de nos dents afin que nous puissions nous défendre et attaquer. Nous possédons bien sûr notre attirail ninja mais, sans chakra, ce n’était pas très utile. Le problème c’est que les armes longues, c’était pas trop notre truc à tous les deux. Donc nous sommes démunis en cas de combat.
Je ne lui avais pas parlé de l’espèce de manteau de chakra dont m’avait recouvert Kyûbi, essentiellement parce qu’il n’était pas au courant de mon statut de Jinchûriki. J’avais vaguement mentionné son nom après notre passage du portail mais il était alors trop sous le choc pour l’avoir entendu.
– En gros, tu me dis que nous devons oublier tout ce qu’on sait et fait depuis nos huit ans ?
– Oui, c’est plus ou moins ça. Ça ne devrait pas être trop compliqué, ricana Kiba.
– Mais je t’emmerde, le sac à puces ! J’ai eu mon diplôme, comme tout le monde et comme toi !
– Tu parles, t’as foiré comme le gros nul que t’étais, et je me demande bien comment tu as pu avoir ton bandeau frontal… Laisse-moi deviner, Iruka a eu pitié de toi et te l’a donné finalement ?
Ne prenant pas la peine de lui répondre, je me jetai à son cou, utilisant mes griffes et mes crocs avec un plaisir inconscient, cherchant juste à lui faire mal.
Pourquoi, de tous les ninjas disponibles au village, avais-je choisi Kiba ? Moi-même, je ne saurais l’expliquer. Ça me semblait logique, sur le coup. Mais c’est sûr que j’aurais préféré être accompagné de Gaara, mais son statut l’en aurait empêché, alors je n’avais même pas tenté.
Lorsque le sang inonda ma bouche, je repris mes esprits et reculai, m’extirpant de sa prise. Lui aussi avait été envahi par ses instincts et me grondais dessus, les crocs sortis et les yeux fous.
On était ridicule.
Une fois apaisé à son tour, Kiba et moi nous nous laissions tomber en soupirant, moitié de désespoir, moitié de fatigue.
– Sakura me manque à cet instant précis. Elle aurait une idée pour s’en sortir.
– Hinata aussi. Ou Neiji. Avec leurs Byakugan, ils auraient pu repérer nos nouveaux canaux de chakras ou déterminer si quelque chose les bouche. Notre métamorphose a peut-être changé quelque chose, à l’intérieur, et ça peut être dangereux de forcer le passage…
On soupira en chœur, relâchant nos têtes contre le sol d’un même mouvement, ce qui me fit sourire.
– En conclusion ? On est assez désespéré pour tenter de nous vider de notre sang dans un coin paumé de la campagne japonaise ou on essaye d’apprendre à utiliser ces grandes perches qu’ils appellent épées ?
– Tu parles d’option… On peut aussi se trouver une grotte sympa et attendre d’être contactés par Ba-chan…
– L’Hokage te laisse vraiment l’appeler comme ça ?
– Que veux-tu, je suis irrésistible !
Je ponctuai ma déclaration d’une main dans mes cheveux mais l’apparition de nœuds brisèrent toute tentative de charme et me tira les larmes aux yeux.
– Je commence franchement à avoir peur de toi. T’as toujours été comme ça ou ce sont les hormones ?
– La ferme, râlai-je en boudant.
Il se contenta de ricaner et on se tourna le dos pour mieux réfléchir à la meilleure action à entreprendre.
