-Laissez passer le seigneur Sesshomaru !
Cette brusque interpellation me fit glapir et j’aperçus alors un… je sais pas trop. Peut-être un kappa. Et peut-être pas.
-C’est à moi que tu parles, minus ?
J’avais encore le rire dans les joues, mais ça n’empêchait pas mes instincts de ninja.
-Et c’est quoi ce bâton bizarre ?
La tête d’un vieillard, la tête d’une femme. Leur réalisme était époustouflant.
La bestiole tenta de m’asséner un coup que j’esquivai d’un pas sur le côté. Le manège se répéta plusieurs fois, à mon amusement et à sa fureur.
-Que fais-tu donc, Jaken ?
Je relevai la tête, souriant d’avance sur ce que j’allais tomber.
Ah oui, quand même.
Hey gaki, la saison des amours est passée, je te dis. Arrête la production de phéromones.
-Seigneur Sesshomaru ! Excuse-moi, j’étais en train de faire débarrasser le plancher à cet outrecuidant, et…
-Paix, Jaken.
Il avait son regard plongé dans le mien. Et moi dans le sien.
Il était très beau. Et Kyûbi me gave.
Sympa…
-Bien seigneur Sesshomaru.
Nos regards ne s’étaient lâchés un seul instant, comme reliés par quelque chose de tangible.
La bestiole nous abandonna en grommelant, mais je n’en avais cure. J’étais prisonnier de ses iris dorés. Je n’arrivais plus à penser, à réfléchir.
C’est pas un grand changement, ça…
-Comment vous nommez-vous ?
-Euh…
C’est vrai ça, je m’appelais comment ?
Connaruto Uzumakidiot.
-Na… Naruto Uzumaki.
-Vous vous trouvez sur mes terres.
-Je l’ignorais.
-Vous n’êtes pas seul, non plus.
Je vis ses narines frémir.
-Je… je suis avec un ami, et…
-Sesshomaru !
-Inu-Yasha.
Bon, on dirait bien qu’ils se connaissent, tous les deux.
-Tu viens pour la perle de Shikon ? Cracha l’hanyo.
-Pour Shikon ? Non. Tu sais Inu-Yasha, il y a quantité de perles dans notre monde.
Et c’est avec un petit sourire mystérieux mais narquois que je le vis s’éloigner.
-Naruto ? Tout va bien ? Sesshomaru ne t’a rien fait ?
-Je… j’ai… j’étouffe.
Descente de rideaux.
0=°+°=0
Mes amis m’avaient dit que je m’étais évanoui. Kiba marmonna même quelque chose sur le fait qu’avoir utilisé mes neurones avait court-circuité mon cerveau.
Il cherche encore à décoller les parchemins explosifs de ses oreilles.
Ka-truc me jette des regards suspicieux depuis mon réveil.
J’ai traîné une forte fièvre tout le long de mon inconscience, et les trois jours suivant mon réveil, et malgré sa disparition, je reste encore faible. Sango m’a installé sur Kirara pour ne pas nous ralentir, et je lui en suis gré. Il n’y a pas pire que se sentir boulet. Mais là, je me sentais méga gros boulet.
Sous mon apparence normale, je n’aurais pas trop gêné, mais sous cette apparence hybride (oui, même si j’étais un yohko ou démon, je me considérais comme un hybride, au même titre que Kiba) c’était autre chose et je devais rester à la limite de la conscience, au moins, pour éviter à Kirara de se prendre les pattes dans l’un des neuf stupides plumeaux me décorant l’arrière-train. Sérieusement, pourquoi c’était moi qui avait hérité de ces saloperies ?
Hey ! Est-ce que je critique tes attributs à toi, hein ?
Tiens, Kyûbi était de retour. M’avait pas manqué.
Je dodelinais de la tête, le regard dans le vague, alors que Kyûbi paraissait prendre son rôle de moralisateur très au sérieux et m’expliquait les « choses de la vie » version renarde. Comme si j’avais envie de connaître la hiérarchie des seigneurs démons. Sérieusement, qu’est-ce que ça m’apporte ?
-Raah, mais tais-toi ! Râlais-je à haute voix.
Je m’en rendis compte parce que les autres me fixaient bizarrement. Faut dire que soudainement s’ordonner quelque chose, c’était pas courant.
Je marmonnais quelque chose sur mon renard intérieur, m’attirant ainsi des regards un peu troublés. Oui, effectivement, si on n’est pas au courant de ma particularité, on pourrait se demander si je n’ai pas tourné la carte.
Ne souhaitant pas m’enliser dans des explications que je n’étais pas sûr de comprendre moi-même (puis il faudrait leur expliquer le fonctionnement du monde d’où je viens. Non merci), je préférai détourner le regard sur le manège que Kiba et Inu-Yasha mettaient en scène sans paraître s’en rendre compte.
Je ricanai tout contre Kirara alors qu’ils s’observaient l’un l’autre sans jamais croiser le regard de l’autre. Shippo avait élu domicile sur mon dos et s’amusait avec moi, ayant pleine conscience de ce qui se passait sous ses yeux.
-Tu crois qu’ils vont s’en rendre compte ? Chuchota-t-il à mon oreille.
-De leur manège de fillettes ou de leur attirance commune ?
Je remuai des oreilles en même temps, le chuchotis me les ayant chatouillées, ce qui fit rire de nouveau le petit démon.
Mon sourire s’agrandit lorsque, à force d’éviter le regard d’Inu-Yasha puis de le contempler plus ou moins discrètement, Kiba ne fit plus suffisamment attention à la route et se prit les pieds dans une racine d’arbre que n’importe qui d’autre aurait vu. Bon, peut-être pas l’objet de ses pensées vu qu’il est dans le même état d’esprit que lui, mais quand même.
Évidemment, il ne fit pas les choses à moitié et il nous prépara gentiment le chemin en roulant jusqu’en bas. Oh, avais-je précisé que nous étions sur une petite colline ?
Je ris tellement -malgré les yeux mitraillettes du démon-chien- que j’en tombai de ma monture, accompagné de Shippo qui n’était pas dans un meilleur état que moi, et nous allâmes rejoindre Kiba qui se moqua de nous à son tour.
-Nan, mais, tu nous manquais, comprends-nous, argumentai-je. T’as une branche, là.
Bah oui, on était en pleine époque féodale, les chemins n’étaient pas entretenus ! De toutes façons, on avait roulé hors du chemin en question, préférant le pur hors-piste.
D’ailleurs, petite devinette, quel est le plus difficile entre démêler une loooongue chevelure et des queues à la volonté propre ?
Oh, je pense pouvoir vous donner rapidement une réponse, Sango et Miroku ont mis eux aussi la main à la pâte lorsque je suis revenu vers le groupe, changé en tas de feuilles mutant (je peux pas vraiment dire « humain » au vu de ma situation), faisant peur à notre chère Miko, au passage.
De mon côté, j’aidais Shippo à faire la chasse aux intrus chez lui aussi, bien que c’était plus rapide, n’étant pas aussi aimé de la nature. J’en regretterais presque d’avoir eu Kyûbi, sérieusement.
M’attendant à une attaque mentale, ou du moins à une réaction, je serrai les dents et carrai les épaules, mais rien ne se passa. Enfin, rien, jusqu’à ce que ces foutues neuf queues ne s’échappent de la prise de Miroku et de Sango pour me frapper.
Je restai ainsi quelques secondes, bien bête, le temps que l’information remonte à mon cerveau. Une fois chose faîte, je sautai sur mes pieds et courus en tout sens, tentant d’échapper à ces queues vengeresses.
Oui, après réflexion, c’était aussi ridicule qu’inutile, puisque lesdites queues étaient rattachées à mon coccyx, mais sur le coup je n’avais trouvé que ça, okay ? Puis, j’suis blond, faut bien que je le démontre de temps en temps !
C’est ainsi que, courant à travers une quelconque forêt au fort relent de putréfaction et obscure -de nom comme de luminosité- je tentais de trouver un moyen pour échapper à ces coups répétés qui mettaient bien à mal les quelques neurones que Sakura avait pu me laisser après tout ce temps, tout en me mangeant les branches sur mon passage. Évidemment, je ne prêtais aucune attention à ma route, j’avais un peu mieux à faire, là. Genre calmer un démon super vénère qui pouvait prendre le contrôle d’une partie de mon corps pour la retourner contre moi. Méchant.
Et ce qui devait arriver… arriva.
Pour ceux qui se demandent ce qui « devait arriver », je les invite à aller dans la plus proche forêt de chez eux (ou un centre commercial ça fonctionne aussi) et d’y courir en tous sens les yeux fermés. Vous allez « voir », la réponse s’imposera d’elle-même dans votre esprit. Ou, plutôt, dans votre crâne.
Recrachant encore quelques feuilles (je vais finir par croire que je suis un arbre, moi), je protégeais mon crâne de mes bras, attendant que Kyûbi s’épuise ou perde son contrôle. D’ailleurs, on allait avoir une petite discussion à ce sujet, lui et moi, et pas qu’un peu.
Je restai dans cette position -et comptais bien la garder le temps que l’autre enragé ait fini- lorsqu’une odeur particulière s’approcha. Elle ressemblait un peu à celle de Kiba et Inu-Yasha mais pas assez pour que je la rattache à des démons-chiens (pas d’odeur humaine mêlée, donc ce n’était sûrement pas un hybride). D’ailleurs, l’odeur semblait plus… sauvage. Animale.
J’ouvris précautionneusement un œil pour me retrouver museau à nez avec un loup. Un loup. Un. Loup.
HEY, MON CORPS, UN P’TIT RÉFLEXE AVANT DE ME FAIRE BOUFFER VIVANT ?!
J’eus une petite pensée envers Iruka-sensei qui nous apprit la technique de permutation, bien pratique lorsque VOTRE FOUTU DEMON INTÉRIEUR DÉCIDE DE VOUS MENER LA VIE DURE AU POINT DE SE RETROUVER ENTOURÉ DE LOUPS.
Kyûbi ?
Mmh ?
Je te hais. Cordialement.
Le sentiment est partagé, ne t’inquiètes pas.
Depuis mon perchoir improvisé (une branche au-dessus…), j’observais à mon tour la meute de loup qui reniflait la souche qui avait pris ma place. Ne me dîtes pas que j’allais rester coincé ici jusqu’à ce que mort s’ensuive, tout de même ! Bonjour la mort honorable…
Comment allais-je pouvoir prévenir les autres d’où j’étais et encore plus de la situation dans laquelle j’étais ?
Un ancien souvenir me revint en tête et le rouge de la honte me recouvrit.
-Miaou miaou, me mis-je à miauler désespérément.
Bonjour, Naruto, genin et jinchiryûki du plus puissant des bijus, actuellement yôkaï à neuf queues. En train de miauler pitoyablement, coincé sur une branche. Achevez-moi…
J’arrêtai mon manège lorsque je sentis une présence… non, pas vraiment humaine mais… humanoïde ?
Et en plus il est pas tout seul.
Face au regard interrogateur du démon auquel appartenait l’odeur précédente, j’eus un air plutôt blasé. Oui, j’ai peur des loups, ne vous en déplaise. Y’en a ce sont les araignées, moi c’est les loups.
-Je peux savoir ce qu’un renard fait sur mes terres ?
-Euh… Je me suis perdu ? Tentai-je hasardeusement. J’étais avec des amis, sur le chemin et… euh… je me suis perdu.
Il me fixait comme si il ne me croyait pas.
-Le seul chemin qu’il y a se trouve à des centaines de mètres de là. Pour s’égarer à ce point, il faut le vouloir…
Je tentais alors une échappée tout en douceur, glissant en arrière. Peut-être qu’en courant très vite je pourrais retrouver Inu-Yasha ?
Depuis notre arrivée dans cet univers, Kiba et moi avons pris l’habitude de nous reposer entièrement sur lui. C’était peut-être stupide mais d’après Kyûbi c’était une question d’instinct. Nous étions pire que des nouveaux-nés dans ce monde que nous ne connaissions pas et dans un état qui nous était étranger. Des nouveaux-nés, je vous dis.
Et le pire, c’est que nous ne faisions confiance qu’à deux personnes (enfin, pour moi, Kiba ne faisait donc confiance qu’à Inu-Yasha) : le corniaud désagréable et Kyûbi. Shippo ? Voyons, c’est un enfant, au même titre que Kiba et moi.
-C’est… c’est le talent ? Proposai-je, incertain.
Il me fixa encore un moment, de ce regard si déstabilisant. Franchement, c’était quoi ce bleu sans pupille ?
-L’odeur que tu possèdes… Tu es un ami de Kagome ?
-Qui ça ?
J’eus à peine le temps d’exprimer mon ignorance qu’il se jeta sur moi, griffes et crocs sortis. Mais c’est qu’il faisait peur, l’animal !
-Au vu de la puissance de l’odeur que tu portes, si tu ne connais pas Kagome, c’est que tu t’en es pris à elle !
Je me débattis et réussis à m’extirper de sa prise, tentant de me trouver un meilleur perchoir.
-Sauf que je ne m’en suis pris à personne, ces derniers temps et que ce nom ne me dit toujours rien !
Mais merde, quoi, pourquoi tout de suite en venir aux armes ? J’étais pas assez pitoyable comme ça ?
