Sur le Moby Dick, l’ambiance était tout autre. En effet, calmer Ace alors qu’il était survolté et littéralement enflammé n’était pas une mince affaire. Marco finit par l’assommer, le court-circuitant pour de bon. Du granit marin fut même utilisé pour le juguler, histoire qu’il y ait encore un navire sur lequel circuler.
-Lorsque tu cesseras d’être un gamin, on réfléchira peut-être pour t’en libérer, yoi, déclara Marco.
Ace cessa alors de lutter contre le bracelet passé à son poignet et fit la moue, tel un enfant pris en faute.
-J’arrive pas à croire qu’il était là, juste devant moi, râla-t-il. J’aurais pu l’avoir si facilement ! Enfin, si tu ne m’avais pas fichu par-dessus bord, évidemment.
-Si, comme tu le dis yoi, je ne t’avais pas fichu par-dessus bord, ton père ne serait jamais monté non plus. Alors cesse de vouloir refaire l’histoire et finis tes rapports !
Boudant et grommelant, il obtempéra, saisissant la menace sous-jacente. Une menace qui faisait bloub bloub.
Ils avaient repoussé l’attaque de ces dieux mineurs avec facilité, ce qui surprit Poséidon. Non, pas à ce sujet, mais la raison pour laquelle Amphitrite l’avait sommé de venir au plus vite. Les cyclopes, aidés des soldats de Triton, avaient amplement suffit pour obliger ces êtres pathétiques à retourner d’où il venait, la queue entre les jambes. Littéralement, pour certains.
-Poséidon…
-Amphitrite, lui répondit-il sur le même ton.
Ils se toisèrent sans un mot pendant quelques instants, comme si ils cherchaient à se sauter dessus à leur tour. Rien de sexuel, je vous assure. De toutes façons, il y avait du monde autour d’eux.
-T’es-tu calmé ? As-tu enfin retrouvé tes esprits ? Voulut-elle savoir.
-J’ignore de quoi tu parles. Je vais très bien. Moi, par contre, je voudrais savoir pourquoi tu m’as fait revenir alors qu’il n’y avait rien.
Son épouse haussa un sourcil.
-Rien ne nécessitant ma présence, corrigea-t-il. Vous y êtes parfaitement arrivés sans moi.
-Pour te rappeler que c’est ton royaume, aussi. Tu en es le roi.
-Et toi la reine. Et j’ai toute confiance en toi.
Ses joues prirent une légère teinte rosée et elle évita son regard. Malgré les siècles, elle était toujours sensible à ce genre de reconnaissances. Et son mari en était toujours aussi avare.
-Marco !
Soupirant, le navigateur ôta ses lunettes et se retourna, faisant face à Blamenco qui se mordait la lèvre, semblant hésiter sur l’attitude à avoir.
-Je peux t’aider, peut-être ?
-Y’a Ace qui détruit tout sur son passage, là, tu pourrais nous le calmer ?
-Je vais vous l’éteindre, et rapidement, grommela-t-il en réponse.
Depuis cette rencontre vraiment bizarre, Ace était intenable et semblait survolté. Il se mettait à brûler tout ce qui l’entourait, jurait à tire-larigot et distribuait des coups de Haki un peu partout. Il n’y avait vraiment que leur capitaine et son second qui parvenait à le tempérer, mais ça ne durait pas longtemps.
Au moins, il n’avait pas fait de crise de narcolepsie. Mais, d’un autre côté, il n’avait pas dormi non plus.
Il allait tous les tuer, si ça continuait, que ce soit par son humeur ou par ses projectiles lancés en tout sens. Et l’assommer constamment risquait de provoquer des effets secondaires au niveau des neurones. Enfin, de ce côté, on n’avait pas encore pu prouver leur existence, donc peut-être qu’il n’y aurait pas de souci.
Surgissant rapidement dans la coursive où la tête à mèche tentait de refaire la décoration intérieure, il l’attrapa vivement par une serre et décolla sans plus attendre, le faisant rejoindre les cieux de manière peu agréable alors que sur le pont, les hommes préparaient ce qu’il leur avait été demandé.
Lorsque cela fut prêt, il rasa de près la surface de l’océan et relâcha sa prise sur Ace qui n’eut pas le temps de comprendre. D’ailleurs, lorsqu’il le put, il était tellement choqué qu’il ne put manifester son mécontentement de manière verbale.
Attaché au Moby Dick par une chaîne de granit marin, un tonneau vide flottait. Et, lui, il se trouvait dans ledit tonneau. En plus, il puait encore le poisson ! Sûrement l’une des réserves de harengs de Tatch… Beurk…
-C’EST PAS DU JEU, D’ABORD ! S’époumona-t-il à l’adresse de ses frères, amassés contre le garde-fou.
-Je te préviens, Ace, si tu t’enflammes, tu perds ton dernier rempart contre l’eau, déclara Marco en reprenant forme humaine. Tu resteras là-dedans jusqu’à ce que tu oublies ta colère de petit garçon.
Faisant volte-face, le second alla reprendre place à la barre, faisant se disperser la foule de curieux.
Se détendant après une dure journée d’entraînements où il avait passé son temps à éviter Clarisse et sa lance électrique, Annabeth et ses lubies, ainsi que pas mal de nymphes excitées (par quoi ? C’était la saison des chaleurs version chlorophylle ou quoi ?), Percy bullait littéralement dans la rivière de la colonie, bien au frais.
À travers la surface liquide, il pouvait apercevoir le soleil qui se couchait, preuve qu’il allait devoir quitter son petit aquarium pour faire acte de présence au dîner et éviter les rondes des bienveillantes qui commenceront vers le début du couvre-feu. De toute façon, Chiron le surveillait à chaque repas depuis qu’il l’avait mis au courant des soucis de son père. Ou, plutôt, des songes étranges que son père lui envoyait. Quelle idée d’être allé lui en parler, tiens…
Les mains dans les poches et l’attitude pensive, Percy se dirigea vers le réfectoire à ciel ouvert où d’autres demi-dieux s’étaient déjà installés et patientaient difficilement. Ah, les adolescents et leurs estomacs… Il valait mieux éviter de se mettre entre eux et la nourriture !
S’installant à la grande table où il serait, une fois de plus, seul, il attendit à son tour le reste de la Colonie, Chiron et Mr. D qui se laissaient toujours désirer. Vraiment aucun instinct de survie…
La prochaine guerre de demi-dieux, ce sera ça, je pense. Ceux qui auront faim attaqueront ceux qui sont à la bourre parce que tant qu’ils ne sont pas là, le repas ne commence pas, pensa Percy en souriant.
C’était parfaitement plausible, d’autant plus au vu du nombre d’enfants d’Arès qui grommelaient à leur propre table. Faudrait penser à leur enlever leurs couteaux, à eux, ça risque de virer au meurtre, sinon. Ou au suicide. Remarque, ça permettrait d’éliminer les plus tenaces.
Se rendant compte de la direction que prenait ses pensées, Percy se ressaisit. Oh, voyons, c’était tout sauf le moment !
Heureusement, les adultes avaient fini par arriver et les nymphes commencèrent à servir le repas, calmant les esprits échauffés.
Seul dans son tonneau, Ace chantait à voix haute, horriblement faux, pour passer le temps.
Du moins, jusqu’à ce qu’il se reçoive une pomme (enfin, elle le traversa et tomba au fond du tonneau).
-Ta gueule ! Tu vas attirer les Kai-ô ! Lui hurla-t-on.
Charmant.
-J’t’emmerde ! Sortez-moi de là ! Répliqua-t-il.
Adorable.
-Même pas en rêve, l’allumette ! Tu restes où tu es !
-Et tu la fermes ! Rajouta un autre.
-Comptez là-dessus et buvez de l’eau !
-Non mais c’est pas bientôt fini votre barouf ? Grogna Marco en passant. On vous entend dans tout le navire, vous en avez conscience, j’espère ?
-Je veux sortir de là, chouina faussement Ace. Ça pue le poisson crevé, mon nez est hors-service, c’est horrible ! J’ai l’impression d’être un homme-poisson abandonné sur la rive.
Il couina lorsqu’un seau d’eau glacé se vida sur lui.
-Namuuur ! T’exagères ! Glapit-il.
-C’est pour tes écailles, mon grand, ce serait dommage qu’elles sèchent ! Ricana-t-il.
-Je vous déteste. Tous.
Il leur tourna le dos et croisa les bras, boudant. Le monde était méchant contre lui. Na.
Depuis quelques temps, Poséidon faisait le dos rond devant son épouse, évitant ses piques de colère et ses pics tout court. Elle avait la colère froide et silencieuse, se contentant parfois de balancer tout ce qui lui passait sous la main.
À force, on avait pris l’habitude de ne plus laisser traîner les meubles et les bibelots, donnant un air vide au palais, ce qui troublait les visiteurs qui n’osaient alors pas trop poser de questions à ce sujet. Ça faisait ricaner les autres, et Poséidon ne savait jamais trop où se mettre dans ces moments-là. Oui, bon, il n’avait pas pris la plus douce des épouses ! Mais au moins, il n’avait pas choisi une furie vengeresse telle Héra !
Ce souvenir lui apporta un sourire, qu’il perdit tout de suite lorsqu’un coussin rencontra sa joue.
Bon, bah, si ça pouvait finir en bataille de polochons, pourquoi pas…
