Depuis quelques jours, voir semaines, Amphitrite regardait son mari devenir l’ombre de lui-même. Elle se doutait bien de ce qui se tramait. Après tout, Poséidon ne s’était jamais caché de ses aventures extra-nuptiales. Son incapacité à lui produire plus d’enfants était la raison pour laquelle elle ne lui en voulait pas de chercher des ventres féconds ailleurs. Et si il les aimait ? C’était généralement des mortelles, elles finissaient par disparaître et lui revenait auprès d’elle, plus aimant qu’avant. C’était tout bénéfice pour elle. Tout les deux trouvaient son compte, au fond.
Mais, lorsqu’il lui avait parlé de cette Rouge D. Portgas, elle faillit en devenir jalouse mais n’en ressentit que de la pitié et du chagrin de la savoir morte. Elle n’hésita pas à rendre visite à son âme dans le royaume de Hadès (après avoir obtenu son autorisation, bien évidemment), et ce qu’elle put y voir la charma à son tour.
Cette femme avait du caractère à revendre, et la dévotion et l’amour qu’elle portait à ce fils qu’elle n’avait qu’entraperçu, étaient admirables.
Mais elle ne tenta pas pour autant de faire sortir cette âme ou de savoir quel chemin de résurrection allait-elle prendre. Son temps était révolu, Poséidon devait aller de l’avant.
De son côté, Percy échangeait quelques passes d’armes avec un fils d’Arès quelque peu hargneux qui paraissait en vouloir au monde entier. Ou seulement en avoir contre lui ?
Heureusement, il gesticulait tellement qu’il lui laissait des ouvertures de la taille d’un trou noir dans sa garde. Il ne lui fallut donc pas longtemps pour lui faire mordre la poussière et quitter le terrain d’entraînement en direction de l’armurerie où il rangea les diverses protections.
Se laissant tomber sur une souche en soupirant, Percy se prit la tête dans les mains. Il dormait très mal ces derniers temps et avait du mal à cerner le problème. Oh, il savait bien que son esprit recevait des messages de son père, mais il n’arrivait pas à en saisir la teneur. Étaient-ils, de nouveau, aux prémices d’une guerre ? Ce serait bigrement étonnant que ce soit pour lui fournir une liste de courses que le dieu des océans tentent d’établir une connexion entre eux !
Cette idée eut au moins le mérite de le faire sourire.
Un bruit de sabot lui fit penser à Chiron. Mais bien sûr ! Autant aller lui demander conseil, ce sera toujours mieux que de se prendre la tête sur un sujet obscur.
-Poséidon tenterait de te contacter ? Il n’y a pourtant pas vraiment de raison à ce sujet… En-dehors de sujets personnels, bien évidemment ! Se rattrapa le centaure.
-Des sujets personnels ? Ce n’est pas vraiment son genre, pourtant… peut-être que Tyson va revenir au camp ?
Quittant Chiron après l’avoir remercié, Percy se dirigea vers la plage.
Là-bas, il savait qu’il serait plus près de la « voix » de son père et qu’on ne viendrait pas de sitôt le déranger.
Mais, aussi rassurante fut la mer en son égard, il n’arriva pas à contacter son père. De rage, il décida alors de plonger. Peut-être que ce sera mieux, ainsi ?
Entraînant les nouvelles recrues, Ace fronça les sourcils. Il y avait une drôle de « voix » au fond. C’était différent d’un Kai-ô, assez proche d’un humain et pas très différent d’un homme-poisson. Ça avait presque l’air familier. Mais impossible de mettre le doigt dessus.
-Hey, Marco !
L’interpellé le rejoignit, les sourcils haussés.
-Ne me dis pas que t’as un souci avec la bleusaille…
-Eux, je gère, râla Ace en réponse. Non, c’est plutôt au sujet du Haki. Il y a une voix étrange. Tu la sens, toi aussi, ou je vire complètement fou ?
-Sincèrement ?
Ace enflamma sa main, histoire de lui montrer qu’il ne goûtait pas à la plaisanterie. En échange, Marco fit apparaître ses ailes, ce qui le calma.
-Et, sinon, cette voix ?
-Je la sens, moi aussi. Ce n’est pas la première fois, yoi. Mais je suis incapable de me souvenir de qui cela peut-être.
-Elle me semble familière, ça me dérange, marmonna Ace.
-Va en parler à Père, peut-être aura-t-il ta réponse.
-Pas de souci, j’y vais de ce pas !
Il disparut aussitôt, laissant Marco avec les recrues qui le fixaient du regard. Le Phénix comprit alors qu’il s’était fait rouler et que c’était à lui, maintenant, de se charger de leur entraînement.
-Oh le…
Percy avait du faire demi-tour, n’arrivant à rien. Triton avait fini par venir à lui, confirmant le fait que leur père était absent et, surtout introuvable, pour le moment.
Il n’avait donc plus qu’à attendre et espérer que la nuit à venir sera plus fructueuse. De toutes façons, si ça avait été réellement urgent, Triton lui en aurait fait part. Or, il s’était contenté de lui signaler l’absence de Poséidon et d’ajouter qu’il « n’était pas son seul fils ».
Comme si il l’ignorait !
Il y avait Triton, Pégase, Tyson, et tant d’autres, nés bien avant lui… Il n’en éprouvait aucune jalousie, ayant appris à grandir sans père depuis un moment.
Alors, pourquoi cette remarque ? Est-ce que cela avait un lien avec les tentatives de communication de son père ?
Il fut sorti de ses pensées par Grover qui était venu le chercher pour manger.
Poséidon observait la cale obscurcie par les produits destinés à imperméabiliser le bois, à moitié mangée par les algues et les coquillages.
Ce navire lui disait quelque chose, mais c’était un souvenir parmi d’autres. Est-ce que cela valait vraiment la peine de se le rappeler ? Ne serait-ce pas une douleur supplémentaire ?
Depuis quand était-il aussi lâche, d’ailleurs ? À fuir devant la simple peur de la douleur ? C’était risible…
Son soupir forma des bulles qui allèrent éclater à la surface, mais l’immersion d’un corps détourna son regard.
Bien qu’il ne se débattait pas, il avait l’air bien vivant et vouloir revenir à la surface. Allons bon, un autre de ces maudits ? Sérieusement, Hécate n’avait rien eu de mieux à faire, ce jour-là ? Du genre, ranger son labo, donner du grain aux poules ? Non, il aura fallu qu’elle se joigne à plusieurs dieux et créé ces saletés de fruits qui changeaient les victimes en enclumes ! Au moins, ils avaient la décence de nourrir les Kai-ô…
Malgré cela, il se retrouva à nager en sa direction, l’attrapa à bras-le-corps et jaillit des flots. Une simple impulsion mentale et une vague le souleva à la hauteur du garde-fou, lui permettant ainsi de le rendre à son équipage. Ne voyant aucun d’entre eux réagir, il ne perdit pas plus de temps et entreprit de lui faire cracher toute l’eau engloutie. Et c’est qu’il y en avait !
-Eh bien, gamin, t’as tenté de boire la mer entière ? Se moqua-t-il avec un grand sourire.
Son large sourire fondit comme neige au soleil lorsqu’il reconnut celui qu’il avait sauvé. Son propre fils. Gol D. Ace. Portgas D. Ace, pardon.
Celui-ci était encore sous le contrecoup de sa quasi noyade et ne réagit ainsi pas dans l’immédiat, au contraire de ses camarades et frères qui prononcèrent sa précédente identité sous divers tons, les uns le murmurant, d’autres le hurlant. Mais le plus bruyant fut, sans conteste, Newgate.
-ROGER ! Vieille canaille !
Il tenta bien d’y échapper, mais ne le put, recevant la tape amicale dans son dos, l’envoyant dans l’estomac de Ace qui n’en demandait pas tant et le cogna par réflexe.
-Newgate, t’as pas perdu en punch, marmonna alors l’ancien pirate en se relevant et s’éloignant autant que possible de son fils à qui on venait en aide.
Le rire qui suivit secoua le navire mais ne sembla gêner personne, preuve en était qu’ils étaient rodés.
-C’est une grande famille que tu as là, Newgate, reprit-il, son regard passant sur chacun d’entre eux.
Il pouvait reconnaître ceux qui naviguaient déjà sous le drapeau de son vieil ennemi ou ceux qui avaient fini par le rejoindre.
-Et encore, mes fils et mes filles ne sont pas tous là !
Ils éclatèrent de rire ensemble, jusqu’aux larmes, presque.
-Te revoir a été plaisant, Newgate, mais je vais devoir y aller, hélas.
Ils échangèrent un puissante poignée de main accompagné d’un féroce sourire, souvenir du bon vieux temps.
-Tu t’en vas déjà ?
-Il le faut bien ! Tant que Ace est dans les vapes, je ne risque pas de me retrouver au Tartare !
Il ne fit pas attention au regard interloqué, suite au dernier mot. Qu’est-ce que cela signifiait ?
-De plus, j’ai bien assez tardé et je sens que l’un de mes fils cherche à me joindre. Ça et mon frère qui n’attend qu’un pas de travers pour m’exiler de l’Olympe !
Haussant les épaules par défaitisme, il fit volte-face, prêt à rejoindre les eaux du Shin Sekai et, par un portail sous-marin, son palais en Atlantide. Mais c’était sans compter sur l’un des hommes de Barbe Blanche qui se jeta sur lui avec un cri de rage avec un… seau à la main. On se battait avec ce qu’on avait sous la main, hein ! En l’occurrence, celui-ci était de corvée de nettoyage.
Il ne fallut pas longtemps à Poséidon pour le rendre inconscient de quelques mouvements fluides.
-Viens pas m’embêter, gamin, je sors tout juste d’une guerre, souffla-t-il.
Le laissant sur le sol, il jeta un regard en direction de son ancien rival afin de s’assurer qu’il n’ait pas de problème, mais il n’en était rien.
-GUARARARARARA ! Le petit a le sang chaud ! Ne lui tient pas rigueur, Roger !
-Y’a pas de mal, Newgate. Par contre, je suis dans le regret de te rappeler que Roger est mort, je m’appelle autrement, maintenant.
-Je m’en doute bien, mais tu ne t’es pas présenté !
Ils se défiaient du regard, comme autrefois. Ça lui rappelait Percy qui n’hésitait pas à s’imposer à des dieux à a la force décuplée. Il sourit, malgré lui, à ce souvenir.
-POSÉIDON !
La violence du cri, doublé de la surprise, faillit le jeter à terre.
-Amphitrite, jolie entrée, la complimenta-t-il. Que se passe-t-il pour que tu viennes me chercher jusque ici ?
Elle le fusilla du regard à travers l’Iris Mail qu’elle avait dû invoquer. Bon, il lui devrait les drachmes de la conversation, c’est sûr.
-Pendant que tu fais Zeus sait quoi, les cyclopes sont en train de repousser les attaques d’un énième dieu marin.
-J’arrive tout de suite, soupira-t-il.
-Triton te rejoint avec ton char. Fait au plus vite.
La brume s’estompa rapidement.
-Eh bien, Newgate, je vais devoir y aller, comme je le disais, il semblerait qu’on ait besoin de moi au domaine marin, comme tu viens de l’entendre. À charge de revanche ?
-Tu m’intrigues mon ami, tu m’intrigues !
Ils échangèrent une nouvelle poignée de main avant que Triton ne survienne avec le char tiré par les chevaux marins. Juste à temps, Ace semblait avoir reprit ses esprits et était déterminé à le changer en cendres divines !
-J’ai été heureux de te voir, Ace ! Lui cria-t-il, quand même, alors que les flots l’engloutissaient.
Heureusement que le feu ne fonctionne pas dans l’eau, pensa-t-il, tandis que son fils continuait de le canarder alors qu’il était passé sous la surface trompeusement calme de la mer.
Cette nuit avait été tranquille, cette fois. Peut-être que son père avait résolu le souci ?
Percy fut content de ne plus avoir à se creuser la tête dès le réveil et put ainsi savourer son petit-déjeuner avec un petit sourire.
Il était temps !
