Le trident du soleil

Le trident du soleil – 2/2

Octave n’eut même pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait encore que sa ceinture liait ses poignets à l’une des nombreuses colonnes du lieu.

J’avais bien dit qu’il y avait trop de colonnes… se fit-il la réflexion avant de se secouer mentalement.

Sa lame lui avait été ôtée des mains au profit de celles de Percy, qui coupait proprement les vêtements trop larges, entaillant légèrement la peau dessous, mais rien de bien grave pour le moment.

Les sermons d’Octave l’agaçaient, alors il plaqua de force le T-shirt déchiré contre cette bouche bien trop bruyante, étouffant ainsi les sons dérangeants, et le jeune homme par la même occasion. Il ne pouvait extérioriser sa peur que par des regards inutiles.

– Si tu savais combien de fois j’ai eu envie de faire une chose pareille, murmura le prêteur. L’envie de t’humilier, de te faire peur et me supplier…

À chaque mot prononcé, le bâillonné écarquilla un peu plus les yeux, ce qui aurait donné un rendu plutôt comique s’il n’était pas dans cette situation.

Percy, lui, préféra afficher un sourire tordu et menaçant avant de se pencher vers le torse et de laper les gouttes de sang qui s’y trouvaient, suite au passage de la lame. Il savourait le goût métallique qui lui emplissait la bouche, hésitant presque à en faire couler plus. Ce fut lorsqu’il obtint un gémissement sourd qu’il se décida d’agrandir les plaies avec ses dents, avec ses ongles… Ce qui fit surgir plus de sang et plus de gémissements. C’était la folie.

Lâchant un feulement rauque, Percy agrippa les hanches pâles et y enfonça les ongles. Ses yeux viraient à la tempête et le sang gouttait d’un peu partout, teintant de rouge la peau ivoire.

– Si excitant, souffla le Grec d’une voix rauque. Mais si tu continues à autant bouger, je vais avoir du mal à me retenir, moi…

Il se pencha de nouveau, lapant les larmes de peau avec un ronronnement au fond de la gorge.

Il avait tout son temps, nul de sensé ne viendrait s’égarer sur le domaine de l’augure… Oui, il avait tout son temps pour le goûter convenablement, pour le dévorer dans son entièreté et savourer chaque parcelle de son être…

Lâchant leur prise, les mains déboutonnaient à tâtons le baggy, le faisant glisser le long des jambes maigres, ne laissant que le sous-vêtement comme maigre rempart contre l’agilité et le sadisme pervers de l’autre.

Percy le fixait avec une intensité quasi douloureuse, humidifiant ses lèvres de temps à autre, ne faisant qu’augmenter son anxiété, au point qu’il détourna le visage, ses larmes coulant toujours. Mais cela ne sembla pas plaire au brun qui lui attrapa le menton pour le forcer à le regarder. Son regard avait doublé d’intensité, le brûlant presque malgré sa teinte marine.

– Regarde-moi, gronda-t-il. Détourne ton regard ne serait-ce qu’une seule fois et tu le payeras plus que cher…

Il crispa un peu les mâchoires, s’étouffant un peu plus avec son morceau de tissu, le faisant tousser et s’étrangler, inquiétant un peu Percy.

– Si je l’enlèves, tu jures de ne pas hurler ? S’enquit-il. De ne pas appeler à l’aide ?

Tout. Il ferait tout et n’importe quoi pour ne pas s’étouffer avec sa propre salive. Il hocha la tête faiblement et le bâillon lui fut ôté, jeté dans un coin et aussitôt oublié. Il toussa encore un peu, reprenant son souffle douloureusement.

– Doucement…

Lorsque sa respiration reprit un rythme plus habituel, Percy lui fit relever le visage de deux doigts sous le menton. Les yeux se trouvèrent de nouveau, un peu apaisés.

Un peu plus bas, l’autre main jouait avec l’élastique du sous-vêtement, semblant hésiter à l’abaisser pour l’instant. Puis elle s’y glissa, frôlant la peau sensible mais n’allant guère plus loin.

– Tu as peur ? Souffla-t-il.

– À ton avis ? Couina-t-il.

– Je ne veux pas te faire de mal…

Il ponctua son soupir d’un baiser délicat sur le coin de ses lèvres, surprenant Octave. De la douceur, maintenant ? Après ce qu’il lui avait fait ?

De manière timide, les lèvres se pressèrent contre les siennes, quémandant le droit de passage. Lorsqu’il put s’y engouffrer et étonna Octave pour le coup. Mais lorsque celui-ci plongea son regard dans le sien, la prunelle brûlante était revenue, le clouant sur place et le faisant haleter.

– Brave imbécile, ricana Percy.

Il en profita pour reprendre d’autorité cette bouche qui voulut se refuser à lui, mais la poigne douloureuse de la main sur sa mâchoire lui fit passer le message : la force primait sur le plaisir.

Les larmes coulaient de nouveau, s’échouant sur les doigts qui se desserraient à ce contact, laissant des marques rouges voir saignantes, sur la peau tendre.

L’autre main avait repris son activité, massant l’aine et frôlant la verge du bout des ongles, ne s’y attardant. Il tentait de le faire chuter dans la même folie que celle qui l’avait atteint et le consumait en ce moment même.

– Tombe avec moi, souffla-t-il en arrachant le dernier vêtement. Tombe avec moi et ne te relève plus…

Il s’accrocha à ses cheveux, lui tirant la tête en arrière, dévoilant son cou qu’il mordilla et suçota, le marquant avec une attention toute particulière, comme lui appartenant.

Il cessa son manège pour quitter son T-shirt, le balançant au hasard, et se pressa contre le corps nu, savourant la chaleur qui s’en dégageait, comme une caresse du soleil.

– Je crois bien que j’adore ta peau… marmonna-t-il entre deux coups de dents sur l’épaule.

Il alternait la profondeur des marques, ne se gênant pas pour aller jusqu’au sang ou de laper celui-ci comme du nectar.

Percy sentait bien qu’il n’était comme à son habitude, mais il n’avait ni la force ni l’envie de lutter contre cette nappe noire qui englobait peu à peu son cerveau, le noyant sous des pulsions et des instincts bestiaux qu’il avait enfouis au plus profond de lui. Si tout remontait à la surface, ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose…

– Tu ne raconteras rien, haleta-t-il.

Il bataillait avec l’ouverture de son pantalon, l’aine douloureuse. Il ne voulait pas nécessairement s’assouvir tout de suite, juste avoir une contrainte de moins sur lui, libérant complètement son érection, soupirant à la caresse de la peau tiède qu’Octave réalisa en frissonnant d’appréhension.

– Tu m’as bien compris ? Tu ne diras rien. À personne.

Il enfonça ses ongles dans la chair tendre de la cuisse à sa portée, obtenant un balbutiement affirmatif qui sembla lui plaire car il desserra sa prise, ne laissant qu’une marque blanche puis rouge.

– Brave idiot… Tu seras bien vite récompensé, ne t’en inquiètes pas…

Il lui flatta l’entrejambe pour mieux se faire comprendre. Il semblerait que les neurones d’Octave se soient déconnectés et ne faisaient plus leur travail.

– Mais j’ai moi aussi le droit à la récompense, tu ne penses pas ? Après tout, c’est un peu moi qui fais tout le sale boulot depuis le début, on est d’accord ?

Ses vêtements glissèrent au sol, le laissant aussi nu que son vis-à-vis qui hésitait à détourner le regard par peur de ce qui pouvait lui arriver.

N’obtenant aucune réponse, Percy haussa les épaules avant d’attraper les hanches du romain et de les soulever, le forçant à enrouler ses fines jambes autour de sa taille pour ne pas tirer sur ses bras. Il voyait la peur dans les yeux bleus. La peur de la douleur et des actes qui allaient suivre. Percy aurait bien voulu le rassurer, mais ç’aurait été ironique.

Alors il passa la main dans les mèches blondes avant de le pénétrer avec retenue, enfonçant ses dents dans sa lèvre inférieure. Il devait se maîtriser mais le déluge de sensations était en train de l’engourdir, la nappe noire reprenant ses droits sur son cerveau et les instincts bestiaux remontant à la surface.

Octave eut l’impression d’être déchiré en deux lorsque Percy le pénétra. Il laissa ses larmes couler. Il avait peur. Il avait mal. Il avait mal. Il aurait préféré être n’importe où à cet instant précis, même sur un champ de bataille que là, dans les bras de ce puant de Grec qui souriait de manière sadique, semblant apprécier ce qu’il voyait et faisait.

– N… Non, geignait-il en se débattant faiblement.

Ses poignets s’écorchaient contre la pierre de la colonne et le cuir de sa ceinture aggravant la douleur qui fusait depuis l’intérieur de ses reins. Il rejeta la tête en arrière, semblant supplier le ciel (ou son père Apollon) de le sauver de la situation dans laquelle il se trouvait.

– Personne ne viendra, Octave, susurra son bourreau à son oreille. Et tu sais pourquoi ? Parce que personne ne t’aime et que s’ils savaient ce qui t’arrivait, je suis sûr qu’ils me féliciteraient pour mon acte…

Il souligna ses propos d’un mouvement de bassin qui accentua la douleur qu’Octave ressentait. Il ne put prendre le temps de s’y habituer que d’autres coups de butoir se succédèrent, semblant l’ouvrir en deux.

Il pensait cela fini lorsque la semence du Grec se déversa et que celui-ci lui détacha les poignets en haletant, mais il avait tout faux. Rien n’était fini.

Son ventre frappa le rebord de la table sacrificielle, son visage plaqué contre le rebord de pierre et le reste de son corps pendant dans le vide, ses orteils frôlant à peine le marbre du sol.

Il n’eut pas à tergiverser pendant longtemps, son intimité subissant une nouvelle intrusion. Les coups de rein ne semblaient pas vouloir s’affaiblir, paraissant même reprendre de la vigueur, ce qui était étonnant.

Son ventre et le haut de ses cuisses s’écorchaient à chaque mouvement, abîmant la peau de lait. Octave sentait son visage lui cuire à force de frotter contre la pierre. Ses yeux n’avaient plus de larmes à verser et ses cordes vocales étaient trop nouées pour lâcher autre chose que des soupirs et des râles de douleur. Il était à bout de force, complètement exténué, à deux doigts de la perte de connaissance.

Il était d’ailleurs en train de se laisser couler dans l’obscurité lorsque tout cessa. Il sentit Percy se retirer et s’éloigner. Il pouvait l’entendre se rhabiller, mais lui-même ne pouvait plus bouger. Rien que le fait de remuer un orteil lui paraissait être un effort surmontable.

Il cilla, un peu perdu entre rêverie et réalité, la douleur ne lui tirant plus aucune réaction. Il était si mou que le retour de Percy ne lui fit rien, pas plus que lorsqu’il le releva, le portant un peu plus loin. Plus rien ne l’intéressait.

Percy avait des remords. Il jeta un coup d’œil à l’augure dans ses bras. Il semblait si faible, si désarmé… Et c’était de sa faute. Et il en avait profité. Et il se dégoûtait.

Il poussait les portes sur son chemin, cherchant la chambre de sa victime. Lorsqu’il la trouva enfin, il hésita presque à y entrer, trouvant sa présence offensante.

Il alla le déposer sur la pile de couvertures qui devait servir de lit, l’installant le plus confortablement possible. Il pouvait encore voir la trace séchée des larmes, les yeux gonflés et les lèvres abîmées. Il pouvait sentir le sang qui avait coulé à travers les fines ouvertures. Il devinait les écorchures et les plaies qu’il lui avait infligées.

Percy ne pouvait pas lui effacer la mémoire, mais au moins pouvait-il l’appliquer à son corps.

Faisant jaillir un fin filet d’eau, il entreprit de faire disparaître les différentes marques disgracieuses, ressentant la morsure de la honte sur son cœur à chaque fois qu’il en trouvait une autre.

Lorsque cela fut fait, il passa la main dans les courtes mèches avec hésitation avant de se lever et de quitter la pièce, le pied lourd. Il s’arrêta dans l’encadrement de la porte et jeta un regard par-dessus son épaule. Il ne devait plus céder à ses désirs, mais…

Il retourna auprès d’Octave à grands pas et se pencha vers lui, frôlant leurs lèvres un court instant, murmurant quelque chose de quasi inaudible. Puis il sortit définitivement, un fardeau immonde pesant sur ses épaules.

Dans ses couvertures, Octave ouvrit les yeux, un peu vitreux. Il grimaça, les oreilles sifflantes, le dernier aveu se répercutant dans son crâne.

« Je t’aime. »

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