La lyre et le caducée [Percy Jackson]

La lyre et le caducée – … Mais l’amertume n’est jamais très loin 2/2

Revenant d’une de ces banales patrouilles que lui avait assignée son père, Hermès parvint à l’Olympe, épuisé, mais heureux à la perspective de retrouver son « petit » blond. Ça faisait un mois qu’ils enchaînaient mission sur mission, repérages et espionnage, travaillant la journée et profitant de la nuit.

Alors qu’il passait dans l’un des couloirs pouvant le raccompagner à sa chambre, un blond survolté lui sauta dessus et prit possession de ses lèvres avec un certain impératif.

Reconnaissant ledit blond, le dieu des médecins sourit et accéda à sa requête en entrouvrant la bouche, ses mains parcourant avec délice le plus possible du torse de son vis-à-vis. Décidant qu’il désirait bien plus, il lui arracha son T-shirt et choisit plutôt de goûter la peau offerte de sa langue au lieu de ses doigts.

Collant son partenaire contre lui, Hermès put constater à quel point Apollon l’avait attendu. Il cacha un sourire vainqueur et remonta l’embrasser.

-On va ailleurs ? Ça m’étonnerait beaucoup que Déméter apprécie l’intention…

Pour toute réponse, le jeune dieu lâcha un son allant entre un gémissement et un grognement. Hermès sourit en voyant ça et il l’embrassa délicatement sur le front.

-Je te promets de me surpasser, murmura-t-il à son oreille avant de prendre le lobe et de jouer avec.

Hermès finit par reculer d’un pas après l’avoir embrassé une nouvelle fois. Il ramassa le vêtement et le lui tendit en souriant. Apollon l’enfila rapidement, enthousiaste et anticipant ce qui allait suivre. Ils avaient découvert il y a peu la joie des « jouets pour adultes ». Il avait très bien compris la promesse sous-jacente, et en était excité d’avance.

Hermès était parti loin devant quand Apollon revint à la réalité. Il courut pour piler juste à ses côtés. Le brun passa son bras à sa taille pour le coller à lui et ainsi poser ses lèvres dans son cou.

-Je t’aime, mon petit musicien.

Ce dernier grogna pour la forme, heureux, au fond, de l’attention qu’il lui portait. Et il décida de délasser la personne de son cœur, d’une manière ou d’une autre…

Alors, quand ils se retrouvèrent tous deux enfermés dans la vaste chambre du dieu messager, le plus vieux entreprit de dénuder son ami, à grands renforts de coups de langue et mordillements, le tout accompagnés de caresses. Ces petites attentions remplirent à merveille leurs fonctions, et c’est un Hermès bien excité qui fit face à son compagnon. Compagnon qui n’en menait pas plus large, bien au contraire…

-Hermès… Allonge-toi sur le ventre… Murmura le blond entre deux baisers. S’il te plaît…

Curieux de nature, son partenaire se laissa faire, entièrement confiant. Il lui donnerait sa vie si besoin était.

Le plus gamin des deux se plaça à cheval sur le second, et entreprit de dénouer les muscles de celui en-dessous. Des gémissements de bien-être s’élevaient, faisant sourire celui qui en était la cause.

Tendant la main en arrière, Apollon attrapa une petite bouteille à l’aspect des plus banals. Il se l’était procurée grâce à Iris. La jeune déesse offrait toujours ses services en extra, histoire d’arrondir ses fins de mois. Et puis, rendre service à un ami de longue date…

Le bouchon ôté, la douce et entêtante odeur du jasmin se fit sentir, pour le plus grand bonheur des deux hommes, furieux appréciateurs de cette fragrance.

Apollon s’en enduisit les mains avant de les porter à son nez pour s’imprégner de la bonne odeur. Cela fait, il fit couler un peu du liquide sur le dos de son aimé qui frissonna au contact tiède, puis il s’amusa avec, dessinant, inventant des poèmes qu’il lui déclamait à mi-voix tout en les écrivant du bout de son index sur la large surface musclée.

-La lumière des amants
Vieille de mille ans
Lune de miel, évidemment

-Apollon… Tu es vraiment le dieu des poètes… Pourquoi gâches-tu ton talent pour passer pour un simple trublion ?

Pour toute réponse, le blond pressa son index sur les lèvres de son amant pour lui faire comprendre de se taire.

-Chut, lui ordonna-t-il d’une voix douce avant d’échanger son index au profit de ses propres lèvres.

Durant le baiser qui commençait de plus en plus à s’échauffer, Hermès en profita pour se tourner sur le dos et ainsi déshabiller son petit-ami. Il ne pouvait s’empêcher de savourer cette sensation de possession envers ce corps si désirable…

Cassant le baiser, il l’obligea à imiter la position qu’il avait précédemment, se mettant à son tour à califourchon sur sur son fessier, faisant lâcher un grognement au blondinet. Somme toute, c’était une position très excitante pour lui, encore plus que tout à l’heure, étant donné que tous deux n’étaient nullement habillés.

S’emparant à son tour d’une bouteille posée sur la table de chevet, que son compagnon avait loupée, Hermès entreprit d’en dévisser le bouchon, alors que sa langue traçait de petits sentiers démarrant au centre de rien pour aboutir au bout de nulle part.

Sa victime, déjà diablement bien excitée, ne pouvait camoufler ses gémissements de plaisir, crispant ses mains sur la literie, grinçant des dents, remuant son bassin compressé contre la toile du matelas et se tendant au possible, appréhendant ce qui allait suivre. Car l’imprévu était une chose que seul son amant était capable de préparer, et pour le dieu des prophéties, c’était une valeur inestimable…

Son petit dieu des menteurs le refit venir au moment présent en faisant couler le liquide mystère sur son dos, le faisant frissonner. Lorsque l’odeur fruitée de la framboise lui parvint, il faillit en ronronner de bonheur. Les fruits des bois étaient ses mets favoris, et il adorait le parfum de la framboise plus que tout. Bien qu’il ne soit pas contre une petite fraise de temps en temps… Particulièrement si celle-ci se trouve sur le corps divin de sa moitié.

Les mains de son aimé étaient partout à la fois, enduisant le corps à sa merci avec grand soin avant de cesser soudainement, au grand dam de son partenaire qui réclamait par tous les moyens possibles plus de tout. Plus de caresses, plus de contact, plus…

Les mains peignèrent les mèches folles avec douceur, calmant quelque peu les récriminations du blond. Celui-ci lâcha un glapissement lorsqu’une langue coquine entreprit de récupérer un peu du liquide sucré, suçotant la peau avec délice. Puis plus rien. Cette fois-ci, les dents furent de la partie, semblant grignoter la chair comme si elle était un fruit délicieux. Puis tout cessa avant de recommencer à nouveau, dans le bas du dos cette fois. De violents coups de langues, le léchant comme une bonne glace.

Le pauvre supplicié se cambrait sous les assauts, étouffant ses gémissements dans l’oreiller sous lui. Ses mains griffaient le matelas et entortillaient le drap entre ses doigts. Il donnait de petits coups de bassin en tous sens, et la toile frottant sur sa verge le faisait lâcher mille et un râles de frustration.

Des couleurs en tous sens se bousculaient dans la tête du dieu des Arts. Le rouge de la passion, le vert de l’espoir, l’orange de l’envie, le mordoré de la luxure, le rose de la jouissance, le bleu de la frustration… Une ribambelle de colorations rebondissant partout au creux des parois de la tête bordée de boucles blondes.

La langue refit son apparition sur l’omoplate, léchant paresseusement en de longues boucles gourmandes. Les mains massaient le cuir chevelu avec douceur, jouant avec les mèches, les ongles griffant parfois la peau.

Hermès savourait le mélange de la framboise du coulis et du miel de la peau blonde, faisant glisser sa langue avec délice, jouant avec les nerfs de son compagnon si parfaitement comestible. Il posa ses lèvres sur le flanc gauche un bref instant, les décolla, attendit quelques secondes pour finalement goûter de ses dents et de sa langue, alternant les deux avec irrégularité. Il fit glisser ses mains le long de la ligne du dos, partant en spirale de temps en temps. Il était partout et nulle part à la fois, il était un véritable magicien, pour le plus grand plaisir de son cobaye préféré.

Les mains glissèrent de la tête jusqu’aux poignets, les emprisonnant fermement, pour les remonter au-dessus de la tête blonde et les maintenir relevés. Nichant son visage contre le cou de son partenaire, Hermès mordilla la peau tendre, suivant les quelques veines visibles.

Ses doigts roulèrent sur le bas de son dos, malaxant la peau douce et jouant avec les nerfs de son compagnon en le frustrant graduellement.

-Hermès, râla ce dernier, arrête…

-Pourquoi arrêter ? Demanda innocemment l’interpellé en donnant un petit coup de langue le long du lobe, obtenant un délicieux gémissement. Tu vois, ça te plaît…

-Je veux plus… Grogna le plus vieux. Alors viens me satisfaire !

-Y manque un mot, votre altesse bouclette.

La phrase ne reçut qu’une tape en toute réponse. Le surnom datait de leur enfance en rapport avec les coiffes qu’il arborait à cette époque, toutes plus emmêlées les unes que les autres.

-Tout de suite, majesté, finit par obtempérer le père d’Asclepios.

L’embrassant en-dessous de la dernière vertèbre, le dominant caressa les flancs avec des gestes lents, puis décida de passer à la phase tant attendue.

Alors que Hermès faisait doucement glisser sa verge le long des fesses rebondies de son amant, un bruit le figea aussitôt, lui et Apollon. Un bruit de porte qui s’ouvrait. Le verrou n’avait-il pas été tiré ? Il fallait croire que non, visiblement.

-Hermès ? J’aimerais ton rap…

Athéna se figea face à cette situation si peu ordinaire et son cerveau pourtant si performant et rationnel semblait bugguer, apportant une information hachée.

Hermès. Stop. Apollon. Stop. Nus. Lit. Stop.

La déesse pâlit et se rattrapa au chambranle de la porte décorée.

-Zeus tout puissant, murmura-t-elle encore sonnée.

Les deux amants, pris sur le fait, étaient penauds et ne savaient quoi faire. S’ils esquissaient le moindre geste, cela pourrait débloquer la chouette divine, et s’ils ne s’habillaient pas, ils allaient prendre froid. Cruel dilemme… L’honneur ou la santé ?

Leur réflexion commune fut coupée court lorsque Aphrodite -qui passait par là- pénétra à son tour dans la caverne d’Ali Baba (il faut bien stocker quelque part le butin, non ?) et resta stupéfaite avant que son amant divin ne se fasse place.

-Eh bien… Soupira doucement la belle blonde. Chacun son tour messieurs. À moi le filet d’or, à vous le bracelet d’airain. Je ne peux rien pour vous…

Arès, lui, se contenta d’un rire tonitruant alors qu’Apollon s’enroulait dans les draps, les pommettes rouges, et que Hermès le serrait contre lui en lui caressant le dos.

-Sortez, s’il vous plaît. Vous n’avez rien à faire ici, fit la voix calme du brun.

-Je m’en vais. Mais j’avais une meilleure opinion sur vous deux. Hermès, j’attends ton rapport dans une heure.

-Une heure ? S’exclama Apollon. Mais il n’aura pas le temps.

-Eh bien, tu n’auras qu’à l’aider au lieu de te rouler dans ses draps, sodomite.

-So… Sodomite… Répéta le blond en écarquillant les yeux.

Athéna sortit de la pièce la tête haute et les pommettes rosies. Quel affront ! Exposer ces attributs masculins à une déesse vierge comme elle ! Durant les deux premiers temps de son existence, certes, les hommes se battaient nus, mais les lieux étaient interdits aux femmes !

Eh non… Notre chère déesse chouette n’avait jamais vu le loup, comme on dit.

-Vous croyez vraiment que je vais vous laisser en paix, alors que vous ne l’avez vous-même pas fait ?

-C’est très puéril Didi, remarque le dieu des arts.

-Eh bien, je serai puéril ! S’emporta la déesse de la fertilité. Qu’importe !

Arès ne pipait mot, mais son sourire s’accentuait de minute en minute. Lui aussi y voyait de la vengeance par rapport au filet d’or que l’autre autiste de Héphaïstos avait utilisé pour les piéger tous deux alors qu’ils le trompaient joyeusement, et tous les autres dieux ne s’étaient pas gênés pour venir se moquer d’eux en commentant leurs positions. Et ces deux-là en avaient fait partie, bien évidemment…

-Alors ? Ça fait quoi d’être ainsi humilié ? Je paris que j’arriverais même à vous enfoncer encore plus !

-Tu n’oserais pas ?! S’épouvanta le plus vieux des deux amants.

-Ne suis-je pas l’une des anciennes amantes des Trois Grands ? Se vanta-t-elle.

-Tu t’es aussi fait Hadès ? Siffla Hermès qui n’avait pas rouvert la bouche depuis la sortie de la déesse de la raison. C’est du courage ou de l’inconscience ?

-Je n’ai jamais laissé ce dieu me toucher !

-Qu’il essaye, ce vieux Sent-le-Cadavre, grogna Arès en resserrant sa prise sur ce qui s’avérait être une… fléchette ?! Je ne le laisserai jamais approcher Aphrodite ! Le vieux Goëmon passe encore, le paternel c’est limite, mais celui-là, c’est no way.

Le dieu colérique passa son bras autour de la taille de guêpe de sa maîtresse et plaqua cette dernière contre lui, les défiant du regard.

Le messager divin haussa les épaules : ce genre d’histoire ne l’intéressait guère ! Il embrassa tendrement le haut du crâne de son aimé avant de faire venir à eux leurs vêtements éparpillés grâce à sa maîtrise de l’élément air. Il s’habilla sans aucune gêne devant ces deux intrus puis aida son compagnon à faire de même, étant complètement sonné par ce qui venait d’arriver.

Il avait fallu que le désir prenne place sur leur bon sens, leur faisant oublier de fermer une stupide porte, et leur relation secrète ne l’était plus. C’était de sa faute, il en était persuadé.

Une fois correctement vêtu, Apollon reprit un peu de ses esprits et se leva, serrant brièvement la main de son amant pour le remercier. Leurs mains se relâchèrent imperceptiblement alors que le jeune dieu du soleil sortait de la chambre, la tête haute.

-Où crois-tu aller comme ça ? Cingla la voix froide de la belle déesse en l’attrapant au bras.

-Faire mon travail, rétorqua-t-il sur le même ton glacial. Mon char se doit d’être à l’heure prévue.

La jeune femme dut le lâcher lorsqu’il tira son bras à lui. Elle le regarda haineusement alors qu’il disparaissait dans le couloir sans un regard en arrière.

Lorsqu’elle recentra son attention sur l’autre dieu fautif, à son avis, elle écarquilla les yeux, surprise.

-Mais… Que fais-tu ?

-Le lit, se contenta-t-il de répondre en haussant les épaules.

-Un dieu n’a pas à s’abaisser à ce genre de taches ! S’exclama-t-elle d’un air dédaigneux. Les serviteurs sont là pour ça !

Il ne l’écoutait pas, achevant ce qu’il faisait. Il lui arrivait de faire ça pour l’aider à la concentration. Peu de personnes étaient au courant, et encore moins l’incarnation de la beauté.

Cette dernière finit par faire volte-face, accompagnée par son amant qui se taisait, laissant son aimée cracher tous ses ressentiments.

-Mais dans quoi s’est-on fourrés ?! Gémit le dieu brun en se laissant tomber sur le lit, la tête entre les mains.


-Chers frère et sœurs, filles et fils, désolé de vous avoir dérangés une nouvelle fois, mais cette affaire requiert toute notre attention.

-Mon frère, il y a intérêt à ce que le motif de cette réunion soit réellement des plus importants, gronda le seigneur des océans.

-Mon frère, je veux.

Chaque divinité était présente, installée dans son majestueux siège (enfin… Une chaise de pêcheur, c’est majestueux ?), serrait les dents en attendant que le temps passe, prenant son mal en patience.

-Que se passe-t-il donc ? Demanda abruptement Artémis. Et où se trouvent mon frère et Hermès ?

Les dieux encore ignorants de l’incident survenu plus tôt haussèrent les sourcils en remarquant l’absence de leurs collègues. Qui dit absence dit forcément attente. Et merde.

-Faites entrer les accusés, se contenta de déclarer le patriarche.

On n’attendait pas les deux manquants ? Cette décision étonna la déesse de la Lune… Et l’inquiéta fortement.

La porte s’ouvrit exagérément, laissant aux yeux de tous les fautifs. Ces derniers semblaient résignés à la mascarade qui allait s’ensuivre. Deux créatures ailées, des harpies peut-être, les encadraient, une longue lance à la main. Une paire de menottes faite de bronze céleste enserrait leurs poignets, les empêchant ainsi d’utiliser leurs pouvoirs divins.

Avançant au centre de la salle et en face de leur père divin, le dieu messager pila et sortit un rouleau blanc cassé qu’il tendit sans un mot à la déesse de la sagesse qui le prit pour le glisser auprès de ses autres rouleaux. Comme promis, il lui avait rédigé le rapport réclamé. Enfin, ils se plantèrent face au couple royal. Héra semblait assez partagée. En un sens, la pédérastie était communément pratiquée aux temps grecs, ils n’étaient pas en torts… De plus, cela devenait de plus en plus commun d’avoir une gay révélation.

-L’accusatrice est Aphrodite, les accusés sont Hermès et Apollon…

-Quelle est donc cette mascarade ? Se révolta la déesse de la chasse. Je ne suis pas venue pour voir mon petit frère se faire accabler d’injures pour une bêtise de trop ! Et d’ailleurs… Me tromperai-je

en affirmant que ces liens qui le retiennent absorbent son énergie vitale ?!

Héphaïstos émit un petit gloussement fier. C’était bien évidemment lui qui les avait conçus, cela tombait sous le sens. Mais il était juste heureux que son père leur ait trouvé une certaine utilité, plus que de voir ce dieu aux boucles blondes lutter pour rester éveillé, étant donné que l’aspiration était des plus violentes.

-Hermès et Apollon, vous êtes accusés d’avoir eu des relations homosexuelles entre vous, poursuivit le seigneur de la foudre, imperturbable. Reconnaissez-vous ce fait ?

Un silence de cathédrale s’abattit dans la salle des trônes. De la perplexité se mêlait à du dégoût. Ils avaient… Ils avaient… ensemble…? Sous leurs nez ?!

-Nous reconnaissons les faits, déclara Hermès en gardant sa tête levée.

Il semblait… fier de cette accusation, de cette étiquette d’homosexuel qui était dorénavant collée à leurs dos avec de la colle spéciale Héphaïstos, « celle qui permettrait de fixer Hadès à son trône pour l’éternité ! » (en fait, initialement ç’aurait dû être « pourrait recoller Cronos à jamais ! » mais ça dérangeait quelques divinités… Bref). Apollon de son côté avait fermé les paupières, les pommettes un peu rosies. Il avait posé sa tête sur l’épaule de son amant, le teint crayeux et les membres semblant traversés de spasmes.

Déjà avant il n’était pas dans une forme olympique, sans jeu de mots. Il avait dû enchaîner nuit blanche sur nuit blanche, au risque de s’endormir sur le volant de sa décapotable adorée et de finir ainsi dans le décor. Ajoutons-y les activités de tout à l’heure et le stress qui le hante, et vous n’obtiendrez pas une forme digne des champions…

Le brun aurait tant voulu serrer dans ses bras le corps frêle de son compagnon… Tellement…

-Et nous les revendiquons, même, assura ce dernier d’un sourire en mêlant maladroitement leurs doigts.

Le plus jeune posa un tendre baiser au milieu des boucles blondes de son aimé en souriant doucement. Il était fier de son amour pour lui. Et le fait que son demi-frère proclame ainsi leurs actes le ravissait. Au fond de lui, il avait craint d’être le seul confronté au motif d’accusation… Mais non. Ils seront deux. Deux contre l’Olympe entière, voire toute la mythologie grecque entière, mais tant qu’ils pouvaient rester l’un avec l’autre, ils s’en contrefichaient…!

-Hermès, tu es avec nous ?

Ah zut, il était encore parti dans ses pensées, complètement déconnecté de la réalité…

-Oui oui…

Il reprit une position un peu plus sérieuse et empêcha son sourire de lui dévorer le visage. Un vieux souvenir lui était remonté à la mémoire… Celui où ils s’étaient promis l’un à l’autre…

Apollon devait lui aussi y repenser, car il arborait un petit sourire en coin rêveur. Il était vraiment craquant. Comment y résister ?

Et pourtant, c’est ce qu’il fit. Repoussant avec difficulté son envie de l’embrasser, Hermès se reconnecta avec la réalité.

-Bon, eh bien… Poursuivit le patriarche. Les accusés reconnaissent les faits, donc l’accusatrice est dans le vrai.

-Aux faits mon frère, aux faits ! S’impatienta le seigneur des courants marins.

C’est vrai, quoi, on est en pleine guerre divine et intestine, et l’autre big boss trouvait rien de mieux que leur tailler la bavette ! Désespérant… Il avait un monde marin à régenter, lui ! Il lui arrivait parfois d’envier son autre frère, Hadès, et son interdiction de paraître en ces lieux divins. Parce que lui, en revanche, il devait se taper l’autre têtu de frangin ! Et, franchement, il commençait à en avoir sa claque !

Soupirant, le plus jeune des plus vieux accéda à la requête et se racla la gorge avant de se tourner vers une Aphrodite semblant exulter.

-Malheureusement très chère, je ne vois pas en quoi cela intéresse le moins du monde qui que ce soit… Cela explique juste pourquoi aucun des deux ne semblait se préoccuper de tes charmes. Et ce n’est pas vraiment un crime… de mon point de vue, ajouta-t-il rapidement.

Poséidon se leva de son siège et tourna le dos à Zeus. Passant auprès du couple incriminé, il tapota l’épaule de Hermès sans rien dire et sortit dignement. Dionysos le suivit, grognant sur le temps qu’il avait perdu. Déméter s’en alla à son tour, pinçant ses lèvres de dégoût en s’approchant du blond et du brun, entraînant avec elle Héphaïstos qui avait encore quelques trucs à faire dans son garage. Athéna leur lança un regard un peu peiné avant de quitter la salle à son tour, car elle les appréciait quand même, et un dégoûté envers cette traînée d’Aphrodite.

Ne restait plus que trois couples : le divin, l’adultère et le gay. Et Artémis. Héra se leva de son trône, sous le regard surpris de son mari. Allait-elle emboîter le pas aux autres ? Non, se raidissant, la reine des dieux fixa l’épouse de son fils difforme.

-Pour une déesse de l’amour, tu n’as pas l’air d’accepter celui « non conventionnel », pourtant, cela n’avait pas tant l’air de te gêner auparavant.

L’interlocutrice ne répondit pas, comme gelée sur place.

-En tout cas, reprit la matriarche, je ne vois pas pourquoi les infidélités seraient autorisées et les relations homosexuelles non admises !

Dans son coin, la jumelle d’Apollon hocha la tête suite aux propos sensés. À son avis, du moins.

Aphrodite resta interdite et ne reçut aucun soutien de la part de son amant. Arès n’osera jamais l’avouer, mais sa mère faisait partie de ses pires terreurs. Avec les chaussettes roses à pompons, mais ça c’est une autre histoire. Oh oui, une tout autre histoire…

Revenons à nos « coupables ».

-Alors, reprit l’épouse royale, je déclare Apollon et Hermès non coupables et libres d’exercer leur amour tel qu’ils le souhaitent. J’ai dit.

Les derniers mots prononcés, c’est d’un pas très digne que la déesse de la fidélité quitta la pièce, mais pas avant de faire délivrer ses deux beaux-fils de leurs entraves magiques.

Les deux dieux soupirèrent d’aise lorsque celles-ci disparurent de leurs poignets et ils se les frottèrent un instant pour pouvoir faire partir la sensation persistante des liens. Arès se leva finalement, marmonnant quelque chose sur le fait qu’il avait un entraînement. Il prit Aphrodite par les épaules et l’obligea à se mouvoir malgré son état de choc. Ne restait plus que Zeus et ses trois enfants.

Le plus vieux soupira, passant une main lasse au travers de sa barbe blanchissante. De son côté, la déesse à la virginité éternelle sauta au bas de son siège et courut auprès de son frère. Elle se retint de lui sauter au cou. Elle ne le faisait plus depuis qu’elle avait décidé de se refuser à la compagnie des hommes, mais elle ne pouvait s’empêcher de vouloir poursuivre les contacts qu’elle avait avec son frère cadet. Ce dernier lui sourit et ricana quelques secondes.

-Maintenant, tu sais que je ne suis en rien un danger pour tes précieuses chasseresses !

-Le loup devient végétarien pour mieux tromper l’agneau, rétorqua pensivement la blonde.

Hermès souriait en les voyant ainsi, échangeant piques et vannes. Risquant un regard vers leur père commun, il put apercevoir une sorte de bénédiction de sa part, accompagnée d’un clin d’œil, l’estomaquant au départ, avant de le faire sourire malicieusement. Puis, saisissant enfin que son aimé et lui étaient libres d’aimer au grand jour, il fondit sur les lèvres un peu trop actives à autre chose, à son goût.

-Je t’aime, susurra-t-il alors qu’il reprenait de l’air, se perdant dans l’argenté de ses yeux.

-Moi aussi beau brun.

-Euh… Les gars ? Fit une petite voix. Vous êtes pas seuls, vous le savez ?

Ils tournèrent alors la tête vers Artémis qui leur était totalement sortie de la tête. Ses pommettes semblaient prêtes à prendre feu tellement elle rougissait.

-Désolé sœurette ! S’excusa son double. On va te laisser, d’accord ?

Et, sans attendre une quelconque réponse de ladite « sœurette », ils filèrent tous deux achever ce qu’ils étaient en train d’effectuer avant qu’on ne les stoppe deux fois.

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