-Quand comptes-tu revenir ?
-Bonjour à toi aussi Cassandre. Tu vas bien ?
-Aucun souci. Mon Milo est un amour. Alors ? Comment ça avance de ton côté ?
-Mal. Je suis percluse de courbatures et une joyeuse farandole de nains de pierre dansent la bourrée tous les soirs. C’est très reposant, comme tu peux l’imaginer.
Je lui offris un regard désabusé. Je lui enviais sa fraîcheur de rose, d’un certain côté. Je faisais vieille pomme oubliée, à ses côtés.
-Tu refuses toujours le miroir ?
-Je ne reviendrai pas sur mes décisions, et tu le sais. À chacun sa ligne de conduite ! Je ne ferais rien qui fasse rougir ma descendance !
Avisant son air amusé et son sourcil relevé, je me sentis obligée de rectifier mes propos, les joues brûlantes.
-Bon, okay, je ferais forcement des trucs qui feront rougir ma descendance, mais pas le miroir.
Elle sembla réprimer un rire alors qu’elle me tendit une fiole nacrée.
-Ça, c’est pour l’humeur. Dès que tu sens qu’elle se modifie sans que cela soit de ton propre fait, prends-en deux gouttes. En cas de gros changements, ça sera cinq.
Je le reniflai avec suspicion.
-Beurk ! T’as mis du frêne dedans ? Je déteste ça !
-C’est du tilleul, déjà, et c’est bon pour ce que tu as. Maintenant, ouste ! Tes preux chevaliers t’attendent, et ton royaume aussi !
-Dis plutôt que tu as hâte de ne plus avoir à répondre au dédain de mère. Je te comprends : elle est insupportable.
-Dis-donc, petite princesse, tu te crois tout les droits !
Je la fixai quelques secondes, perdant mon sourire au profit d’une attitude plus sérieuse.
-J’ai les droits qui me conviennent. Tu parles à ta nouvelle souveraine, ne l’oublie pas.
Je partis sans plus attendre, traversant le portail de quartz qui me fit arriver directement dans ma chambre.
Avisant la nuit tombée et la lune haute, je soupirai. Le temps passait à une vitesse folle. Quand s’écoulera-t-il uniquement pour ma personne ? Quand aurai-je le plaisir d’observer les aiguilles, juste en me disant que c’était l’amour qui les bougeait ?
Je repris mon apparence de naissance dans un soupir lassé. Ça permettait d’alléger la douleur.
J’avisai le miroir en pied se trouvant non loin et m’en approchai à pas lents. Je ne m’étais pas admirée dans cette tenue depuis plusieurs mois, et ça me faisait étrange de me revoir ainsi.
Baissant la tête, je jetai un regard à la surface réfléchissante. Mes épaisses cornes recourbées en arrière ne me laissaient voir qu’une partie de mon visage, m’obligeant à me décaler pour le voir entièrement. Mes yeux bleu glace ressortaient sur ma peau cramoisie avec la netteté des pupilles de chat. C’était un détail qui avait son importance : les yeux clairs chez les succubes étaient assez rares pour être un atout de charme… Ou une différence cruelle.
Mes longs cheveux étaient nattés et reposaient sagement autour de mon cou, tel un collier noir, soulignant ma tenue de cuir minimaliste qui montrait autant mon ventre que mon tatouage. Les rayons de la Lune caressant ma peau activaient les mouchetures qui la parsemait.
J’étais aussi intimidante que sexy, l’un pouvant aller avec l’autre. Et c’était ce que l’on attendait de l’Impératrice.
Je frôlai mon tatouage en soupirant de dépit puis décidai d’aller me coucher : demain est un autre jour.
-Tu peux me rappeler ce que je fais là ? Grognai-je à l’intention de Bella.
Elle m’adressa à peine un regard, concentrée qu’elle était pour ne pas trébucher. C’est ça le souci lorsque vous sortez avec un vampire : la moindre petite coupure peut lui faire perdre la tête !
Je rejetai en arrière une mèche rebelle, évitant une branche trop basse. Vu le temps que j’ai pris pour ma coiffure, ce sera dommage de la gâcher.
Sinon, pour vous éclairer, sachez que nous sommes samedi après-midi, dans la réserve indienne. Bella a surgit comme une folle chez moi il y a deux heures pour me forcer à l’accompagner, son vampire de petit-ami y étant interdit et ne voulant pas se retrouver seule. Hourra.
Et si je parle de deux heures, c’est le temps pour qu’elle se rende compte que me supplier ne me ferait pas changer d’avis et que me traîner derrière elle était plus sûr.
-Nous y voilà !
-Ouais, marmonnai-je en cachant bien mon enthousiasme d’être en ces lieux.
Être entourée de loups, dans d’autres circonstances, m’aurait plus que plu, mais l’état dans lequel j’étais ne me permettait pas d’être d’agréable compagnie.
Enfin, on va bien voir ce qu’on va voir, me diriez-vous…
-Jacob !
Je la regardai faire de grands signes à l’un des types baraqués qui se fendit alors d’un sourire lumineux.
Je profitai alors de cette diversion pour récupérer ma main. En plus la sienne est moite, ce n’en est que plus facile.
-Tu connais déjà Kurayumi.
-Oui, bien sûr, pas eut de souci avec la moto ?
Je lui serrai la main qu’il me tendait, souriant poliment.
-Elle me semble encore mieux qu’avant, pour tout dire. À croire que vous l’ayez transformée. Serez-vous magicien, par hasard ?
Je cillai lentement, m’amusant à me rendre charmeuse alors que je savais tout ça inutile.
L’imprégnation, et tout le toutim, je suis au courant, vous pensez bien. On ne nous envoie pas à la quête de nos liés sans un minimum d’information, voyons.
-Ton amie a une drôle d’odeur, fit remarquer celui qui faisait le plus penser à un chien fou.
Je me tournai de moitié vers lui afin de mieux l’observer.
-Jared… Souffla Jacob.
Je replaçai ma tresse et me tournai complètement pour lui adresser un clin d’œil.
-Ça doit être mon eau de toilette, mais je ne pensais pas en avoir mis à ce point !
Il va sans dire que ce qu’il peut sentir n’est autre que l’odeur si particulière des succubes. Mais comment lui expliquer sans rentrer dans les détails et donc sans prendre dix plombes ?
-Bon, tout le monde est là ? Demanda celui que j’assimilai comme le chef de meute.
-Non, les Clearwater sont en retard.
-Mais qu’est-ce qu’ils ont encore fait ?
-Ce bébé, cracha une voix féminine, n’avait pas fini ses devoirs. Du coup, maman refusait de nous laisser partir tant que ses exercices n’étaient pas rédigés.
Une jeune fille s’en venait vers nous, les poings dans les poches, accompagnée d’un garçon plus jeune avec lequel elle semblait partager des traits physiques.
-Alors bébé a été un vilain garçon, s’amusa Jared.
Il le titillait de manière désagréable et ça semblait habituel étant donné que nul ne tentait de s’interposer.
-Arrête !
Je tournai la tête pour savoir qui venait de parler, mais étant donné que tout un chacun me fixait, il semblerait que cela soit moi. Oups.
Je m’apprêtai à leur dire d’oublier ce que j’avais dit, mais l’idée eut à peine le temps de passer mon cerveau que j’étais déjà entre les deux garçons, défendant le plus jeune.
Juste le temps de noter sa stupeur que je grognai déjà, prête à attaquer.
Les autres reculèrent.
-Es-tu un loup, toi aussi ?
-Non. Je n’appartiens pas à votre race, pas plus qu’à celle de vos ennemis.
-Alors de laquelle es-tu issue ?
Je les fixai longuement, mes anneaux pulsaient malgré moi et je voyais que ça les intriguait.
Je m’apprêtais à répondre lorsque je sentis une main sur mon épaule.
-Tu es… ma compagne ? Souffla celui que j’avais protégé.
Je fis volte-face pour mieux l’observer, et autant dire que la vue me plaisait assez.
Jusqu’à ce qu’il se transforme sur le coup de l’émotion.
Le grand loup leva le museau vers moi, presque suppliant. Quelle allait être ma réaction ? Semblait-il vouloir savoir.
Contre toute attente, je pris mon apparence de naissance et me mis à sa hauteur, plongeant mes yeux dans les siens.
-Je suis toujours à ton goût ?
Je reçus un gros coup de langue comme réponse ce qui me fit rire, et encore plus lorsqu’il continua.
Je finis par me retrouver allongé sur le dos, dominée par un changeur qui s’amusait à me repeindre de salive, le tout sous le regard de la meute dudit changeur.
Trop la classe !
Cela faisait quelques jours maintenant, que j’avais trouvé l’amour.
Ou du moins une partie.
Et la différence se voyait, je peux vous l’assurer. Déjà, le teint plus frais, les yeux plus pétillants, les gestes plus énergiques. Ensuite, l’attitude plus désinvolte, la voix légère, le caractère plus souple.
Bref, c’est une autre succube qui se trouvait devant vous !
Et tout ça grâce à une seule personne : Seth.
Bon, ce ne fut pas simple simple pour autant, la meute prenant très mal que le plus jeune d’entre eux s’imprègne aussi rapidement. Ma race fut aussi très mal interprétée (je ne suis ni démoniaque, ni vampirique, par Lilith !), et tout un tas de crétinerie sans fondement ou dépassé par le temps.
Je soupirai de plaisir, resserrant ma prise sur ce corps bouillant lupin. Une vraie petite bouillotte !
Dormant toujours, il se retourna dans mon étreinte et se nicha un peu plus contre moi, me ravissant.
-Mon amour… Soupirai-je.
