-Bonsoir, jeune fille.
-Bonsoir Monsieur Cullen, répondis-je poliment.
-Vous pouvez m’appeler Carlisle, et me tutoyer.
Wahoo ! Je craque ! Il est si… Il a l’air si délicieux…!
Du calme ma vieille, ou tu vas baver.
-Faites de même, alors, et nommez-moi Kura, rétorquai-je d’un sourire.
-Cela sera fait, assura-t-il de même. Je vous présente ma femme, Esmée…
Et merde.
-Et je crois que vous connaissez déjà mes enfants…
-En effet, je les ai rencontrés au lycée.
-Assieds-toi Kura ! S’exclama Alice.
J’obtempérai, profitant pour calmer mes pauvres nerfs qui étaient tout tendus. Malgré ma force, j’étais en infériorité numérique. Alors le mieux était de la fermer dans la mesure du possible. La famille Cullen prit place à son tour, me rassurant à moitié. Je me redressai sur mon siège et posai bien à plat mes mains sur mes cuisses.
-Je sais que vous êtes un clan de vampires, répétai-je pour la deuxième fois de la journée.
Je les sentis se raidir et, craignant une réaction pouvant m’être mortelle, je basculai mon poids sur mes pieds et appuyai mes poings contre la surface boisée de la table, bien campée sur mes jambes.
-Je suis moi aussi une créature magique, une succube, pour être plus précise.
Ça, c’était fait. Ma déclaration sembla les plonger dans une réflexion intense. Intérieurement, je priais Lilith de me laisser la vie sauve.
-Tu veux dire comme ces filles nymphomanes ?! S’enthousiasma Emmett.
On aurait été dans un manga, une grosse goutte de sueur aurait coulé le long de mon front.
-En gros, on peut dire ça, soupirai-je en me rasseyant correctement.
-Je croyais que vous aviez une autre apparence, s’intéressa Rosalie.
-Eh bien, c’est le cas, nous avons une apparence dite « primaire » sous laquelle on naît, et de nombreuses secondaires. Celle que vous voyez est une.
-Pourquoi des apparences secondaires ?
-Tout simplement parce qu’une succube charme nécessairement, et donc il faut plaire selon les critères du ou de la partenaire.
-Comment as-tu découvert notre secret ? Demanda à son tour Edward d’une voix froide, faisant taire tout le monde.
-Si vous avez peur des répercussions avec les Volturis, je vous rassure de suite : ils ne me feront rien, pour la bonne raison que je suis déjà une créature magique, tout comme vous. Sinon, il y a un village non loin d’ici, permettant de passer dans le monde magique où un bâtiment abrite de nombreux ouvrages à l’intérieur desquels sont répertoriés tous les êtres magiques ou apparentés. Une sorte d’arbre généalogique en volume, si vous préférez.
-Et devinez quoi ? S’excita Alice. Kura a dit qu’on pourra tous y aller !
Alors que chacun semblait enthousiaste à cette idée, je croisai le regard de Edward.
-Les humains ne peuvent y accéder.
-Pourquoi cela ? C’est discriminant ! Se révolta-t-il.
-Tu n’as jamais été témoin des actions des humains contre certaines races, ça se voit, murmurai-je. Des dizaines de races s’éteignent ou mutent, provoquant ainsi des baisses de populations. Se promener avec une humaine, même si Bella est sûrement adorable, serait comme secouer un tissu rouge devant un taureau. De plus, nombreuses sont les races possédant un parfait odorat : loup-garou, changelin, cube, vampire…
-« Cube » ? Releva Jasper en arquant un sourcil.
-Contraction pour les incubes et les succubes, expliquai-je.
-C’est quoi la différence ? Voulut savoir Emmett.
-Eh bien, les incubes sont les mâles. Ils sont naturellement soumis si leur âme-sœur est un mâle ou vient d’une race à caractère dominant. Pour les succubes, c’est l’inverse.
-En gros, c’est comme Rosalie et Emmett ! Ricana narquoisement Jasper.
La concernée se contenta d’un sourire en coin alors que son compagnon s’étouffait dans son indignation, éructant que c’était lui l’homme fort, la virilité incarnée de la maison !
J’esquissai un petit sourire. Avoir un homme pareil auprès de soi devait avoir son lot de bestialité… Il faudrait que j’en touche deux mots à la miss.
-Et sinon, en relation avec ta… spécialité, y a-t-il quelque chose que nous devons savoir ? M’interrogea Carlisle. Car tu ne le sais peut-être pas, mais…
-Je suis au courant pour les loups de la réserve, le coupai-je gentiment. Mon territoire de chasse serait Seattle ou Port Angeles, mais seulement en dernier recours. Pour le moment, je suis dans l’incapacité de me nourrir de manière conventionnelle, si on peut dire.
-Comment cela ?
-Eh bien, lorsque la marque d’âme apparaît, c’est signe pour nous que nous devons partir à la recherche de la ou les personnes nous permettant de survivre. Il nous est carrément impossible de nous nourrir autrement. Un peu comme un vœu de chasteté, quoi…
-Mais… Débuta Jasper.
-La nourriture humaine me maintient en vie, le coupai-je, mais il est vrai que certains nutriments me manquent. Alors je peux « capter » ce qui me convient lors d’hormones en ébullition. C’est… C’est assez complexe, j’en conviens, mais ça me permet de patienter jusqu’à trouver l’un de mes compagnons.
-Y a-t-il des restrictions à ta race ?
Je réfléchis le temps de quelques secondes…
-Hormis celle de violer tout le monde sur place et ce genre de trucs, non.
Mes propos créèrent quelques ricanements, détendant un peu plus l’atmosphère, ce qui était le but, en fait. J’avais l’impression que quelqu’un influait déjà de ce côté-là… Peut-être que…
-Est-ce que vous faites partie des vampires possédant des pouvoirs ?
Alice hocha la tête en force, me donnant l’impression que celle-ci allait se détacher de ses épaules pour s’envoler.
-Je suis capable de voir dans le futur ! Mon mari est doué d’empathie.
Autant pour moi… J’adressai un sourire contrit envers le bouclé, m’excusant pour les jours futurs. Le problème des succubes sont leurs nombreuses sautes d’humeur, ainsi que notre nature de passionnées.
-Non, je n’y arrive pas, déclara subitement Edward.
Je haussai les sourcils en sa direction. Il devenait fou ? Jeanne d’Arc se serait-elle réincarnée ?
-Notre « frère » lit les pensées… Enfin, normalement, me renseigna Rosalie.
-« Normalement » ? Relevai-je. Comment cela ?
-Eh bien… Débuta Alice, hésitante.
-Jusqu’à maintenant, seule une personne échappait à mon pouvoir, la coupa le télépathe en grognant.
-Bella ?
-Bella.
J’esquissai un petit sourire.
-Ça ne veut pas dire que nous sommes prédestinés, rassures-toi. La plupart des êtres magiques sont immunisés à ça. Évite de le crier sur tous les toits, c’est passible de prison, sauf si tu fais partie des « dépisteurs ». Ce sont des gens qui prêtent leurs pouvoirs à la communauté magique pour lui permettre d’appréhender les malfrats et autres.
-Mais… Et pour Bella ? S’inquiéta Alice. Elle… Euh…
-Elle aime Edward, les rassurai-je.
-Elle te l’a dit ?
-Pas besoin. Son aura parle pour elle. Et une aura ne peut pas mentir.
-C’est vrai ? Génial ! S’exclama la plus petite en sautillant sur place.
Son mari l’attrapa par la manche et la tira à lui, la faisant s’asseoir sur ses genoux et l’entourant d’une prise tendre mais ferme.
-Et pour Edward ? Demanda innocemment Rosalie.
Je savais bien ce que pensait Rosalie de la jeune humaine. Pas besoin de lire son aura pour le savoir…
Je marquai un temps d’hésitation, histoire de bien analyser tout ce que je pouvais voir.
-Euh… Oui, pareil.
Enfin, je crois, achevai-je intérieurement.
La lecture aurale est des plus complexes. Telle couleur signifie ça, mais si il y a telle autre couleur, des paillettes, des rayures, de la brume ou autre, le sens est tout autre. C’est à vous en arracher les cheveux…
Chose que je ne ferai évidemment pas, tenant à mes cheveux noirs. Après tout, ne dit-on pas que la plus précieuse des possessions d’une femme est ses cheveux ? Ou un truc dans le genre, je ne sais plus…
-Pourquoi t’es tu installée par ici ? Ton destiné se trouve non loin ?
-Aucune idée, soupirai-je. Peut-être que c’est pour en savoir plus sur sa race, ou est-ce une de vos connaissances… Je n’en sais rien. Mon instinct m’a guidé, et c’est tout.
La conversation se poursuivit. J’avais de plus en plus de mal à refréner mes bâillements au vu de l’heure tardive, mais la bienséance voulait que j’attende que la maîtresse de maison ou le chef de famille me congédie. Heureusement pour moi, Esmée s’en rendit compte et elle m’invita à rejoindre la chambre d’invité suite à un décrochage de mâchoire particulièrement douloureux.
Je la remerciai d’un sourire et suivis Alice qui voulait me guider à travers la maison, non sans avoir salué chaque membre du clan Cullen.
-Bonne nuit Kura ! Me souhaita la petite vampire. Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n’as qu’à nous appeler, on t’entendra !
-Merci, Alice, je te dirais bien à demain, mais vu l’heure, c’est plutôt à tantôt.
Nous gloussâmes en chœur, avant qu’elle ne ferme la porte. Je tournai le dos à cette dernière et fis glisser mes vêtements jusqu’au sol sans bruit. Je m’allongeai entre les draps en culotte, enfouissant mon nez pour mieux m’enivrer de la cannelle les imprégnant à mon plus grand plaisir. J’aimais beaucoup cette odeur, mais celle de la vanille me rendait toute chose. Cette fleur était un rappel de ma mère qui, bien que changeant régulièrement de parfum, la traînait dans son sillage depuis ma plus tendre enfance.
-Mamina… Murmurai-je dans le vide, ouvrant et refermant mes doigts en un geste vain.
J’avais menti. À moitié. Ma mère ne m’avait pas attendue, elle était allée rejoindre nos ancêtres. Mes larmes glissèrent le long de mes joues mais je n’y prêtais guère attention, préférant plonger dans un sommeil réparateur que de me lamenter sur quelqu’un qui ne reviendrait pas.
Now I will tell you what I’ve done for you
(Maintenant je vais te raconter tout ce que j’ai fait pour toi)
Fifty thousand tears I’ve cried
(50 000 larmes j’ai pleuré)
Screaming deceiving and bleeding for you
(J’ai hurlé, trompé et blessé pour toi)
And you still won’t hear me
(Mais tu ne m’entendras jamais)
#KABOUM#
-M**** ! M’exclamai-je en me relevant.
Si j’étais bien réveillée maintenant, ça n’avait pas été le cas deux secondes plus tôt et mon réveil était donc à réparer.
-C’pas vrai… Grognai-je en passant la main dans mes longs cheveux corbeau.
D’un revers de main, j’avais balayé la radio au sol… Je lorgnai les restes d’un regard triste avant de me décider à me préparer pour les cours de ce lundi.
-Alors…
Face à mon nouveau dressing, je cherchais quoi enfiler pour mettre mes formes en valeur, dans mon peignoir noir « impérial ». Mmh… J’attrapai un bustier sans manche ni décolleté d’un noir profond et satiné. Je le complétai d’une jupe s’arrêtent un peu au-dessus du genou, entourée de gaze à petits motifs arachnéens. J’y ajoutai un leggings à rayures noires et blanches et une paire de talons à fines bretelles puis décidai que j’étais prête en récupérant mon sac. Alice avait décidé de passer me chercher ce matin, Jasper rejoignant le lycée par ses propres moyens.
-Salut Kura !
-Bonjour Alice.
-Prête à affronter les hormones lycéennes ? Ricana-t-elle en regardant ma tenue.
Je me contentai d’un sourire carnassier : ce ne serait sûrement pas moi qui aurait le plus de mal à vivre cette journée ! Oh non…
-Et si t’avais vu sa tronche ! Ha ha ha ! À mourir de rire !
Je m’écroulai sur mon sofa, papotant tranquillement avec Jesse qui avait voulu s’assurer que je n’avais pas stupidement péri entre les crocs du clan du bassin Olympique, ce qui serait un peu comme une déclaration de guerre.
-J’imagine sans peine, princesse ! Rit mon ami. Ah ! Ça me manque le temps où nous étudions tous les deux !
-Tu parles comme un vieux, relevai-je, moqueuse !
-JE-NE-SUIS-PAS-VIEUX ! Hurla-t-il.
Si il y avait un sujet qui pouvait le faire démarrer au quart de tour, c’était bien son âge… Je réprimai un ricanement et poursuivis ma conversation l’air de rien.
-Sinon, je suis toujours attendue le week-end du 12 ?
-Ouaip, et pas qu’un peu ! Tu vas voir ce que je vais te faire, sale garce !
-Oh ! Serait-ce une proposition ? Tu n’as pas honte ? Minaudai-je en cillant exagérément. Tu as femme et bientôt enfant !
-Kurayami, tu m’emmerdes ! Feula mon meilleur ami.
-Moi aussi je t’aime chéri ! Me moquai-je en réponse.
-Je te laisse, Lilia me fait signe que c’est l’heure.
-Pas de problème vieux frère, salue-la de ma part et raconte moi la visite chez l’obstétricien, surtout !
Je raccrochai en souriant : c’était aujourd’hui la première fois que Jesse accompagnait sa chérie chez celui qui la suivait pour sa grossesse, et il était un peu à cran, au point que Lilia avait fini par dégainer son téléphone pour me supplier de le détendre car sinon la consultation allait tourner au massacre.
Je passai mon bras replié sous mon crâne et tapotai mon menton avec le haut de mon portable, songeuse et les yeux dans le vide. Je ne savais pas pourquoi, mais j’avais un mauvais pressentiment. Ce week-end je devais rentrer chez moi, des affaires urgentes ne pouvant plus attendre entre autres, et il y avait des risques que je doive m’y attarder. Mais je sentais que quelque chose allait arriver. Quelque chose qui allait décider dans quel sens l’année allait se dérouler. Et ce n’était pas forcément un qui me ferait pleinement plaisir.
I
(Je)
My
(Mon)
Me
(Moi)
Mine
(Mien)
Je décrochai rapidement, ne vérifiant pas le numéro.
-Allô, Kura à l’appareil !
-Kura ? Ici Rosalie…
Je souris et fermai les yeux en entendant qui était mon interlocutrice.
-Salut Rosalie, tu as besoin de quelque chose ?
-Pas spécialement… Débuta-t-elle avant de se faire couper par son mari.
-Hey, Kura ! Tu m’offres tes services, dis ?
-La ferme Emmett ! Feula la blonde. Sinon c’est ceinture !
-Si on peut plus rigoler… Grogna-t-il.
De mon côté, je ricanais, attendant patiemment que le sujet de l’appel soit abordé. Je devais m’organiser, entre les bagages à faire, le prêt de mes clés, et surtout le passage. Je me demandais laquelle de ces trois corvées serait la plus chiantissime… Les trois ensemble, sûrement.
-Bref… Soupira-t-elle. Je t’appelais pour savoir si tu étais libre ce week-end ?
-Aïe… Hélas… Non. Je suis absente tout samedi-dimanche, voir plus, pourquoi ?
-… Tant pis… C’est juste que Ed s’était mis en tête de fêter l’anniversaire de son idiote d’humaine et que j’aurais au moins passé un bon moment avec toi dans les parages…
-Pas de chance… Ce serait même plutôt l’inverse, je pars vendredi dans la soirée, et je suis supposée, attention j’ai bien dit supposée, revenir dimanche tard, et encore…
Je l’entendis grogner au bout du fil. Je comprenais ce qu’elle pensait, ou du moins j’en avais l’idée, et ça me peinait d’avoir dû refuser son invitation. Mais c’était comme ça. Chacun ses responsabilités.
Ne voulant pas raccrocher sur une note aussi peu agréable, je déviai la conversation de manière à ce qu’elle devienne totalement futile et chiffon. Enfin, presque. Mais en un sens, une vampire et une succube qui jacassent, ça peut vite devenir censuré…
