Sang, sueur et sexe [Twilight]

Sang, sueur et sexe – Quelques secrets dévoilés 2/9

Deuxième jour dans ce tiroir à couverts. Oui, quand j’ai passé une nuit assez mauvaise et que je suis affamée, j’ai un humour des plus désastreux. Et le pire c’était que je n’avais rien ni personne pour me délester. Pas de sexe, et interdiction de lâcher des phéromones, même pour m’amuser, si je ne voulais pas d’émeutes sexuelles ou autres déboires. Les humains étaient vraiment des êtres ennuyeux. Si ils n’existaient pas, je ne serais pas obligée de camoufler ma différence. Par Lilith ! Faites que mon compagnon ne soit pas l’un de ces étroits d’esprits ! D’ailleurs, ce n’était un secret pour aucune créature que intolérance rimait avec humanité. Même entre eux. Je ne comptais plus le nombre de personnes brimées et brisées que les miens avaient pu ramasser ou observer. Que cette race s’autodétruise, qu’elle se saborde, même. Ainsi, nous ne nous salirions aucunement les mains ni cette planète qui nous revenait de droit. Nous autres races magiques n’avions strictement rien à voir avec ces larves rosâtres.

Oups, mes excuses les plus plates aux larves.

Mais je m’égare.

Donc, deuxième journée de cours. Il allait sans dire que, lentement mais sûrement, je mettais en place mon plan. Je sais que j’évoque beaucoup de fois ce plan sans que vous en ayez la connaissance. Enfin, vous en avez les grandes lignes, tout de même : devenir la reine du lycée ou du moins assez populaire pour être connue. Mais connue dans le bon sens. C’était le genre de village où tout le monde connaît tout le monde et où les nouveaux sont au centre des discussions pendant un long moment. Mais ce que je voulais, ce n’était pas me faire oublier au profit du prochain sujet croustillant. Non. Ce que je voulas, c’était qu’il y ait tellement de choses à dire sur moi que j’en devienne un sujet trop banal pour qu’il ne soit abordé !

Pourquoi ? Je l’ai déjà dit : avoir une sorte d’immunité.

Déjà, devenir amie, ou presque, avec la fille du shérif de Forks, c’était pas con comme idée. Surtout si j’arrivais à mettre le paternel dans la poche revolver. Hum. Il faudrait me mettre aussi la bande de Jessica et le petit reporter dans deux carnets différents, car même si tous deux ne me servaient qu’à assoir ma popularité, je n’avais pas le même genre de comportement avec les deux. Je manipulais la première comme si je voulais m’en faire une amie, et le second comme une simple connaissance bien utile. Oui. J’étais machiavélique. (insérer ici le rire correspondant).

Retour à l’école. Je fus saluée par le groupe de Jessica que je rejoignis. À ma grande surprise, je reconnus Éric et Bella parmi eux. Ils n’étaient pas là hier… Si ? Je localisai le petit-ami de Bella non loin de là. Il n’était pas seul et semblait en grande conversation… silencieuse (?) avec d’autres personnes, toutes pourvues d’une beauté enchanteresse qui me fit grincer des dents. Ce n’était pas tant le fait qu’ils étaient sublimes qui me donnait un aller simple pour un rendez-vous chez le dentiste, juste que je n’arrivais pas à les cerner. La fille la plus populaire, ça devait être la blonde à l’allure si hautaine et au port royal… Non ? Je demanderais à Jessica, mais plus tard.

J’adressai un sourire éclatant à tout le monde.

-Bien dormi ?

Je n’eus pas la réaction attendue. Figés, certains la bouche bée ou encore les yeux écarquillés. Je me mordis la lèvre inférieure.

-J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?

-C’était quoi cette question hyper personnelle ?

Je posai mon index ganté de cuir sur mes lèvres en un geste que je savais élégant. À cause d’une question à mes yeux pour le moins banale, j’allais devoir en dévoiler (un peu) sur moi.

-C’est le genre de questions que l’on se pose entre nous par chez moi, pourquoi ?

-Et tu viens d’où ? Demanda Jessica, curieuse.

J’enfonçai une canine dans ma lèvre inférieure.

-Je suis Française.

Je m’engouffrai dans l’établissement loin de leurs regards. Les « mangeurs de grenouilles » n’avaient pas une réputation du tonnerre envers les Amerloques, et j’en étais bien consciente.

J’ouvris mon casier et préparai mes affaires pour les cours de la journée. Mon sac était lourd, et je savais que les professeurs peu intransigeants lors des oublis d’affaires, mais je voulais être irréprochable en quoi que ce soit, même si j’allais devoir supporter l’étiquette de « Frenchie » jusqu’à mon futur déménagement. Ce ne serait pas la première fois que cela m’arrivait depuis tout ce temps.

Je savais que les Françaises pouvaient avoir la réputation de « Marie couche-toi là », car il m’était souvent arrivé de me faire accoster pour un plan cul. Chose que j’acceptais, évidemment.

J’entrai en salle de biologie, allai me présenter au professeur qui m’indiqua où me placer. Je ne prêtai guère attention au garçon qui était à présent mon voisin pour l’année. Lui non plus, par ailleurs. J’étais trop perdue dans mes pensées pour me préoccuper de savoir si je pouvais le considérer comme future proie, pion ou simple décoration.

La bille de mon stylo errait sur la première page de mon cahier. Des sillons noirs, des routes, divers signes, des lettres tirées de plusieurs alphabets, des nombres, des croquis… Tous ces dessins se mêlaient et s’entre-mêlaient dans un ordre complexe. Je soupirai en remarquant deux figures qui me hantaient, ainsi que le signe que je portais en tatouage sur le flanc droit. Les deux silhouettes humanoïdes étaient floues : je ne les avais pas encore rencontrées. Ni eux ni moi n’avions entendus parler de l’autre. Je savais au moins que c’était deux hommes. Mais je n’avais aucune idée du reste. Je ne connaissais même pas leur statut. Le tatouage que j’arborais, un triskel à deux boules noires et une blanche, représentait le nombre de compagnons (deux) et leurs sexes (mâles).

Je caressai du bout de l’ongle ces deux inconnus. Deux compagnons n’était pas chose rare, en soi. Il était plus discret d’en avoir qu’un seul, mais deux était la moyenne, et trois ou plus le signe d’une certaine puissance. Ce dernier cas était caractéristique d’une supériorité hiérarchique. Certaines familles s’enorgueillissaient de cette chance. J’étais pour ma part descendante d’une famille dont les compagnons ne dépassaient pas le nombre de deux. J’étais dans la norme et je m’en contentais. Longtemps on avait supposé que j’hériterai d’un troisième compagnon voire de quatre, mais non. J’en avais la puissance, sans pour autant en avoir la possession. Soit mon pouvoir était bridé et me serait à jamais inaccessible, soit mes futurs maris seraient eux-même très puissants, égalant ainsi plusieurs compagnons à eux seuls. Ça s’était déjà vu. Je ne serais donc pas une pionnière dans mon genre.

Je fus tirée de mes pensées par la sonnerie. Je n’avais pas du tout suivi le cours, mais je pourrais toujours l’emprunter à Bella, car je l’avais vue assise dans les premiers rangs, à gauche, auprès de son petit-ami. Mais bon. Peut-être avait-elle des préjugés sur les frog-eaters ? Je n’avais jamais compris pourquoi les humains avaient tendance à accorder plus d’importance aux rumeurs ou à des réputations, plutôt qu’à ce que leur dictaient leurs cœurs. Les humains étaient des gros…

-Hey ! Tu pourrais t’excuser au moins ! M’exclamai-je.

Je fis se retourner le gros gaillard qui venait de me bousculer sans suite de politesse. J’avais très envie de lui faire faire dire bonjour au mur, tout en palliant ma frustration sexuelle momentanée. Mais mon regard se contenta de fixer son blazer de foot américain. Se pourrait-il que…?

-Dis-moi, mon beau, Forks a une équipe sportive ?

-Non, c’est trop petit.

-Ah bon ? Soupirai-je. J’aurais juré, étant donné ta carrure, que tu faisais partie d’une de ces associations…

Suite à mon compliment, il bomba le torse d’un air fier.

-Je fais du sport après les cours, en fait. Avec des potes on cherche à monter une équipe pour Forks.

-Oh ! Roucoulai-je en promenant mes mains sur son torse et ses biceps. J’ai été cheerleader dans mon lycée précédent ! Si vous avez besoin de mes services d’une quelconque manière.

Ou comment se mettre les sportifs dans la poche en un clin d’œil. On se rassure comme on peut. J’étais toujours aussi sexy… Enfin, vu comment il jouait les coqs en se retenant de baver, c’est ce que j’en déduisis.

Comme nous suivions le même cours, il s’offrit comme guide et je n’eus pas le cœur de refuser, passant mon bras autour du sien. Il me parla longtemps du projet que ses amis et lui cherchaient à monter à tout prix, disant qu’il se pourrait que la présence de cheerleaders fasse venir plus de gens. J’étais totalement d’accord avec lui sur ce coup-là.

Arrivant à la salle de sport, on se sépara et j’allai enfiler ma tenue. Autour de moi, les filles pépiaient gaiement, tout en me soupesant du regard. Je les savais en train d’essayer de se rassurer. Elles craignaient sûrement que je leur prenne leurs mecs, ou que ceux-ci les quittent pour moi. Pff… Elles devraient avoir plus confiance en elles, sinon tu m’étonnes que leurs petit-amis aillent voir ailleurs. Je ne suis pas cruelle, juste réaliste. Je pourrais toujours ouvrir une agence matrimoniale après mes études, tiens… Et je pourrais embaucher que des gens de mon peuple et leurs compagnons… Ouaip, projet à développer et soumettre…!

Alors que le cours démarrait, je notai la présence du petit-ami de Bella avec les même gens que le matin. Peut-être étaient-ils tous de la même famille ? En tout cas, pas du même sang. D’ailleurs, il devait y avoir quelque chose sous cette beauté, quelque chose de bien moins sublime… Après tout, être ainsi n’est humainement pas possible. Et si ils étaient comme moi des créatures magiques, ils devaient avoir un ascendant quelconque sur les humains… Comme moi. Peut-être se nourrissaient-ils d’humains ?! Encore une fois, comme comme ceux de ma race… Ou presque.

Perdue dans mes pensées, je ne remarquai la balle fonçant vers moi que trop tard. Je me retournai, lui faisant face et lui donnai un violent coup de poing. Ce fut la plus costaude des personnes qui me préoccupaient qui la rattrapa. Un large sourire étira ses lèvres avant qu’il ne me renvoie le ballon. J’encaissai le choc et le lui envoyai à nouveau. Cette fois-ci, ce fut la belle blonde qui le rattrapa, faisant bouder l’autre, et me l’apporta. Nous nous fusillâmes du regard un bref instant. Puis elle m’adressa un sourire amusé avant de me tendre sa main que je serrai.

-Rosalie Hale.

-Kurayami Ithil.

M’étais-je fait une nouvelle amie ? On aurait bien dit. Et sauf erreur, son statut pouvait m’être bénéfique. Mais avant cela, il allait falloir me renseigner sur eux. Dans le monde magique, ou Autre Monde, les informations étaient heureusement accessibles à qui voulait. Il me suffirait juste de fournir le nom que la demoiselle m’avait gracieusement fourni, même si c’en était sûrement un faux, à n’en point douter.

Je repris le match là où il était resté, comme si rien n’était passé. J’accueillis avec plaisir cette partie de volley, m’y défoulant avec fougue. J’en avais bien besoin, histoire de me vider le cerveau de toutes pensées parasites. Je sentais le regard d’un peu tout le monde sur moi, que ce soit ceux assis avec Rosalie et Edward, ou les autres. Était-ce parce que j’étais étrangère, vêtue différemment, que Rosalie m’avait serré la main (si elle n’est pas la reine du lycée -officieusement ou officiellement- je jure à Lilith trois… Un mois de ceinture -faut pas exagérer non plus), ou juste le fait que j’étais nouvelle ?

Le cours se déroula sans d’autres heurts et j’allai manger avec appréhension. Il pleuvait des cordes, donc je ne pouvais pas utiliser les tables de pique-niques, j’avais très faim, donc je ne pouvais pas sauter ce repas, j’habitais trop loin, donc je ne pouvais pas rentrer, et je soupçonnais Jessica et les autres de ne pas me laisser manger, à condition qu’ils ne m’acceptent, bien évidemment. Je préparais mon repas tranquilement lorsque je me fis accoster par Rosalie. Je relevai la tête pour montrer que je l’écoutais.

-Tu veux venir manger avec nous ? Bella nous a parlé du froid avec Jessica, et comme les seules places qui restent sont à sa table…

-Avec plaisir ! M’exclamai-je en souriant largement. Je crains les préjugés qu’elle pourrait avoir.

Elle me guida à ma nouvelle place sans prononcer un seul mot. J’étais sacrément reconnaissante de son initiative. Elle s’assit auprès du bûcheron avec qui j’avais échangé des balles le matin, me laissant la place à côté d’une brunette et de Edward que je saluai gentiment.

-Salut tout le monde, toutes mes excuses pour l’incruste, mais ce n’est pas de mon initiative personnelle !

-Salut ! Moi, c’est Alice ! Et voici Jasper, mon petit-ami et Emmett celui de Rosalie. Tu connais déjà Rosalie et Edward, je crois, non ?!

-En effet. Je me nomme Kurayami Ithil.

J’attaquai mon plateau, me contrôlant pour ne pas adapter le comportement d’un homo erectus et me jeter dessus. Ce serait moins classe, tout de suite.

-Tu es la nouvelle arrivante d’après Edward, c’est ça ? Reprit Alice.

Tiens, c’était joliment présenté comme ça… Ça donnait envie de répondre. Presque.

-Oui, j’ai emménagé il y a deux jours.

-Tu voudras de l’aide pour l’installation ?

Je souris en hochant négativement la tête.

-Ç’aurait été avec plaisir, malheureusement j’ai déjà installé le peu de trucs que j’ai pu emmener de mon habitation précédente. Je vais devoir racheter le reste. Même mes vêtements n’ont pas été épargnés, soupirai-je en jouant avec mes aliments du bout de ma fourchette.

À peine eus-je prononcé ces mots que la jeune brune devint toute excitée, gigotant sur sa chaise. Edward cachait son sourire comme il pouvait, Emmett riait, Jasper grognait et Rosalie souriait machiavéliquement.

-Comment ça « épargné » ?! Releva Jasper, étonné.

-Euh… Eh bien… Hésitai-je en jouant avec ma lèvre inférieure, embarrassée.

Je voyais qu’ils attendaient une réponse, tout en se retenant par pure politesse.

-Là où j’étais précédemment, un petit village bien paumé, les gens étaient assez… Spéciaux. Leur mentalité n’avait pas évolué depuis la création de leur ville, au moins. Et ils étaient persuadés que je faisais de la sorcellerie, simplement parce que j’étais jolie, et que je séduisais de nombreux hommes. Et le fait que je ne vais pas à l’église, bien évidemment. Alors ils ont mis le feu à ma maison, m’obligeant à m’enfuir en pleine nuit.

Je sentis quelques regards compatissant, mais jamais je n’aurais cru me retrouver serrée contre ma petite voisine.

-Quelle horreur ! Tout ces vêtements en fumée !

-Les vêtements, les voitures, la nourriture et les souvenirs, grognai-je. Tout ce à quoi je tiens, donc. Sans oublier mes instruments de musique…

Je les vis changer d’expression. Alice me serra à m’en étouffer, Jasper semblait étouffer à ma place, Rosalie crispait ses mains sur le rebord de la table, Emmett crispait ses poings plutôt, et Edward semblait peiné. Je ne comprenais pas ces réactions. Okay, c’était moche comme truc, mais fallait pas exagérer quand même. C’était du passé et nous n’avions rien en commun.

-Alice ? Je ne veux pas mourir sans savoir ce que signifie aimer, alors si tu pouvais me lâcher, ce serait cool, merci…

Sans mot dire, elle me relâcha aussitôt et j’avalai mon verre d’eau juste après.

-Donc… Il va falloir que tu rachètes tout ça… Remarqua-t-elle d’un air songeur.

-Eum… Eh bien oui, plutôt deux fois qu’une, même.

-Génial ! S’exclama-t-elle d’une voix aiguë avant de sauter au cou de Jasper.

Je souris en la voyant faire.

-Et pour te déplacer, tu as besoin d’aide ? Demanda d’une voix douce Rose.

-Nope, merci mais j’ai ma moto pour le moment et elle ne risque pas de me lâcher avant longtemps ! Enfin, j’espère !

-Et pour les instruments ? S’enquit poliment mon voisin.

Je soupirai à nouveau, ma fourchette glissant entre mes doigts. Je remis en place derrière mon oreille une mèche de cheveux.

-Ça se remplace… Ça me gonfle mais bon… J’avais tiré mes premières notes sur ces instruments et ils ne m’avaient encore jamais quitté…

Il posa une main compatissante sur mon épaule. À ce moment-là, je perçus les commentaires et autres critiques murmurés entre les étudiants. Ah oui ! J’ai une très bonne ouïe. Et je ne semblais pas être la seule vu la tête que faisaient les autres. Edward semblait le plus affecté de tous, car il enfonça ses doigts dans mon épaule. Je grimaçai sous la douleur, avant de fermer les yeux. Il me fallait convertir cette douleur en plaisir. Je savais le faire, c’était un talent propre à ma race nous permettant ainsi de pouvoir ressentir du plaisir quelque soit le penchant sexuel de notre partenaire. Un viol n’existait pas par chez nous. Nous étions toujours consentantes. Toujours.

Je lâchai un discret gémissement de contentement quand ses ongles s’ancrèrent un peu plus dans ma chair, attirant à nouveau l’attention. Edward ôta aussitôt sa main, me faisant soupirer de frustration. Je frottai doucement la marque de ses ongles, enfonçant mes dents dans ma lèvre inférieure pour bloquer quelque peu chaque plausible réaction que mes mouvements pouvaient occasionner.

Emmett éclata à nouveau de rire après avoir commenté à voix basse mes étranges réactions. Je lui tirai la langue et lui répondis de la même manière, à leur grande surprise. Ils fixèrent tour à tour mes pupilles, bleu glace, ma peau, mate, et une cicatrice que j’arborais à la main depuis que j’avais utilisé une agrafeuse sans être complètement réveillée. Je leur adressai un sourire gêné quand je vis leurs narines frémir un instant. Qu’avaient-ils donc ?

-Non, dit Edward.

Je sursautai en l’entendant, renversant mon verre sur mon pull. L’eau s’infiltra par le large décolleté, me faisant frissonner.

-Bravo l’andouille ! Murmurai-je en français.

Je me levai en vitesse, m’excusant, avant de foncer dans les toilettes les plus proches où j’enlevai le vêtement mouillé. Je le plaçai sous le séchoir à main en soupirant. Je surveillai la porte. En dessous de mon pull, je ne portais qu’un soutien-gorge et je n’allais pas enfiler mon haut de sport. Il ne manquait plus que je me fasse surprendre à demi-nue, tiens ! Surtout que, bon, mon tatouage était bien visible ainsi, sans oublier les marques commune à ma race…

La porte s’ouvrit d’un coup pour se refermer avec autant de rapidité sur Rosalie et Alice. La première croisa les bras et s’adossa à la porte, la bloquant, tandis que la seconde s’approchait de moi pour me tendre un simple corsage pervenche. Je le refusai en souriant : mon habit était bientôt sec et je pouvais toujours fermer mon blouson en cuir, au pire.

-Tu sais, ça ne nous dérange pas de te le donner, on en a des tonnes à la maison et Alice n’aime pas trop que l’on porte la même tenue plusieurs fois.

Je dus faire une tête bizarre, car elle ajouta rapidement :

-Et non, on ne te prends pas pour une poubelle ou une quelconque association caritative.

-Bon, eh bien j’imagine que je ne peux qu’accepter… Merci, alors…

Il ne me restait que peu de temps avant la reprise des cours et mon chandail ne serait jamais sec à temps. Et puis le corsage n’était pas vraiment moche, le décolleté un peu trop sage à mon goût, certes, mais sinon…

J’enfilai l’habit rapidement, frissonnant à cause du froid et de l’eau qui mouillait encore l’avant de mon soutien-gorge. Mettant l’autre en boule, Alice me tendit mon sac de cours en souriant gaiement. Je la remerciai d’un sourire, puis il fut l’heure pour nous de nous séparer.

Me dirigeant vers la classe où allait être dispensé le cours, je fus accostée par Bella à qui j’adressai un petit sourire. Elle me prit totalement de court lorsqu’elle ouvrit la bouche.

-On se met ensemble ?

-Euh… Tu ne préférais pas être avec Edward ? M’étonnai-je.

-Il n’a pas choisi ce cours.

-Mais… Ce n’est pas une matière obligatoire ?

Je me tus face à son regard de chiot battu et acceptai. Elle voulait me parler, apparemment…

-Tu sais, si c’est pour me dire de pas toucher à ton mec, je te rassure de suite : de un c’est pas mon genre, et de deux l’amour est sacré pour moi. Rassurée ? Murmurai-je.

Elle me grommela qu’elle s’en fichait et que ce n’était pas pour ça qu’elle voulait s’installer auprès de moi, mais je la vis expirer profondément de soulagement et se détendre un brin. Je souris narquoisement puis centrai mon attention vers le professeur qui débuta son cours.

Alors que je prenais tranquillement des notes, un petit papier apparut subitement devant moi, venant de ma voisine. Je l’ouvris d’une main experte, au creux de ma paume gauche et jetai un rapide coup d’œil.

Depuis quand tu connais les Cullen ?

Je fronçai les sourcils avant de lui répondre.

Qui sont les Cullen ?

Les gens avec qui tu as mangé.

Ah bon ? Il n’y a que Rosalie qui m’avait donné son nom, et ce n’était pas celui-là. Enfin, hormis pour Edward.

Rosalie est la jumelle de Jasper. Edward, Emmett et Alice sont frères et sœurs. Ils ont été adoptés par le docteur Carlisle Cullen et sa femme Esmée.

D’accord, merci des infos.

Grâce à cette petite gourde, j’allais pouvoir étendre ma recherche à toute la famille. Mieux vaut un excès de prudence qu’une mort prématurée.

Lorsque l’heure toucha à sa fin, il ne me restait plus qu’à rentrer chez moi. Je pense qu’Éric avait laissé tomber l’idée d’écrire un article de presse sur moi, tant pis pour lui, tant pis pour moi. Si mon compagnon se trouvait dans ce hameau, ce ne sera pas ainsi que je le trouverai. Alors que je rejoignais mon véhicule, j’eus la surprise de retrouver mes camarades de ce midi installés autour.

-Il y a un problème avec ma moto ?!

-Tu as le cran d’appeler ce tas de boue une moto ?! S’insurgea d’une voix aiguë Rosalie.

-Bah, elle remplit toutes les conditions pour être considérée comme telle, alors oui… Je sais que ce n’est pas le dernier modèle, mais elle fonctionne encore… Et puis elle va bien avec le décor.

J’avais marmonné ma dernière phrase en croisant les bras et en esquissant une moue boudeuse, les faisant sourire. Je savais qu’ils avaient entendu, et j’avais fait exprès, une sorte de test.

-Donc, quelle est la raison de votre présence à tous ? Repris-je.

-Moi, commença Alice, j’étais venue pour parler de notre future journée shopping et son organisation ! Rosalie m’a suivit pour la même raison, plus le fait qu’elle voulait voir ton véhicule, tout comme Jasper qui adore les motos. Emmett a suivi Rosalie, comme toujours. Tais-toi Emmett, je sais que j’ai raison. Et Edward ne voulait pas rester tout seul.

-Bon, alors maintenant que vos vœux sont comblés cher messieurs, vous pouvez sûrement nous laisser entre filles, non ? Ricanai-je.

Jasper sourit et embrassa sa petite-amie d’une rapide pression sur ses lèvres, me faisant grincer des dents. Heureusement pour moi, Emmett entreprit d’embrasser sa blonde dans les règles de l’art, me permettant ainsi de me sustenter un tant soit peu et faisant apparaître des anneaux violets autour de mes iris, signe de contentement. Il me fallait vraiment peu de choses pour me nourrir, ce n’était là qu’une preuve supplémentaire qui démontrait ô combien j’étais affamée et ce n’était pas la meilleure des choses quand une représentante de ma race l’était. Pas bon du tout. Heureusement que j’avais un certain contrôle, quand même. Je ne pouvais même pas me remettre au tapin comme je l’avais fait une fois, vu que mon tatouage était apparu.

Une fois les garçons hors de notre vue, je retournai mon attention vers la blonde et la brune.

-Ce week-end, ça vous gênerait ?! Proposai-je, pensive.

Alice sautilla sur place en pépiant en tous sens. Je risquai un regard vers sa belle-sœur.

-Ça ira, pas de problème, me rassura celle-ci. Elle est dans son état normal. Alice adore tout ce qui a attrait à la mode.

-Ah, d’accord ! Samedi ou dimanche ?

-Les deux, voyons ! S’exclama Alice en se calmant et en agitant l’index telle une mère réprimandant son enfant.

L’image me fit sourire.

-Je n’osais pas vous le proposer, en fait, avouai-je, gênée.

-On n’a rien de prévu pour ce week-end, ne t’inquiètes pas. Et puis pour une partie de shopping, on est toujours partantes ! Par contre, tu laisseras ta caisse de boue chez toi, okay ?! On viendra te chercher. Tu habites où, au fait ?

-Le manoir… À côté de chez Bella, vous voyez ?

Rosalie renifla lorsque je fis mention de la brunette, Alice, elle, se figea, surprise.

-Tu as acheté le manoir ?

-Euh… Bah oui et non, en fait… Pourquoi ?!

-On n’y a jamais vu qui que ce soit l’habiter, alors c’est étonnant…

-Qu’est-ce que tu veux dire par « oui et non » ?! S’étonna la pile électrique.

-C’est un héritage, en fait, expliquai-je tranquillement.

-Dis, on pourra visiter, dis ?! Insista Alice en sautillant à nouveau sur place.

Je souris puis éclatai de rire. On aurait pu croire qu’elle était montée sur ressorts !

-Bien sûr, quand vous voudrez ! La maison vous est ouverte à vous et à ceux que vous voulez inviter !

-Tu n’as pas peur de prendre ce genre de décision sans l’accord de tes parents ou ceux avec qui tu vis ? Me demanda Rosalie, surprise.

J’ancrai mon regard au sien, hésitant à répondre franchement.

-J’habite seule.

Un voile de tristesse couvrit ses yeux un instant.

-Ah, désolée.

-Mes parents ne sont pas morts.

Certes, je parlais d’héritage, puis je disais vivre seule. Ce n’était pas la première à interpréter tout de cette manière.

-Je me suis… Euh… Comment on dit en anglais ? Je suis émancipée, voilà tout !

Remarquant leur air étonné, je plantai mes crocs dans ma lèvre. Qu’avais-je dit ? Je m’étais trompée de sens ou de mot, encore une fois ?!

-J’ai dit une bêtise ? Couinai-je.

-Tu es la première qu’on rencontre… C’est plus les garçons qui s’émancipent, en fait…

Je haussai les épaules. C’était commun par chez nous. Dès l’apparition de notre marque, il nous fallait nous mettre à la chasse de la ou les personne(s) qui ferai(en)t partie de notre vie, quelque soit notre âge. S’émanciper était donc des plus courants, évidemment. C’était notre futur qui était en jeu. Nos parents n’avaient rien à faire. Tous nos actes nous étaient de toutes façons dictés par nos mémoires ancestrales, nos instincts et nos hormones, alors…

-Oh ! Il pleut ! Fit remarquer Alice.

-Ah oui, tiens… Bon, je vais rentrer, moi… On se revoit demain ?

-Bien sûr ! Est-ce que tu veux qu’on te pose devant chez toi ? Me proposa Alice d’un air innocent qui ne trompa ni Rosalie ni moi.

-En fait, si tu veux tant que ça voir ma maison, dis-le clairement… Soupirai-je.

-Pour ton tas de b… Ta moto, pardon, on peut la mettre dans le coffre si tu le souhaites.

Je fusillai la blonde du regard tout en marmonnant des insultes dans ma langue natale alors qu’elle chargeait mon deux roues dans le coffre du pick-up. Certes elle faisait des efforts pour l’accrocher correctement, mais je savais parfaitement ce qu’elle en pensait : elle se disait que ce serait plus rapide d’appeler la décharge.

-Je me suis enfuie dessus.

-Pardon ? Fit-elle en se retournant.

-Je disais que sans cette moto, il y avait des chances que je me fasse brûler vive, si tu vois de quoi je parle.

Je vis son regard changer et ses attentions envers mon véhicule beaucoup plus respectueuses. Grand bien lui fasse.

Je montai auprès de Rosalie, Alice ayant encore sa voiture, et observai le paysage durant les quelques minutes du trajet dans un silence impeccable. Nous n’avions rien à nous dire. J’étais la petite nouvelle qui venait de débarquer, une Frenchie de surcroît. Et elle, elle était… Trop. Définitivement.

-Au risque d’énoncer une évidence, c’est toi la reine de la promo ? Demandai-je d’une voix neutre.

La voiture freina brusquement, me projetant en avant, puis redémarra comme si de rien n’était. Alors que je calmais les battements désordonnés de mon pauvre petit cœur, je notai du coin de l’œil que ce brusque écart de conduite ne l’avait en rien dérangé, m’intriguant encore plus sur ce qu’elle était. Peut-être que l’un de mes compagnons était de la même race ? Si oui, ça faciliterait mes recherches grandement ! Si j’avais la possibilité de me nourrir à moitié, ce serait amplement plus facile lors de la recherche de l’autre moitié.

-Pour te répondre, on n’élit pas de reine ou autre dans cet établissement. Et je ne suis pas populaire à proprement parler. On m’évite et ça me suffit. Je ne veux pas frayer avec cette masse grouillante d’adolescents boutonneux, expliqua-t-elle en esquissant une moue dégoûtée.

-Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la dernière partie, approuvai-je. Mais je suis sûre que tu es la reine de la promo, voire du lycée, et que tu en es parfaitement consciente.

Je sortis tranquillement et entrepris de descendre ma moto. Dans l’habitacle, Rosalie souriait doucement. J’avais l’impression qu’une sorte d’amitié venait de commencer. Ou était-ce juste de l’acceptation ?

J’attachai mon véhicule avant de courir me blottir dans mon canapé en soupirant. Demain, nous serions mercredi, et hormis quelques heures de cours le matin, je n’avais aucune obligation. Je pourrais donc sans problème débuter mes recherches dans l’après-midi.

Je me relevai pour préparer un dîner rapide, n’ayant pas très faim de nourriture. Ce repas expédié, je fis distraitement mes devoirs, les trouvant bien trop facile. Malheureusement pour ceux de ma race du moins, le niveau scolaire humain était bien trop bas pour nous. En fait, il ressemblait un peu à des échantillons qui nous étaient proposés sans être très approfondis. En gros, c’était d’un ennui mortel. J’aurais très bien pu aller à l’université si je le souhaitais, mais cumuler beauté, émancipation, jeunesse et intelligence, je trouvais ça trop. Et puis j’avais déjà passé mes examens dans mon monde en plus…

Je me sentais bizarrement très fatiguée. Peut-être était-ce de la faute de la pleine lune d’hier ? Ce soir, ce serait encore le cas, mais je n’aurais pas à me cacher d’elle, heureusement… J’aimais bien la lune. Nous autres créatures de la nuit l’aimions bien. Elle était un peu notre mère à tous. Même si nous étions enfants de la nuit, la lune était notre patriarche ou matriarche. Je la saluai avec un large sourire, comme si je ne l’avais pas vue depuis longtemps, comme un enfant accueille ses parents longtemps partis. Aime la lune et elle te le rendra, disait-on par chez moi. Tant que tu évites le premier jour de la pleine lune, pas de problème !

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