Petite étincelle

Petite étincelle – 1/?

Stiles ouvrit violemment les paupières, haletant bruyamment.

Son torse se soulevait erratiquement avec douleur. Chaque nouvelle respiration était une torture, lui donnant presque envie d’arrêter pour de bon. Il pouvait essayer sa théorie sur l’apnée volontaire… Bien que l’eau soit absente.

Chaque mouvement convulsif l’emmêlait un peu plus dans les draps défaits, le menaçant presque de l’étrangler.

Ce serait dommage, après avoir survécu à tous ces alpha et ce surnaturel de mourir bêtement étouffé par des draps en coton. Ça manquait aussi cruellement de panache, fallait le dire.

Il toussa violemment, comme si il cherchait à expulser quelque chose du fond de sa gorge. Il devait la sortir. Sortir quoi ? Pas la moindre idée, mais ça le grattait, ça le brûlait.

La porte de sa chambre claqua violemment, mais il n’y prêta pas attention, respirer était plus important.

-Stiles, calme-toi, respire lentement.

La voix de son père paraissait lointaine, comme provenant de la pièce à côté.

Pourtant, il était juste là, à ses côtés, essayant de l’apaiser avec des mots et gestes calmants. Il était toujours là, mais ses efforts étaient vains. Inutiles.

Son souffle se débloqua subitement, lui permettant de remplir correctement ses poumons douloureux. Mais il sentait bien que ce n’était pas fini. La chaleur s’étendit de sa gorge à son estomac, semblable à un brasier. Il brûlait… oui, c’est ça…

Il se consumait. Il allait se changer en cendres.

Sa tête rejetée en arrière, son cou dans un angle dangereux, un cri rauque se répercuta entre les murs de sa chambre, sa voix se brisant presque.

Son père le lâcha brusquement avec un petit cri de douleur et un mouvement de recul. Mais il a trop mal pour s’y intéresser.

Rapidement, ses draps se déchirent sous les mouvements convulsifs et ses ongles griffent le matelas. À force de rouler, il risque de tomber mais reste sur la couche.

Aucun mot, aucun son, n’arriverait à transcrire les sensations le parcourant.

Puis tout cessa.

C’était si violent comme soulagement qu’il en eut le souffle coupé, le cerveau tournant à vide et les membres tremblants.

Durant de longues minutes, il prit des respirations bruyantes et profondes, son père lui caressant les cheveux, comme lorsqu’il était enfant et qu’il avait ses crises ou des cauchemars.

Réunissant les forces qui lui restaient, Stiles agrippa la manche de sa chemise, les yeux bordés de larmes.

-Papa… qu’est-ce qu’il m’arrive ?

-C’est… c’est normal Stiles.

-Tu sais ce qu’il m’arrive ? Souffla-t-il.

Et il ne lui avait rien dit ? Il l’avait regardé se tordre de douleur et avoir l’impression qu’il allait mourir, sans même le prévenir ?!

-Je ne sais pas, à proprement parler, corrigea-t-il. Ta mère m’en avait touché quelques mots mais tu étais bien trop petit pour que j’y porte vraiment attention. Et puis, tu sais, après… c’était trop tard.

Il sentait son fils s’apaiser lentement contre lui. Mais le plus gros était à venir.

-C’est quoi, alors ? Je dois aller à l’hôpital ?

-Pour ça, je pense que non, même le vétérinaire risque d’être dépassé par la situation.

Soupirant, Noah passa une main dans ses cheveux, mettant un peu plus à mal sa coiffure déjà bien malmenée par les heures de travail précédentes.

-Qu’est-ce qui m’arrive, alors ? Sanglotait-il presque.

La chaleur revenait, traversant ses membres rapidement.

-Ton héritage. Tu es entré en contact avec ton héritage.

Il se tut, tentant de rassembler les souvenirs ayant un rapport avec le sujet. C’était si vieux… Si douloureux… Sa femme ne lui manquait que plus, en cet instant précis.

-Vers la fin de l’adolescence, à l’entrée de l’âge adulte… ça varie selon les individus. Les… les hybrides, comme toi, reçoivent leur héritage racial, à différents pourcentages. Ils peuvent revêtir les pouvoirs complets ou juste quelques caractéristiques communes, c’est purement aléatoire.

-Je… je suis un hybride ? Mais…

Lorsqu’il avait mis son père dans la confidence des loups-garous et le reste de la meute, il se souvenait de la galère pour tout lui faire comprendre mais, le pire, fut de le convaincre.

-Tu t’es foutu de moi… Tu savais dès le début…

-Je ne savais que pour ta mère, le détrompa-t-il. J’imagine bien qu’il y a d’autres espèces, mais la révélation de Claudia… disons que ça m’avait suffi à l’époque. Et encore maintenant…

Ils soupirèrent en chœur, ce qui les fit sourire.

Stiles le perdit rapidement lorsqu’une autre vague de douleur le traversa. Il resserra sa prise sur la main de son père.

-Et donc ? Je suis… maman était quoi ?

Malgré sa situation actuelle, il était impatient d’en savoir plus sur sa mère. Elle était vraiment partie trop tôt.

-Claudia débarquait des Émirats Arabes Unis. Elle s’était installée en Californie pour ses études. On s’est rencontré lorsqu’elle est venue ici, à Beacon Hills. À l’époque, elle avait fait passer ça pour un pressentiment, une envie. Maintenant, avec tout ce que tu m’as dit, je me demanda si ce n’était pas plutôt à cause du Nemeton ou de la meute des Hale…

Stiles resserra de nouveau sa main sur celle de son père, mais cette fois pour le réconforter.

-Bref. Je l’ai rencontré et ce fut le coup de foudre. J’allais lui adresser la parole mais… elle s’est enfuie. Ça m’a pris plus d’un mois pour lui mettre la main dessus, râla-t-il. Elle paraissait folle de rage et j’ai bien cru qu’elle allait m’arracher la tête avec les dents.

Cette phrase le fit sourire malgré lui. Ça lui rappelait quelque chose.

-Mais ce n’est pas ce qui nous intéresse, pas vrai ?

Le visage du shérif prit une teinte cramoisie, gêné. Ah, le reste de l’histoire n’était sans doute pas pour ses petites oreilles d’adolescent. C’était noté.

-Définis « intérêt », se moque Stiles.

De la sueur coulait sur son front mais il s’en foutait.

-Ta mère était l’héritière d’une vieille famille de djinn. Et, elle en était un, elle aussi. Une effrit. Une djinn de feu. Tu l’aurais vu lorsqu’elle revêtait ses pouvoirs… Elle paraissait brûler, ses cheveux étaient un torrent de flammes, ses yeux entièrement noirs, sa peau recouverte de tatouages colorés… Elle était vraiment splendide.

Stiles observa son père partit dans sa rêverie, un petit sourire aux lèvres. Il était toujours amoureux malgré… malgré tout.

-Enfin, tu m’as compris. Il semblerait que tu hérites de ses capacités. Je me demande jusqu’où tu vas aller…

Ce rappel lui fit froncer les sourcils. Ah oui, tiens, maintenant qu’on en parlait…

-J’imagine que je vais devoir apprendre à me contrôler.

Il haletait de nouveau, la chaleur revenait, plus forte, comme un poing de feu entre ses côtes. Malgré la pression qu’il exerçait sur les mains de son père, ce dernier recula prestement, hors de porté. Il avait déjà une brûlure de tantôt, ça lui suffisait.

-Oui, maintenant, par exemple. Je vais appeler du renfort, ne bouge pas !

Bouger ? Mais pour aller où ?

Stiles se cambra, son dos touchant plus le matelas alors que sa vue se troublait. Des cris s’échappaient de sa gorge sans qu’il en ait conscience.

Il n’avait plus conscience de son environnement, plus idée de l’heure qu’il pouvait être, plus rien. Juste cette chaleur qui l’emplissait, le submergeait, l’engloutissait. Il ne serait même pas étonné d’apprendre qu’un vrai brasier avait pris naissance dans son lit et le dévorait.

Il accueillit l’inconscience avec joie.


Dans ses rêves, il se voyait. Mais ce n’était pas réellement lui. Alors, comment savait-il que c’était lui ? … Pas la moindre idée.

Bref, il se voyait. Et aussi étrange que cela puisse paraître, ce ne devait pas être le cas. Parce qu’aux dernières nouvelles, il ne savait pas se dédoubler ou sortir de son corps, et qu’il n’avait pas des yeux aussi… brûlants. Littéralement.

Le Stiles qui se trouvait devant lui possédait des yeux pareil à des braises, de petites flammes léchaient les paupières et les sourcils par intermittence. Il avait joué avec les allumettes ou… ? Et puis, c’était quoi ces marques sur le cou ? Derek avait encore serré trop fort ?!

Il n’en parlait que peu, mais les menaces de l’alpha -enfin, ancien- et ses « marques d’amour » en tout genre, lui pesaient. C’est vrai, quoi, il s’échinait à rendre service et se faisait remettre à sa place pour tout remerciement. Ce n’était pas la reconnaissance qui l’étouffait !

Mais il y avait plus important pour l’instant. Comme… comme le feu qui paraissait couler de ses yeux jusqu’à ses épaules, rougeoyant lentement, léchant ses oreilles en des flammes paresseuses.

Okay, tout allait bien. Il cramait. Génial.

Sa reprise de conscience fut violente. Mais, vraiment.

Déjà, il se réveillait en hurlant, en réaction à son… rêve ?

Mais, surtout, il brûlait. Encore. Sauf que là, c’était vrai. C’était la réalité.

Son lit s’écroula sous son poids, le coupant dans son cri et le secouant un peu. Tout autour de lui, les flammes léchaient le cadre du lit, glissant sur sa peau sans… eh bien, sans le blesser. Il était encore en train de dormir, alors ?

Mais de nouveau, son père surgit dans sa chambre, ne cherchant même pas à retenir la porte qui commençait à douter de son utilité. On ne pensait jamais assez à elles. Quelle tristesse.

-Non papa, ne t’approche pas ! Haleta Stiles.

Son souffle se faisait haletant, mais ce n’était pas le moment de paniquer. Plus tard, peut-être. Il se recroquevilla, voulant éviter les flammes, les yeux fixés sur son père qui ne bougeait pas, n’esquissait pas le moindre geste. Certes, il venait de le lui ordonner, mais c’était presque blessant de le voir aussi obéissant. Merde, quoi, il avait mal, lui !

Comme répondant à un désir enfoui de blesser ce père un peu trop docile, une traînée de flammes s’extirpa de son brasier et coula avec lenteur jusqu’au shérif qui n’en parut pas conscient, le regard rivé sur son fils qui gesticulait en sa direction mais plus à cause de la douleur, cette fois.

Le pantalon allait s’enflammer d’une seconde à l’autre, paniquant Stiles qui tentait de mettre en pratique toutes les techniques des loups-garous pour prendre le contrôle de ce pouvoir qui le dépassait. Mais rien. Son père allait devenir une torche humaine dans un instant, à cause de lui, car tout est de sa faute. Et il allait finir seul car c’est tout ce qu’il méritait, au fond.

Imaginer son père mort fut le coup de pied qu’il lui fallait, un poing de glace se resserrant dans son abdomen, le feu s’apaisant avant de s’éteindre complètement.

Le souffle court, il fixa ses mains sans rien comprendre, ses yeux lui piquant.

Il ne fit pas attention au shérif qui se précipita auprès de lui, le serrant contre lui, la voix tremblante.

-Tu y es parvenu Stiles ! Tu as réussi à reprendre le contrôle, tu vois ?!

Les larmes finirent par dévaler leurs joues, d’épuisement et de soulagement, et Noah décida que son fils avait plus besoin de repos que d’une journée de cours, prévenant l’établissement et ses collègues.

Cela faisait longtemps qu’ils n’avaient pas été tous les deux, passant une journée père/fils normale.

Tellement, qu’ils ne furent pas vraiment étonné de retrouver la meute au grand complet devant la porte de la maison.

Bon, l’heure des explications était arrivée.

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