L'étreinte de l'ombre

L’étreinte de l’ombre – 2/?

-Vous vous en souvenez ? Murmura faiblement Seiya.

Il se tenait au mur pour ne pas tomber, couvert de sueur et haletant.

-Chevalier de Pégase… Tu devrais encore tenir le lit. Tes blessures ne sont pas complètement cicatrisées.

Seiya le défit du regard. Il ne retournera pas se reposer. Il voulait des réponses qui apaiseraient sa mémoire.

Hadès soupira et lui fit signe de le suivre. Il le mena jusqu’à une terrasse où gâteaux et boissons semblaient les attendre.

-Si ma nièce apprend que je t’ai laissé te vider de ton sang parce que tu es trop têtu pour entendre raison, elle risque de me courser jusqu’en Olympe. Assis-toi.

Seiya sourit discrètement suite à cette explication pataude. Sous ses grands airs de Seigneur, Hadès agissait un peu comme un enfant qui craignait de se faire prendre par son père.

-Alors… Oh ! Des cookies ! Et des brownies !

Partagé entre l’amusement et la gêne, le chevalier divin observa le dieu millénaire qui papillonnait entre les différents desserts. Il se servit quand même en île flottante tout en réprimant le début de fou rire.

-Bon, tu n’es pas venu pour tester la cuisine des Enfers, j’imagine.

Reprenant son sérieux, Hadès essuya la crème de son menton. Il avait l’impression que ça faisait un paquet de siècles qu’il n’avait pas goûter à ces sucreries.

-Les souvenirs. Ma tête est criblée de flashs plus violents les uns que les autres.

-Quel rapport avec moi ? S’étonna Hadès en gobant des cerises.

-Heu…

Seiya ne put empêcher son regard de fixer les petits fruits rouges qui disparaissaient entre les lèvres rosées.

-Chevalier Pégase ?

-Ah, euh, les souvenirs, balbutia-t-il. Oui. Je viens vous voir parce que vous y apparaissiez. Enfin, c’est plus complexe que ça, et, euh…

Il bafouillait, mal à l’aise, les joues écarlates. Hadès s’attendait presque à ce que de la vapeur s’échappe de ses oreilles.

-Tu sais que les dieux sont capables de lire dans les pensées ? Tu n’auras qu’à me montrer ces souvenirs dont tu me parles, proposa-t-il poliment.

Si je continue à prendre des cerises, je vais devoir appeler Apollon. Oh des fraises !

Ce fut avec cette élégance quasi innée que le dieu de la Mort jeta son dévolu sur les fruits des bois. Et c’est à ce moment-là que Seiya lui envoya une des images qui lui martelaient l’esprit. Il toussa durant de longues minutes, apeurant le chevalier.

-J’ignorais que ta mémoire remontait à si loin, chevalier ! Finit-il par articuler d’une voix étouffée.

Il accepta avec reconnaissance la tasse de thé.

-Ce cher Adonis… Je pensais en avoir oublié jusqu’à son existence. La légende prétend que Perséphone en était amoureux, mais la vérité est tout autre.

-Euh, d’accord, mais quel rapport avec moi ?

Hadès leva des yeux surpris.

-Tu ne t’en es pas rendu compte ? Il est une de tes précédentes réincarnations, Seiya.


-Et Athéna ? S’inquiéta Aïoros.

-Votre Dame se repose dans une pièce à côté, le renseigna la petite spectre.

Elle s’amusaient bien des réactions des chevaliers. Ces solides gaillards, taillés comme des armoires semblaient tomber de bien haut lorsqu’ils la regardaient.

Oui, Myrrha, spectre de l’Hamadryade de l’étoile Terrestre de l’Inceste, raffolait de la surprise qu’offraient les yeux des convalescents.

-Vous n’avez pas vu Aïolia ?

Avec un petit sourire en coin, la spectre lui fit le signe du silence et pointa du doigt le chevalier en question. Sur lequel reposait un spectre à l’apparence juvénile.

-Si vous écoutez attentivement, vous entendrez leurs ronronnements.

Son air attendri fit frissonner le Sagittaire. Mais qui pouvait-elle bien être ?

-Les sceaux se sont fragilisés, marmonna Rune.

-Quels sceaux ? Voulut savoir Shun.

Le spectre se redressa d’un coup, avant de se reprendre.

-Rien de spécial. Ce sont des sceaux retenant les âmes. Il me faudra bientôt rejoindre les équipes d’entretien, d’ailleurs…

Il attrapa avec adresse le petit os, faisant grogner Kanon.


-Et donc nos mémoires étaient scellées…

-Non. En mourant, l’âme abandonne toutes affaires terrestres, comme la mémoire ou les sentiments. Ainsi, lorsqu’elle se réincarnera, elle n’aura plus aucune trace de sa vie précédente.

-Mais alors, pourquoi ? Voulut savoir Seiya.

-Votre cosmos. Il surprotège tout ça. Il scelle tout vos ressentiments avant de s’éteindre.

-Mais comment se fait-il que ma mémoire aille aussi haut ?

-C’est là toute la beauté et l’ironie de la chose ! Ricana Hadès.

Il grignota un morceau de palmier avant de soupirer d’aise.

-J’ai une sœur aînée qui n’apparaît dans aucune légende. Elle aime bien venir me donner un coup de main, et particulièrement à la distribution des âmes. Elle prend un soin tout particulier pour l’attribution des âmes des serviteurs. Bon, il lui arrive de faire quelques erreurs… Kanon était prévu pour le Sanctuaire de Poséidon, et Ikki est à l’origine rattaché à mon service.

Seiya avala son thé de travers.

-Une grossesse un peu trop lourde qui la rendait malade. Elle m’a promis de se faire assister la prochaine fois, grogna-t-il.

-L’absence de Ikki vous a beaucoup coûté ?

Seiya n’obtint qu’un petit sourire en coin qui ne l’avança pas plus.

-Et plus sérieusement, vous comptez prévenir Shun quand ? Se risqua-t-il.

Hadès grimaça comme s’il venait de manger un citron entier. Pégase regretta de ne pouvoir immortaliser un tel visage.

-Ce n’est pas encore le bon moment, se contenta-t-il de répondre.

Ça le sera jamais, on dirait bien…

-Mais votre sœur, elle ne pourrait pas s’occuper de ces sceaux ?

-Ce n’est pas son ministère. Elle fait ça pour le fun, vraiment. Si jamais tu as à la rencontrer, tu t’en rendras bien vite compte. Et elle vient aussi saluer Hypnos et Thanatos.

-D’ailleurs, ils ne sont pas là ?

-Ils se reposent avec Athéna. Chacun dans un lit, bien sûr.

Seiya n’eut aucune réaction à cette déclaration. Ces dernières heures avaient eut leur lot de découvertes, il n’allait pas en réclamer plus, merci bien.

-Bon, je vais te raccompagner jusqu’à ton lit, je pense que te reposer après tout ça te fera le plus grand bien.

Il n’eut pas le temps de protester qu’il se sentait soulevé et qu’il partait pour une destination obscurcie par le sommeil.


-Seigneur Hadès ! Glapit un squelette de faction.

Il tremblait de tout ses membres, complètement ignoré par son dieu qui portait un chevalier divin endormi. Par ailleurs, ce dernier avait passé un bras derrière les épaules de leur maître et arborait un petit sourire tranquille.

-Tu comptes ouvrir cette porte, ou devrai-je le faire moi-même ?

Le spectre se ressaisit et s’empressa d’obéir, s’effaçant pour laisser entrer Hadès dans la grande salle où spectres et chevaliers reprenaient des forces.

Sa venue fut évidemment remarquée, autant par les uns que par les autres.

-Majesté, balbutia Valentine.

L’appelé leur adressa un mouvement de tête avant de poser son fardeau dans le lit qu’il avait quitté.

-Si vous pouviez vérifier ses pansements, il est plus buté qu’une mule morte.

Et sur cette déclaration, le maître des Enfers sortit, jetant un regard bref sur le chevalier d’Andromède.

Un jour, peut-être…

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