Ægir frappa son bouclier. Une fois. Deux fois. Un rocher frôla son bras, le faisant cesser, mais ce ne fut le cas que le temps de quelques secondes.
-Mais arrête, givré de Viking !
Ledit Viking jeta à peine un regard au chevalier d’Or. C’était lequel, d’ailleurs ? De toutes façons, ce n’était pas intéressant. Taper sur son bouclier l’était un peu plus.
Bon, d’accord, il était complètement givré, mais pour un homme du Nord, c’était un peu normal. Il savait qu’il n’était pas comme les autres. Déjà, il n’était pas orphelin, ça il en était sûr. Il avait été enlevé de sa famille pendant qu’ils débarquaient sur les terres Normandes. Dans l’agitation, qui aurait pu remarquer la disparition d’un morveux dépassant à peine les trois pieds ? Bah, en tout cas, pas ses parents. Oh ! Il ne dit pas qu’ils ne l’ont pas cherchés, juste qu’ils ne l’ont pas trouvé.
Au loin résonna une corne de brume, signalant le changement d’équipe, mais aussi l’heure du repas ! Et c’est justement cette info qui traversa le crâne épais du chevalier du Capricorne qui s’empressa de rejoindre son temple, saluant à peine ses pairs. De toutes façons, il n’y avait pas grand-monde pour frayer avec lui. Il n’était pas assez « grec » pour eux. Pas assez intégré, pas assez comme tout le monde. Différent.
À peine le seuil de son temple franchit que son armure le quittait, retournant docilement dans son coffre. De tout les apprentis concourant pour le titre de chevalier d’Or du Capricorne, il avait fait partie des quelques uns qui avaient tenu jusqu’au bout, et bien le seul dont l’armure avait daigné un quelconque intérêt. En somme, il ne répondait pas à toutes les demandes, mais au moins pouvait-il la porter. C’était comme si… comme si une autre armure devait le revendiquer. Comme si il n’était pas fait pour celle-là… un intrus.
Il repoussa ses pensées sombres et se concentra sur l’élaboration de son repas qu’il engloutirait avec appétit. C’était bien l’un de ses rares dons, tiens, la cuisine.
Plus grand que le chevalier d’Or du Taureau (qui était un géant, en soi), carré comme une armure normande, solide comme la roche, le regard aussi vide que le crâne d’un chevalier de Bronze, son bras tranchait le plus solide des aciers comme si c’était du beurre, comme le voulaient tout les Capricornes.
Mais lui, le voulait-il ?
-Hey, le crétin de la montagne ! On est convoqué au 13e temple, t’as le crâne tellement épais que t’entends même pas le Grand Pope ? Ricana le Chevalier d’or de la Vierge, suivi de ses collègues des temples inférieurs.
Ægir ne répondit pas, se contentant de suivre le mouvement. Créer un peu plus d’animosité ne servait à rien. Surtout lorsque le Grand Pope -un ancien Chevalier d’Or du Lion- leur rappelait qu’il fallait entretenir une franche convivialité et fraternité entre eux car, avec la Guerre Sainte qui s’approchait, ils allaient avoir besoin de se souvenir qu’ils n’étaient pas tout seuls contre les autres dieux. Dans ces moments-là, effectivement, on resserrait les rangs, on bombait le torse et on relevait le menton, dans une fausse apparence de fraternité.
La Guerre ne se faisait plus proche. Elle était imminente.
Il fallait bâcler les entraînements et distribuer les armures au plus vite, apprendre des arcanes mortelles à des gamins à peine sortis de leurs couches, remettre en fonction les pièges du Sanctuaire et prier Athéna pour le bon déroulement des affrontements.
Cette fois-ci, la mort venait par les océans. C’était Poséidon leur adversaire. Mais pas que.
Le seigneur des océans avait fait dans l’originalité, cette fois, et avait décidé de s’allier avec Asgard, le sanctuaire du Nord. Les guerriers d’Odin.
Et merde.
Contrairement aux infernaux et aux aquatiques, les dieux guerriers étaient plus endurants, plus rodés à la dureté du quotidien. Mais la chaleur présente en Grèce risquait de leur présenter un sérieux handicap, du moins c’est ce sur quoi comptait le Pope. Mais il ne fallait pas se reposer uniquement dessus.
Et, effectivement, lorsque les combats débutèrent, le soleil avait disparu, donnant l’avantage aux Nordiques et Marinas. C’était aussi la preuve de l’appui du dieu des Enfers, bien qu’il n’avait pas pour projet de faire partie des affrontements ce siècle-ci.
Il faisait sombre, les seules lueurs provenaient des cosmos qui s’enflammaient un peu partout sur la zone de combat, les corps chutaient sans qu’on y prenne attention jusqu’à ce qu’on leur marche dessus. C’était une boucherie, personne ne savait vraiment sur qui il pouvait bien taper, tuant aussi bien frères d’armes qu’ennemis.
Alors, une fois que le soleil put reprendre son ascension, libéré des pouvoirs de Hadès, le spectacle était des plus macabres. Il n’y avait ni perdant, ni vainqueur, uniquement des ruines et des morts. Et des dieux qui faisaient la gueule, accessoirement.
Et, au milieu de tout de ce paysage, on pouvait voir un géant debout, aspergé de sang. Mais malgré ça, il n’y avait que l’armure abîmée pour faire tenir ce corps mort. Un corps mort et une âme qui ne semblait pas vraiment comprendre ce qui lui était arrivé.
-Par Chronos, qui m’a fichu un dadais pareil ?!
Se tournant vers elle, le Viking la regardait avec un rien de curiosité. Qui était donc cette jeune femme aux cheveux de feu et aux armes scintillantes ?
-Vous êtes une Valkyrie ? Vous allez m’emmener au Walhalla auprès des autres guerriers et du seigneur Odin ?
-Okay, alors toi, on t’a pas mis le cerveau dans le bon sens. Je te propose encore mieux que le Walhalla. Un monde où tu pourrais festoyer, fonder une famille ou non, te battre pour différentes causes…
-Je préférerais boire des canons aux côtés de mes ancêtres, bouda Ægir.
-Mais ce qu’il a la tête dure, lui alors ! Râla la titanide. Allez, on s’en tape, te voilà mon nouveau garde à mon service ! Non mais oh !
Elle attrapa la montagne par le col et le traîna derrière elle alors qu’elle ouvrait un passage sur Nymphéa.
-Non, mais, j’aurais tout vu…
