Kyoko Reshi

Kyoko Reshi – 12/13

Allongée sur le lit, j’étais enfin calmée. Harakao jouait avec mes cheveux, s’amusant à me les coiffer. Je me mordais la lèvre inférieure d’angoisse. Plus les minutes s’égrenaient et plus je stressais. Je m’assis brusquement, les pieds posés sur le sol. Bien que éloignée du centre-ville, je pouvais entendre les rumeurs en provenant.

Ne résistant plus, je finis par me lever, enfiler mes baskets, attraper nos capes au vol et préparer mon fils à cette sortie imprévue.

Courant à moitié, un peu ralentie par l’allure de mon fils, je me dirigeai vers la place centrale du village Patch où déjà de nombreux participants vaincus se réunissaient. De là où on était, à l’endroit où la forêt interdite prenait fin et où le sanctuaire des Étoiles, le territoire du Great Spirit, commençait, on pouvait voir ce qui se passait au loin. Les combats entre les Fumbari et the Ren contre mon mari et son équipe étaient suivis par tous. Les commentaires fusaient de partout. Je bouchais les oreilles de mon fils lorsque je percevais des paroles dégradantes envers son géniteur. Et il y en avait beaucoup. Beaucoup trop. Je devais aussi me faire violence pour ne pas réduire tout le monde en cendres. Un petit tas de cendres…

Mais je n’étais pas aveugle, même si j’étais amoureuse, malgré ce que disait le vieil adage. Je savais que Hao était d’une cruauté sans pareille. J’en souffrais, certes, mais je faisais avec. Je ne pouvais que l’apaiser, pas l’arrêter ou le changer. C’était comme ça.

Alors, fermant les yeux et joignant les mains sous mon menton, je priai. Je priai pour le salut de tous. Je savais que ce serait un combat à mort. Après tout, il était connu pour ça. Je tenais à toutes les âmes qui étaient impliquées dans cette bataille. Horo, Ren, Ryo, Manta, Faust, June, Choco, Yoh et Hao. Corée, Bason, Tôkagero, Mosuke, Elisa, Lee Paï Long, Mick, Amidamaru et Spirit of Fire. Je ne voulais pas les perdre. Non.

« Ô toi qui contrôle tout ce qui est. Toi qui nous crée autant de destins qu’il y a de mondes. Je t’en supplie. Je ne te demande pas de les sauver, je suis consciente qu’eux seuls peuvent le faire et qu’aucune aide extérieure ne les touchera. Veille sur eux, je t’en supplie. Toi seul peux le faire… J’ai échoué… Échoué sur toute la ligne. »

Pleurer… Douleurs et angoisses… Quand avais-je versé de telles larmes pour la dernière fois ? Ça faisait bien longtemps. Peut-être au temps de ma précédente réincarnation…

-Maman, pourquoi tu pleures ?

-Le vent s’est levé mon chéri, et un grain de sable m’est entré dans l’œil. C’est tout. Tiens, tu vois ? Fis-je en empêchant mes larmes de poursuivre leur route.

-Oh ! D’accord !

Il m’adressa un large sourire tout enfantin et enferma mon poignet dans sa menotte. De mon poing libre, j’écrasai les gouttes salées qui asséchaient la peau de mes joues. Je ne devais surtout pas perdre ma confiance en eux. C’était ça ma force. La confiance.

Je déconne.

Ma véritable force ne venait pas de l’amour ou de la confiance, je laissais ça aux héroïnes de Shôjo et autres. La confiance en soi et le rêve faisaient de bonnes bases ainsi que de bons piliers.

J’étais bien heureuse que mon esprit protecteur soit un oiseau. De surcroît, le corbeau a une vue des plus excellentes. Il était donc tout à fait normal que j’arrive à distinguer les différents combats que menaient mes amis.

-Ren… croassai-je lorsque l’âme de celui-ci disparut.

Je serrai mon fils, nichant mon visage contre lui.

-Maman ! Arrête de faire ça ! Tu sais très bien que j’aime pas ! Grogna-t-il d’un air boudeur.

Je continuai de le taquiner pour m’occuper l’esprit. Après tout, Faust était auprès de Ren, alors pourquoi m’inquiéter ?

L’arrivée de Lyserg, par contre, m’étonna. Alors ce brocoli était un peu digne de confiance ? Pas forcément, après tout. Il pouvait dire ce qu’il voulait, mais il n’empêchait qu’il ne s’était pas gêné pour utiliser son entourage afin d’avancer dans sa vengeance et trahir ces personnes pour continuer sur son chemin sanglant. Pas que je plaigne les X. Je plaignais les personnes elles-même. Quelqu’un qui rejettait son propre esprit protecteur était indigne d’être Shaman. C’est un avis que beaucoup partageaient.

Je relevai ma capuche, histoire de dégager un peu plus mon champ de vision. Ouf ! L’âme de Ren était de retour.

Et mon aimé avait pénétré le sanctuaire des Étoiles. ‘Yoh, je crains que lorsque tu pourras enfin délivrer mon message, il ne soit trop tard…’

-Maman ?

-Oui Hako…

-Il se passe quoi, dis ? Pourquoi on reste debout sans rien faire ?

-Eh bien… commençai-je en cherchant mes mots.

-Cet enfoiré de Hao veut s’emparer du Great Spirit, grogna un Shaman à mes côtés. Heureusement, un groupe de Shaman et de Patch sont aller le battre !

Je grinçai des dents en entendant cette phrase.

-Quels Shamans ? Et c’est qui Hao ?

Coupant la parole à celui qui m’avait fait la même chose, je répondis sans réfléchir :

-Ton oncle et ses amis sont allés raisonner ton père.

-Ah ! D’accord ! Et il a fait quoi de mal papa ?

-Il cherche à faire partager son rêve à tout le monde, c’est pour ça.

Je savais que mon voisin n’avait perdu aucune miette de mes paroles. Mais je bouillais de rage sur place. Je n’aimais pas vraiment les insultes, et celles visant les êtres que j’aimais méritaient d’être payées.

Soupirant, j’enlevai ma cape, elle ne ferait que me gêner pour ce qui allait sûrement s’ensuivre. Faisant s’asseoir Harakao sur mes épaules, je posai un genou à terre.

-Eh ! Que cherches-tu à faire ?

Une main tenta de m’attraper. J’étais déjà partie, tombant comme une pierre vers le sol. Heureusement que la place était installée sur une falaise donnant sur le Great Spirit.

Plusieurs cris s’échappaient de la foule amassée sur le promontoire rocheux, mais je les oubliai. Ce n’était pas le moment. Vraiment.

Perché sur mes épaules, la chair de ma chair avait resserré son étreinte. Il n’osait faire aucun bruit alors que le vent fouettait son visage à lui en faire mal.

Puis il y eut le choc contre un mur venteux. Et la remontée en chandelle. Sous mes pieds maintenant, les badauds se pressaient. Après tout, n’était-ce pas leur avenir à tous qui se jouait sous leurs yeux ? Si Yoh gagnait, rien ne changerait à leur train de vie. Si c’était Hao, par contre… Nul doute que beaucoup, si ce n’est tous, perdraient la vie.

Malgré le fait que je brûlais toute mon énergie en coups d’ailes désespérés, je n’avançais pas plus que le matin. Et je perdais du temps précieux. Apercevant Anna sous moi qui courait comme si sa vie en dépendait -ce qui était le cas, remarque- je jetai un regard vers ma destination et finis par me poser dans une des clairières de ce bois enchanté.

Yoh et Hao se battaient. Ce n’était pas comme durant le tournoi du Shaman Fight. Non. C’était clairement un duel dont le perdant rejoindrait les Enfers. Enfin, façon de dire. Hao se réincarnerait une fois encore, et Yoh fusionnerait avec son jumeau. Leurs armes étaient formatées pour blesser l’âme et non le corps. En tout cas, c’était le but recherché.

Et les autres venaient seulement de passer les oiseaux. On était pas sorti de l’auberge… C’est moi qui vous le dit.

Une fois mes ailes repliées, je repartis au pas de course. Je n’allais pas laisser Anna seule. Nous étions toutes les deux la femme du futur du Shaman King. Je sais qu’on pourrait croire que je m’avançais beaucoup là-dessus, mais j’ai un don de voyance, je vous rappelle. Je savais que le futur roi porterait le nom d’Asakura. Mais quand je l’avais vu, je n’avais rien pu distinguer de lui.

Ce qui est bien en plus de trois cent années de vie, c’est qu’on peut apprendre de nombreuses techniques en rapport avec le furyoku. C’est vrai, combien de personnes, hormis celles centrant leurs pouvoirs sur les aspects médicaux de cette énergie, sont conscientes que l’on peut aviver nos muscles en l’y concentrant ? De plus, même si c’était vraiment la base, dans ce cas de figure, il me suffisait de faire la fusion élémentaire. Celle que tout shaman apprend, sa première technique, la Hyôi Fusion. À cent pour cent.

Les Elfes sont des êtres rapides. En ne faisant qu’un avec Benjamin, je pouvais rattraper Anna. Ou arriver peu après elle.

Serrant contre ma poitrine mon garçonnet, je n’avais plus conscience du décor m’entourant. Je n’y prêtais aucune importance, en un sens. Je n’étais pas là en touriste.

-Kyoko ! Que fais-tu là ? S’exclama une voix que je connaissais bien.

-June ? M’étonnai-je.

Je me figeai, remarquant que j’étais à l’approche du sanctuaire.

-Anna est passée ? M’enquérai-je.

-Euh… oui, pourquoi ?

-Il faut que je la rattrape ! Me contentai-je de lui répondre en reprenant ma course folle.

-Pourquoi donc ? Cria la chinoise.

-Il faut sauver nos abrutis de maris !

« Tu es valeureuse, tu peux passer. »

Entre piafs… Non, je stoppe cette vanne pourrie là.

-YOH !

Bon, au moins j’étais bien arrivée… maintenant que j’y pensais, j’aurais dû laisser Hako avec la grande sœur de Ren.

« Je le ferai. »

« Merci Benjamin. »

Je les sentis s’éloigner tandis que je m’approchais des totems, et alors la réalité me frappa de plein fouet.

Hao, debout, tenait Yoh, à genoux, par les cheveux. Et l’âme normalement bleue du premier était devenue violette, tandis que celle du second ordinairement rouge, n’était visible nulle part…! Ils l’avaient fait. Ils avaient fusionné.

Je n’étais pas seule à rester figée face à cette scène.

« Bonjour Kyoko, tu es en pleine forme, on dirait ! »

« Je le suis, Yoh… »

Tout le monde se regroupa autour du corps sans âme ni vie. Je ne pouvais malheureusement pas me rapprocher de l’un des deux bessons Asakura. Puis Hao les fit sortir de leur apitoiement. Pas de la meilleure manière qu’il soit, je le conçois. Il changea leur choc et leur peine en haine et colère envers lui.

Je serrai un totem entre mes bras, figée par ce que je voyais. Tout n’était que fureur et haine. Désir de vengeance et colère.

Je ne servais en rien. Il n’était pas temps pour moi de choisir mon camp. C’était leur combat. Je n’avais pas à interférer. Alors, profitant qu’ils regardaient ailleurs, je m’approchai du corps inerte de celui qui m’avait acceptée malgré tout. Je fis signe de se taire à Manta lorsque celui-ci tourna la tête vers moi. Il changea de sens de priorité lorsque son esprit protecteur l’interpella.

Il les rappela à l’ordre, comme il se devait de le faire. Chose qui me brûlait les lèvres. Et heureusement, l’intervention du petit châtain porta ses fruits car les esprits de Hao furent anéantis en peu de temps.

Là-haut, mon compagnon millénaire assimilait l’âme de Yoh tandis que le SoF était chargé d’engloutir le Great Spirit. Anna dirigeait les opérations avec Ren. Je ne pouvais que les acclamer intérieurement, même si il ne fallut que très peu d’énergie à leur ennemi pour les repousser et réduire à néant leurs attaques.

Mais il en fallait plus pour leur faire perdre leur courage. Beaucoup plus. Et c’est fièrement qu’ils firent face, de nouveau, au shaman millénaire.

« Bande d’abrutis. Vous êtes aussi fou que votre ami. » pensai-je tristement.

-Yoh. Entends ma voix. Ressaisis-toi et rejoins ton corps. Tu ne l’as que trop longtemps déserté, fis-je d’une voix douce.

Je pouvais sentir Amidamaru chercher à tout prix à prendre contact avec son maître. C’était ce qu’il fallait faire. Je ne pouvais pas aider qui que ce soit. J’avais chargé mon esprit protecteur de veiller sur mon enfant. J’étais inutiles.

Je finis par rejoindre Opachô en haut de son pilier. La petite fille me sourit sans rien dire. Je mis à prier, assise en tailleur, les mains jointes, accoudée à mes cuisses et le front contre mes pouces. Les yeux clos, je me coupai du monde extérieur. Je suivais ce qui se passait sans y attacher une grande importance. Percevant la surprise de la fillette, je saisis ce qui se tramait. Mais il m’était impossible de sortir de ma transe. La prière était source de réconfort et d’énergie. Et pourtant, lorsque la fureur de Hao se transporta envers sa petite protégée, j’en sortis. Chaque mot haineux s’échappant de sa bouche n’était que pique douloureuse qui faisait trembler l’enfant au risque de la faire pleurer. Je me dressai face à lui, cet homme que j’aimais, faisant rempart de mon corps.

-Hao. Ton ennemi n’est pas Opachô. Détourne ta colère, apaise-là ! Elle t’aveugle.

Pour seule réponse, il éclata de rire. Un rire fou qui me figea instantanément. Il ne fit même pas attention à moi. Et sous mes yeux écarquillés, il alla s’emparer du Great Spirit. La lueur et l’agonie venant de cet être nous empêcha de bien voir ce qui se passait. Toujours est-il que nous dûmes faire face au résultat : la fusion entre l’esprit élémentaire et celui contrôlant tout était faite. Et c’était irréversible. J’enregistrai machinalement la voix faiblarde de la petite Jeanne. Elle demandait aux gens de ne pas perdre espoir et de continuer à croire en Yoh et ses amis. Quelle bonne blague ! Tant qu’elle pouvait tranquillement user de ses pouvoirs et de son autorité à tort et à travers, c’est en elle et ses idéaux de justice qu’il fallait se remettre… Maintenant que ses sbires étaient pour la plupart à terre et privés d’âme, et que elle-même était dépourvue de son esprit protecteur, elle incitait les gens à croire en celui qu’elle cherchait à détruire. À peine manipulatrice la petite Jeanne…

C’est à ce moment-là que Yoh bougea. Il nous revenait ! ‘Yoh… Tu es très fort… Mais la voix et la confiance que te porte tes amis sont ta vraie force. Oui, c’est ça…’

Et Yoh de combattre… et de voler. Ça vole un Yoh Asakura ? Fallait croire que oui, tiens… Parce qu’il ne faisait que ça depuis le retour de son âme dans son corps. J’vous jure. C’était moi l’être ailé, pourtant !

«Tu dois garder espoir Marco…» Oh, ferme-là petite cruche insipide.

-Yoh !

Je bloquai mon poing contre ma bouche, cassant mon cri. Hao savait que j’étais là, certes, mais ce n’était pas une raison pour prendre parti. Non. Le moment pour moi de choisir un camp n’était toujours pas arrivé.

Je repartis en prière, espérant ainsi apaiser la fureur qui habitait l’âme de mon aimé. ‘Hao… Que fais-tu ? Ne vois-tu donc pas les ombres noires qui t’entourent ?’

Alors que, par le pouvoir de cette fausse Sainte, chaque parole d’encouragement en l’égard du jeune Asakura lui apportait de la force, je ne pouvais que donner toute ma force, mon amour et tout mon courage à cet être que je chérissais de tout mon cœur. Je le faisais, à m’en faire couler des larmes de sang. Rien ne me prouvait que ça fonctionnerait. Mais ça ne m’empêchait pas de vouloir le faire.

Croire, confiance, haine. Voilà ce qui faisait notre force à tous les trois. Personne ne se penchait réellement sur moi, mais je pouvais vous assurer que ce soit au niveau furyoku ou puissance, j’étais digne de la faveur que m’avait faite mon époux.

-Personne ne veut de ton royaume, Hao ! Tu n’as personne pour te soutenir ! S’exclama Yoh.

Ah bon ? Et moi je faisais quoi ? Du naturisme ?

-Je ne veux pas qu’ils me soutiennent, mais qu’ils me craignent ! Répliqua son jumeau.

Définitivement, ils ne m’avaient pas calculé. Merci les gars…

Puisque c’est ça, je boudai. Enfin, c’était là ma décision première… Jusqu’à ce qu’ils se jettent l’un sur l’autre et que Yoh abatte son épée sur Hao, nous nimbant d’une lueur aveuglante.

Ne cherchant pas à comprendre ni ce que je faisais, ni ce qui se passait, je m’élançai vers lui.

-Hao… lui soufflai-je. Si tu dois disparaître, je ferai de même… Car je crois en toi. Dur comme fer.

-Kyoko… me répondit-il sur le même ton. Je suis désolé… J’ai été aveuglé par tous ces sentiments que je couve en moi depuis tellement longtemps. Et puis… lorsque j’étais en train de digérer l’âme de mon frère… Ah ! Si tu savais quelle sensation grisante c’est ! Il n’y a pas de mots pour décrire ce que j’ai pu ressentir !

-Je sais mon chéri, je sais… soupirai-je.

Je resserrai mon étreinte sur lui, plongeant ma tête dans ses longs cheveux bruns foncés.

-Partons, ordonnai-je subitement. Ils te croient tous morts et le Shaman Fight a du être annulé. Il sera sûrement organisé à nouveau dans les années qui suivront. Et, avec un peu de chance, nous pourrions y présenter notre fils.

Hao ne dit rien. Il n’y avait rien à ajouter. Il était épuisé. Je le serrai un peu plus contre moi. C’était la meilleure solution se proposant à nous : disparaître, se faire oublier le temps d’un instant pour revenir, plus forts que jamais. Oui.

Alors, mes ailes se tendirent. Je pliai le genoux. Et nous nous envolâmes, rejoindre une destination connue de moi seule… que nous quitterions lorsque le nouveau tournoi aurait une date. Pas avant.

-Hier, l’avenir paraissait tracé et bien sombre ! Aujourd’hui, l’obscurité s’est éloignée, remplacée par le brouillard de l’incertitude. Une fois de plus l’avenir demeure imprévisible…

‘Oui, Goldova. Les étoiles sont contentes, malgré que rien ne ce soit passé comme elles l’entendaient. Mais, enfin, qui s’en soucie ?’

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