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Iris Mag – Héphaïstos 3/11

Anna : Héphaïstos s’habille souvent avec un tutu et des chaussons


Nous avons tous des passions secrètes, des goûts bizarres. Mais certains en ont plus que d’autres, voire des penchants inavouables.
Les dieux ne font pas exception, évidemment.

Concentrons-nous pour l’instant sur Héphaïstos. Qui ne connaît pas le vilain petit canard divin ? Celui dont les parents se rejettent la faute ? Celui dont on envie la femme et l’habileté ?

Hé oui, Héphaïstos, donc, époux de la sublime mais non moins infidèle Aphrodite, enfant honni de Zeus et de Héra, et frère de Arès.
Dieu de la forge, mais aussi du travail manuel, quasi-muet, homme bourru et simple, grand champion indétrônable de laideur depuis des siècles -c’est un concours secret-, cocufié un paquet de fois (soit il pardonne à sa femme, soit il s’en fout, soit il porte des œillères, allez savoir avec lui…), Héphaïstos est un dieu comme on en fait peu, ne serait-ce que par son attitude assez proche des mortels (non mais, sérieusement, il est vraiment le fils deZeus ?).

Sa passion pour toutes les techniques de construction est connue de tous ses pairs, tout comme son ingéniosité. Ce qui l’est moins, c’est ce petit truc, ce secret caché sous son épaisse barbe en broussaille et à moitié brûlée…


Un regard à droite, un regard à gauche.

Ouf, personne à l’horizon !

Satisfait de cette pensée, le furtif guetteur esquissa un sourire bancal qui étira sa peau burinée. Il se frotta mentalement les mains et poursuivit son avancée. Ce fut tout aussi mentalement qu’il remercia son épouse d’être allée rejoindre ses amies immortelles -dont sa propre mère, ainsi que sa sœur- lui offrant ainsi une tranquillité inimaginable qu’il allait pouvoir utiliser pour se soumettre totalement à sa passion d’enfance.


Il était tard, mais elle s’en moquait : de toutes façons, ce n’allait pas être son ermite de mari qui lui en ferait la remarque, alors…

Ôtant gracieusement ses ballerines, elle perçut les délicates sonorités du piano qui égrenait ses notes à travers l’habitation.

Oh ? Son mari lui aurait-il, par le plus grand des hasards, concocté une surprise ?

Curieuse comme pas deux, la déesse de la beauté pointilla du pied jusqu’à la pièce d’où s’échappaient les trilles et, ô quel hasard ! La porte était un tout petit peu entrouverte… comme une invitation à regarder à l’intérieur. Donc, ça aurait été dommage de ne pas s’exécuter, n’est-ce pas ?


Saut de chat, déboulé, dégagé…

Les yeux fermés, notre divin forgeron se laissait porter par les notes, l’esprit loin, bien loin. Il avait laissé derrière la porte tous ses soucis. Le fait qu’il devait terminer une quelconque commande divine, son apparence pataude, ses membres lourds et brusques. Il oubliait tout, se faisant absorber en entier par les croches et autres noires pointées. Il était musique. Il était danse. Il était… bien. Tout simplement.

Seul. Personne pour se moquer de ses pas un peu malhabiles, son déséquilibre causé par son pied bot.

Il oubliait tout. Tout et tout le monde. Jusqu’à sa femme, ce mariage imposé. Cette femme aimante à la cuisse pourtant un peu trop légère, au point que son propre frère de sang la désire… et l’obtienne.

Un grincement traversa ses pensées. Il devrait penser à huiler cette porte, au fait. Mais plus tard. Bien plus tard, là il était plus occupé à réussir son ballonné qu’à se rappeler son poste de Bob le bricoleur. Surtout que ses outils ne parlaient pas. Ou plus. Ouais, ou plus.

Mais, au fait, il y avait bien une raison pour laquelle il avait osé laisser cette porte grincer comme le faisait sa propre mère se retrouvant face aux maîtresses de son père. Mais oui ! Si elle grinçait ainsi, alors qu’il était présent dans cette pièce, cela voulait dire que…

Ouvrant brutalement les paupières pour espérer démentir la pensée qui le traversait, il se figea. Car, hélas oui, la pensée était vérité.

-Dite… Tu es là depuis longtemps ? Commença-t-il le plus doucement possible.

Son épouse semblait… Son si beau et doux visage était crispé en une sorte de mélange entre une grimace horrifiée et une nausée. Bon bah, c’était pas gagné.

-Iphaï… Dis-moi que c’est Morphée qui souhaite se venger de la dernière fois, par pitié… murmura-t-elle d’une voix cassée.

Il faut dire que ce n’était pas tous les jours que l’on pouvait découvrir son propre mari en justaucorps, tutu de gaze et chaussons roses, comme les petites danseuses classiques. Il suffisait juste de trouver le bon horaire, mais ça, elle n’était pas supposée le savoir !

-Dite, je peux tout t’expliquer…

-Je n’entends rien ! Lalalala !

-Dite…

-LALALALALA !


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