Avec toi pour toujours [Seigneur des Anneaux]

Avec toi pour toujours – Retour à la vie 13/13

De la terre. Bien sûr. On ne brûle pas les corps à Thâtieràn. Par contre, il va falloir creuser.

Dans un coin sombre de la forêt, des grattements se faisaient entendre. Un couple de corbeaux finirent par s’envoler, prenant peur de la menace sous-jacente.

Un bras jaillit, tâché de boue, les ongles cassés et la peau écorchée.

Une flopée de terre s’écrasa autour, alors qu’une tête parée d’une chevelure multicolore reprenait contact avec l’air et la vie. Prenant appui sur ses avant-bras, l’ancien cadavre rampa hors de son caveau, le souffle court et crachotant cailloux et poussières. Dans un râle de douleur, il se mit sur le dos, tentant vainement de stopper l’hémorragie de son ventre ouvert. Il y avait aussi la plaie sur son front, et celle en haut de sa cuisse. Mais il ne pourrait rien faire tant que son ventre affichait ses entrailles.

-À quoi sert-il d’être revenu à la vie, si c’est pour souffrir ?

-Tu es là, croassa-t-il difficilement l’être à terre.

-Il me semble, oui.

L’entité sans visage ni âge fit tressauter l’écorce de son corps, ce qui pouvait se traduire par un rire. Elle se laissa tomber auprès de l’agonisant et colla ses mains aux doigts racineux dans le trou béant. Une tendre lumière verte les borda, et ce fut une guérison lente mais sans douleur.

-Je suis fatiguée. Tu vas devoir te débrouiller pour le reste.

-Merci.

L’être végétal alla rejoindre son chêne protecteur sans un regard en arrière. Le blessé fixa l’arbre sans rien dire avant de tenter de se relever. Échouant lamentablement, il grogna, sa main tirant sur les mèches collées à la plaie.

-Par la corne de mon père ! Pourquoi ne posséderai-je pas des pouvoirs de guérison ? Je n’ai pas que ça à faire d’attendre ! J’ai promis…

Soupirant, il tâta sa plaie à la cuisse, ce qui le fit grimacer.

-Elle a bien l’air profonde, en plus…

Il se mit en position assise en serrant les dents, le souffle haché. Tirant sur le bas de sa tunique, il en arracha une bande pour couvrir le haut de sa cuisse. Il s’attacha les cheveux pour libérer son front.

Il allait devoir se lever, maintenant. Courage !


-Ne perdons pas courage, mes amis. Profitons de la Lórien pour nous ressourcer.

-Dame Galadriel et les autres Elfes de la Lórien souhaitaient faire leur deuil de Gandalf. Ne nous attardons pas de trop, non plus.

Legolas ne dit rien. Un peu à l’écart du groupe, il semblait perdu dans ses pensées, bercé par les chants tristes célébrant le Mage gris. Bien sûr, ses compagnons de quoi ils s’en retournaient. L’absence de leur ami se faisait ressentir, bien qu’ils ne se connaissaient que depuis peu.

Entre ses doigts, la petite fleur tournait. Elle était sombre ces derniers temps. Et Eglan qui n’était pas là pour pouvoir lui traduire cette absence de couleur. Il n’avait pas peur, non. Il allait revenir, c’était certain.

Pourtant, il ne lui avait rien dit. Rien de certain. Non ?

-Où est passé Frodon ?

-Dame Galadriel souhaitait s’entretenir avec lui.

Une douce lumière les enveloppa, chaude et tendre étreinte.

-On dirait que nous sommes conviés à la même invitation… commenta Aragorn en observant les cimes des arbres.

-Ne la faisons pas attendre.

Legolas se redressa, passant la fleur à sa veste. Il ressentait une étrange pulsation.

La fleur reprenait des couleurs, loin du regard des autres. Camaïeu de bleu. L’espoir.


-Le vent soupire de bien étranges nouvelles…

le frêne remua lentement ses branches, en une forme d’assentiment.

La cuisse bandée et les cheveux tirés, Eglan s’aidait d’une branche pour avancer sans trop faillir. Il devait rejoindre la Lórien. Avant que la Communauté ne la quitte. Il n’aura pas le temps de questionner Galadriel si il faut rattraper les sauveurs de ce monde.

-Mais pourquoi t’embêtes-tu donc ? Ils sont loin devant, toi derrière. Tu vas passer les prochains jours à leur courir derrière.

-C’est ma quête.

-Pourquoi t’embêtes-tu avec ce vieux machin ? Alors que tu pourrais tout aussi bien te trouver un joli arbrisseau où croître…

-C’est ça, plantez dont un gland pour moi, j’aurai une pensée pour vous.

-Ne le prends pas mal, petite herbe…

-Lâchez-moi les pousses !

Alors que l’Armure disparaissait entre les arbres, les Nymphes sauvages éclatèrent de rire.

-C’est bien le digne héritier des Chêneroyal !

-Aussi têtu que l’était son père ! Renchérit une autre.

-Sa mère était bornée, elle aussi.

-Moi, je suis sûre que ce n’est pas qu’une simple quête qu’il poursuit. C’est l’Amour lui-même !

-Oh, ne dis pas ça ! S’offusqua un hêtre. Ce n’est encore qu’un enfant ! L’Amour ne s’est pas encore niché dans son cœur ou dans son esprit !


Le bleu. L’espoir. Le rose. L’amitié. Le rouge. L’amour. Le jaune. La traîtrise, la haine. L’orange. Le pardon. Le violet, le mauve. L’attente, l’absence, le manque. Le noir. La mort.

La Télilas est une petite fleur expressive permettant de transmettre les sentiments de la personne qui vous l’offre. Elle ne souffre pas de l’absence d’eau, reste fraîche des années durant. Juste assez petite pour être aisément caché, juste assez grande pour ne pas la perdre.

La légende voudrait que la première Nymphe des Hommes l’ait offerte à son époux, et qu’elle mourut dans les même circonstances que la fleur. La Télilas, fleur chaperonne ou fleur du cœur. Gentille fleur.

Malheureusement, il n’y en a plus.


La fatigue et le deuil avaient eut raison de lui.

Legolas dormait presque comme les Hommes, perdus dans ses chamboulements affectifs. Il aurait bien besoin d’un peu de clarté en ces instants précis, mais toute lueur lui avait été ôtée.

Dans les nimbes du sommeil, l’Elfe revoyait cette chevelure flamboyante et cette haute stature qu’il avait pu entrapercevoir dans la ville précédente.

Était-ce un rêve ou une vision ? Toujours est-il qu’elle se tendit et se tourna en sa direction, les oreilles frémissantes. Ses yeux oranges pâlirent un peu mais restèrent francs. Elle était là.

-Qui êtes-vous ? Demanda Legolas avec appréhension.

Était-il en proie à une manipulation ennemie ? Se jouait-on de ses pensées ?

Elle se contenta de rire, renversant son visage en arrière, sa longue chevelure accompagnant le mouvement.

-Vous vous moquez de moi ? Vous… vous…

Il avait le souffle coupé de ressentir autant d’émotions violentes qu’il ne pensait pas un jour connaître. Il avait juste envie de lui faire mal à cet instant précis. De voir la douleur dans ses yeux, de l’entendre implorer sa pitié, de la sentir pleurer sa peur, qu’elle rampe à ses pieds…

Mais un poids le coupa dans ces réflexions indignes de lui.

-Tu es drôle, énonça la jeune fille qui l’enserrait de ses bras. Tu es beau. Tu es spécial.

Elle le déclarait sans arrière-pensée, telle une enfant. Elle en avait l’accent chantant, par ailleurs. Une petite fille dans un corps séduisant de femme.

-Et c’est toutes ces facettes de ta personnalité que j’aime. Tu veux bien être mon compagnon ?

Son ton avait changé, mûri. Il correspondait plus à son enveloppe.

Mais il n’eut pas le temps d’analyser sa demande qu’il se sentit comme éjecté et sombra dans le gouffre obscur du sommeil sans rêve.

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