-C’est pour ?
-Comment va notre cousin ?
-Il dort. J’irai refaire mon stock de plantes médicinales tantôt.
Le silence se fit, seul le bruit de l’eau remuée se faisait entendre. Les deux petits hobbits fixaient la nymphe, une lueur de défi dans les yeux. Finalement, ils abandonnèrent la partie et fermèrent la porte. Eglan soupira, puis se ressaisit. Il laissa la capuche à sa place et s’assit sur le lit sans rien dire, fixant un point vague. Le silence, toujours présent, fut brisé par le jardinier.
-Euh… Eglan ? J’ai fini de laver Frodon…
-Je viens Sam, je viens…
L’interpellé alla sécher l’inconscient pendant que le dévoué hobbit partit demander qu’on prépare un nouveau bain et qu’on vienne vider l’ancien. Les deux garçons revinrent vider le baquet. Durant ce temps, Eglan avait fait passer une chemise de nuit blanche à Frodon et l’avait couché. Attrapant une large gamelle de bois, il y fit fondre quelques herbes et y fit tremper un morceau de tissu blanc. Les vapeurs qui s’en élevaient apaisaient les sens.
Quand le baquet fut de nouveau plein, Sam s’y plongea avec délice, soupirant d’aise. Se rappelant qu’il n’était pas seul, il se reprit en bafouillant des excuses et en rougissant. Eglan leva la main en un geste apaisant et sourit largement. Le petit hobbit se tut, admirant l’être devant lui dont les yeux pétillaient et qui respirait le calme et la sagesse.
-Ne vous excusez guère. Vous êtes en parfait droit de prendre vos aises. Prenez votre bain sans crainte et à vos habitudes, ne vous souciez pas de ma présence. Ça n’en vaut pas la peine.
Rassuré, Sam Gamegie se mit à chanter tout en se décrassant, faisant rire et sourire la jeune nymphe. Ce dernier borda avec mille précautions le porteur de l’Anneau. Ce n’est qu’une demi-heure plus tard qu’il put profiter des bienfaits de l’eau chaude.
Eglan s’était déshabillé derrière le paravent et l’avait installé de sorte que ne se voient que ses pieds. Il s’immergea entièrement dans l’eau laissant cet élément le recouvrir complètement et changer sa morphologie… Il sortit son bras de la bassine et attrapa une grosse éponge et un bloc de savon. Mouillant les deux, il entreprit de savonner la queue qui lui avait poussé, prenant soin des écailles.
Un bruit de vaisselle brisée, Eglan pencha la tête hors de la baignoire et regarda de l’autre côté du paravent. Au centre de la pièce, des débris de verres aux pieds, maître Gamegie était figé.
-Un problème, Sam ? Demanda l’être parfait de sa voix la plus douce.
-Je viens de voir… Enfin, je crois avoir vu, corrigea-t-il, une… queue d’écaille… comme celle des serpents…
-Je comprends ta frayeur. Nous autres, êtres de la nature, pouvons changer de forme en fonction de la situation et des éléments nous entourant. Tu peux venir voir, si tu veux, l’invita-t-il.
Peu confiant, le hobbit épais alla de l’autre côté du paravent. Dans le baquet se trouvait un être mi-humain mi-poisson. La queue écailleuse pendait à l’extérieur, le bras droit pendait de même, la tête était tournée vers le plafond, les longs cheveux verts flottant à la surface comme des algues, le torse musclé se soulevant à chaque respiration…
Cette posture d’abandon troublait le brun, encore plus que l’apparence. Il ne put s’empêcher d’avancer d’un peu plus près. Une gerbe d’eau l’éclaboussa et il reprit ses esprits, fixant la créature marine qui s’était redressée pour le regarder. Elle esquissa un sourire moqueur et passa une main dans ses cheveux pour les rassembler sur son épaule droite, posant le coude sur le rebord du baquet, l’appendice caudale de nouveau sous l’eau.
-À ce que je vois, je n’ai pas perdu mon pourvoir d’attraction… Veuillez accepter mes plus plates excuses, maître Gamegie, j’avais complètement oublié cette facette de mon apparence… Normalement, je ne me baigne que la nuit tombée…
-Y’a… y’a pas de mal, bégaya le bouclé. Mais…
-Oui ?
-Vous… Sauf mon respect, vous n’avez aucune ressemblance avec tout à l’heure…
-Parfaitement normal ! Sauf en apparence basique, il nous est possible de changer de couleur, de taille, et même de sexe !
Sam le fixa avec des yeux ronds avant de laisser Eglan seul de son côté de paravent.
