Avec toi pour toujours [Seigneur des Anneaux]

Avec toi pour toujours – Legolas et ses sentiments 9/13

Des bruits d’eau remuée plus tard, deux longues jambes bien humaines sortirent du baquet et prirent appui sur le parquet, avant que le tronc et la tête du baigneur ne se redressent d’un coup de rein. Quelques écailles violines étaient encore visibles, malgré tout. Les cheveux frôlaient le bas du dos, tranquillement. Une main fine et pâle les essora au-dessus de la bassine et les tordit pour les placer sur l’épaule droite. Deux mains agrippèrent le drap blanc et un corps fin et élancé, musclé et à la peau blanche, s’y enroula lentement. Leur propriétaire se pencha et commença à frotter avec délicatesse les longues jambes fuselées, puis le ventre plat, pour poursuivre par le torse et les bras minces. D’un coin de serviette, les longs doigts fins et parcourues de cicatrices blanchâtres ou brunes essuyèrent le long visage pâle aux traits fins, passant sur les tâches de rousseurs.

Le drap toujours autour de son corps, Eglan sortit de derrière le paravent et se dirigea vers sa couche pour enfiler ses vêtements. Il était justement en train de cranter sa ceinture quand Leïla réapparut avec les mêmes valets, et ils entreprirent de remmener les affaires usitées pour le lavage. Durant l’opération, la nymphe achevait de se vêtir, tressant ses longs cheveux non sans oublier les deux petites nattes de côté, mais il les laissa pendre de chaque côté de sa tête. Il décida de laisser ses armes et ne s’encombra que de sa bourse et d’un sac, tous deux en cuir.

Il vérifia une dernière fois l’état de santé de Frodon et sortit de la chambre en fermant la porte derrière lui. Après avoir descendu l’escalier en bois menant à la grande salle, la nymphe croisa les doigts en espérant ne pas croiser l’aubergiste qui pourrait le reconnaître assez facilement. La chance était de son côté, car l’énorme propriétaire était occupé à servir une table bien remplie. En passant devant la salle où l’ambiance battait son plein et dont toutes les tables étaient prises, Eglan croisa le regard de Sam. Le premier fit signe au second qu’il sortait. Le deuxième hocha la tête pour montrer qu’il avait compris.

La première destination de l’être de la nature fut l’herboristerie. Dans cette petite boutique faite de bois sombre, chaque mur était surchargé de nombreuses étagères, elles-mêmes entièrement comblées. Des bocaux en tout genre étaient visibles. Ils étaient emplis de poudres diverses, de liquides, de solides… Certains, mal fermés, laissaient échapper des bruits étranges, de la fumée, et alors ce qui était enfermé semblait doué de vie. Le plafond était obscurcie par la fumée du brasero allumé près du petit tabouret où se tenait la propriétaire de cette petite boutique.

Le nouveau venu se mit à flâner entre les marchandises visibles et à sélectionner divers ingrédients. Après avoir fait plusieurs fait le tour de l’échoppe, il se décida de passer à la « caisse ». C’est après avoir payé qu’il déguerpit le plus vite et le plus poliment possible, dans un tourbillon d’étoffe et d’un mouvement de cheveux. Il s’étira grandement devant le magasin, les yeux fermés et souriant aux rayons égarés du soleil timide.

-Fait beau aujourd’hui, marmonna la nymphe.

Du côté de Legolas, la curiosité était de mise. Ayant cédé à un des caprices de sa race, il se retrouvait dehors, au milieu de la foule. Quelques personnes l’observaient, s’attardant sur son visage et en particulier ses oreilles d’un air menaçant ou curieux. Il avait choisi de s’arrêter pour contempler la vitrine d’une échoppe d’armurerie, et dans le reflet de la vitre, ses yeux s’accrochèrent à une image haute en couleur. Le souffle totalement coupé, l’elfe se retourna pour mieux observer un être des plus lumineux.

« Cette jeune fille est bizarre, pensa l’être elfique. Elle ressemble aux Elfes, et pourtant… »

Et c’était vrai ! Le port altier et royal, les traits fins, les oreilles pointues, les cheveux longs et fins, les yeux pétillants, la taille haute et élancée, fine et musclée. Mais certains détails le frappèrent : les oreilles trop longues et qui bougeaient quelques fois, la forme en amande des yeux, les formes trop prononcées…

Un apparence elfique sans l’être… Habillée d’une riche robe de velours émeraude aux manches pendantes, bordée de dentelle et fendue sur le côté gauche. De par cette fente, la jambe gauche était visible jusqu’au genou, au moins. Une ceinture solide, mais non moins élégante, soulignait la fine taille. Quelques fils d’or et d’argent rehaussaient l’éclat des vêtements. Ses cheveux d’un beau roux étaient nattés. Des fleurs y avaient été glissées. Un lacet de cuir entourait la gorge pâle, supportant plusieurs anneaux forgés et aux motifs différents et de différentes tailles. Legolas crut reconnaître celui d’Elrond, mais que ferait-il en la possession d’une splendide créature, qui de plus lui était totalement inconnu ? À sa taille se balançait une sorte de besace usée en cuir.

Legolas ne put voir son visage, mais il entendait sa voix, car elle marchandait pour ce qui semblait être des bijoux. N’y tenant plus, Legolas se dirigea vers cette personne. Cette dernière cessa tout marchandage et se cacha dans la foule. À l’aide de sa vue perçante, et de la couleur flamboyante de la chevelure de la créature, l’elfe pu l’apercevoir emprunter une ruelle. Suivant sa trace, il déboucha sur une place où il n’y avait plus une seule trace de la jeune femme. Son regard se fit triste et il soupira.

Puis il baissa la tête, sentant qu’on tirait sur sa tunique. Une fillette d’à peu près sept ans, en haillons et le visage crasseux, levait la tête vers lui avec de grands yeux bleus. Sans un mot, elle lui tendit une fleur.

-Merci.

-C’est pas moi, rétorqua-t-elle. C’est la jolie dame qui m’a demandé de te la donner.

-Elle ne t’a rien dit ? Pas de message ? Insista-t-il.

Le ton déçu émut la jeune fille.

-Elle a seulement dit que cette fleur était inestimable, comme son amour pour toi et qu’elles portaient le même nom toutes les deux.

-Ah bon ? Et lequel ? La pressa-t-il.

-Ça, elle l’a pas dit.

Ses yeux se baissèrent, comme honteux.

-Merci quand même…

-Bonne chance ! S’exclama-t-elle soudainement. Ce serait dommage de la perdre, elle est drôlement belle et elle a l’air gentille… Et puis, ça se voit qu’elle aime les enfants…

La petite fille disparut dans une des masures, laissant Legolas planté au milieu de la rue, l’étrange fleur à la main. Il l’éleva au niveau de ses yeux pour l’observer d’un peu plus près.

Le cœur était noir et piqueté d’argent, chaque pétale était d’un dégradé allant du violet foncé à un jaune pastel, en passant par les teintes diverses de rouge, d’orange, de jaune et de violet. La tige était douce au toucher et d’un vert amande très pâle tirant sur le blanc. Aucun parfum n’avait l’air de s’en échapper, mais en approchant de son nez, Legolas perçut une fine flagrance, bien qu’il ne put déterminer la senteur exacte.

Il la glissa à son oreille, faute de mieux, et choisit de rentrer à l’auberge pour retrouver ses compagnons de route et puis, qui sait, le si mystérieux et si attirant Eglan pourra le renseigner, peut-être…

« Minute. Je viens bien de penser qu’Eglan était… attirant ? Oh mon Dieu… J’ai besoin de récupérer, moi. »

Telles furent les pensées de Legolas alors qu’il poursuivait son chemin, sous le regard de deux yeux oranges vifs bienveillants. Il se dirigea vers la boutique où marchandait plus tôt la jeune femme pour voir de quoi il en retournait. Le marchand l’accueillit d’un large sourire et lui sortit l’objet qui avait attiré l’inconnue. Une broche représentant une étoile constellée de diamants et de perles. Mû par une inspiration soudaine (ou un coup de tête, ça dépend du point de vue), l’elfe en fit acquisition, sans arrière pensée, hormis celle de l’expression de la jeune fille quand il lui offrirait… entre autres.

Il repartit vers l’auberge où ils étaient installés. Par chance, tous étaient dans la salle à manger, à boire et à manger autant qu’il le pouvaient, en particulier les hobbits. Sans se départir de sa grâce innée, Legolas prit place au côté de son cher ami Aragorn et commanda de quoi boire. Le temps que sa boisson vienne à lui, il observa les clients qui se pressaient autour d’eux. La majorité faisait partie de la race des Hommes, mais quelques elfes étaient présents. Inconsciemment, Legolas les compara à la créature aperçut tantôt, en particulier l’éclat qui s’échappait d’eux.

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