Avec toi pour toujours [Seigneur des Anneaux]

Avec toi pour toujours – Face à ses sentiments et oreillers 10/13

Quelqu’un s’affalant sur une chaise à sa droite le fit sortir de sa rêverie et tourner la tête. Son voisin s’étira et croisa les bras derrière la tête, sa capuche toujours tirée. Eglan héla Leïla pour lui demander d’apporter leur bière spéciale. Leurs bières à tous deux arrivèrent en même temps. Ils trinquèrent entre eux sans un mot et portèrent le récipient à leurs lèvres.

-Dites-moi, mon ami, d’où vient cette jolie fleur ? Demanda Aragorn.

-Elle m’a été offerte par une belle inconnue…

-Et à qui ressemblait-t-elle ?

-Je n’en sais trop rien… soupira l’Elfe. Son visage m’est demeuré caché…

-Malgré ma connaissances des plantes de la Terre du Milieu, celle-ci me reste inconnue… remarqua l’Homme du Nord.

-Télilas, murmura Eglan d’une voix rauque.

L’attention des deux premiers fut porté vers le dernier parleur. Aragorn voulait palier sa lacune, et Legolas désirait connaître un peu plus sur la jeune femme entraperçue.

-J’en avais déjà parlé, non ? Cette fleur s’appelle une Télilas, la fleur chaperonne ou encore la fleur du cœur. Sa spécialité est de transmettre les sentiments d’un amant à l’autre.

-Pardon ?

-La couleur change selon le mode de pensée de la personne. Trompe-la par pensée ou par acte, oublie-la, et la fleur se fane. Pense à elle, aime-la, la fleur sera d’autant plus belle. La fleur que vous avez dans les mains est le reflet des sentiments de la personne qui vous l’a offerte. Il est des plus difficiles de passer une fleur par un intermédiaire ou alors il doit être d’une autre race ou de même sexe. Et encore ce n’est pas un moyen sûr, souffla leur compagnon.

-Tout ça… dans une si petite fleur ? Remarqua doucement l’Elfe en la scrutant d’autant plus.

L’être encapuchonné hocha affirmativement la tête.

-Télilas, Télilas… Ça me dit quelque chose, murmura l’Homme de l’Est.

-C’est celle qui fut donné pour unir le peuple des Hommes à celui des Nymphes. Une nymphe en fit cadeau à son époux qui ne trouva rien de mieux que de l’écraser sous son talon un beau jour, la réduisant en bouillie et se moquant de notre race. Son épouse fut retrouvée dans le même état que la fleur.

Un silence de mort suivit cette déclaration. Legolas observa la petite plante du coin de l’œil avec crainte. Aragorn avait dégluti bruyamment et avait pâli en crispant les doigts sur le coin de la table en chêne.

-Enfin, poursuivit Eglan après avoir reprit une gorgée de bière, c’est ce qu’on raconte. Même si nous ne sommes pas versé dans le mensonge, une haine et un besoin de vengeance se trouve dans chaque nymphe. Plus particulièrement pour les sauvages… Bref ! Gardez-la précieusement, c’est plus qu’un conseil, c’est un ordre ! Ces fleurs se font rares et elles font partie des quelques espèces qui ne sont pas habités par les membres de notre race…

L’elfe s’empressa de placer la fleur à son oreille et Aragorn reprit une gorgée de sa boisson.

-Au fait , j’y pense, comment va Frodon ?

-Il est sorti du sommeil dans lequel vous l’aviez figé, mais il s’est rendormi quand même. Je lui ai fait tout de même boire ce qu’il fallait pour que sa santé aille mieux…

-Bien. Combien de temps son rétablissement devrait-il prendre ?

-Moins de douze heures.

-Bien.

Un silence relatif s’installa entre eux. Le nymphe finit par se lever pour aller rattraper des heures de sommeil en retard. Gravissant les marches d’un pas léger, sa silhouette fut bientôt hors de vue.

-Vous m’avez l’air troublé mon ami, finit par murmurer l’Homme du Nord.

-Je le suis Aragorn, je le suis…

Ce filet de voix ajouté aux yeux inexpressifs et dans le vague, acheva d’inquiéter le Rôdeur qui sortit sa pipe puis commença à la bourrer de tabac pour tenter de se calmer. Un elfe troublé est chose rare. Un elfe qui montre qu’il est troublé est encore plus rare. Mais quand cet Elfe est Legolas Vertefeuille, c’est un signe avant-coureur de la fin du monde…

-Je crois que ma… situation ne plaît pas à… à mon corps, hésita l’être elfique.

Comprenant la gêne que ressentait son ami, Aragorn se leva et l’attrapa par le bras pour le tirer jusqu’à la chambre qu’ils partageaient avec Boromir. Il le fit asseoir sur un lit pour s’écrouler juste en face. Allumant distraitement sa pipe, il observa son vis-à-vis avant de se décider à relancer le début de conversation.

-Ce que vous me disiez tout à l’heure… Quelle réflexion vous a poussé à cette conclusion ?

-Une femme, mon ami, une femme… Et un être dont j’ignore encore totalement le sexe…

Le prince elfique se prit la tête dans les mains en gémissant longuement. Aragorn le prit en pitié. Soufflant une bouffée de tabac, le brun se cala plus confortablement contre son oreiller gonflé par les plumes.

-Je ne comprends pas. Que vouliez-vous dire par tous ces propos… décousus ? Finit-il par l’interroger.

-Je crois, inspira le blond, que mon célibat prolongé, voire quasi-éternel, déplaît fortement à mon être…

-C’est bien ce que j’avais cru comprendre, marmonna l’humain, mais quel est le rapport avec notre compagnon de route.

L’être gracieux enfonça ses splendides canines dans sa lèvre inférieure rosée. Le doute envahissait son esprit, que faire ? Tout avouer ou omettre certaines parties ? Puis il y avait aussi le risque de la réaction de son meilleur ami… Verrait-il du dégoût, de la joie, de la tristesse, de l’étonnement, de la colère ou de la jalousie dans les prunelles brunes de celui-ci ? Legolas poursuivait sa torture mentale sous les yeux patients, mêlés de curiosité, de son confident.

-Il met le doute en mon esprit, et mon corps est troublé par son être tout entier, répondit laconiquement le troublé. Oh, Aragorn, mon ami ! Mon cœur se déchire et je ne peux choisir ! D’un côté la beauté de cette femelle, et de l’autre le mystère de cet être !

En prononçant ces mots, le prince avait agrippé le revers de la tunique brune et s’était laissé tomber à genoux, aux pieds du rôdeur. Ce dernier écarquilla les yeux face à ce spectacle des plus rares et étranges et suite aux paroles semblant résonner dans la pièce à l’atmosphère chaleureuse.

-Eh bien, Legolas, je ne vous savais point porté à ce type de… chose, grinça une voix mi-moqueuse mi-énervée.

Relevant sa tête blonde des genoux de l’Homme du Nord, l’interpellé croisa le regard de glace de leur troisième compagnon de chambre. Celui-ci avait l’épaule gauche appuyée contre le chambranle de la porte, les bras croisés avec nonchalance sur son torse large et musclé.

-Fermez la porte, je vous prie Boromir, lâcha Aragorn. Merci.

Le silence fut roi le temps que l’action demandée soit exécutée et que le nouveau venu s’installe avec confort sur son propre matelas.

-Bon, j’ai pas entendu grand-chose, mais il me semble que j’ai saisi l’essentiel, commença Boromir. Notre grand Elfe est amoureux. Et pas de n’importe qui, s’il vous plaît ! De l’insaisissable, si désirable, si envoûtant et si mystérieux Eglan !

Le blond qui venait de parler fit mine d’applaudir sous les mines déprimées des deux autres.

Un rire clair arriva, venant de l’autre côté de la paroi. Ce son les figea. Ils étaient tellement plongés dans leurs conversations qu’ils avaient oublié de vérifier l’étanchéité des murs. Il leur était logique que ce rire appartenait au maître des pensées du prince elfique.

-Hé hé hé ! Sam Gamegie, arrêtez ! S’exclama la voix.

Ou alors, c’était Frodon. À la réflexion…

De l’autre côté de mur, les meubles assistaient à une bataille endiablée de traversins. Les plumes volaient un peu partout et des corps sautaient à l’aide des matelas. Cela faisait vingt minutes que les trois occupants, bizarrement rejoints par les deux autres hobbits, s’échangeaient des coups d’oreiller. Malgré ça, la capuche brune ne bougeait pas. Mais les « petits messieurs » ne s’en formalisèrent pas et poursuivirent leur bataille en tout sens. On marchait sur n’importe qui et certains se frappait eux-même avec force.

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