Avec toi pour toujours [Seigneur des Anneaux]

Avec toi pour toujours – Explications, mise au point, confiance 7/13

-Le repas est arrivé, annonça le propriétaire de la main, qui n’était autre qu’Aragorn.

Ce dernier, ainsi que la plupart des autres, retenait plus ou moins fébrilement son impatience pour savoir la raison de son mutisme. Mais, sentant la nervosité de l’Elfe, le rôdeur avait pris parti de le faire redescendre parmi eux, par peur qu’il ne rate quelque chose d’important ou qu’il ne passe pour suspect aux yeux d’un observateur extérieur.

L’Elfe scruta son voisin de face, Eglan, attendant désespérément qu’il commence son explication.

-Bon, d’abord, veuillez m’excuser pour cette conduite indécente. Je suis déjà venue ici il y a un petit moment. J’étais seul, silencieux et renfrogné. J’ai eu le malheur de leur faire croire que j’étais riche. Le propriétaire prévint le guet, leur disant que j’étais un ennemi. En pleine nuit, ils sont entrés dans ma chambre…

-Et ? Demanda Pippin, accroché aux lèvres.

-Après une bataille acharnée, je reçus une flèche en plein milieu du corps…

-Vous n’êtes pas mort, n’est-ce pas ? Le coupa la plus jeune.

-Bien sûr que non ! Lui répondit Merry. Tu vois bien qu’il est vivant !

-Je suis mort ce soir-là, en effet.

Le silence s’installa, implacable, sur la Communauté. Le conteur porta sa chope à son visage toujours encapuchonné.

-J’ai la capacité de revenir à la vie, au bout d’un certain temps. Cela dépend de la gravité des blessures, expliqua-t-il devant leur air abasourdi. C’est une capacité de régénération commune à notre race. C’est la cause de notre immortalité… Bien qu’amoindrie, elle est toujours présente chez les Elfes.

-Vous vivez plus longtemps que nous ? Balbutia Legolas.

-Chéri, j’ai dit immortalité, fit remarquer Eglan d’une voix douce.

-Pourtant votre peuple a été décimé, malgré votre régénération ! S’exclama le nain.

-Au moins quelqu’un qui suit, grommela le dernier représentant de sa race.

-Eh ! On suit ! S’insurgèrent les hobbits.

-Bref. Notre capacité a un problème : elle ne peut se mettre en place que sous certaines conditions. Et cet œil de l’enfer avait exploité la faille, de sorte que personne ne put en réchapper.

-Pourtant, vous…

-J’étais sur les routes, à ce moment-là.

-Vous aviez quel âge ?

-Hm… réfléchit-il en tapotant sa bouche de son index ganté. Voyons voir… 7 ans… tout juste !

-Qu… quoi ? Suffoqua l’être elfique.

-Normalement ça n’aurait pas dû être cet âge, mais suite à un malheureux concours de circonstances…

-Ah bon, soupira le blondinet… Vous auriez dû prendre la route à quel âge, normalement ? Demanda-t-il en prenant une gorgée de sa bière.

-6 ans, normalement.

Legolas recracha sa bière sur son voisin de face, ce dernier se trouvant être le conteur. Il sortit un fin tissu de couleur vert amande pâle et s’essuya la figure sans dire mot. Puis il remit à sa place le mouchoir.

-Vous n’êtes pas obligé de partager votre boisson avec moi. Et encore moins ainsi… À moins que ce ne soit une coutume elfique m’étant totalement inconnue…

L’elfe vira cramoisi et le nain éclata de rire, tapant de son poing le battant de bois.

-Je me suis cassé une jambe et mon départ fut reporté à un an plus tard.

-Mais… pourquoi deviez-vous prendre la route si… tôt ? S’interrogea Aragorn.

-À partir du moment où nous savons marcher, parler, compter et chasser, nous devons partir pour ne revenir qu’en cas de nécessité absolue… ainsi qu’à la réalisation de notre quête pour obtenir notre héritage et démarrer notre vie d’adulte et l’entrée dans la société… soupira la nymphe en reprenant une gorgée à sa choppe.

-Bref, coupa Boromir. Revenons au pourquoi de la conversation… ou plutôt de votre odieux comportement !

-Mon comportement n’était pas… odieux comme vous le dites avec une telle véhémence ! C’est le comportement de bien des Hommes en présences de femmes pas trop plates, rétorqua Eglan d’une voix égale.

Le Gondorien baissa le nez dans sa chope il lui arrivait d’être ainsi avec la gente féminine, voire pire…

-Hep ! Tavernier ! Héla la nymphe en faisant signe vers ce dernier. Les chambres sont prêtes ?

-Elles sont prêtes, confirma le gros homme tremblant. Leïla va vous montrer le chemin.

Leïla était une jeune et svelte demi-elfe aux cheveux roux méchés de mauve, quelques perles et plumes pendant du bout des tresses. Elle portait une tunique paille et des braies brunâtres, et un tablier blanc, par-dessus, mettait en valeur ses courbes bien dessinées (preuve qu’elle n’était que partiellement elfe) et ses oreilles légèrement effilées portaient une plume de geai.

Elle s’inclina devant eux et leur fit signe de passer devant, ce qu’ils firent, pour aller chercher les clés. Eglan s’empara des trois clés et en lança une à Aragorn et une autre à Gimli, après avoir annoncé les numéros inscrits à la serveuse. Cette dernière les guida docilement jusqu’au deuxième étage et les laissa devant les trois portes.

-Bon. Que tout le monde m’écoute, s’il vous plaît ! Demanda Eglan.

Le silence se fit. Tous attendaient religieusement ce qui allait être prononcé.

-Juste pour vous prévenir que dans chaque chambre, il y a trois lits. Donc, on sera trois par chambrée. Frodon sera avec moi, et ce n’est pas négociable !

La Communauté acquiesça.

-Et je vais prendre maître Gamegie, avant qu’il ne nous fasse une petite déprime, et aussi car j’ai confiance en lui !

La dernière phrase les stupéfia tous. L’intéressé resta bouche bée avant qu’un large sourire n’éclaire sa face.

-Legolas sera avec moi, annonça Aragorn, je vois mal Gimli et lui dormir dans la même pièce. Boromir, j’imagine que vous en serez aussi ?

-En effet, assura l’homme du Gondor.

-Ma foi, il ne reste plus que Pippin et Merry, ce qui n’est pas pour me déplaire, grommela le nain.

Ainsi répartit, ils entrèrent dans leurs chambres assignées.

Eglan déposa avec douceur sa charge humaine et le déshabilla prestement avant de le coucher avec l’aide du fidèle Sam. Il posa sa sacoche sur une chaise non loin de là. Et sortit plusieurs bocaux de verres étiquetés soigneusement et quasiment vides. À leur vue, la nymphe soupira et fit passer sa cape derrière ses épaules, libérant ses bras.

-Maître Gamegie, si j’ai demandé que ce soit vous le troisième locataire de cette chambre, c’est pour les raisons que je n’ai pas confiance en Boromir. Aragorn ça aurait été possible mais Boromir aurait été jaloux, Legolas n’en parlons pas, je sais que marchander avec les nains n’amène à rien, et vos deux compatriotes ne savent pas tenir leurs langues. J’aimerais que ce qui se passera ici reste entre nous, s’il-vous plaît.

Sam avala sa salive avant de répondre d’une voix où sa fierté perçait.

-Dame, oui ! Je garderai ce secret jusqu’à la tombe ! Il n’est pas dit que je ferai rougir de honte mon ancien en trahissant un secret d’une telle importance !

-Bon Hobbit, sourit Eglan.

Ce dernier entreprit de moudre et mélanger quelques ingrédients.

-Pourrais-tu demander qu’on me monte une bouilloire d’eau chaude et de quoi préparer trois bains chauds ?

-Tout de suite maître Eglan !

Il éclata de son rire si particulier alors que le Hobbit s’empressait de descendre pour passer la commande. Il posa une fine main dégantée sur le front poisseux de l’inconscient, écartant les bouclettes égarées.

-Tu es bien entouré Frodon, j’espère que tu en as conscience… Le jour où vous devrez vous séparer sera dur…

Le nymphe remit son gant et accueillit les bras ouverts la bouilloire demandée et entreprit de préparer une tasse de sa mixture additionnée de l’eau chaude.

-Le tavernier a dit que pour les bains, ce sera un par un, sinon il faut descendre, prévint Sam en prenant place sur son lit.

-Bien. L’eau chaude arrive ?

-Elle arrive.

-On commencera par Frodon. Plus vite il pourra rester dans son lit pour être tranquille, mieux il s’en remettra.

-D’accord.

-Par contre, je vais devoir enlever ma capuche, le servante va se poser des questions, sinon…

-Je ne dirais rien et à personne !

-J’ai confiance.

La capuche fut rabattue et Sam resta figé sur place par la beauté de l’individu. Si il trouvait les elfes d’une beauté époustouflante, l’être qui se tenait devant lui les dépassait… et de loin !

La porte s’ouvrit sur Leïla qui portait le baquet, suivit de deux garçons à l’air dégourdit qui portaient chacun deux lourds seaux d’eau d’où s’échappait de la vapeur. Sans prononcer ne serait-ce qu’un mot, la demi-elfe déposa la baignoire en bois derrière un paravent, disposant trois larges draps immaculés sur ce dernier, laissant les jeunes hommes vider les contenants et aller chercher les autres. La cuve fut vite remplie et tous les trois quittèrent la pièce.

Avec douceur, Eglan allongea le malade dans l’eau chaude et laissa Gamegie le laver. La nymphe sortit des vêtements pour lui tout en sifflotant légèrement, tournant le dos à la porte. Cette dernière s’ouvrit en grand. Avec des réflexes foudroyants, la capuche se rabattit et la cape couvrit de nouveau le corps fin. Se retournant, l’être masqué fit face aux intrus.

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