Avec toi pour toujours [Seigneur des Anneaux]

Avec toi pour toujours – Encore plus proche, puis éloignement 12/13

Tous s’éveillèrent pour le dîner et se regroupèrent à une table pouvant les accueillir tous les 9. ils ripaillèrent joyeusement, le repas les ayant mis de bonne humeur, même Boromir qui avait erré parmi les ruelles de Thâtieràn.

Copieusement arrosé, le dîner fut un régal et il ne se passa pas un long moment avant que les semi-hommes entonnent des chants venant de leur contrée. Des applaudissements et encouragements fusaient de partout alors que les deux gai lurons dansaient sur la table, heureusement desservie plus tôt.

Gimli fumait, les yeux souriant ; Aragorn était partagé ; Boromir vidait sa choppe ; Sam semblait se retenir de rejoindre Pippin et Merry ; Frodon applaudissait en rythme, souriant largement, bien qu’encore pâle ; Legolas n’avait d’yeux que pour Eglan, et ce dernier semblait sourire dans l’ombre de sa capuche.

Les nymphes étaient des êtres de la danse, des fêtes et de la musique. Il suffisait que l’un de ses événements se trouve auprès d’un représentant de cette race pour que son âme en soit réconfortée.

Eglan savait ce qui allait se passer. Ou du moins, il en avait une bonne idée. Et ça le déplaisait fortement d’avoir raison, même si c’était rare. Mais qui aimerait être persuadé qu’il allait à nouveau perdre la vie ? Personne, bien évidemment… Il n’avait plus qu’à prier pour que les blessures ne soient ni trop présentes ni trop profondes pour pouvoir les rejoindre rapidement. Mais avant ça, il va falloir penser tout de même à les prévenir. D’une manière comme d’une autre. Heureusement, la Lórien n’était pas loin et ils pourront la rejoindre dans peu de jours. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’ils retrouveraient leur chemin… sans lui.

-Ce soir, j’aimerais que nous nous réunissons dans la chambre de Legolas, Boromir et moi.

Eglan cilla un instant avant de hocher la tête. Avec un peu de chance, l’initiative d’Aragorn serait la bonne et pourrait lui permettre de les prévenir sans énoncer le pire. Il n’y avait plus qu’à prier Mère Nature, dorénavant.

Du coin de l’œil, le sans-nom remarqua le quasi-mutisme de l’elfe. Il semblait un peu ailleurs, trempant ses lèvres de temps en temps dans le liquide emplissant sa choppe.

-Legolas ? Vous êtes avec nous ? Demanda-t-il.

Aragorn les observait discrètement interagir. Les hobbits dansaient gaiement, l’ivresse les poussant à chanter et danser, tandis que Gimli les encourageait, rond comme une queue de pelle. Tout ces mouvements lui permettaient d’être indiscernable.

-Bien sûr Eglan, répondit le blond en relevant les yeux vers son interlocuteur.

-Vous en êtes sûr ?

-J’en suis persuadé, affirma-t-il.

-Bien.

Et, sans rien ajouter de plus, il avala son reste de boisson en renversant sa chaise vers l’arrière. Cela fait, il se leva, tangua quelque peu et se dirigea vers l’escalier sans prononcer un mot.

Aragorn haussa un sourcil, intrigué, Legolas haussa les épaules, ignorant.

-Qu’est-ce que vous attendez ? Grogna Boromir en frappant sa choppe contre la table. Allez le rejoindre ! Tous les Elfes sont-ils aussi puceaux que vous, ou vous êtes juste une exception ?

Legolas quitta à son tour la tablée, calmant Aragorn d’un geste. Il n’y a pas d’offense possible venant d’un être ivre. Seulement des rancunes.

Eglan était là, dans sa chambrée, dans une posture figée. Il avait dû l’interrompre dans un mouvement, le forçant à se couvrir de nouveau.

-Eglan… soupira-t-il.

-Legolas ?

-Ne soyez pas autant sur vos gardes…

-Nous sommes en danger à l’instant-même où nous naissons, rétorqua l’autre en se détendant.

-Cela est vrai, mais…

-Legolas, soupira doucement Eglan, ouvrez les yeux, les oreilles ! Videz votre tête, concentrez-vous ! Que vous annonce la Nature ?

Le nymphe s’était approché de lui, lui prenant les mains avec brusquerie tout en parlant.

C’était étrange. Malgré la distance, -ou plutôt sa quasi-absence- l’archer était incapable d’entrapercevoir son visage dans les méandres de la capuche. Et pourtant, il sentait la brûlure de son regard noir.

-Elle ne vous dit rien, reprit le plus jeune d’une voix affreusement calme. Rien. Parce que vous êtes coupés de la grande Créatrice. Mais cela n’est point votre faute. Car tous les Elfes partage cette partielle amnésie. Mais vous, vous restez sourds aux messages de la Nature.

-Eglan, chuchota l’Elfe.

Il n’avait pas peur de son interlocuteur, mais il n’était pas non plus rassuré. Et si, effectivement, cet être était atteint de folie ? Non… Ce ne pouvait être possible ! Pas lui, cet être si doux…

Il fut sortit de ses pensées par un poids contre sa joue et sur son épaule. Ses doigts étaient tordus dans les mains du nymphe, et celui-ci avait apposé son front sur l’épaule de son ami.

-Oh Legolas… semblait-il sangloter. J’ai peur.

L’aveu troubla son ami. De quoi pouvait avoir peur Eglan ? Lui qui semblait confiant en tout et tous…

Mais il ne dit rien, bougeant un peu la tête pour apposer sa joue au tissu souple du capuchon, attendant le suite des confidences.

-Ce sont les mêmes… Ça va se passer de la même manière…

Les ongles pénétrèrent doucement la chair mais Legolas n’en eut cure.

-Ils vont surprendre le voyageur pour ainsi mieux le tuer. Le faire disparaître et s’emplir les poches.

-… Ça vous est arrivé ?

-Il y a fort longtemps, oui, murmura très bas la capuche. J’ai beaucoup souffert et il me fallut plusieurs Lune pour reprendre ma Marche…

-Ça va recommencer ?

-Assurément, souffla-t-il.

Dégageant avec lenteur ses mains, le blond les passa autour du visage caché et berça l’être apeuré.

-Alors ne craignez rien. Nous savons nous défendre. Vous n’êtes plus seuls. Plus maintenant.

Le jeune être s’agrippa aux vêtements, de son ami. Il avait raison, bien sûr, mais… Il n’a jamais eut vraiment d’amitié, en dehors de ceux de sa race et encore.

-Vous devriez vous reposer, profitez du calme tant que celui-ci est présent.

-Vous avez sûrement raison, finit-il par soupirer. Toutes mes excuses pour… tantôt.

Les excuses furent balayées d’un mouvement d’épaules. Legolas avait autre chose à faire qu’à rester indéfiniment sur le passé, si il leur fallait avancer.

-Reposez-vous, répéta-t-il. Si tel est votre souhait, je vous préviendrai lorsque nous nous réunissons.

-S’il-vous plaît ?

Mais ils ne changèrent pas de position. Ils ne le voulaient pas. Chacun attendait que l’autre fasse le premier geste, profitant au maximum de la proximité qui leur était offerte.

-Hum. E… Eglan ? Je… J’aimerais vous…

Il ne put achever sa déclaration, la porte lui entrant dans la colonne vertébrale et lui faisant vider ses poumons.

Ce fut un Sam bien embarrassé qui rentra dans la chambre, aidant Frodon à rejoindre le lit.

Legolas râlait entre ses dents, tentant de faire passer la douleur.

-Je crois bien que le sieste va être reportée, sourit-il.

-Je crois aussi.


-Et voici que la communauté perd à nouveau un membre, souffla Frodon.

Derrière eux se dressait Thâtieràn dans toute sa splendeur. Elle qui semblait si accueillante, elle paraissait si sombre, meurtrière. Et elle venait de leur prendre un ami.

-Laissez-moi derrière. J’ai l’habitude. Votre quête contient vos personnes. Je ne suis rien.

Legolas avait bien tenté de l’empêcher, mais la tentative avait été avortée lorsqu’une flèche leur passa sous le nez. On ne pouvait être plus clair.

-Dépêchez-vous de filer ! Avait bassement grogné leur ami.

C’était malheureusement à prévoir.

-Taisez-vous et avancez. Il ne fallait pas en vouloir à Aragorn. Il fallait quelqu’un pour être fort, et c’était lui qui avait hérité de ce rôle.

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