Alors que le soleil commençait à baisser, un cri brisa le silence installé. Les trois grandes personnes devant se retournèrent et virent Frodon s’écrouler à terre, secoué de spasmes, se tenant l’épaule droite et murmurant des phrases incohérentes. Aragorn s’agenouilla à ses côtés et demanda à l’homme du Gondor de le tenir. Il glissa entre les dents du malade le goulot d’une petite fiole en verre opaque et violet. L’effet fut immédiat : les paupières se fermèrent sur les yeux exorbités, les murmures furent remplacés par des ronflements, la respiration redevint calme. Grand-pas fit signe à l’homme blond de le lâcher.
-Il dort. Une ville se situe non loin d’ici. On va devoir s’y rendre, je manque de moyens pour le soulager de sa douleur.
-Je veux bien le porter, annonça Eglan.
Les regards se dirigèrent vers lui.
-Il n’est pas très lourd. Il suffit de l’attacher à mon dos au moyen d’une couverture et il se reposera sans problème. Je pourrais moi-même le soigner.
-Pourquoi ne nous l’avez-vous pas proposé plus tôt ?
-Certains ne me font pas aussi confiance que vous que vous messire Pippin. Je peux sentir à l’aura de votre compagnon que le mal est constamment en train de le corroder. Mais je ne comprends pas pourquoi ni comment. Je ne chercherai pas à le savoir, sauf si vous voulez m’expliquer, assura-t-il.
-On n’a pas d’autres moyens. La ville est à deux jours de marche d’ici.
-Marche de quelle race ?
-D’hommes, pourquoi ?
Legolas et Eglan échangèrent un regard.
-Parce qu’en course elfique, on y sera dans à peine un jour.
-Vous nous proposez d’y aller tous les deux, avec Frodon, en éclaireur, en quelque sorte ?
-On peut dire ça, approuva l’armure. Quel est le nom de cette ville ?
-Elle se nomme Thâtieràn.
-Je la connais. On se retrouve à l’auberge de la lune bleue. C’est la seule auberge potable du coin. De plus, elle est voisine à une herboristerie. Sans oublier qu’elle a deux portes et que les chambres sont spacieuses et le repas agréable et fastueux.
-C’est une bonne idée. De toute façon, nous allons être prochainement à court de nourriture. Il faut songer à se réapprovisionner. Que ce soit en nourriture comme en plantes médicinales. Mes réserves ne seront pas éternelles et elle sont bien entamées. Tout ce que je peux faire, c’est plonger Frodon dans un sommeil relatif.
-Si c’est la seule solution…
-Aragorn ? Vous est-il possible de suivre le rythme de course d’un elfe ?
-Oui. Je ne cours pas aussi vite, mais j’y arrive.
-Bien. Il peut nous être possible d’y arriver dans la journée de demain…
-Il suffirait, continua Legolas, que nous portions les Hobbits et Gimli et que vous courriez avec Boromir, ce qui augmenterait notre vitesse de déplacement.
-Mais, il serait vital, à tous, de s’arrêter avant. Une course à une vitesse trop importante et capable de nous tuer, annonça Eglan, d’une voix égale.
-On a des chances ?
-Plus que si on continue de marcher à cette allure…
-Je suis pour cette proposition.
Tous acceptèrent cette idée-express.
-Bon, Legolas, pourrais-tu m’attacher Frodon dans le dos ?
L’interpellé hocha la tête et enroula le corps de l’endormi dans la couverture qu’il utilisait ordinairement, avant de l’accrocher solidement à la partie dorsale de l’armure.
-Je peux encore porter deux petites personnes, annonça la mule par défaut.
-Je porterai Maîtres Gimli et Sam, prévint l’Elfe blond.
-Donc, je m’occuperai de Merry et Pippin, conclut le premier.
-Accrochez-vous à chacun de nos bras, leur apprit le deuxième, sinon vous risquez une chute…
-Pour la moins mortelle, ajouta Eglan.
Les « petites personnes », Gimli inclus, frissonnèrent à l’entente de cette voix sans émotion qui leur annonçait qu’ils risqueraient de mourir.
-Eglan, le gourmanda gentiment Legolas, vous leur faites peur !
-Au moins, ils sont fixés. J’ai pas envie de ramasser les pots cassés. Compris ? L’état de votre ami est grave. Il ne faut pas perdre de temps. Je ne m’arrêterai qu’à la fin ou pour une raison de vie ou de mort, nous sommes d’accord ?
