L’observé dut sentir peser sur lui le regard de l’étrange créature masquée, car la tête aux cheveux couleurs rayons de lune se tourna vers le heaume impassible.
-Ça va être une belle nuit.
-En effet, étant donné la position la position des astres, la chance sera au rendez-vous.
-Vous savez lire les étoiles !
Si la surprise ne pouvait se voir pour cause d’absence de luminosité, elle transpirait par les paroles.
-C’est un savoir de notre chance. Un moyen de réconfort, en quelque sorte.
-Comment cela ?
-Une fois mort, nous rejoignons nos ancêtres dans le ciel. Chaque astre est une famille ou une bande d’amis réunis. Plus l’astre brille, plus des gens y sont rassemblés.
-Mmh…
Le silence se réinstalla pour de bon. Le prince elfique se leva et alla s’asseoir au pied d’un chêne millénaire pour s’y adosser. Il leva la tête vers l’astre lunaire jaune pâle et s’endormit ainsi. Enfin, « dormir » est une manière de dire.
« Finalement, les elfes ne sont pas si différents de nous » remarqua silencieusement l’être cuirassé.
Lui-même s’adossa un arbre et ôta son heaume après s’être assuré que tous dormaient. Une tête aux longs cheveux pouvait être visible, mais impossible de déterminer la couleur des cheveux et de pouvoir décrire son visage. On ne pouvait qu’apercevoir la silhouette d’un nez. Deux mains jaillirent et se posèrent de chaque côté de la tête, sur les épaulières, pour prendre appui, avant de faire sortir entièrement son corps. En équilibre plus ou moins stable sur les mains, il se posa en douceur sur les pieds et entreprit de faire quelques exercices d’assouplissements. Après cela, l’énigmatique silhouette s’empara de son épée et fit quelques passes, histoire de se dérouiller un peu. Puis elle ouvrit sa sacoche et sortit différentes fioles emplies de liquides et de poudres. La silhouette soupira à la vue des bouteilles quasi-vides mais les rangea tout de même avec soin, avant de sortir des étoffes qu’elle déplia à la faible lumière lunaire. Elle en replia quelques unes et les rangea. Puis Armure prit l’autre pile de vêtements avant de se diriger vers la lisière de la forêt pour s’y engouffrer, non sans avoir pensé à remettre le casque sur la cuirasse vide et sans vie.
La clairière présentait un tableau sublime. Entourée d’arbres touffus et verts, abondants en feuilles, elle respirait le calme. L’herbe y était touffue et douce, l’atmosphère était calme, le silence n’était troublé que par les respirations sereines des voyageurs épuisés qui se ressourçaient grâce à une nuit calme. On pouvait percevoir un bruit d’eau remué.
« Sûrement un animal qui boit à la source » pensa Frodon qui observait les étoiles entre deux sommeils. L’esprit un peu embrumé par le sommeil proche, il se rendormit aussitôt sans se poser trop de questions.
Un bruit se fit entendre. Non pas un pas lourd, mais un pas léger, aérien. Une silhouette fine et élancée déboucha dans l’échappée paisible et accueillante. D’un pas agile et gracieux cette silhouette rouvrit la sacoche et y rangea une étoffe pliée et sortit un petit objet qu’elle passa dans ses longs cheveux avant de les coiffer en une sorte de tresse martiale. La silhouette remit à sa place le peigne et sortit une espèce de cape qu’elle passa dans son dos et attacha la broche se situant sur le buste. Puis, refermant pour la dernière fois le sac, toujours aussi silencieuse, l’ombre ôta l’armet, se coula dans les entrailles noires de la protection blindée et mit en place le heaume.
Plus un seul mouvement ne fut esquissé jusqu’au lever du soleil. Le premier réveillé de tous fut l’Elfe blond.
-Bien le bonjour ! S’exclama ce dernier à la vue d’Armure. Pouvez-vous réveiller les autres pendant que je m’occupe du petit-déjeuner, s’il vous plaît ?
-Bien sûr, répondit-il, mais je ne leur ferai pas peur ?
-Ne vous inquiétez pas !
-D’accord.
Docilement, la nymphe se leva pour secouer avec douceur Aragorn et les autres avant de rejoindre la créature sylvestre auprès du feu rallumé.
-Je me demandais… commença l’Elfe.
-Oui ?
-Vous voulez être considéré comme une personne de sexe masculin pour ne pas être remarqué, mais le fait que vous soyez surnommé Armure et que vous porterez cette cuirasse vous rendra le point de tout les regards.
-Eh bien… C’est simple, je sortirai de ma cuirasse mais je resterai caché sous une cape. Cela devrait suffire, non ? Demanda le nouveau.
-Pour le nom, par contre…
-Si vous avez idée d’un autre, c’est avec plaisir, annonça-t-il d’une voix réticente, même si intérieurement, il était fou de joie !
-Que pensez-vous de Eglan ?
-Qui est l’Elfe abandonné, l’interrompit Aragorn en arrivant, parmi nous ?
-C’est une proposition de Legolas comme nouveau nom, histoire de ne pas trop se faire remarquer, expliqua le nouveau nommé. J’accepte. Si vous avez des idées, dites-les, on ne sait jamais…
Le petit groupe de trois furent rejoints par les derniers membres de la Communauté pas très réveillés.
-Bonjour à tous…
Entre deux bâillements, les provisions furent englouties et les aventuriers préparèrent leurs affaires. Les plus réveillés étaient Legolas et Eglan, mais il faut dire que le dernier n’avait pas dormi et que le premier avait dormi du sommeil des elfes qui tient plus de la méditation profonde que du repos réparateur. D’ailleurs, ces deux-là avaient engagé une conversation sur un ton assez enjoué pendant que l’être elfique faisait son bagage et que le deuxième épiait le moindre de ses gestes à travers les trous du bassinet.
La troupe se mit bientôt en marche et l’altitude de tous changea. Aragorn marchait devant et observait ce qui l’entourait, Legolas le suivait de ce pas aérien qui caractérise la race elfique et parlait peu, voire pas du tout. Les hobbits se trouvaient derrière lui. Frodon avait le regard fixé au sol et ne desserrait pas la mâchoire. Des frissons le traversaient et son visage devenait pâle quelques fois. Sam le soutenait. Ce dernier, un sourire flottant dans ses yeux emplis de bonté, avait l’air soucieux pour son maître. Les deux autres avaient une attitude plutôt grave. Gimli marchait aux côtés de Boromir et ne quittait guère Eglan des yeux. Ce dernier avait pris place auprès du deuxième comparse et ne pipait mot. C’est dans ce silence absolu que la compagnie de l’Anneau progressait.
