La femme de l'épouvantail

La femme de l’épouvantail – 3/?

Le bâtiment avait été acheté quelques années plus tôt et remis à neuf en prenant un temps fou. Avec deux filles ayant fait des études médicales, les parents ont eu du mal avec les fins de mois, c’était certain, mais au moins leur avaient-ils permis d’accéder à leurs rêves… Même si, il fallait le dire, ledit rêve s’était un peu cassé la gueule.

-Miss Quinzel, miss Quinzel !

-C’est docteur, corrigea-t-elle machinalement en hâtant le pas.

Il n’y avait pas d’urgence à proprement parler, mais ce serait bien dommage de perdre son guide, aussi petit soit-il. Surtout qu’il semblait être son passe-droit, témoignant ainsi qu’elle ne venait pas en ennemie, à défaut d’en amie.

Elle soupira lorsque la porte se referma violemment derrière elle et que des types aux mines patibulaires l’entourèrent. Pourquoi était-elle aussi dévouée à son travail, déjà ? Oui, parfois, elle le regrettait. Particulièrement lorsqu’elle se retrouvait sur les territoires de gangs ennemis à devoir soigner les hommes de main au même titre que leurs leaders. Elle devait se décider sur l’ordre de priorité pour ne pas se retrouver entre deux feux de guerre. C’était plus de la médecine, mais carrément de la politique.

-Salut tout le monde, marmonna-t-elle en posant sa mallette sur une pile branlante de livres. On commence par qui ?

Elle enfila sa blouse blanche par-dessus son élégante robe de soirée et glissa ses mains dans les gants aseptisés après les avoir frottés avec de l’alcool.

Allez, un peu de couture, on adore ça…

-Je peux aussi vous broder des phares, si vous voulez.

Son patient eut un air un peu effrayé mais elle le rassura d’un soupir blasé. Si on ne pouvait même plus s’amuser, dis donc…

-Y’a pas quelqu’un qui veut que je lui tricote les boyaux, tant que je suis dans les travaux d’aiguilles ?

Son ton léger n’eut pas le meilleur des accueils parmi les types aux mines patibulaires qui lui servaient autant de spectateurs que de cobayes… de patients, pardon.

Elle soupira tout en enfonçant son aiguille dans les lèvres de la plaie et poursuivit ses sutures.

Lorsqu’elle rentra chez elle, elle était épuisée, comme il fallait s’en douter. Elle hésita un instant à assurer la garde de nuit mais finit par repousser l’idée. Ça risquait d’être contre-productif, au vu de l’état de sommeil avancé. Manquerait plus qu’elle diagnostique l’appendicite à un patient atteint de gastro-entérite…

Je sais que vous êtes venu pour un rhume, mais je vais vous prescrire une prise de sang, au cas où.

Ça lui était déjà arrivé, pour tout dire, lors de ses débuts d’internat, le temps qu’elle s’habitue au rythme et aux hectolitres de café. Un certain temps, donc.

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