La cafetière était encore chaude lorsque la jeune femme vint se resservir. Elle allait en avoir bien besoin, comme toujours, mais cette nuit encore plus… Elle jeta un rapide regard par la fenêtre avant de se tourner nonchalamment.
-Oh, encore un ?
Esquissant faussement la moue, elle stabilisa rapidement l’état du blessé.
Pour une raison qui lui restait inconnue -et elle voulait que ça le reste- les blessés affluaient depuis une heure. Heureusement, rien de grave, mais il fallait s’en charger et elle n’avait que deux bras deux jambes et un cerveau.
Elle était concentrée dans sa tâche, papillonnant d’un blessé à l’autre, remettant les os en place, bandant des membres, pansant des plaies…
-Je ne suis pas sûre d’avoir un lit assez grand pour une brindille pareille, déclara-t-elle subitement.
Il fallait savoir que les locaux qu’elle utilisait étaient aménagés de manière à pouvoir garder un nombre importants d’alités sans que nul ne ne le sache. Et, aussi important que soit le nombre de lit, il lui était presque impossible de pouvoir caser l’homme qu’on venait de lui amener.
-Où veux-tu que je le mette, franchement, Pamela ? Dans mon lit ? Je n’ai aucune couche permettant de caser 2m 15 !
Perchée sur ses talons, Faustine tentait de faire comprendre à l’Empoisonneuse que les criminels de haute taille n’avaient jamais eu besoin d’un lit chez elle, ou alors il y avait assez de lits libres pour lui permettre d’en coller deux (ou plus) entre eux, ce qui n’était pas le cas aujourd’hui.
-Je hais la pleine lune, grommela-t-elle en aidant la rousse à allonger sur la table d’auscultation. Je vais finir par croire que c’est une habitude chez vous de mettre le boxon lorsque la lune est ronde. En plus des autres jours, évidemment.
La botaniste ne répondit rien, se contentant de retirer le masque de son collègue.
-Oh, sexy, ne put s’empêcher de siffler la doctoresse.
Croisant le regard choqué de la criminelle, Faustine reprit une attitude plus professionnelle. Au fur et à mesure qu’elle listait les traumatismes qu’avaient subi le corps, elle sentait sa stupeur prendre de l’ampleur.
-Et il est encore conscient malgré ça ?
Comme pour lui répondre, l’alité commença à bouger et à montrer son mécontentement avant de recevoir une tape sur le front.
-Si tu restes tranquille, j’irais plus vite. En plus, si tu es gentil jusqu’au bout, tu auras droit à une sucette !
Son grand sourire n’en était pas moins sérieux alors qu’elle faisait face au regard de plus en plus perdu de Poison Ivy et celui renfrogné de son dernier patient.
Elle n’attendit aucune réponse, reprenant son auscultation et tripatouillant les plaies avec le professionnalisme que des années de métier lui avaient données.
-Quel nom puis-je inscrire sur votre fiche ?
-Tu veux lui créer une fiche ?
-Moins fort, Pam, tu vas le réveiller.
-Parce que tu poses des questions sans réveiller les gens, toi ?
-Tu marques un point, grommela-t-elle après un temps d’arrêt.
Jetant un œil au costume dont son nouveau patient était affublé, elle esquissa une nouvelle moue et griffonna rapidement sur le haut de la fiche.
-Hop, bienvenue dans le royaume de la paperasserie ! Cher « Cordelette » !
L’empoisonneuse s’étouffa avec sa propre salive à ce surnom. Il faut dire que les surnoms étaient légion pour les fiches médicales et certains s’en sortaient mieux que d’autres. Elle, par exemple, c’était « Rose ». D’autres s’en sortaient moins bien comme le Pingouin et son « Cyrano ». C’était vraiment au gré de l’humeur de la doctoresse et de son inspiration !
Elle la regarda terminer son check-up avant de passer au suivant et à un autre, etc.
Le bilan n’était pas tant lourd que ça, il n’y avait eut aucun mort ou de blessures sérieuses (en-dehors du Joker et de ses complices qui avaient joué avec des explosifs) plutôt quantité de blessures en tout genre, ce qui prenait du temps à soigner et à consigner. Surtout lorsque les patients forcés jouaient les fortes têtes et refusaient de dire où ils avaient mal ou de coopérer. Heureusement, elle n’avait qu’à agiter une seringue pour la plupart du temps pour les faire plier. Mais c’est vrai qu’il lui arrivait d’exploser, et autant dire que c’était toujours aussi déstabilisant de la voir hurler comme une poissonnière sur le récalcitrant. Déstabilisant mais pour le moins comique.
-Évitez de crever pendant la nuit et faîtes de beaux rêves ! Les salua-t-elle finalement.
Elle n’avait plus qu’à grimper agilement l’escalier en fer au bout de la pièce afin de rejoindre son appartement à l’étage où elle pourrait enfin s’écrouler dans son lit et dormir du sommeil du juste.
Ah, et ne pas oublier de bien verrouiller la porte d’accès, on ne savait jamais…
