Très digne malgré la morve coulant de son nez et les multiples griffures couvrant son visage et ses mains, Yuri fixait son grand-père. Il tendait en sa direction un chaton mal en point et feulant son désaccord d’être là.
-Non, Yuri. Il est hors de question de recueillir cet animal. As-tu vu dans quel état il t’a mis ? Remets-le tout de suite dehors, que je te soigne.
Nikolaï fit volte-face, offrant la vision de son dos afin de souligner son refus, espérant ainsi avoir été clair.
Mais non, Yuri le suivit toute la journée avec le félin qui miaulait plaintivement, comme s’il avait compris le plan du petit garçon.
Le vieux russe avait plus de patience que son petit-fils, mais quand celui-ci avait une idée derrière la tête, il se découvrait des trésors insoupçonnés d’endurance.
Sinon, il n’était pas têtu, hein…
Amusé, Nikolaï le laissait faire, curieux de savoir combien de temps Yuri pouvait tenir.
À l’heure du dîner, il installa les plats, guettant l’arrivée de son petit-fils. Sera-t-il encore en possession de son chat errant ou se sera-t-il résigné ?
-Allez, papy, couina-t-il en rentrant.
Le chaton avait l’air toujours aussi mal à l’aise bien qu’il ne miaulait plus.
Pour toute réponse, le grand-père s’assit et commença à manger, paraissant les ignorer.
Les yeux verts étaient bordés de larmes.
-Assieds-toi ou ça va refroidir.
Yuri fixa son assiette, l’air partagé.
-La gamelle est là-bas, par contre, termina Nikolaï.
Il garda ses yeux rivés dans son écuelle pour éviter le regard émerveillé de son petit-fils.
