Lilia s’échauffait dans la loge, ignorant les cancans des autres danseuses qui retouchaient leur maquillage tout en papotant.
Ça ne l’intéresse pas de connaître les derniers ragots, elle préfère se concentrer sur le ballet.
Ce soir est un grand soir et sa prestation doit être impeccable. Elle n’a peut-être pas obtenu de solo pour cette présentation, mais ce n’est pas une raison, pour autant, pour se relâcher.
Elle devait donner le meilleur d’elle-même. Comme toujours.
Lilia ne répondit pas à l’espèce d’idiote qui avait décroché le solo, pour cette fois. Elle pouvait se vanter autant qu’elle le souhaitait et croire qu’elle pouvait la rabaisser, tout le monde savait que c’était uniquement pour sa facilité à lever la jambe plutôt qu’à faire des pointes.
Son nom sera vite oublié si elle ne compte que sur ces capacités-là.
Le menton levé, les membres gracieux et le sourire léger, Lilia Baranovskaya s’alignait avec les autres, donnant vie à la prestation.
Elle ne prêtait aucune attention à la salle obscure qui cachait le public. Elle n’était pas là pour eux. Elle était là pour elle. Pour son ambitieux secret.
Et pour le bouquet mystérieux qu’elle recevait à chaque fois, accompagné d’une carte sur laquelle sont rédigés quelques vers d’un poème étrange vantant la liberté et les amours.
Évidemment, tout le monde était au courant, mais l’identité de cet expéditeur restait secrète. Et rien que pour ça, elle en était admirative.
Était-il dans le public ? Était-ce un autre danseur ? Un technicien ? Un professeur ?
Le cœur de Lilia n’était pas aussi froid que la Sibérie, malgré ce qu’elle laissait dire.
Et ses camarades purent s’en rendre compte lorsque, en rentrant dans les coulisses, un jeune homme à la stature de danseur qui tenait le traditionnel bouquet et la carte les lui tendit en souriant timidement.
-Tu te surpasses chaque jour supplémentaire. Je m’appelle Yakov, au fait. Ça te dirait de dîner avec moi ?
Et ce que virent ces commères en tutu, ce fut Lilia offrant un vrai sourire tout en acceptant.
