Un monde s'écroule : le mien [Bleach]

Un monde s’écroule : le mien – 20/20

Nous aussi, on pourrait s’y installer. Mais cela pourrait être dangereux pour mon frère. Puis, j’aime bien notre appart’, on y a vécu tant de choses…

Poussant une porte qui ne se démarque pas plus que les autres, mais dont seuls les yeux d’un habitués pourraient décerner le symbole des deux lames entrecroisées parmi toutes les marques brunes du bois, j’atterris dans une immense pièce, plus grande que la salle d’entraînement, où des « rayons », comme dans les grandes surfaces, présentaient diverses armes basiques. À ma gauche les armes à feu, à ma droite les armes blanches. C’est sans hésiter que je pris la droite. Déambulant parmi toutes ces lames aux tailles et apparences variées, je finis par me planter devant l’un des chargés de cette « Sainte-Barbe ».

-Salut Ikkaku ! Tout se passe comme tu veux ? Le saluai-je en souriant chaleureusement.

-J’m’ennuie, soupira le chauve affalé sur son comptoir.

-Yumichika n’est pas avec toi ?

-L’est aux toilettes. Soit disant qu’il est décoiffé et blablabla…

-Ikkaku ! Ce n’est ni très élégant, ni très beau de parler des absents ! S’insurgea une voix hautaine.

-Salut Yumi, tu manquais à Ikkaku ! Glissai-je.

-Liatey-chan ! Tu es tellement resplendissante aujourd’hui ! Oh ! Mais… serait-ce des cernes que je vois là ? Pointa le nouveau venu de son long et fin doigt.

-Hé hé hé ! Tu as toujours de si bon yeux !

-Laisse-moi deviner… Tu es venu me demander de l’anticerne ? J’ai raison ?

-Ben non, exceptionnellement, t’as faux ! M’exclamai-je en haussant des épaules. Je suis venu admirer les nouveaux arrivages, si il y en a, bien sûr !

-Comment oses-tu ? S’offusqua l’ex-critique de mode. Bien sûr qu’il y a de nouveaux arrivages ! Ikkaku va les chercher !

-Pourquoi moi ? Se plaignit le préposé.

-Parce que je viens de me faire les ongles ! Expliqua-t’il comme si cela tombait sous le sens. Bref, comment trouves-tu mon nouveau T-shirt ? J’ai pensé que la couleur s’accommoderait avec perfection…

Le temps qu’Ikkaku revienne des méandres des profondeurs avec sa charge, le parfumé me tint la crampe, alimentant la conversation tout seul et en me présentant les nouvelles armes ornant son comptoir lavé de neuf.

Je retins un soupir de soulagement à sa vue. Alors qu’il croisait mon regard je le suppliai d’utiliser son super-pouvoir permettant d’abréger le monologue de Yumichika. Le chauve hocha la tête et posa les 2 caisses mises en équilibre, avant de passer ses bras autour de la taille du bavard puis de l’embrasser sauvagement. Aussitôt, le bruit de fond cessa. Je repris la parole une fois qu’ils furent décollés l’un de l’autre.

-Tu me montres donc ce nouvel arrivage ?

-Ouais ouais, grogna le chauve.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Malgré son comportement bougon, Ikkaku adore son boulot. Il est très fier des armes dont il a la charge. Il en affectionne une plus particulièrement : une lance dont un bout est couvert d’une moumoute rouge. La pointe est des plus banales, sinon. Mais en vérité, cette arme est séparable, et une chaîne lie les deux bouts, la faisant paraître comme une sorte de nunchaku…

-J’aime bien ce katana, remarquai-je en pointant la-dite arme de l’index.

-Celle-ci ? Demanda Ikkaku en la sortant de son fourreau.

-Oui.

Il la rangea dans son étui et me la présenta des deux mains. Je m’en emparai avec délicatesse, admirant le bois utilisé. Tirant avec douceur la lame, je notai la manufacture délicate. La sortant, je l’admirai dans son entièreté, reposant doucement le fourreau courbe. Mes doigts glissèrent sur le tranchant argenté.

La tresse était d’un rouge sanglant. Étonnamment, pas de tsuba. La tsuka était à une main et demi. Raisonnable, quoi. Le kashira était percé d’un simple trou rond. La lame luisait d’un bel argenté, veiné de rouge. Regardant de plus près, je remarquai alors les gravures délicates ornant tout le long. Situé juste sous la place où devrait être la tsuba, un dragon Chinois à 5 doigts avait pris place.

Reculant de quelques pas, j’exécutai quelques mouvements rapides. L’air me sembla chanter au passage de la trancheuse. Je m’arrêtai au bout de quelques minutes et fis glisser l’arme dans son fourreau en bois couleur vin, vernis. Relevant la tête, je croisai le regard amusé des deux hommes.

-Il y a un problème ?

-Aucunement ! Chantonna Yumichika en s’approchant de moi.

-Tu me fais peur, tu sais, fis-je en reculant.

Sans m’écouter, il sortit son éventail et commença à s’éventer avec grâce. Je ne fis que reculer encore. Effectivement, l’arme de Yumichika est cet éventail à l’apparence si banal, si bénin… De redoutables lames courbes tranchantes se cachent entre les fragiles tissus de soie. Le tout déployé peut se transformer facilement en un shuriken-boomerang des plus mortels

-C’est vrai ? Ronronna le porteur de plumes.

-Oui.

-Eh bien… ce n’était pas le but recherché, assura-t-il en fermant d’un coup sec son accessoire et le ranger rapidement quelque part. Tu sais, je crois que, et Ikkaku doit être en accord avec moi, non ?, tu viens de trouver ton arme, ma belle.

-Je… je… Comment ça ? Bafouillai-je, perdue.

-Tu n’es pas sans savoir que tout le monde ici, -ou presque- possède une lame ou autre, qui nous représente plus que tout.

-Bien sûr…

Comme s’il m’était difficile d’oublier le jour où on nous a raconté ça ! Mon frère tombe sous le charme de son katana peu après, d’ailleurs. Au fait, en parlant de lui…

-Ton frère sera heureux que tu ais trouvé ton âme.

-Pardon ?

-Laisse tomber, chantonna-t-il avec des yeux brillants.

Je frissonnai sur le coup : j’ai cru voir le prof d’Allemand, Urahara, juste devant moi, en fait…

-En tout cas, reprit le perruqué, assister à la liaison d’une arme à son âme est vraiment ravissant ! Je suis honoré d’avoir fait partie des privilégiés !

Et ainsi de suite. Il continua de caqueter, ponctuant ses phrases d’un brusque éclat de rire. Ikkaku s’épongea le front d’une main avant de se planter devant moi. Il plongea son regard dans le mien et agrippa mes épaules de ses mains.

-Je sais que je peux te faire confiance, Liatey-chan, mais fais gaffe à ce katana. Il n’est pas comme toutes les armes que tu as possédé jusqu’à maintenant, il est spécial. Prends-en grand soin, chéris-le. C’est en lui que tes rêves et espoirs se confinent. Un lien de confiance inébranlable doit vous lier, tel un mur d’enceinte vous coupant de tout et de tous.

Il inspire profondément.

-En bref, cette lame est ton compagnon d’âme. Il doit être plus précieux que ta propre vie.

-Ikkaku… tu fais peur quand t’es sérieux… Tu le savais ? Tentai-je d’alléger l’atmosphère.

Pitoyable tentative qui fit sourire Yumichika.

-Je vais devoir y aller, finis-je par annoncer, un peu sonnée.

-À la prochaine Liatey-chan !

-Oui, à la prochaine, répétai-je en sortant de l’armurerie.

Une fois dans le couloir, je m’adossai à un mur et regardai du coin de l’œil cette nouvelle acquisition passée à ma hanche. Je me laissai tomber à terre pour mieux réfléchir. Mais c’est quoi ce bordel ? Des pas dans le couloir. Je me fige. Une paire de jambes s’arrête face à moi. Relevant les yeux, je croisai le regard de Rose.


La tsuba est la pièce métallique, souvent finement ouvragée, qui sert de garde.
La tsuka est la poignée du katana (à ne pas confondre avec la tsuba).
Le kashira est la partie métallique formant le pommeau du sabre, à l’extrémité de la tsuka.
La tresse est la partie de la tsuka formée d’un entrecroisement de fils de soie, le plus souvent.

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