Un monde s'écroule : le mien [Bleach]

Un monde s’écroule : le mien – 12/20

Je relevai la tête tout en papillonnant des yeux. Me sentant prise dans un étau, je notai le rapprochement nocturne de mon voisin. Effectivement, collé à moi, les bras et les jambes m’enserrant, le visage posé sur ma poitrine et les cheveux me chatouillant le nez. Il m’était impossible de m’en débarrasser sans le réveiller, ce que je n’avais guère envie de faire… Je finis par me résigner à le regarder dormir. Rien que ça me rappelait le temps où nous sortions ensemble. Du bout des doigts, je caressai les mèches de cheveux qui s’étaient égarés sur son visage. Son visage… Malgré le temps passé, il ne perdait rien de sa candeur, en dormant, son froncement de sourcils se relâchait et le rendait plus jeune, plus de son âge. Une perle roula sur ma joue et alla se suicider sur le drap. Je la contemplai avec mépris. Liatey Jaggerjack ne pleure pas. Elle fait pleurer les autres. Elle peut être triste, voir déprimée, mais les larmes ne sont pas comprises dans le programme.

Liatey, elle, elle peut. Liatey a d’ailleurs trop pleuré ces temps-ci, il faudrait surveiller ça. À trop pleurer, on a tendance à se ramollir et devenir un sujet de plaisanterie pour les autres.

*J’ai laissé Liatey jaillir trop de fois ces derniers jours.

Liatey est une identité que je n’endosse qu’une fois en dehors du Hueco Mundo et que j’ôte une fois revenu parmi ce milieu cher à mon cœur. Liatey, c’est l’amie au grand cœur, la séductrice romantique, l’élève populaire, l’une des premières de la classe, la quasi-délégué, le grand défi, l’une des 1 000 choses qu’il faut avoir vu dans sa vie, l’extravagante cuisinière, la brillante musicienne, la sportive de haut niveau, la confidente intime, la première conseillère, le bon coup, la meilleure des danseuses…

Liatey Jaggerjack est celle que je suis. Liatey Jaggerjack, c’est le robot sans cœur ni âme, celle qui tue sans remord avec une pointe de sadisme voir d’euphorie, celle qui a un passé mouvementé, celle qui a les épines à l’intérieur, celle qui commande les missions suicides, celle qui achève les ordures après une lente et longue agonie, celle qui torture sans répit, celle qui ne pense qu’à elle et personne d’autre, celle qui remet tout le monde à sa place, celle qui n’obéit qu’à elle-même et des fois à son frère, celle qui peut tuer quelqu’un avec rien qu’une punaise, celle qu’on envoie quand tout le monde craint pour sa vie, celle qui trouve que la vie est faite pour raccourcir celle des autres, celle qui se délecte des cris de souffrances, celle qui s’en fout du propriétaire du crâne où s’enfonce sa balle, celle qui restera muette comme sa tombe, celle que personne n’arrivera à plier sous sa loi…

Les hommes séduisent Liatey, Liatey Jaggerjack séduit les hommes. La première cherche le grand amour et la seconde enchaine les coups d’un soir. L’une a un cœur énorme et d’or, l’autre en a un de pierre. Mais leur esprit reste le même, hanté par la même chose. Et ce n’est pas rare de voir Liatey portant l’uniforme de son lycée figée, tout en regardant dehors. Ni Liatey Jaggerjack en baggy kaki, une cartouchière beige autour des hanches, un débardeur brun sale, une clope fumante à la main, assise sur le rebord d’une fenêtre, une jambe pendante, le regard tourné vers l’horizon. Le même regard triste au fond de leurs yeux. Personne ne le sait, mais la baguette qui tient les cheveux de Liatey renferme un fin stylet à la lame tranchante, et le médaillon que Liatey Jaggerjack porte autour du cou contient une photo des personnes lui tenant au cœur. Leur tatouage représentant une panthère n’est qu’un lien entre les deux, une manière de leur rappeler qu’elles étaient cet animal.

La panthère est belle, gracieuse, rapide, tueuse sans pitié, hypnotique, sauvage… La panthère est la représentation exacte de ces deux Liatey. C’est le surnom qu’on nous donnait, à mon frère et moi. Le fait qu’on soit ce que nous sommes, fait de nous ce que nous faisons.

Je levai le bras et inspectai mon tatouage. Je soupirai avant de reprendre ma contemplation du plafond tout en espérant être lâchée prochainement par Ichigo. Ce dernier ne fit que resserrer son étreinte, me coupant à moitié la respiration. Je grognai, puis me rappelai une chose : depuis quand Liatey Jaggerjack se souciait de quelqu’un hormis d’elle-même ? C’est donc sans remords que je m’arrachai des membres et du corps chaud pelotonné sur moi, provoquant un gémissement de mécontentement de la part de leur propriétaire. Je m’en fichai complétement je ne lui ai pas demandé de m’enserrer à m’en étouffer, que je sache !

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