Petit oiseau [Hetalia - Axis Power + Captain America]

Petit oiseau – 1/?

Oliver se pencha par la fenêtre, au mépris de l’exclamation de sa mère, suçotant un sucre d’orge, pensif.

En bas, un spectacle assez habituel se passait. Une bagarre de gamins avait éclaté, insultes et coups fusant, attirant l’attention des passants et des habitants. Et aussi d’un policier non loin.

Vu l’allure à laquelle il se rapprochait, l’éclat allait être rapidement calmée.

Dommage, ça joutait un peu de piment à cette journée si banale…

Soupirant, il s’écarta de son perchoir, ignorant sa mère qui lui rappelait ô combien c’était dangereux.

Ce qui le renvoya aussi sec contre le rebord de sa fenêtre avec un sourire canaille narguant aussi bien sa génitrice que ses aînés qui le fusillaient du regard.

L’avantage d’être le plus jeune, c’est qu’il était pratiquement exempté des différentes corvées. Enfin, d’être le plus jeune d’une fratrie de cinq enfants, en tout as.

Balançant ses jambes contre le mur dans un petit rythme, Oliver suivait l’action six étages plus bas, souriant aux coups de balais assénés par les mères en colère. Ils n’auraient pas pu faire usage de leurs poings ailleurs qu’à deux pas de chez eux ? Les voisins allaient leur en parler pendant des semaines !

Lorsque les brutes, du moins les plus agressifs, furent écartés et raccompagnés chez eux, les victimes furent enfin visibles.

Boarf, c’était vraiment plus intéressant…

Oliver n’avait pas une stature imposante, il tenait plus de l’ablette que du monsieur muscle. Mais il avait un cerveau. Et un esprit stratégique qui lui permettait de gratter de l’argent au poker et aux échecs pour sa famille. Et sa propre poche, bien sûr.

Son regard fut moins concentré mais il ne descendit pas, ne voulant pas donner raison à sa mère.

Et c’est là qu’un gringalet blond aux vêtements un peu trop larges et écorchés sur tout le visage finit par se relever, ramassé par un gaillard qui faisait une taille de plus et était deux fois plus épais.

Inintéressant… décida-t-il au sujet du second.

Le premier, par contre… il était très intéressant. Il avait un regard fier malgré les hématomes et ne noir cernant son œil gauche.

Un faible avec un mental fort. Le genre à se rebeller contre le pouvoir mis en place malgré les coups tombant sur lui.

Il l’observa bouger, marcher, parler à son ami, s’engouffrer dans l’immeuble en boitillant.

Avec son allure dégingandé, de jeune adulte trop vite grandi, ses membres longs et fins, sa petite tête et son nez un peu épais, il lui faisait penser à un oiseau. Mais pas à un aigle royal, un faucon ou autre oiseau majestueux. Non. Oliver, lui, il le voyait comme un moineau. Un geai. Un rouge-gorge.

Bref, une petite boule de plumes baissant la tête pour se nourrir mais la relevant pour défier le monde.

Un minuscule volatile qu’il aimerait attraper pour jouer avec.

Pensif, il referma la fenêtre et alla s’asseoir sur le lit qu’il partageait avec un de ses frères.

Fouillant dans ses poches, il en extirpa un carnet abîmé aux pages cornées qu’il compulsa en marmonnant.

C’était sans doute son bien le plus précieux. Il ne le quittait jamais.

Sa richesse ? Les informations. Il y consignait tout ce qu’il entendait, de la rumeur la plus folle à la déclaration en bonne et due forme, sans distinction.

Il tourna la page jusqu’à un nom en particulier. Steve Rogers.

Oliver ne l’avait jamais rencontré officiellement, mais les bruits de couloir sur sa personne étaient nombreux. Orphelin depuis peu, souvent pris dans des bagarres qu’il perdait invariablement, santé faible…

De la pointe grossière de son crayon, il ajouta « moineau » à côté de son nom.

Steve Rogers sera son nouvel animal de compagnie.


Il commença par accompagner son frère quand il allait au travail.

Il en profitait pour effectuer quelques repérages supplémentaires, surtout vers les places où on cherchait des hommes.

Il se noyait dans la foule et observait le visage de Steve suite aux refus qu’il recevait, surtout quand son ami fut pris et pas lui.

Après ça, ce fut sa sœur sœur aînée -et troisième membre de la fratrie- qu’il accompagna aux courses et à son emploi d’ouvreuse au cinéma.

À travers ces déplacements, ils croisaient le petit blond dans son quotidien. Quand il quittait son petit appartement, quand il allait ou revenait de ses cours d’arts, qu’il allait attendre Bucky à la fin de sa journée ou acheter de quoi se nourrir.

Oliver n’était pas au point de pouvoir deviner une journée type, mais il en savait assez pour tenter une première approche.

Mais il attendit le jeudi après-midi, quand Steve était seul et n’avait pas cours, donc plus vulnérable. C’était d’ailleurs à ces moments-là qu’il avait tendance à participer à plus de bagarres. C’était logique.

Il rangea son carnet et sortit son air le plus naïf et innocent, avant de quitter l’appartement pour le rejoindre dans la cour.

– Bonjour ! Lança-t-il avec une petite voix timide.

Il lui offrit un grand sourire, par contre, lorsqu’il se tourna vers lui, surpris.

Avec le faible soleil d’avril, ses cheveux roux tiraient sur le orange, faisant ressortir la pâleur de sa peau. Plus ses yeux d’une bleu profond qu’il écarquillait.

Tout en lui invitait à l’amitié. Ou aux coups de poings, selon le niveau de Q.I ou le degré de filiation avec lui.

– Bonjour.

– T’es tout seul ?

Il pencha la tête pour continuer son manège, mais intérieurement, il en avait déjà marre.

Il n’était pas un chasseur, lui, il était un dresseur. Traquer et ferrer, ce n’était pas sa tasse de thé.

– Euh, oui. Et toi ?

– Mes deux premiers frères sont au travail, ma première sœur est en ville, mon troisième frère est aux halles. Et moi, je suis là.

Il lui adressa un grand sourire moqueur en se rendant compte qu’il l’avait embrouillé.

– Papa et maman s’aiment beaucoup, babilla-t-il.

– Bref, tu es tout seul ?

– Actuellement, oui.

Cette fois, le sourire était innocent, mais restait tout aussi faux.

Oliver était incapable d’être vrai dans ses émotions. Il y avait toujours un calcul, une attente, un retrait.

Mais Steve était un idéaliste naïf et malgré qu’il ait déjà pu faire l’expérience de la cruauté des enfants, il était convaincu qu’il y avait du bien en chaque créature de Dieu. Et cet enfant qui lui faisait face en était une, au même titre que lui.

Alors, il ne vit qu’un enfant seul qui cherchait la compagnie d’autres personnes, ne pouvant ou ne voulant se mêler à ceux de son âge.

Comme lui.

Donc il ferma les yeux sur tout et lui rendit son sourire.

Chaque mot quittant sa bouche était un pas supplémentaire dans la toile tirée par la petite araignée rousse.


La bonne humeur du cadet passa difficilement inaperçue au sein de la famille Kirkland.

En effet, elle était rampante, irritante, urticante.

Dès les premiers signes, Oliver fut regardé de travers. Qu’avait-il encore fait ? Qu’elles allaient être les conséquences ? Auraient-ils le temps de camoufler les preuves avant l’arrivée de la police ?

Les enfants avaient tout tenté pour lui retirer son sourire de son visage, lui moisir sa bonne humeur. Mais rien n’y faisait.

Pire ! Il en profitait pour disparaître et, lorsqu’il revenait, il était encore plus horripilant.


Profiter de chaque occasion était un credo pour le jeune garçon. Donc les coups et autres châtiments distribués par ses aînés étaient de nouveaux arguments pour attirer l’attention de son jouet le plus récent.

À chaque fois qu’il frappait à sa porte et que celle-ci s’ouvrait sur Steve, il modifiait son sourire vainqueur pour une mine attristée et craintive, accentuant l’état misérable de sa mise.

Le jeune homme le pressait à rentrer et le soignait, le plaignant et menaçant cette famille abusive qui osait à s’en prendre à plus petit qu’eux.

C’était parfois complexe de ne pas briser son masque tellement il exultait de bonheur à voir sa petite proie sous son emprise. Ça lui demandait toute son énergie, sa concentration.

Mais ça en valait amplement le coup.

Car chaque petite goutte de mercurochrome sur sa peau était un pas de plus dans le piège qu’il lui tendait.

Dans peu de temps, il sera tout à lui. Et uniquement à lui. Et absolument personne ne pourra le lui reprendre. Il y veillerait.


– C’est qui ce gamin ? Demanda un jour Bucky.

Les rumeurs allaient bon train dans le monde et leur quartier n’échappait pas à la règle. La nouvelle compagnie de son plus vieil ami avait bien sûr fait le tour de toutes les bouches des vieilles commères avant d’arriver à ses oreilles, après une journée éprouvante de manœuvre.

– Qui ça ? Marmonna Steve d’un ton pensif.

Penché sur les casseroles, il préparait le dîner avec ce qu’il avait pu négocier auprès de différents commerces.

– J’sais pas, on m’a parlé d’un gamin roux avec qui tu traînais tout le temps depuis à peu près un mois.

Il luttait contre les attaches de son équipement, tentant de les retirer.

– Ah, Oliver ! C’est un p’tit gars du quartier. Il est tout seul et souvent blessé. Alors je le soigne.

– Tu te reconnais en lui ?

Un air coupable s’installa sur le visage de son ami.

– Ô saint Steve, priez pour nous, le taquina-t-il.

Passant à côté de lui, Bucky le décoiffa amicalement.

– C’est toujours mieux que le carton de chatons de la dernière fois, soupira-t-il avec fatalité. Mais tu ne le laisses pas approcher des placards, compris ? Il a des parents, qu’il se débrouille !

Steve ouvrit la bouche, prêt à répliquer que jamais il ne ferait ça mais le referma bien vite, rougissant. En fait, il l’avait déjà fait à plusieurs reprises.

– Désolé, murmura-t-il pitoyablement.

– Je t’ai déjà dit que ce n’était pas grave, punk. Juste, ne recommence pas, okay ? On mange quoi, sinon ?

– Vire ta main de mes casseroles, gronda-t-il faussement, abattant sa cuillère en bois sur l’appendice grappilleur.

– Mais j’ai faim, moi !

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