Couple : Emil Nekola x Michele Crispino
Genre : Romance – Amitié – Humour / One-Shot
Rating : +12
Résumé : Une romance toute légère, mêlant l’amitié et la compétitivité. Le genre d’ambiguïté dont raffolaient la presse et les bookmakers de toutes sortes, mais pas forcément les personnes ciblées.
Mais pour ça, il faudrait déjà réaliser le premier pas !
Bonne lecture !
Les oreilles vibrant encore des hurlements de la foule, Emil courait sur le tapis en rythme, ses muscles s’étirant à chaque geste.
Il finit par s’arrêter, mort de chaud, décollant son T-shirt trempé de sueur, et se dirigea vers les portes-fenêtres, qu’il ouvrit afin de profiter du vent frais de cette fin de journée. S’y posant, il reprit sa respiration un temps puis sortit sur la petite terrasse boisée que la pluie avait rendue glissante.
Le problème de l’adrénaline, une fois devenue inutile, c’est qu’il fallait l’évacuer. Il n’y avait pas de recette miracle, chacun avait sa méthode, et la sienne était le sport.
Pratiquement coupé du monde, le sang battant aux oreilles et le corps parcouru de frissons occasionnés autant par le froid extérieur que par la chaleur ressentie tantôt, Emil se détendait.
Quelques étages plus haut, quelques étages plus bas, d’autres patineurs comme lui décompressaient, passaient à autre chose.
Gagner, perdre, au fond… Ce n’était, parfois, qu’une question de « moment ». Ça n’avait pas été le sien, au fond. L’année prochaine, par contre, c’était une autre histoire.
Chassant ces réflexions légèrement présomptueuses, Emil reprit ses exercices de respiration, son regard voguant sur ce qui l’entourait.
À sa gauche, une lumière tamisée attira son attention.
C’était une piscine quasiment désertée, l’eau calme reflétant les plantes accrochées au mur. Des serviettes étaient encore posées sur les transats, preuve du passage des clients tantôt dans la journée.
Absorbé par les reflets de l’eau, Emil sursauta lorsqu’une tête la creva.
Ne voulant pas être pris pour un voyeur, il recula, quittant la porte-fenêtre dans l’idée de rejoindre la salle de sport, où il reprendrait l’effort ou attendrait un peu avant de rentrer dans sa chambre. En tout cas, c’était ce qu’il avait prévu de faire, mais son intérêt était resté absorbé par Sara Crispino qui sortait de la piscine, dégoulinante d’eau, toute en grâce et en beauté.
Une fois sur le bord du bassin, elle essora ses longs cheveux noirs et une serviette blanche s’écrasa sur son visage, la faisant éclater de rire, ce qui la rendait encore plus belle.
Du moins, c’est ce qu’il aurait dû se dire, mais son attention s’était depuis longtemps détournée d’elle au profit de la personne qui avait lancé la serviette. Michele Crispino, son frère.
Le verre filtrait les sons, mais il était évident qu’il vociférait, et il était tout aussi évident que c’était faux, vu le sourire qui déformait sa grimace de fureur.
Dehors, il faisait nuit, Emil était quasiment invisible et regarder dehors n’était pas vraiment une habitude, maintenant. Il était presque à l’abri. La colère italienne était effrayante.
Sara était toujours debout, discutant joyeusement avec son frère, tournant le dos à l’extérieur, ses bras cinglant l’air pour rythmer ses paroles.
Toujours allongé sur son transat, Michele gardait les yeux sur les pages de son livre, ne paraissant pas écouter sa sœur.
Emil s’adossa au mur pour être plus confortable, ignorant le froid qui le faisait frissonner de plus en plus. Pour une fois qu’il pouvait le contempler sans risquer ses oreilles ou sa vie…
Mais il dut se résoudre à rentrer quand l’inconfort tirailla ses muscles et qu’il était prêt à éternuer, tirant la porte-fenêtre derrière lui.
L’odeur de sueur le frappa lorsqu’il revint dans la salle de fitness, récupérant sa bouteille d’eau et son portable, le consultant. Quelques messages, dont un de son entraîneur, qui l’informait de son absence ce soir.
S’asseyant sur un fauteuil à disposition, il entreprit de lui répondre, laissant son corps se réchauffer. Lorsqu’il le verrouilla, il réfléchit à ce qu’il pouvait faire, maintenant.
– Tiens, salut Emil ! Tu es là depuis longtemps !
– Bonsoir Sara…
Pendant qu’il était plongé dans ses pensées, la patineuse avait quitté la piscine et son frère, emmitouflée dans son épais peignoir, les cheveux couverts de la serviette de tantôt. Elle était adorable, son grand sourire mutin créerait des palpitations et des sueurs chez n’importe qui. N’importe qui d’autre, encore une fois.
– Tu parais bien sombre, il y a un problème ? C’est la compétition qui te chagrine ?
– La compétition est derrière moi cette année, tenta-t-il de sourire. Je ne suis qu’un spectateur, à ce niveau. Ton frère t’accompagne ou c’est toi qui le traînes ?
La pique les fit rire un court instant.
La possessivité de « Mickey » envers sa petite sœur était un secret de Polichinelle. Même les fans étaient au courant, les journalistes, les juniors qui se lançaient dans leurs premiers concours… Tout le monde.
– T’as assuré aujourd’hui, au fait. Tu avais l’air très motivée ? Quel est ton secret ? La taquina-t-il.
– Tu parles, ma chute m’a coûté des points importants.
Sa moue boudeuse était délicieuse.
– Tes sauts étaient pleins d’énergie, ça a rattrapé.
Ils échangèrent encore quelques phrases, majoritairement centrées sur la prestation de la jeune femme, et des courtoisies, avant qu’elle ne quitte la pièce pour sa chambre, rêvant d’un bain bien chaud.
De nouveau seul, Emil fixa ses pieds durant une poignée de minutes avant de se rappeler la présence du cauchemar de l’autre côté du mur. Ou alors il était déjà parti ? Ils n’avaient pas été interrompus, même si la conversation avait été plus professionnelle que séductrice, mais rien qu’échanger un « bonjour » allumait tous les feux de danger de l’aîné Crispino.
Il poussa la porte, pensif, curieux.
Michele était toujours sur son transat, mais il avait l’air d’avoir abandonné sa lecture au profit d’une petite sieste.
Le réveiller tenait sûrement du suicide pur et simple, mais le laisser dormir là était trop dangereux. Mais, avant, petite photo et petit tour sur les réseaux sociaux… Et voilà, immortalisé !
Très fier de sa bêtise, qui lui retombera dessus d’un jour à l’autre, il rangea son téléphone et s’avança pour secouer doucement le patineur.
En se penchant, il eut une vue parfaite sur le portable de l’endormi, dont l’écran s’alluma brièvement, l’interpellant. Il vit apparaître son pseudonyme et l’annonce de notification.
Il le suivait ? C’était assez effrayant…
– Debout Mickey ! Tu dormiras mieux dans ton lit que sur ce truc en plastique ! Allez, debout !
Il le secoua légèrement tout en gardant une distance de sécurité ? Vivre, c’était bien, vous savez. Et s’il pouvait en plus éviter un nez explosé ou un coquard… il en serait d’autant plus heureux.
Le sang dans la barbe, c’était vraiment horrible à nettoyer.
Heureusement, l’Italien avait le réveil facile et n’eut aucun réflexe violent en découvrant son concurrent à côté de lui. Peut-être grâce à l’absence de sa sœur ?
– ‘C’que tu veux ? Marmonna-t-il.
Il se gratta le crâne et ferma son ouvrage ainsi que son peignoir.
– Moi ? Rien. Mais j’ai pitié de l’employé qui devra te réveiller pour te faire déguerpir. Tu te lèves ?
Il grommela mais obtempéra, rassemblant le reste de ses affaires. Il s’arrêta une fois aux portes de la piscine.
– Tu viens ou tu comptes camper ici ?
S’il n’avait pas le réveil violent, il l’avait au moins râleur, s’en fit la réflexion Emil en lui emboîtant le pas un peu mécaniquement.
Une fois tous les deux coincés dans l’ascenseur et leurs niveaux sélectionnés, l’ambiance parut s’appesantir, contraignant le Tchèque à trouver un sujet de conversation.
– Tu ne dors pas au même étage que ta sœur ? Releva-t-il.
Sous la pression, il avait sûrement trouvé le pire, vu le regard subitement furieux et énergique qui le cloua sur place.
– Tu sais où est la chambre de ma sœur ?!
Pressentant qu’il allait bientôt en venir aux mains, Emil agita les siennes en signe universel de paix.
– Calme-toi ! Elle a fait tomber sa carte tout à l’heure, et je la lui ai ramassée, fin de l’histoire.
– Tu as parlé à ma sœur ?!
Il l’avait attrapé par le col de son T-shirt de sport, le tirant vers lui afin d’amoindrir les quatre centimètres qui les différenciaient. Comme s’il avait besoin de ça pour paraître impressionnant.
– Tu peux reculer, dis ? J’ai mal à la nuque.
Il obtempéra, même s’il était clair que c’était à contre-cœur. Leur position était ridicule.
– Merci.
Malgré son ton léger, Emil resta sur le qui-vive, se massant la nuque.
Les quelques minutes qui les séparèrent de son étage se passèrent dans un silence gênant, les deux patineurs s’ignorant mutuellement, se tournant pratiquement le dos.
Emil jeta quelques coups d’œil discrètement à son infortuné voisin.
Il avait les bras croisés et la mâchoire contractée, bien loin de son attitude détendue de tantôt. Peut-être aurait-il mieux valu qu’il le laisse dormir sur cette chaise en plastique…
Le tintement léger le sortit de ses réflexions et Michele le dépassa d’un pas rapide, son peignoir s’enroulant autour de ses jambes. Il le suivit d’un rythme plus mesuré, jouant avec la carte de sa chambre nerveusement.
Pourquoi leur relation se déroulait toujours de la même manière ?
Généralement, le sujet brûlant était Sara, la jeune sœur de l’Italien, mais ça pouvait tout aussi être l’heure actuelle, le plat du jour, la météo… Un simple « bonjour » pouvait le rendre écumant de rage, presque.
Il ouvrit sa porte d’un bip de sa carte magnétique, la refermant derrière lui pour pouvoir enfin retirer sa tenue de sport puant la transpiration. Il aurait pu se sentir mal à l’aise d’avoir côtoyé les Crispino avec cette odeur désagréable, mais ce n’était pas comme s’ils n’y étaient habitués, l’effort étant leur lot quotidien.
Sa douche l’appelait mais ses muscles voulaient juste la douceur des draps. C’est eux qui l’emportèrent et il s’affala sur son lit, respirant la lointaine odeur de lessive. Il s’endormirait bien si son cerveau cessait de se faire des nœuds.
S’il ne revoyait pas la moue contrariée de Michele dans l’ascenseur, son air détendu alors qu’il dormait, son peignoir entrouvert, la fatigue dans ses yeux…
Il était où, ce satané sommeil ?! Parti dans une autre chambre ?!
Peut-être, oui, peut-être avait-il rejoint les chambres des autres compétiteurs, alourdissant les paupières de Michele et de Sara, leur offrant des rêves délicieux et un repos agréable.
Comprenant que, malgré sa lassitude musculaire, Morphée ne viendra pas le ravir, il soupira et se traîna sous la douche. Avec un peu de chance, l’eau chaude terminera de l’assommer.
Mais lorsqu’il se retrouva à se retourner pour la dixième fois dans ce lit trop mou, il dut accepter la réalité : le sommeil le fuyait.
Les possibilités pour s’occuper étaient réduites, à cette heure tardive. Il avait fini sa lecture la veille et était trop épuisé pour tenter de traduire ceux en anglais. Il avait atteint son quota de sport, pousser plus serait trop risqué ? Quitter l’hôtel était prohibé et traîner dans les couloirs était le meilleur moyen pour alerter la sécurité.
Hormis s’abrutir de programmes débiles dans une langue qu’il ne maîtrisait pas, il ne lui restait plus beaucoup d’options.
Entre une télé-réalité abrutissante et un documentaire animalier, il décida que ses neurones méritaient mieux et éteignit le téléviseur.
Dans le doute, il alla se planter sur le minuscule balcon, respirant l’air délicatement pollué s’offrant à lui. Un régal…
La ville était toujours illuminée, comme chaque métropole hébergeant les compétitions sportives.
À quoi ressemblait réellement une nuit, maintenant ? Sans loupiotes, spots, guirlandes… Une véritable obscurité dans laquelle se perdre, encourageant le sommeil… une berceuse adoucissant les oreilles…
Accoudé au garde-fou, Emil rêvassait tout en contemplant les bâtiments en dessous. La fatigue était toujours là mais le froid le revigorait un peu plus, à chaque minute supplémentaire…
C’était malin, tiens. Bravo !
Peut-être que, maintenant, il allait apprécier ses draps, après avoir autant refroidi à l’extérieur…
Finalement, déambuler dans les couloirs de l’hôtel, ce n’était pas si mal… En tout cas, c’est ce que se disait le sportif alors qu’il piétinait la moquette.
Il s’était rhabillé, bien sûr. Un scandale exhibitionniste n’était pas ce qu’il lui fallait. C’était assez difficile comme ça d’entrer dans les championnats.
Le silence était presque de mise, il y avait quelque chuchotements provenant des chambres, les différentes machines et autres appareils vrombissaient ou sonnaient. La moquette étouffait les sons, les papiers peints absorbaient les lumières.
Du fond de sa poche, il jouait avec sa carte magnétique, la tournant et la retournant pensivement. Ses pas n’avaient aucun but, aucune direction, si ce n’était le sommeil.
Et, pourtant, il se retrouva bloqué devant une porte au lieu de poursuivre son étrange déambulation.
Une porte anonyme au milieu d’un couloir muni d’autres portes anonymes. Enfin, il y avait les numéros qui correspondaient, on était dans un hôtel, après tout !
Bref.
Si sa mémoire était bonne, derrière ce panneau… C’était la chambre de Michele.
Ce satané Italien qui enrageait dès qu’Emil entrait dans son champ de vision. Qui surprotégeait sa sœur comme si tous les hommes étaient des prédateurs attirés uniquement par elle. Qu’il n’y avait qu’elle au monde.
Et qu’il n’existait pas.
Qu’il n’était pas auréolé de lumière quand il souriait à sa sœur. Qu’il ne patinait pas comme s’il volait au-dessus de la plaque de glace. Que sa grâce avait égal parmi les compétiteurs. Qu’Emil ne rêvait pas de lui, de sa voix légèrement plus rauque qu’à l’ordinaire, de sa peau caramel contre la sienne…
Calmement, il posa son front contre le bois, soupirant d’un air abattu, ainsi que sa main.
Mais qu’est-ce qu’il foutait là ? Il ferait mieux de retourner dans sa propre chambre et de fixer le plafond à en avoir les yeux secs. Il pourra ainsi arborer son plus beau visage fatigué dans les gradins. Ce n’était pas comme s’il participait encore au championnat, si ? Personne n’y fera attention.
Mais il ne pouvait pas.
Emil restait là, en appui contre la porte de la chambre d’hôtel, sans bouger, comme changé en pierre, à quelques mètres seulement de celui qui hantait ses pensées.
Il ne parvenait même pas à se sentir ridicule, ses pensées toutes tournées sur sa situation actuelle. Sa pathétique situation actuelle.
Il devrait bouger. Retourner à sa chambre avant que la sécurité ne décide d’intervenir, interpellée par les caméras de sécurité, ou pire, les journalistes, et finir par faire la couverture des tabloïds. Un suicide médiatique.
L’air parut soudainement frais sur sa peau quasi nue, le faisant frissonner.
Il était temps de faire demi-tour et de rentrer avant d’effrayer un compétiteur insomniaque, allez ! Mais, malgré toutes ses bonnes résolutions, il ne fit frémir aucun de ses muscles, toujours changé en bloque-porte.
Jusqu’à ce que celle-ci ne soit violemment ouverte et qu’il n’évite la chute de peu, se rattrapant in extremis au chambranle.
– Qu’est-ce qu’tu branles là ? Maugréa le patineur.
Sans aucune surprise, un Michele manquant de sommeil était tout aussi peu engageant qu’un Michele en pleine forme. La seule différence semblait résider dans sa patience. Pas que celle-ci fut démentielle le reste du temps non plus…
Se retrouvant à genoux sur la moquette, Emil tentait de trouver un prétexte convenable à sa présence, à une heure pareille.
– Oh, Mickey, ça alors ! C’est donc ta chambre ! Qui l’aurait cru ?!
Il se releva rapidement, prenant un air dégagé face à un Italien ronchon et en pyjama.
– Ça fait vingt putain de minutes que quelqu’un stationne derrière ma porte, me prends pas pour un débile. Tu veux quoi ?
Toi… souffla-t-il dans son esprit.
– R… rien du tout ! Je passais par hasard, je cherchais le sommeil, tu vois ? Alors j’ai décidé de me promener dans les couloirs, et…
Il s’embourbait dans ses explications, il en avait pertinemment conscience, mais peut-être que s’il l’assommait suffisamment, il aurait le temps de rejoindre sa chambre et que Michele penserait que ceci n’était qu’un rêve !
– Abrège. L’avion décolle tôt, demain, marmonna-t-il en se frottant les yeux. Et j’ai vraiment besoin de dormir.
– Alors, je vais te laisser ! Passe une bonne nuit et à la prochaine compétition ! Pépia-t-il en esquissant un demi-tour.
Son mouvement fut interrompu par une prise soudaine à son épaule, ce qui le figea. Il n’avait pas particulièrement envie de se manger un pain à une heure pareille ! Ni à n’importe quelle autre, d’ailleurs…
– Quand t’auras fini de me prendre pour un débile, grinça-t-il, tu m’expliqueras ta présence derrière ma porte. Surtout après m’avoir déjà avoué connaître la localisation de celle de ma sœur…
Ah, zut, il aurait pu prendre ça comme excuse, en fait… Mais c’était trop tard. Bien trop tard. Que pourrait-il bien lui rester comme joker ?
Mais son esprit restait désespérément vide, ne lui offrant aucune échappatoire.
– Euh…
– Je t’ai connu avec plus de repartie.
Il l’avait fait se retourner pour qu’ils se fassent face, n’arrangeant pas les soucis de concentration du Tchèque, qui se retrouva à se perdre un peu trop souvent à son goût dans les iris violets ou à fixer les mèches auburn légèrement décoiffées par la courte sieste de l’Italien interrompue par sa présence.
Il aurait pu rester comme ça des heures durant, sans doute, mais ç’aurait été tellement gênant. Et Michele ne le laissera pas faire, de toute façon.
– Bon, finalement, t’as raison, casse-toi, que je rejoigne mon lit et que tu retourner hanter l’hôtel. Avec un peu de chance, tu créeras une ou deux creepypastas et ton nom entrera plus vite dans l’Histoire que via le patinage artistique !
Il lui fit faire de nouveau volte-face et le poussa jusqu’au couloir.
– Bonne nuit, emmerdeur, décréta-t-il.
Et ce fut là.
Le moment exact où la porte pivota sur les gonds. Il se ressaisit et en empêcha la fermeture en intercalant sa jambe dans l’entrebâillement, grimaçant au pincement occasionné sur son genou dans l’action.
Okay, c’était pas son mouvement le plus intelligent, mais il donnait régulièrement des sueurs froides à son coach avec son amour des sports extrêmes, alors bon, l’intelligence de ses actes, qu’ils soient réfléchis ou non…
– T’as vraiment décidé de me faire chier ce soir, toi… grommela-t-il. Vire ta jambe ou je te l’explose. De toute façon, t’en as plus besoin avant la saison prochaine, ce sera donc pas une grande perte…
– Mickey, je… je crois que je pourrais pas rentrer sans te l’avoir dit.
– Sauf que j’ai plus envie de te faire rentrer. Dégage.
– Non, je veux dire, retourner dans ma chambre. Je ne trouverai pas le sommeil sans t’avoir dit ce que j’ai sur le cœur.
– Super. Dégage ta jambe de là et parle à ma porte. Moi, je vais dormir.
– Michele !
– Mais c’est pas bientôt fini, ce cirque ?! S’exclama un client en sortant de sa chambre à son tour. Y’en a qui veulent dormir, là !
La surprise permit à Emil de forcer plus sur la porte, entrant de nouveau malgré le refus évident du patineur.
– Tu préfères un scandale en première page ? Se justifia-t-il maladroitement.
– Présenté comme ça, évidemment… marmonna-t-il.
Il détourna le visage et croisa les bras, reculant. Se faire envahir son espace vital n’était franchement pas à son goût.
– Je… je ne voulais pas te menacer, s’excusa-t-il. Mais nous n’allons pas nous revoir avant un bout de temps, alors…
– Va droit au but. J’ai sommeil et je vais vraiment finir par t’exploser la face.
– C’est si gentiment demandé, marmonna-t-il en se frottant les cheveux.
L’ambiance était atroce pour ce qu’il voulait faire, pour porter correctement l’importance des mots de son cœur, l’esquisse tendre d’un geste…
Une occasion pointait son nez et il se devait de la saisir, mais…
– Mickey ?
Un grognement endormi retentit en réponse mais il fallait plus pour décourager Sara. Sans lever le nez de l’écran de son portable, elle continua d’asticoter son frère jusqu’à ce qu’il ne relève la visière de sa casquette, montrant un air épuisé et des yeux cernés.
– ‘C’qu’y a ? grommela-t-il.
Bercé par la voiture, il avait piqué du nez dès que le taxi avait démarré. La conduite tranquille couplée à l’heure plus que matinale n’avait été qu’une invitation au sommeil pour le patineur, en plus de l’absence de petit déjeuner, qu’ils prendront à l’aéroport, le restaurant de l’hôtel n’étant pas encore ouvert à l’heure de leur départ.
– Tu as veillé tard, hier ?
– Mouais, on peut dire ça…
Il renfonça sa casquette et bougea un peu pour être plus confortable, mais ne regarda pas une seule fois Sara, qui l’observait, cette fois.
– Vraiment ? Tu as rejoint ta chambre vers quelle heure ?
– Emil m’a réveillé peu après ton départ…
Épuisé et somnolent, il répondait sans y prêter attention, les paupières closes.
– Ah oui, on a discuté un peu avant. C’est bien qu’il l’ait fait.
Un petit silence s’installa, seulement troublé par les conversations de leur coach avec le chauffeur.
Ce n’est qu’une fois installés devant leurs plateaux respectifs qu’ils reprirent la parole.
– Tu dormiras dans l’avion, allez, ouvre les yeux ! L’encouragea Sara. Qu’as-tu bien pu faire de la nuit pour avoir autant de mal à rester éveillé ?
– C’est juste le creux de la vague, le lendemain de compétition… Je ne vois pas pourquoi tu es si surprise, c’est toujours comme ça…
Il étouffa un bâillement et mâchonna un toast, le regard dans le vide.
– Vraiment ?
Sa jumelle semblait dubitative mais lâcha finalement l’affaire. Malgré l’immunité que lui conférait son statut de cadette, elle savait reconnaître un terrain miné quand elle se trouvait devant.
Peut-être était-ce juste une mauvaise nuit parmi d’autres ?
Heureusement, leur atterrissage les trouva de meilleure forme et de meilleure humeur. Le plaisir de retrouver son pays pouvait avoir un effet dopant sur un esprit fatigué.
C’est Phichit, le premier, qui flaira l’embrouille.
Sa tendance à rester le nez collé à ses réseaux sociaux, à scruter statuts et photos de ses cercles d’amis, le rendait tout désigné pour cette réalisation. Et, quand il y parvint, il ne put s’empêcher de s’exciter et de couiner dans son oreiller. La suite fut occupée par des scrolls intempestifs et appuyés afin de scruter les dernières informations, histoire de s’assurer qu’il n’avait rien raté.
Ces derniers temps, les jumeaux Crispino ne s’affichaient plus autant sur les mêmes photos, Sara se présentant surtout avec des amies et Michele… avait presque disparu. Il n’avait jamais été un grand fan, se contentant du minimum syndical pour les fans et surveiller le compte de sa sœur, mais c’était encore autre chose.
Puis Phichit avait débusqué une photo de l’Italien avec un air surprenamment détendu, pris dans un éclat de rire alors qu’il allait s’abreuver à sa gourde. C’était déjà une surprise en soi, mais, au même moment de la publication, Sara s’affichait dans l’une des célèbres Via italiennes de la mode, tandis que son frère se trouvait dans un décor des plus naturels. Ils n’étaient donc pas ensemble, ce qui était plus rare encore.
Assis sur un rebord rocheux minuscule, il était entouré d’un paysage superbe et pur, loin de la civilisation, prouvant que son exercice d’escalade avait été sans aucun doute éprouvant, en plus de la sueur évidente sur sa tenue.
Mais, en tant que patineur artistique professionnel, c’était un passe-temps plus que dangereux, et il n’était pas du genre à risquer son intégrité physique dans une activité aussi intense que la varappe, et plus encore sur un site naturel…
Il y avait donc quelqu’un derrière cette mise en danger !
En scrutant ses publications précédentes, il y avait quelques détails épars qui, une fois réunis, offraient une piste intéressante, mais, laissés dispersés, restaient innocents.
Si Yūri avait été là, sans doute aurait-il pu le réfréner, voire le pondérer, mais il était seul dans sa chambre (enfin, avec ses trois hamsters, bien sûr). Ses doigts furent pris de frénésie alors qu’il tapait un statut qu’il regretta par la suite : « mickey-crispino est en couple ! » suivi de tous les indices repérés ici et là.
Et les fans s’emparèrent de la déclaration, la faisant passer dans les tendances et le top 10 des sujets à la mode.
La tempête médiatique était hors de tout contrôle ! Des hashtags furent lancés, cherchant qui pouvait être la moitié de M. Sis-complex vu que sa sœur semblait hors-champ, au point de publier son étonnement à cette nouvelle, déchaînant d’autant plus les passions.
Le grand taré aurait trouvé chaussure à son pied ?
Dans le salon privé des patineurs, c’était mouvementé aussi, la conversation essentiellement nourrie par les plus commères (autrement dit, Chris, JJ et Victor), qui partaient dans les suppositions les plus folles sans même lire les autres, surchargeant de notifications les téléphones.
Il ne fallut pas longtemps pour que la presse découvre l’info et tenter de creuser de son côté.
Emil luttait pour faire tenir la petite tente malgré le vent qui venait de se lever, mettant à mal ses efforts. Mais il n’abandonnerait pas ! De toute façon, s’il le faisait, la nuit serait juste atroce !
Un peu à l’écart, le bras tendu pour capter le réseau accessible, Michele consultait ses messages comme il le pouvait, tenant au courant sa coach – unique compromis pour lequel elle l’avait laissé partir dans une excursion aussi risquée.
Puis, subitement, son téléphone s’emballa, vibrant et sonnant au point de manquer de tomber au pied de la falaise qu’ils avaient grimpée depuis l’aube.
Il dut se résoudre à l’éteindre, ne pouvant se permettre de perdre de la batterie, incapable de consulter la moindre notification tellement elles étaient nombreuses.
– TADAA ! S’exclama-t-on dans son dos. Notre palace est avancé pour la nuit ! Les nouvelles sont bonnes ?
– Aucune idée, pas assez de réseau. Je pense que Chris ou Victor a dû faire quelque chose, mais impossible d’en savoir plus. J’ai dû éteindre mon portable.
– Pas grave, je devrais réussir à t’occuper, déclara-t-il en se collant à son dos et l’embrassant dans la nuque.
Un empourprement immédiat s’empara du visage du plus vieux, encore gêné par ses marques d’affection, mais il se laissa faire, se calant contre lui et déposant ses mains blessées sur ses bras croisés.
– Si on ne rentre pas maintenant, on va se faire dévorer par les moustiques, poursuivit le Tchèque.
– Je veux assister au coucher du soleil, supplia-t-il.
– Okay, mais on s’occupe de tes mains, alors.
Baignant dans la lueur rosée du crépuscule, les deux grimpeurs inspectaient les blessures fraîches de Michele, provoquées par leur escalade de la journée. L’activité était encore trop récente pour lui et sa peau était mise à rude épreuve, contrairement à Emil dont les cals étaient en place depuis des années.
Aucun mot ne fut prononcé mais ils souriaient tous les deux, appréciant leur retraite du monde et leur intimité, bien ignorants de la folie sur les réseaux.
Ils engloutirent leur dîner et allèrent s’allonger dans la tente, emmitouflés dans leurs sacs de couchage.
Ils avaient encore des sommets à grimper dans les jours à venir !
Finalement, et par l’absence de réaction de la part du concerné, le sujet retomba quelque peu, décevant les plus mordus…
Du moins, jusqu’à la réactivation de son téléphone et de la publication d’une photo où on apercevait Michele tenant son appareil à bout de bras, un grand sourire aux lèvres, Emil se tenant derrière lui, l’enlaçant dans une étreinte sans ambiguïté, affichant le même sourire, un large paysage féerique s’étendant derrière eux, sobrement intitulée d’un « la plus belle vue au monde ! ».
Il n’en fallut pas plus pour que la frénésie reprenne et pour le forcer à éteindre de nouveau son portable en soupirant, toujours inconscient de l’engouement suscité.
Par contre, Emil fut à son tour sollicité par leurs collègues, qui le noyèrent de messages.
– Sara demande « à quand le mariage ? » releva-t-il distraitement. Tiens, j’ignorais avoir donné mon numéro à ce patineur Russe…
Il tria rapidement les notifications et coupa rapidement le son, sifflotant joyeusement alors que son compagnon se renfrognait.
– Ces imbéciles feraient mieux de se concentrer sur la compétition, râlait-il. Ce ne sont en rien leurs affaires.
– Oh, vois-les comme des grands frères attentionnés. C’est ce que je fais.
Il l’embrassa sur la tempe et se concentra sur la vue merveilleuse qui s’offrait à eux.
– Demain, retour à la civilisation ! Tu as intérêt à bien dormir pour prendre des forces, tu vas en avoir besoin ! Reprit l’expert.
– Que ! Qu’insinues-tu par là ?! S’étouffa Michele, scandalisé.
– De te coucher tôt, pourquoi, tu pensais à quelque chose d’autre ? L’interrogea-t-il avec innocence.
Mais l’Italien détourna le visage, celui-ci tellement rouge qu’il paraissait avoir pris un mauvais coup de soleil, sous le soupir amusé de son compagnon, qui, décidément, aimait bien le faire tourner en bourrique.
Il se pencha de nouveau vers lui, l’enlaçant d’un bras.
– On a assez de réserves pour tenir un jour de plus, si tu veux. On peut donc amorcer la descente plus tard dans la journée et occuper un peu mieux cette nuit ?
La nouvelle teinte cramoisie qui prit place ne fit qu’accentuer son amusement.
Peut-être allait-il en faire son nouveau jeu, finalement…
