La canaille en écailles

La canaille des écailles – 4/?

Le silence régnait sur le pont, lourd comme une chape de plomb. Alors quand la porte s’ouvrit, la tension se fit plus palpable encore.

-Bon, les gars, c’est quoi cette ambiance ? Y’a plus de rhum, ou quoi ?

Le capitaine Jack Sparrow dans toute sa splendeur se tenait devant eux. L’air narquois, le chapeau, les bottes. Mais pas de dreads. Plus de barbe.

Homme ou femme ?

-Une destination, capitaine ? L’interpella Gibbs.

-Évidemment Mr Gibbs !

Il tâta ses poches avec un air pensif.

-Votre boussole, capitaine !

-Merci Mr Gibbs, notre destination se trouve… par là !

Il tendit le bras dans une direction, avant de le tendre dans une autre. Puis grogna en baissant le bras.

-Bon, cap sur Tortugga.

Il enfouit l’objet dans sa poche et marmonna dans une langue inconnue alors que le second lançait les ordres.

-Jack !

-Will. Tu peux partir, maintenant. Vous avez vos papiers, l’affaire est conclue.

-Jack…

Préférant la fuite à la confrontation, il se tailla un chemin jusqu’à la proue et jeta un œil à la figure s’y trouvant. Une sirène. Une sirène de la mort.

Ne le lui avaient-elles pas annoncé lors de leurs rencontres que ce moment approchait ?

-Que Neptune m’en garde.

Bien que aimé de la chance, Jack Sparrow détestait le hasard. Sincèrement. Oh ! Rien de très personnel, après tout il s’en sortait toujours, non ? Mais ça n’empêchait pas le fait qu’il n’aimait pas ça.

-Jack !

-Lâchez-moi, les Turner. J’vous ai rendu service, maintenant vous dégagez de mon pont, à moins que vous nous le souhaitiez essayer la planche.

Il ne s’était même pas tourné vers eux, le regard fixé sur l’horizon.

-Jack.

Aussi caressante qu’était la voix d’Élizabeth, ça ne le fit pas se retourner pour autant.

-Allez vous-en. Désolé trésor, nous nous reverrons dans d’autres circonstance. Par contre, je veux être la parrain de votre premier gosse !

Il leur adressa un clin d’œil moqueur avant de leur refaire face, son sourire de nouveau présent.

-Où comptes-tu te rendre ? Ta boussole ne t’est plus d’une grande aide, pour le moment.

-Je sais.

Il fit quelques pas et passa ses bras sur leurs épaules.

-Il arrive à tout un chacun de se trouver à un carrefour dans sa vie : dois-je prendre cette route ? Où me mènera-t-elle ? Quelles en seront les conséquences ? Et toutes ces conneries philosophiques…

Il adressa à peine un regard à Lizzie qui semblait indignée.

-Je suis face à un carrefour de choix. La mort s’y trouve aux deux chemins, tout dépend du temps de mon agonie.

-Jack, commença Will, tu veux que je…

-Laisse-moi gérer mes affaires comme un grand, il est plus que temps, non ?

Le souvenir de Davy Jones leur revint en mémoire, les faisant taire.

-Je vais commencer par Tortugga. Peut-être n’aurais-je pas à aller plus loin. Sinon, je vais devoir partir à sa recherche.

-Sa ? Qui donc ?

-Mais qu’est-ce que vous faîtes encore là, vous deux ? Ouste !

Il les fit fuir de ses mains, recevant phrases entrecoupées et grognements, mais eux aucune réponse.

Ce fut au Hollandais Volant de partir, bientôt, faisant soupirer de soulagement le capitaine.

-Jack ? Tu n’aurais pas quelque chose à nous dire ? Finit par demander Gibbs.

Se tournant vers lui, son vieil ami lui offrit un regard indéchiffrable. Il y avait des limites à ne pas dépasser, il en était conscient bien sûr. Et il semblerait que cette question en était une. Une sévère. Une dont les outrepassants seront châtiés.

-Laisse tomber, Jack, grommela-t-il.

Le capitaine s’accouda au bastingage, le nez au vent. Il aurait préféré rester dans sa cabine, à se terrer, enserré dans ses draps et biberonnant du rhum. Mais il avait une image à tenir.

Si tout pouvait être aussi facile que ça l’était auparavant… Si il pouvait remonter le temps…

Mais comment en était-il arrivé là ?


-Règle 3. Tu te présenteras comme mon fils.

-Mais…

-Tais-toi Jacky.

Les yeux noirs se brouillèrent de larmes.

-Si tu suis tous mes préceptes, il ne te faudra que dix années pour le revoir.

-Mais… pourquoi ?

-Parce que tel est mon bon vouloir. Et telles sont les parts du marché.

-Tu ne peux pas faire ça !


-Teague.

-Vous cherchez le vieux Teague ? Ricana le vieux pirate. Pas de chance ! Il a levé l’ancre il y a de ça une semaine !

-Vous savez quelque chose ? Un cap ? Un but ?

-Tout doux gamin ! Je parle à sec, là.

Gibbs fit un geste vers une bouteille encore remplie, mais Jack attrapa le vieillard par le col, le faisant décoller du sol.

-Écoute-moi bien, deux dents, je suis le capitaine Jack Sparrow. Et tu vas me dire sans détour toutes les infos que je souhaite sur mon père !

-Sinon quoi ?

Souriant de tout ses chicots pourris, le pirate lui postillonna de rire au visage.

-On le connaît le capitaine Jack Sparrow ! On vous connaît, et vos magouilles de lâches, elles font pas vraiment peur !

L’air sombre du plus jeune alerta son second qui chercha à lui faire lâcher prise.

-Jack, fais pas l’con.

-Un lâche, hein ?

Il releva la tête, un sourire moqueur aux lèvres. À peine le temps de cligner des paupières qu’il tirait sur le chien assis de son pistolet.

-Et si je changeais de ligne de conduite ? Si je devenais un forban comme vous autres ? Pendu pour pendu, autant en profiter !

Et c’est en agrandissant son sourire qu’il tira, le canon entre les yeux du vieux récalcitrant.

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