Le silence régnait sur le pont, lourd comme une chape de plomb. Alors quand la porte s’ouvrit, la tension se fit plus palpable encore.
-Bon, les gars, c’est quoi cette ambiance ? Y’a plus de rhum, ou quoi ?
Le capitaine Jack Sparrow dans toute sa splendeur se tenait devant eux. L’air narquois, le chapeau, les bottes. Mais pas de dreads. Plus de barbe.
Homme ou femme ?
-Une destination, capitaine ? L’interpella Gibbs.
-Évidemment Mr Gibbs !
Il tâta ses poches avec un air pensif.
-Votre boussole, capitaine !
-Merci Mr Gibbs, notre destination se trouve… par là !
Il tendit le bras dans une direction, avant de le tendre dans une autre. Puis grogna en baissant le bras.
-Bon, cap sur Tortugga.
Il enfouit l’objet dans sa poche et marmonna dans une langue inconnue alors que le second lançait les ordres.
-Jack !
-Will. Tu peux partir, maintenant. Vous avez vos papiers, l’affaire est conclue.
-Jack…
Préférant la fuite à la confrontation, il se tailla un chemin jusqu’à la proue et jeta un œil à la figure s’y trouvant. Une sirène. Une sirène de la mort.
Ne le lui avaient-elles pas annoncé lors de leurs rencontres que ce moment approchait ?
-Que Neptune m’en garde.
Bien que aimé de la chance, Jack Sparrow détestait le hasard. Sincèrement. Oh ! Rien de très personnel, après tout il s’en sortait toujours, non ? Mais ça n’empêchait pas le fait qu’il n’aimait pas ça.
-Jack !
-Lâchez-moi, les Turner. J’vous ai rendu service, maintenant vous dégagez de mon pont, à moins que vous nous le souhaitiez essayer la planche.
Il ne s’était même pas tourné vers eux, le regard fixé sur l’horizon.
-Jack.
Aussi caressante qu’était la voix d’Élizabeth, ça ne le fit pas se retourner pour autant.
-Allez vous-en. Désolé trésor, nous nous reverrons dans d’autres circonstance. Par contre, je veux être la parrain de votre premier gosse !
Il leur adressa un clin d’œil moqueur avant de leur refaire face, son sourire de nouveau présent.
-Où comptes-tu te rendre ? Ta boussole ne t’est plus d’une grande aide, pour le moment.
-Je sais.
Il fit quelques pas et passa ses bras sur leurs épaules.
-Il arrive à tout un chacun de se trouver à un carrefour dans sa vie : dois-je prendre cette route ? Où me mènera-t-elle ? Quelles en seront les conséquences ? Et toutes ces conneries philosophiques…
Il adressa à peine un regard à Lizzie qui semblait indignée.
-Je suis face à un carrefour de choix. La mort s’y trouve aux deux chemins, tout dépend du temps de mon agonie.
-Jack, commença Will, tu veux que je…
-Laisse-moi gérer mes affaires comme un grand, il est plus que temps, non ?
Le souvenir de Davy Jones leur revint en mémoire, les faisant taire.
-Je vais commencer par Tortugga. Peut-être n’aurais-je pas à aller plus loin. Sinon, je vais devoir partir à sa recherche.
-Sa ? Qui donc ?
-Mais qu’est-ce que vous faîtes encore là, vous deux ? Ouste !
Il les fit fuir de ses mains, recevant phrases entrecoupées et grognements, mais eux aucune réponse.
Ce fut au Hollandais Volant de partir, bientôt, faisant soupirer de soulagement le capitaine.
-Jack ? Tu n’aurais pas quelque chose à nous dire ? Finit par demander Gibbs.
Se tournant vers lui, son vieil ami lui offrit un regard indéchiffrable. Il y avait des limites à ne pas dépasser, il en était conscient bien sûr. Et il semblerait que cette question en était une. Une sévère. Une dont les outrepassants seront châtiés.
-Laisse tomber, Jack, grommela-t-il.
Le capitaine s’accouda au bastingage, le nez au vent. Il aurait préféré rester dans sa cabine, à se terrer, enserré dans ses draps et biberonnant du rhum. Mais il avait une image à tenir.
Si tout pouvait être aussi facile que ça l’était auparavant… Si il pouvait remonter le temps…
Mais comment en était-il arrivé là ?
-Règle 3. Tu te présenteras comme mon fils.
-Mais…
-Tais-toi Jacky.
Les yeux noirs se brouillèrent de larmes.
-Si tu suis tous mes préceptes, il ne te faudra que dix années pour le revoir.
-Mais… pourquoi ?
-Parce que tel est mon bon vouloir. Et telles sont les parts du marché.
-Tu ne peux pas faire ça !
-Teague.
-Vous cherchez le vieux Teague ? Ricana le vieux pirate. Pas de chance ! Il a levé l’ancre il y a de ça une semaine !
-Vous savez quelque chose ? Un cap ? Un but ?
-Tout doux gamin ! Je parle à sec, là.
Gibbs fit un geste vers une bouteille encore remplie, mais Jack attrapa le vieillard par le col, le faisant décoller du sol.
-Écoute-moi bien, deux dents, je suis le capitaine Jack Sparrow. Et tu vas me dire sans détour toutes les infos que je souhaite sur mon père !
-Sinon quoi ?
Souriant de tout ses chicots pourris, le pirate lui postillonna de rire au visage.
-On le connaît le capitaine Jack Sparrow ! On vous connaît, et vos magouilles de lâches, elles font pas vraiment peur !
L’air sombre du plus jeune alerta son second qui chercha à lui faire lâcher prise.
-Jack, fais pas l’con.
-Un lâche, hein ?
Il releva la tête, un sourire moqueur aux lèvres. À peine le temps de cligner des paupières qu’il tirait sur le chien assis de son pistolet.
-Et si je changeais de ligne de conduite ? Si je devenais un forban comme vous autres ? Pendu pour pendu, autant en profiter !
Et c’est en agrandissant son sourire qu’il tira, le canon entre les yeux du vieux récalcitrant.
