Sous le regard attentif du professeur Xavier et de quelques autres mutants, Percy s’approcha de la bassine que la salle de tous les dangers avait fait apparaître pour lui.
Si les autres pouvaient se satisfaire de stimulus psychique comme la pièce créait, il lui était impossible de procéder sans le véritable élément. Du moins, c’est ce qu’ils avaient conclu suite à de nombreux tests. Alors, il était fréquent de voir des seaux, des bassines, etc, lorsqu’il était sur les lieux.
Rapidement, les premières attaques commencèrent, faisant couiner d’appréhension Sally qui étouffa ses exclamations suivantes d’une main sur la bouche. Mais Percy ne l’entendait pas, d’une part à cause de la vitre et de l’autre car il était trop concentré sur ses pouvoirs pour faire attention à quoi que ce soit d’autre que sur la sensation qui courait dans tout son corps, le submergeant, telle de violentes vagues, s’abattant l’une sur l’autre.
Il n’utilisa pas tout de suite ses pouvoirs, se contentant d’esquiver tant que c’était facile.
Wolverine l’avait un peu pris sous son aile alors qu’il avait failli noyer toute la pièce, suite à ses premiers essais et il avait fini par comprendre que ça ne servait à rien de gaspiller de l’énergie par paresse. C’était juste le meilleur moyen de ne plus pouvoir garder l’eau sous contrôle et, par extension, créer plus de dégâts qu’il n’en faudrait.
Alors, pour le moment, il garda la fréquence aquatique au plus bas, se contentant de rider la surface pour s’assurer qu’il l’avait toujours non loin, prête à jaillir.
Ce qu’elle fit, une minute à peine plus tard, gênant la progression d’un des bras mécaniques qui louvoyait vers Percy, pas vraiment menaçant, mais ce n’était pas pour autant sûr.
Hé, la salle n’avait pas été nommée ainsi pour provoquer des frissons à de jeunes prépubères ! Elle était sous contrôle, mais elle n’était pas là pour des soirées pyjamas.
Au bout d’un moment, les hologrammes et les agressions diverses cessèrent, ne laissant donc que la bassine pour tout meuble, la voix du professeur Xavier résonnant à travers un haut-parleur.
-Ce sera bon pour cette fois, Persée. Tu as augmenté tes réflexes et dépassé ton record, c’est remarquable.
Les lumières revinrent, les portes s’ouvrirent et le jeune garçon sortit, respirant bruyamment. Il n’eut pas à attendre trop longtemps pour se faire enfermer dans une étreinte d’ours, cadeau maternel, ou entendre le bruit discret causé par le fauteuil du professeur. Mais à la place de s’attarder sur des détails de ce genre, il profite juste du parfum sucré de sa mère.
Ce n’est pas parce qu’il était surveillé et que c’était calculé dix millions de fois que la salle de tous les dangers n’était pas risquée. Il était encore trop jeune pour avoir droit aux épreuves éreintantes et quasiment mortelles, contrairement aux mutants adultes et adolescents plus âgés.
Et Sally savait. On lui avait aussi parlé de la fois où Cerebro s’était tournée contre eux, usant de cette pièce pour se déchaîner, leur faisant vivre pire qu’un enfer. Mais elle refusait de s’absenter, de tourner le dos et de rater la moindre minute de la mise à l’épreuve de son fils. Fermer les yeux n’allait pas sécuriser le futur de Percy.
Car, il y avait autre chose qu’elle savait.
Elle était au courant pour les rencontres étranges qu’il faisait, les souvenirs étranges et déformés qu’il avait, suite à celles-ci. La sensation d’être suivi ou que quelque chose n’était pas « normal » (bien que leur normalité à eux était différente d’un humain lambda).
Elle était au courant de tout, malgré que Percy ne lui en parlait pas toujours. Parce qu’il n’en avait pas conscience, qu’il craignait de ne pas être pris au sérieux, parce qu’il voulait la protéger… Avec les enfants, ça pouvait être un mélange de tout ça et peut-être même d’autre chose !
Alors, elle avait parlé succinctement de ce qu’elle savait au professeur afin qu’il prenne les mesures adéquates sans que ça ne paraisse suspect.
Nul autre n’était au courant, que ce soit les éducateurs, les autres mutants, voire Percy lui-même. Et c’était sans doute mieux ainsi.
Mais toutes ces précautions ne lui donnaient aucunement bonne conscience, alors elle serrait d’autant plus son plus-si-petit garçon contre elle, souhaitant qu’il ne grandisse plus et reste son petit bébé, qu’elle puisse le protéger en l’étreignant ainsi, servant de bouclier contre ce monde si laid dans lequel elle l’avait fait naître.
C’était une utopie, et elle le savait mieux que quiconque.
-Maman ? Tu m’étouffes, marmonna-t-il.
Percy eut tout loisir d’avaler de grandes goulées d’air lorsqu’il fut enfin libéré, les joues rougies, pendant que sa mère le recoiffait doucement.
-T’exagère, maman, râla-t-il. Tu veux me tuer ou quoi ?
-Parle mieux à ta mère, jeune homme, si tu ne veux pas que je te serve du choux ce soir !
Son regard sérieux lui assura que, oui, elle mettra sa menace à exécution, quitte à empester elle-même le choux pendant des jours. Il fallait parfois mettre la main à la pâte pour s’assurer que celle-ci prenait !
Il s’excusa même si ce n’était pas vraiment sincère, estimant que sa mère avait tenté de l’assassiner fourbement en le serrant trop fort. C’était vil, une maman, fallait pas croire.
Sagement, il la laissa terminer avec ses cheveux tout en concoctant une vengeance dans sa tête, ce qui avait l’air de bien faire rire le directeur au vu de son petit sourire. Il lui fit signe de se taire, ajouté à un regard suppliant. Si il dévoilait tout, c’était aussi cuit que les choux !
Et le chou, c’était définitivement pas bon…
Kitty se fixait dans le miroir, faisant la moue. Elle n’était pas sûre…
Derrière elle, Malicia participait à un concours de grognement dont elle était la seule concurrente. Au moins, elle gagnerait.
Par contre, la situation dans laquelle elles se trouvaient toutes les deux… C’était moins sûr. Voire pas sûr du tout.
Elle déglutit en croisant le regard de Jean. Cette femme était diabolique, c’était sûr.
Sally était à côté d’elle, surveillant aussi les filles qui essayaient les robes avec réticence, papotant légèrement. Mais sa présence n’était que factuelle, elle n’avait aucun pouvoir ici. C’était plus pour rassurer les cadettes.
-Vous pouvez bien faire un effort pour une journée, soupira Jean.
Elle s’adressait surtout à Malicia qui prétendait avoir du mal à respirer dans tout cette dentelle.
Un ancien X-man se mariait dans deux mois et Sally avait estimé que c’était le bon moment pour acheter les tenues des plus jeunes. Pas de surprise au niveau des poussées de croissance, normalement.
Résultat, Scott et Hank traînaient les mutants à un commerce de costumes, Jean et Sally forçaient les mutantes à les suivre dans un de robes.
Logan leur avait souhaité bonne chance aux adultes et courage aux jeunes, chargeant sa moto pour un nouveau road-trip. Au moins, lui, était-il exempté de ces trucs débiles !
Si Kitty tâtait du bout des doigts les rubans et autres fioritures qui lui donnaient une apparence de gâteau, Kurt et Percy, eux, tiraient sur leurs cravates et cols, cherchant leur respiration.
Les apparences de certains mutants n’étant pas altérables (tels Hank et Kurt), ils avaient du partir à la recherche de la première boutique n’arborant pas le désormais célèbre logo « mutant-unfriendly », ce qui leur avait pris un peu de temps.
Ce fut à la fois heureux et malheureux de finir par en trouver une, selon la personne concernée, et tout le monde finit poussé à l’intérieur, sous le regard effaré du vendeur qui finit par se reprendre, très professionnel.
Ainsi commença le défilé des pingouins. Bobby poussa même le réalisme en créant des blocs de glace pour imiter le paysage de ces animaux, faisant ricaner quelques uns, mais il dut s’empresser de les faire disparaître lorsque Scott le disputa.
Quel vieux rabat-joie !
-On est vraiment obligé d’y aller ? Demanda Kurt d’une petite voix.
-C’est vrai, ça, on le connaît même pas, ce gars ! Surenchérit Percy. On pourrait rester au manoir bien sagement pendant que vous allez vider les bouteilles d’alcool !
Les adultes détournèrent le regard, clairement gênés par cette déclaration à peine subtile.
-Mais bien sûr, vous laissez seul à l’institut… Vous nous prenez vraiment pour des imbéciles ? Si on fait ça, on risque surtout de retrouver des ruines, oui ! Alors, poursuivez les essayages sans rouspéter, tout le monde est dans le même bateau !
À vrai dire, le futur marié venait d’une famille anti-mutant et ne pouvait donc compter que sur l’institut pour remplir les bancs de l’église. Plus ils seraient et mieux ce serait.
Ça leur prit bien toute l’après-midi pour chacun des groupes d’arriver au bout de leur tâche et, bientôt, ils repartirent dans les rues dans l’idée de se rejoindre avant de rentrer pour de bon.
Lorsque le trio s’aperçut, ils coururent dans la direction de l’autre, se séparant ainsi des autres, ignorant leurs accompagnateurs et compagnons d’infortune pour mieux pleurer sur l’épaule de leurs amis sur ô combien cette séance avait été atroce et que les adultes n’étaient rien que des bourreaux atroces de leur avoir imposé une torture pareille.
Ils auraient pu continuer longtemps comme ça, mais l’air parut changer, subitement.
Il se fit… plus lourd. Piquant.
Si Kitty et Kurt écarquillèrent les yeux face à quelque chose se trouvant dans le dos de Percy, ce dernier ne se retourna pas, préoccupé par la sensation que sa langue s’alourdissait dans sa bouche. C’était normal, ça ?
Mais il oublia vite lorsque ses amis lui tapotèrent l’épaule afin qu’il prenne, lui aussi, conscience de la montagne de muscles juste derrière lui.
Étrangement, il surpassa rapidement son choc, se mettant en garde.
Bah oui, après tout, des mecs avec un physique de catcheur et une tête de taureau, ça courrait les rues, vous croyez quoi ?
-Mi… minotaure, balbutia Kitty.
Kurt, lui, avait déclenché la version originale, ses propos ne se tenant plus qu’en allemand.
Comptez sur vos amis, tiens.
Faisant rouler ses muscles bien petits face à ceux de la créature, Percy prit place devant les deux mutants dans une tentative de les protéger. Il était conscient que c’était dérisoire, mais c’était aussi une manière de se présenter en tant qu’adversaire.
Vaguement, il entendait les cris des passants et des autres mutants qui l’appelaient ou s’effrayaient de la présence incongrue de cet homme-bête, mais il n’y prêtait pas attention.
Non, à la place, il planta son regard dans celui de son face-à-face, tendu comme la corde d’un arc. Si il ne bougeait pas prochainement, il aurait une crampe.
À croire qu’il l’avait entendu -ou qu’il était dans la même situation- la bête mythique le chargea, tête baissée et cornes en avant, lui permettant alors de sauter sur le côté pour l’esquiver. Il ne pense à ses amis qu’une fois rétablis sur ses pieds mais, heureusement, le bruit de la téléportation de Kurt retentit auprès des autres élèves, il s’était écarté des lieux. Kitty, elle, avait toujours le réflexe de traverser la matière, donc il ne se faisait pas trop souci pour elle.
Il oublia tout lorsque son attaquant se positionna pour le charger de nouveau.
Il n’y avait plus qu’eux deux. Sa respiration et le battement de son cœur l’assourdissait presque.
Le minotaure s’élança, son poing mis en avant.
