-On n’a pas le droit d’être là.
-Comme si t’en avais quoi que ce soit à faire, ricana Percy.
Kurt dut en convenir et sourit. Ils ne se connaissaient que trop bien.
-La salle des dangers, juste pour nous deux, gloussa le mutant bleu.
-Vous avez pas l’impression d’avoir oublié quelqu’un ?
-La salle des dangers et une râleuse, corrigea Percy. T’es à la bourre, Kitty.
-Je suis pile à l’heure. T’es juste tellement impatient que t’es venu trop tôt.
Elle lui indiqua sa montre tout en lui tirant la langue. Effectivement, elle avait raison.
-Bon, les amoureux, vous vous rappelez que j’existe ou je vous laisse seuls ?
Piquant un fard, les deux en question se détournèrent l’un de l’autre et tentèrent de prendre un air dégagé. C’était un spectacle assez drôle à voir.
-Kuuurt, râla Percy. Tu dis des bêtises.
-Si c’en était vraiment, vous ne seriez pas aussi rouges, se moqua-t-il.
Décidant d’oblitérer sa présence, Percy lui tourna le dos et commença à bidouiller le tableau des commandes. Ils n’étaient pas là pour s’amuser !
Depuis le temps qu’ils voulaient se mesurer à la machine ! Bon, un peu moins pour Kitty qui commençait à regretter d’avoir marché dans la combine mais c’était trop tard pour les regrets. Quitte à être punis, autant mener les bêtises jusqu’au bout !
C’était un peu leur credo, au fond. Au grand malheur des autres résidents qui le leur rendaient bien.
Ne jamais s’attaquer à un mutant. Sauf si on en est un soi-même.
-On va se faire disputer.
-Ça a l’air d’amuser, Kitty.
Elle lui tira de nouveau la langue. Évidemment qu’elle s’amusait ! Faire des choses interdites, c’était toujours plus fun que de rester bien sage ! Encore plus quand on est accompagné !
-Accrochez-vous à ce que vous voulez, la fête va commencer ! Ricana Percy.
À peine finit-il sa phrase que les pinces mécaniques jaillirent, ondulant en leur direction. L’entraînement pouvait commencer.
-Vous êtes inconscients.
Enfermés dans l’infirmerie, les trois crapules esquissèrent des moues. Si ils étaient vraiment inconscients, ils ne l’entendraient pas, na !
Jean continuait de leur rouspéter dessus, dans l’indifférence générale. Eux, ils s’étaient bien amusés et c’était tout ce qui les intéressait.
Kurt finit par se rouler en boule sous la couverture, Kitty passa à travers le matelas avec son oreiller et Percy fixait du regard la carafe hors de sa porté. Si seulement il pouvait s’y coincer la tête !
La porte claqua, attirant leur attention. Oh ? Qui osait braver la colère du dragon ? De Jean, pardon. Enfin, elle avait le caractère volcanique qui allait avec la couleur de ses cheveux…
-Oh, maman… glapit Percy d’une toute petite voix.
Bien sûr, il n’y avait qu’un dragon pour défier un autre dragon. Ils étaient foutus.
-Content de t’avoir connu Percy ! Déclara Kurt avant de se téléporter ailleurs.
Kitty n’eut qu’à traverser le sol pour être épargnée.
-J’vous déteste, maugréa le restant.
-Percy Jackson, puis-je savoir ce que tu faisais dans la salle des dangers ? Je crois pourtant me rappeler que cela vous avait été expressément interdit par le professeur Xavier ! Vous êtes bien trop jeunes et trop peu expérimentés !
En cours de route, elle se rendit compte que son fils avait été abandonné par ses acolytes et abandonna donc le pluriel pour se concentrer uniquement sur lui. Aïe, c’était encore pire.
Ce fut donc avec la tête basse que les autres mutants purent revoir leur jeune ami les rejoindre pour le dîner, une large bandage blanc tranchant au milieu des cheveux noirs.
-J’ai cru entendre que vous aviez fait des vôtres, ricana Scott en prenant place à table.
Difficile de nier, Kurt avait un large pansement lui mangeant toute la joue et le bleu qu’avait Kitty à l’arcade sourcilière peinait à se résorber.
-Tout le monde ne peut pas jouer les fayots de première, répliqua la demoiselle en lui tirant la langue.
Cela suffit pour partir en attaque verbale, chacun s’en mêlant petit à petit, faisant rire ou soupirer les spectateurs de fortune qui se demandaient quand est-ce qu’ils allaient pouvoir passer à autre chose.
Malgré le désespoir simulé, il était impossible de ne pas remarquer le petit sourire de certains éducateurs ou l’étincelle d’espoir des plus âgés alors qu’ils fixaient les pensionnaires.
Difficile d’oublier l’attitude renfermée et solitaire de Kurt, ou la détresse émotionnelle de Kitty, à leurs arrivées. C’était sans doute aussi pour cette raison qu’ils ne se faisaient pas gronder trop fort, surtout lorsqu’on voyait leurs sourires malicieux et plein de vie.
Mais il ne fallait pas trop se bloquer sur les sourires si on voulait sortir vivant des dîners, en particulier lorsque le contenu des verres et des carafes tentaient de noyer un peu tout le monde à la fois.
Le nez collé aux porte-fenêtres du salon, les trois amis fixaient l’extérieur avec un rien d’inquiétude.
-Tout va bien les enfants ? Vint leur demander Sally.
Elle n’allait pas s’en plaindre, mais les voir aussi calme et sans aucune idée derrière la tête, ça l’inquiétait. Elle n’était d’ailleurs pas la seule, si elle pouvait en juger l’espèce de nervosité qui entouraient les membres qui passaient.
-Il neige, déclara Percy d’un ton plat.
-C’est tout blanc, poursuivit Kurt.
-Il fait froid ! Se plaignit Kitty.
Évidemment, ce n’était pas le premier hiver du trio, mais il était si rare que la neige tombe, et encore plus qu’elle tienne…
-Vous n’aimez pas la neige ? Reprit l’adulte.
Son fils tourna vers elle un visage boudeur, doté d’une moue adorable qui la fit gagatiser intérieurement.
-Ça me chatouille.
-Je vois plus rien, râla son ami.
-Et moi, je finis toujours malade !
Lentement, Sally voyait Bobby prendre place derrière eux, arborant un air un peu trop innocent pour être pris au sérieux, particulièrement lorsqu’on s’apercevait qu’il se frottait les mains.
-Comment ça, ça te chatouille ?
Elle fronça les sourcils, vaguement inquiète. Depuis quand, la neige, ça chatouillait ?
-Ici, expliqua Percy en montrant son sternum de l’index. Comme quand je ressens l’eau. Mais je n’arrive pas à l’appeler, ça me chatouille juste.
-La neige, c’est de l’eau, trésor, c’est sans doute ça, rationalisa-t-elle.
Elle passa sa main dans ses cheveux, lui souriant doucement.
Son sourire s’agrandit malgré elle lorsque trois énormes boules de neige s’infiltrèrent dans leur col, par la bonté de Bobby qui eut le culot de leur offrir son plus beau sourire innocent en réponse à la fureur outrée des plus jeunes.
-Alors les crapules ? Ça fait quoi d’être l’arroseur arrosé ?
Mais il n’attendit pas la réponse, faisant volte-face et courant pour sa vie, poursuivi par trois furies vociférantes et bien déterminées à le changer en descente de lit. Juste pour le principe !
Heureusement pour l’adolescent, ses grandes jambes lui servirent beaucoup mieux que son pouvoir à Kurt et il put sortir vainqueur de la traque, ne se gênant pas pour parader en se moquant d’eux.
Fulminant, ils jurèrent de se venger.
Malgré qu’ils les prenaient totalement au sérieux, les étudiants se joignirent aux rires. Chacun son tour, même si la revanche se paiera sans doute au centuple.
Kurt jouait avec son stylo, l’air ailleurs.
La page de son cahier n’était qu’à moitié remplie et il n’avait pas envie de noircir le reste.
Les vacances étaient terminées depuis déjà deux semaines et il n’avait qu’un souhait : y retourner.
Discrètement, il jeta un œil en arrière, croisant le regard désespéré de Kitty qui donnait l’impression de vouloir quitter la salle de classe dans la seconde. Si il le pouvait, il ferait de même.
Mais le professeur Xavier avait été bien clair : aucune manifestation de mutation en-dehors de l’institut. Donc, non, se téléporter dans la propriété ou traverser le sol pour s’échapper de la journée de cours n’était pas une possibilité.
Impossible aussi de simuler une maladie ou une mauvaise nouvelle, personne ne serait dupe.
Non, à la place, ils allaient devoir subir cette heure interminable d’histoire, cette journée infinie de cours et cette semaine éternelle d’école.
Ce n’est pas que les cours étaient rébarbatif, les profs incompétents ou autre… Enfin, peut-être, ce n’est pas comme si ils pouvaient vraiment le juger. Ils n’en avaient pas le temps.
Les moqueries, les bousculades, les harcèlements… Le mouvement anti-mutant avait encore de beaux jours devant lui.
Ils avaient tenté d’en parler avec les adultes mais soit ils n’avait pas le temps, soit ils ne les prenaient pas au sérieux.
Les cours dispensés au manoir étaient soit trop élevés pour eux, trop spécifiques, soit ils n’étaient pas prioritaires. Ceux qui l’étaient étaient les mutants qui ne parvenaient pas à contrôler leurs pouvoirs ou qui possédaient une apparence différente de la norme humaine… le temps de leur trouver une solution, comme pour lui.
Serrant les dents, Kurt serra au la main sur son poignet, sur sa montre. Si le professeur ne l’avait pas créé aussi vite, il aurait pu rester entre les murs rassurants de l’institut Xavier. Et peut-être que Kitty aurait eu des amis. À force de toujours traîner ensemble, les autres enfants avaient compris qu’elle partageait la même tare que lui, qu’elle était une mutante. Et à l’ignorance se mêlait la peur. À la bêtise, les mots des parents.
Il réagit à peine lorsque sa voisine lui planta sa pointe de compas dans la cuisse. Tout juste eut-il une pensée pour Sally qui râlerait sur l’état de son pantalon, une fois de plus.
Heureusement, Percy n’avait pas à subir tout cela.
Étant dyslexique et hyper-actif, sa mère avait opté pour un établissement plus adapté. Xavier s’occupait de la mutation, l’école du reste.
Il était donc entouré d’enfants ayant bien assez de problèmes pour ne pas s’intéresser aux mutants. Pas forcément un endroit meilleur, mais au moins s’attaquait-on à d’autres aspects de sa personne.
Mais malgré ça, ils n’avaient tous les trois qu’une hâte : que les cours finissent afin de se retrouver. De revoir leurs semblables. De s’entourer d’êtres comme eux. Bref, d’être normaux, à leur tour.
C’est pour cette raison que lorsque la cloche retentit, Kitty et Kurt furent dans les premiers élèves quittant la classe, ignorant le professeur qui leur criait les devoirs à rendre pour dans deux jours. Ils se débrouilleront, comme à chaque fois. Ils dédaignèrent aussi le rutilant bus jaune, véhicule scolaire bien connu, préférant se perdre dans la foule puis bifurquer dans une ruelle adjointe d’où Kurt les fit disparaître.
Les mutants n’aimaient pas trop utiliser ce transport-là, mais Kitty préférait être nauséeuse que de poursuivre la journée avec ses « chers » condisciples. Et puis… ce n’était pas si éloigné des effets de ses propres pouvoirs !
-C’est nous ! Cria-t-elle, une fois son souffle retrouvé.
-Oui, on s’en était rendu compte, marmonna Logan en traversant le couloir, l’air plus renfrogné que d’habitude.
Sa migraine avait dû revenir. Les deux enfants échangèrent un regard, haussant les épaules, avant de rejoindre la cuisine où Sally les salua gaiement, leur demandant comment s’était passée leur journée, tout en leur tendant leur goûter. Mais toute la gentillesse du monde ne servirait à rien d’autre que de recevoir des grognements indistincts. Ce n’était pas des bavardages qu’ils voulaient, eux, c’était leur ami !
Levant les yeux au ciel, Sally soupira théâtralement et quitta la cuisine. À force, elle savait bien que seul le retour de son fils déridera les deux enfants. Mais Percy avait des horaires différents de ces derniers et rentraient une bonne demi-heure après eux, dans le meilleur des cas. Et pendant ce temps, il était plutôt difficile d’extirper la moindre phrase complète de ces deux-là.
Le mieux était encore de fuir dignement et de les laisser engloutir leur goûter tranquillement. Un calme pareil, ça ne durait jamais, ici.
