-Elles sont classes les chambres.
Je me jetai en arrière, droit sur le lit où je rebondis deux ou trois fois.
-Il est super ce lit !
Je me tournai vers Mayaku qui vidait sa valise avec des gestes réguliers. Tapotant la place à mes côtés, je lui adressai un sourire tendre.
-Tu me rejoins, dis ? Tout ça me donne envie de faire certaines choses…
Il ne lui en fallut guère plus pour que le verrou soit tiré et que le lit s’affaisse à cause d’un poids en plus. Et encore moins pour que nos corps s’affairent à nous donner du plaisir… Et je vous parle même pas du temps pour que l’on tape aux parois de notre cocon d’amour.
Bande de rabat-joie !
-Baisse le son, Sol, me murmura mon amour dans l’oreille.
Je scellai sa bouche de la mienne.
Le problème d’être synthétique, c’est qu’on ignore où s’arrête le faux et où débute le vrai.
Les souvenirs, par exemple.
Ai-je vraiment fait partie des FSC ? Ai-je réellement sauvé cette famille d’un incendie ? Ou bien le crois-je juste ?
Mais tout ça n’est que pacotille à côté des sentiments. Car eux aussi nous ont été dictés.
Notre amour est-il réel ?
« Une étoile dans le ciel reste inaccessible et demeure un rêve injoignable. »
« Me comparerais-tu à une étoile ? »
« Aucune distance ne nous sépare, madame. Je suis Mayaku. »
« Et moi c’est Soledad. »
« Je peux vous appeler Sol ? Je préfère grandement le soleil à la solitude. »
« Si tu me laisses t’appeler Coke. Si je devais faire un choix entre toutes les drogues, ça serait celle-là. »
-Ils sont toujours aussi bruyants ?
-Y’a eu pire.
Wufei regarda longuement son nouveau compagnon de chambrée. Il se massait le genou droit avec précaution, les traits crispés.
-Tu es blessé ?
-C’est une vieille cicatrice qui m’élance encore un peu. Rien de bien grave, en somme. Mais ça démange.
Il ne cessa de grimacer que bien plus tard, le faisant soupirer d’aise.
-Chienne de plaie, jura-t-il à voix basse.
Il n’y a tellement rien à raconter sur le dîner que c’en est déprimant. Juré.
L’après-dîner, par contre… N’était pas plus notable, en fait. Non, mais sérieusement, ils avaient quoi ces garçons ? Ils venaient tous de tuer d’adorables petits chiots et en faisaient le deuil, ou quoi ?
Je pense que tenter de les secouer ne serait pas vraiment bien accueillis, particulièrement si nous allons devoir faire équipe dans les jours à venir.
Je me blottis alors dans les bras chaleureux de mon ange de fer, lui volant un baiser pour le simple plaisir du geste. Je tentai un geste vers sa casquette, mais une petite frappe sur ma main me convaincu que ce n’était pas non plus une bonne idée.
Il n’y avait pas un bruit, pas un murmure. Du moins, jusqu’à ce qu’un bruit strident nous fit sursauter tous les trois de concert.
Grognant contre les insupportables alarmes, je m’extirpai des bras de mon amour pour être un peu plus libre de mes mouvements et ainsi réagir en cas de besoin.
-Je croyais qu’il n’y avait pas de sonnettes ? Demandai-je en ronchonnant.
Je suis même sûre de son absence, je suis une observatrice, vous vous rappelez ? Alors, quand je dis qu’elle est absente, elle l’est.
Et je n’ai pas tort, ce sont les autres qui n’ont pas raison d’abonder dans mon sens.
Je regardai Heero installer son ordinateur d’un œil éteint. De toutes façons, il n’y avait que Yosae pour ne pas voir ce qui se passait.
Nos cinq camarades se regroupèrent devant l’écran, l’air attentif. Ça ne me titillait que plus, pour tout dire.
Et ce fut cinq visages d’hommes mûrs qui furent ma réponse. Ils étaient contactés par leurs formateurs, rien de plus, rien de moins.
… Barbant.
-Quel est ton avis sur l’affaire ?
Les bras plongés dans la mousse jusqu’aux coudes, je me chargeais de la vaisselle avec un sourire d’extase : j’adore la chaleur.
Mayaku retroussa son joli nez pour traduire son malaise. Avec son attitude actuelle, les autres pensaient sûrement être snobés.
-Franchement, mon cœur, tu pourrais faire des efforts, non ? On va devoir travailler avec eux, que tu le veuilles ou non. C’est comme ça.
J’eus une autre moue qui me fit soupirer. Je relâchai les assiettes dans la mousse et extirpai mes bras de l’eau afin de l’attraper et de coller son corps au mien.
-Hey, amour, arrête de faire la tête, ou je risque de pleurer.
Je pris une voix geignarde pour appuyer ma menace, ce qui m’attira un petit sourire espiègle que je fis disparaître de mes lèvres affamées.
On aurait pu aller plus loin, surtout que je m’étais faite plaquer contre l’évier, mais nous nous avions été interrompue par l’arrivée de Duo.
-Y’a des chambres pour ça, vous savez ? Ricana-t-il à moitié.
Je le fixai méchamment, n’apprécient guère d’avoir été arrêtée dans ce genre d’action. Mayaku préféra cacher son rire dans mon cou, mordillant la base.
-Tu veux peut-être participer ? Aboyai-je.
Il marqua une hésitation avant de s’enfuir en riant, la mousse retombant là où il se trouvait juste avant.
Crétin.
Un baiser tendre dans le creux de mon cou suffit pour détourner mon attention et je faillis bien rater le murmure qui suivit.
-On ferait mieux de rejoindre la chambre, il a raison…
-Mais la vaisselle…
Essayer d’être raisonnable n’est qu’une façade lorsqu’une créature exquise frotte son entrejambe contre votre cuisse, je vous rassure.
C’est pour cela qu’il n’eut fallut guère d’efforts pour me faire abandonner la corvée au profit de l’amour brûlant qui me fut prodigué.
-Vous exagérez, râla Yosae pour la forme.
Je roulai des yeux un instant.
-Tu parles ! Vu le néant qu’est ta vie sexuelle, t’es bien content que je sois aussi vocale !
Il se contenta de soupirer alors qu’il y eut des gloussements et des fards piqués. Mayaku resta neutre, bien qu’un sourire léger passa sur ses lèvres, visible uniquement par moi. Pourquoi ? Parce que je connais mon cœur sur le bout des doigts, voilà tout.
Sous la table, nos mains se retrouvent, se frôlent, se caressent.
Malgré que nous aimons beaucoup nous afficher, la discrétion, ça nous connaît. Mais là, j’avais eu très envie de marquer mon territoire, mon appartenance. Jalousie, quand tu nous tiens !
Quatre se racla la gorge, son amusement précédant ne se devinant que par la couleur rosée de ses pommettes, et tenta de nous faire redevenir sérieux, histoire que l’on se reconcentre sur notre première mission conjointe.
Je fis la docile, écoutant attentivement et posant des questions pour trois.
Mais il fallait savoir que j’avais très envie de tout faire à ma façon. Ce qui voulait dire : explosions servant de diversions, infiltration préliminaire pour les repérages de dernière minute et, n’oublions pas, une sortie tout en fanfare et pétards.
Du grand classique, donc.
Eh bien, croyez-moi, croyez-moi pas, ils ont rejeté mon idée ! Même Duo, qui avait l’air assez emballé au début, a fini par me dénier ce droit !
Bande de méchants.
Et, Yoyo, ôte-moi ce sourire vainqueur de ta bouche, ou tu deviendras muet, en plus d’être aveugle…
-Tout le monde a compris ? Duo, je tâcherai de te trouver des mots plus simples, mais tout à l’heure, se moqua Heero.
Le susnommé ferma la bouche dans un petit bruit de surprise avant de le fusiller de son regard si peu ordinaire.
Z’étaient marrants, eux !
Sifflotant dans ma tête, je triturai mon communicateur, tentant de capter les ondes qui m’intéressaient.
En tant que Commodore, je possédais assez de liberté pour pouvoir en profiter. Comme le fait d’être en permission. Mais aussi de pouvoir capter les ondes des radios de commandement des autres casernes, sans forcément passer par la grande porte.
Hé ! On pouvait très bien siroter des noix de coco en bikini sur des transats et rester informée des dernières actions militaires.
Par contre, oui, j’étais toute seule. C’était d’un triste.
Les trois Commodores ne pouvaient s’absenter en même temps, voyons ! Nous aurions été trop suspects.
Tombant enfin sur le bon canal, je redevint sérieuse, écoutant avec attention. Et bavant sur la voix sexy de Mayaku. Qui n’avait rien à faire là, d’ailleurs. Ni Yosae, d’ailleurs.
Cool, de l’imprévu !
Usant du code que nous avions mis en place tous les huit, je passai l’information aux deux autres -Trowa et Quatre- qui firent de même auprès de leurs collègues.
Bon, maintenant qu’il y avait une couille dans le pâté, il était peut-être temps de tout faire exploser, non ?
Sacrifier l’amour de ma vie et mon meilleur ami ? Comme vous allez loin, dis donc… Ils seront tout juste un peu secoué, rien de bien méchant. Je ne suis pas aussi sadique, j’ai dit.
-Planquez les gosses, Sol est dans la place ! Ricanai-je dans mon coin.
Tirant machinalement sur ma jupe -on m’avait OBLIGÉE à porter mon uniforme. Soi-disant que ce serait plus simple d’expliquer ma présence que si j’étais habillée de manière plus discrète et appropriée. Genre, mon uniforme des FSC – j’observais les environs.
Que ces puceaux viennent pas se plaindre qu’on voit ma culotte, hein, moi j’ai rien demandé.
Fouillant dans ma veste et sous ma chemise -j’en ai repéré un qui a viré au cramoisi- j’en extirpai… Une guirlande de grenades ! TADA !
Et, non, vous ne voulez pas savoir comment je me suis débrouillée pour camoufler un truc pareil. Secret professionnel.
Jonglant avec mes nouveaux jouets, je déambulais sur le faîte du toit, telle une funambule pro. Ce que je n’étais nullement.
Certaines mauvaises langues vous auraient sans doute marmonné quelque chose comme un parent singe.
Ah, petit ange blond me fait signe. Quoi ? Comment ça « ce que je fais » ? Des crêpes, ça ne se voit pas ?
L’ignorant superbement, je me suspendis à la gouttière avec les jambes et, tête en bas, accrochais ma première grenade.
Mmh, pas solide cette gouttière.
Habilement, je changeais de point d’appuis, évitant fenêtre et autre point d’observation qui pourraient donner sur ma personne.
J’y tiens à ma couverture, qu’est-ce que vous croyez ? Ça prend du temps pour devenir quelqu’un de respecté, particulièrement lorsqu’on passe pour une arriviste.
En plus, je viens enfin de comprendre comment fonctionne la machine à café.
Poursuivant mon « chemin », je semais mes petites graines avec la sensation du devoir accompli, sensation que devaient se partager les agriculteurs.
-On peut y aller les enfants, chantonnai-je en revenant auprès d’eux.
Ils échangèrent des regards surpris et inquiets.
-Coke et Yoyo sont bien assez grands pour se débrouiller, râlai-je. Et ils savent comment je fonctionne.
Un peu de confiance, merde ! Ça fait des années que je bosse avec nos deux nounouilles, on se connaît sur le bout des doigts ! Et je sais qu’ils s’en sortiront.
Et au pire, ils me pourchasseront avec mille promesses de mort. Normal.
-Bon, vous voulez profiter du spectacle ou on se barre ?
Alors que nous nous éloignions, je tripotais machinalement un petit boîtier. Pas besoin de vous faire un dessin, j’imagine…
Boum ~
