À double facette

À double facette – 4/?

-Je le sens pas, marmonnai-je.

Yosae haussa les épaules et se resservit tranquillement.

C’était l’heure du repas et, une fois n’est pas coutume, je le partageais avec mon ami. Coke avait malheureusement des tonnes d’obligations qui lui étaient tombées sur le coin du nez, alors que ça faisait une semaine que nous nous tournions les pouces. J’aime la logique.

-Le problème, c’est qu’on ne te demande pas ton avis, Soledad. Juste d’obéir. Tu es soldat, un point c’est tout.

Je mastiquai férocement mon bout de pain en réponse.

-Quand est-ce qu’on doit partir, déjà ?

-Dans deux jours. On a nos permissions, ce ne sera pas très étonnant que nous soyons absents à ce moment-là, ce qui nous donnera toute latitude pour prendre nos marques avec eux.

-On sait rien d’eux, en plus, râlai-je à nouveau. Je parie que eux si.

-Je vois mal nos Masters laisser passer ce genre d’informations ultra-confidentielles.

-Mouais, c’est pas faux… Fis-je après un temps de réflexion.

-Je suis la vérité même. Après tout, ne dit-on pas que la vérité est aveugle ?

-C’est la justice, plutôt, non ? Et l’amour…

Je suçotai pensivement ma fourchette. L’amour… Mayaku… Coke…

-La vérité n’est pas aveugle, elle est cruelle.

-Je ne suis pas cruel, tu sais. Juste un peu sadique.

-Si peu, si peu, ris-je. Tu me passes la Thermos ?


Bon, je continue de penser que toute cette affaire empeste, mais comme on ne prend pas mon avis en compte, j’ai finis par me taire. Il faut dire aussi que Mayaku s’éloigne de plus en plus, au point que je me demande parfois comment on fait pour tenir dans le lit. Yosae se contente de ricaner, le nez plongé dans son livre à la couverture usée.

Je me sens seule les gens, et je ne peux même pas adopter un chien…

Plus sérieusement, nous sommes en route, bagages chargés, Mayaku au volant, Yosae à ses côtés et moi derrière. Comme toujours, d’ailleurs.

Le silence y fait tellement légion que je pourrais compter les battements de cœur de tout le monde. Heureusement que j’ai ma musique, tiens !

Et les heures passent, les chansons avec.

La planque se trouve en-dehors de la ville, du côté opposé au nôtre, ce qui explique la durée du trajet. Mais ça semblait durer des siècles.

-Nous y voilà.

-Wah ! Elle est absolument canon ! M’exclamai-je, de ma réserve habituelle.

Pas besoin de me retourner pour savoir que Yosae sourit d’un air moqueur. Mais du coin de l’œil, je vis Mayaku enfoncer un peu plus sa casquette, ce qui me fit grimacer.

C’est vrai ça ! Quand on a un si beau visage, on le montre ! On le cache pas sous cette ignoble casquette qui vous rend aussi désespérément sexy…

-Soledad, vous bavez, très chère.

Il faut qu’en plus on y rajoute sa voix sexy. À croire que l’on souhaite que je meure de déshydratation à force de baver !

J’étais tellement sous son charme que je réussis à me coincer une tresse sous la bandoulière de mon sac de voyage.

-Coke, tu m’aides ? Gémis-je piteusement.

De son côté, Yosae avait claudiqué jusqu’à l’entrée, cherchant une sonnette comme il pouvait.

-Frappe ! Y’a pas de…

Je n’eus même pas le temps d’achever ma phrase que la battant s’ouvrit subitement, nous surprenant assez.

Ma tresse libérée, je me hâtai de rejoindre mon ami qui faisait face à un jeune homme dont la moitié du visage était cachée par une épaisse mèche châtain. Derrière nous, Mayaku sortait son propre bagage et fermait la jeep.

-Bonjour ! Nous cherchons des champignons ! Commençai-je joyeusement. J’ai un petit faible pour les vesses de loup, savez-vous où en trouver ?

Son œil s’arrondit de manière comique alors que mon ami secouait la tête. Rien ne me ferait changer, vous savez ?

Toujours est-il qu’il nous laisse entrer, bien qu’il soit encore un peu abasourdi. J’aime mes entrées en matières.

Mais à peine dans le salon et je pense à tout autre chose. Du style si je ne me suis pas réellement plantée de maison.

-Je ne me rappelle pas avoir commandé de Harem, mais il n’est jamais trop tard pour corriger mes problèmes de mémoire, minaudai-je avec un petit sourire en coin.

Bon, je peux commencer ma collection de regards noirs, je viens d’en recevoir au moins trois.

-Sole, ferme-la.

Si. (Oui)

Je sentis plus que ne vis Mayaku nous rejoindre, son couvre-chef obstinément rabattu sur ses beaux yeux anthracite.

-Bon, on est au complet de notre côté, qu’en est-il du vôtre ?

Entre l’un aveugle et l’autre refusant de parler, je sens que je vais devoir jouer les portes-paroles…

-Je m’appelle Soledad, mais vous pouvez m’appeler Sole ! Là c’est Mayaku qui peut aussi répondre au surnom de Coke, et enfin Yosae qui…

-Ah non ! Hors de question ! S’exclama ce dernier en me coupant la parole.

-Qui est surnommé Yoyo.

Je me baissai juste à temps pour éviter son poing et fonçai derrière le canapé pour être à l’abri de sa jambe qui faisait très très mal.

En temps ordinaire, ça aurait fait sourire mon angelot. Mais nous n’avions rien d’ordinaire en ce moment.

-On dirait que tu n’aimes pas ce surnom choisi avec amour, geignis-je depuis le dossier.

Sa main se crispa plusieurs fois, ce qui n’est jamais bon signe. Mais je fus sauvée par… Un sauveur.

-Vous avez peut-être soif ?

Un joli petit blond tenait une théière sur un plateau décoré avec soin. Le tableau en était adorable.

-Mewo, quelle prévenance !

Je sortis de derrière le canapé pour m’y asseoir gracieusement et ainsi accepter la tasse offerte.

-C’est délicieux !

Je babillai tranquillement sur les différents thés avec le petit blond, tandis que mes camarades me rejoignirent sans piper mot. Quelle compagnie, je vous jure !

-Sinon, pour en revenir aux présentations, je suis Quatre. Celui qui vous a ouvert s’appelle Trowa.

-Moi c’est Duo s’exclama un autre. L’amoureux du PC, c’est Heero et l’autre là-bas, c’est Wufei. Mais vous pouvez l’appeler Wuffy, il adore ç…

Il reçut un coussin en pleine poire de celui en question, le coupant dans sa phrase.

Bon, en tout cas, il a l’air marrant, lui. On va peut-être bien s’entendre, qui sait ?

Coke m’attrapa la main, frôlant ma paume de l’extrémité de ses doigts pour me faire comprendre son message.

-Vous étonnez pas de ses manières, moins Coke parle, mieux c’est. À son avis.

-On en a un comme ça, grogna Duo en jetant un regard en coin.

-Hn, répliqua Heero.

-Sinon, pour les chambres, vous vous êtes sûrement déjà répartis… Que reste-t-il ?

-Il reste une chambre pour deux, et un lit dans la chambre de Wufei, expliqua Quatre.

-Pas de onna dans ma piaule. (femme)

Hombre ! Garde-le donc ton lit ! Je ne partage que celui de Mayaku de toutes façons ! (Homme)

Ouais… Un sexiste. Ça va être long comme partenariat dis donc.

Par contre, j’aime beaucoup les grimaces que chacun arbore. Non, c’est vrai. On a l’effarement de Duo, l’impassibilité de Heero, le rougissement discret de Trowa, la simple surprise de Quatre et le voile de tristesse de Wufei. Sauf qu’on me l’avait jamais faite, celle-là. Un point sensible ?

-Bon, tu parles, tu parles, et tu en as oublié la moindre des politesses, Sole.

Je notai sa main crispée sur son genou droit, ce qui n’était guère de bon augure.

-Les hérissons portent-ils des chaussettes ? Continua Yosae.

-Elles sont rouges à pois verts, répondirent-ils presque en chœur.

-C’que ça doit être laid, reniflai-je.

Cette simple remarque suffit pour faire sourire ceux dotés d’émotions. Oui, je t’ai vu Mayaku, ne pense pas le contraire. Après tout, ne suis-je pas par défaut la plus observatrice ?

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