À double facette

À double facette – 3/?

-Vous pensez qu’on va bientôt pouvoir sortir de cette planque ? Maugréa Duo. Ça va faire plus d’une semaine, et le temps est vachement long !

Quatre se contenta de lui offrir un sourire compatissant. Lui aussi commençait à en avoir marre, et son empathie naturelle ne l’aidait pas dans cette situation.

Perdu dans sa concentration, Wufei ne fronça même pas le sourcil.

Trowa lui jeta un regard puis tourna sa page. Il est vrai que la promiscuité à longue durée avait ses limites.

Quand à Heero… Eh bien… Il était où, celui-là ?

Relevant la tête à cette remarque intérieure, Duo scanna la pièce du regard. Soit il était aux toilettes attenantes, soit il ne l’avait pas entendu, perdu dans l’infinité de son ordinateur, soit…

Mais Heero était là, à moitié allongé dans le canapé, la tête en arrière et les yeux fermés. Il dormait. Il dormait d’un sommeil paisible qui l’aurait presque rendu adorable si il n’y avait pas eu ce froncement de sourcil.

-Ouais, bon, c’est pas ça qui va me répondre.

Il donna un coup de couteau rageur à la petite figurine qu’il sculptait, rayant ainsi l’ouvrage.

Il faillit s’entailler le pouce lorsque l’ordinateur de l’endormi bipa, signalant ainsi la réception d’un courriel.

Ç’aurait pu être notoire, mais cela suffit pour faire émerger le Japonais qui se pencha pour mieux apercevoir ce qu’affichait l’écran.

Les yeux plissés, les cheveux aplatis et constellés d’épis, c’était une autre version de Heero, une qu’il ne connaissait pas. Et c’était très marrant.

Duo regretta un instant de ne pouvoir immortaliser un instant pareil. Puis il se souvint que c’était un coup à signer son arrêt de mort.

-Les professeurs nous ont envoyés un message, finit par annoncer le hacker.

Chacun sortit de son activité pour ainsi mieux se concentrer sur ce qui allait suivre. Allaient-ils enfin pouvoir reprendre leurs missions ? L’inaction commençait à sérieusement peser.

-Nous allons avoir une nouvelle adresse où nous trouverons tout ce qui aura attrait à notre future mission. Nouvelle identité, fichiers, matériels, etc.

Rien que de très habituel, donc.

-On sera rejoint par une équipée, un peu plus tard. Le message s’arrête là.

L’effarement et la stupeur prenait place sur leurs traits. Une équipée ? D’autres comme eux ? Allaient-ils faire parti du secret ou faudra-t-il redoubler de prudence ?

Heero bailla largement et sembla s’endormir de nouveau. Il était bizarrement fatigué ces derniers temps, et s’assoupissait souvent, ce qui ne collait pas vraiment avec son attitude de soldat parfait.

Et ça le gonflait prodigieusement.

Face à lui, Duo réfléchissait à toute allure. Il ne saisissait pas trop le message. Était-ce un code ? Impossible, Heero l’avait déjà traduit lorsqu’il en avait donné la teneur.

Les autres ne cherchèrent pas plus loin. Advienne ce qui pourra, ils n’étaient pas là pour contester les ordres, pour le moins qu’on sache.



-Bonjour Yosae, que se passe-t-il ?

Il était dans un état peu habituel. Les traits tirés, le cheveu fou et les yeux cernés. À ses côtés, Mayaku n’était pas mieux. La tête dans les mains, le choc et la peur s’inscrivaient sur son visage.

-Hey ! Vous me répondez ? Vous commencez à me faire peur, là !

-Les Masters nous ont contacté.

Il n’en fallut pas plus pour que je m’écroule à leurs côtés, l’estomac au bord des lèvres. C’était une farce, n’est-ce pas ?

-Et qu’est-ce qu’ils veulent ? Fis-je d’une voix tremblante.

-Nous voir.



Le sang battait à mes oreilles depuis dix minutes maintenant. Des papillons s’amusaient à troubler ma vue mais je me devais de rester forte. Car la moindre faiblesse, la moindre faille, ce serait les inviter à me faire du mal. À nous faire du mal.

Mais nous étions là, raides comme la justice et plus tremblants que les feuilles d’automne. Nous étions suffisamment professionnels pour ne pas faire trop de démonstration de peur, mais nous sentions cette tension.

-Alors… Qu’est-ce que nous allons bien pouvoir faire ?

Cette voix traînante suffit pour tarir la réplique acide de Mayaku, l’ironie implacable de Yosae, et toutes les piques comiques qui me venaient en tête.

Et c’est très rare, rassurez-vous.

-Master N, Master C, Master O, les saluons-nous d’une voix égale.

Avec eux, artifices et sentiments ne servent à rien. Ils nous connaissent mieux que nous-même. Ce sont nos concepteurs, si je puis ainsi m’exprimer.

J’étais celle qu’ils aimaient le moins. Pourtant, j’étais leur meilleure réussite. Étonnant, non ?

Mais de toutes façons, ils n’aimaient aucun d’entre nous, alors pas besoin de se berner.

-Reviens avec nous, la pute. On t’a pas déjà donné d’ordre.

Il agitait sous mon nez cet horrible boîtier noir comportant un unique curseur surmonté d’un gros bouton rouge.

Je risquai un œil du côté de mes compagnons. Ils appréhendaient, ni plus ni moins. Ils avaient connaissance de cette épée de Damoclès qui se balançait tout doucement au-dessus de nos existences. À l’instant où nous quittions nos cuves, ils nous avaient bien fait comprendre qu’il fallait les craindre.

Mais le boîtier disparut de notre champ de vision, nous calmant un peu. Mais ce n’était en rien promettre.

-Nous avons pris contact avec des confrères.

Ça sent mauvais, ça.

-Nous avons estimé qu’il était temps que nos deux équipes n’en forment plus qu’une.

C’est carrément une infection, là !

-Et c’est ce que nous allons faire. Vous partez demain sans faute pour la destination qui se trouve dans ce fichier.

Il jeta un dossier vaguement attaché contre le poitrail de Yosae qui ne put le rattraper à temps.

Je regardai les feuilles éparpillées sur le sol comme on regarde un jouet neuf tout juste cassé. Mes ongles rentrent dans mes paumes et je serre les dents. Peut-être partiront-ils très vite, de manière à ce que nous puissions hisser de nouveau nos masques et prétendre sourire au monde entier ?

-Déguerpissez.

La voix de Master N claqua désagréablement dans le silence. Mayaku s’empressa de ramasser les documents alors que j’avais déjà attrapé le bras de Yosae pour le guider.

Pas un regard en arrière, pas un mot de politesse. Nous n’aspirions qu’à mettre de la distance entre eux et nous. Et allez savoir de leur côté.



-Bah dis donc, c’est de la baraque de luxe, ça ! Siffla admirativement Duo.

Les poings sur les hanches, ses sacs aux pieds, le regard perdu dans le plafond, il s’était tranquillement planté au milieu du passage, faisant sourire Quatre, soupirer Trowa, rager Wufei et Heero… restait lui-même, déjà plongé dans les documents qu’on avait placé à leurs intentions.

-Dégage de là Maxwell, grogna bassement le Chinois.

-Hé, tout doux Wufei !

Le sourire ravageur qu’il lui offrit ne l’empêcha pas de recevoir son poing.

-T’es vraiment irritable, toi. Je prends n’importe quelle chambre, mais hors de question que je partage la mienne avec ce type-la ! S’exclama-t-il fortement.

-Parce que tu crois que j’allais le demander ? Répliqua le type en question.

Ils se fusillèrent du regard jusqu’à ce que Heero relève le nez de ses papiers pour ainsi leur offrir un condensé, bien qu’ils allaient eux aussi s’atteler à la lecture.

-Bon, ce sera une équipée de trois. Donc l’un de nous risque d’avoir à partager sa chambre avec l’un d’entre eux. Sinon, ils devraient arriver sous peu, une semaine, grand maximum.

-Juste le temps de s’habituer à la baraque, quoi, ricana Duo. Bon, moi je prends Quatre, en tout cas ! Trowa parle en dormant et Heero ronfle quand il est pas devant son ordinateur !

Tirant le blond derrière lui, il gravit joyeusement les marches, laissant en bas les trois autres.

Ils s’entre-gardèrent avec méfiance. Qui allait prendre la décision la plus importante ?

-Une semaine tu as dis ? Eh bien je pourrais au moins avoir le calme qui me manque tant, maugréa Wufei en hissant ses affaires sur son épaule.

Laisser un commentaire