Papiers, papiers, papiers, et encore papiers. Le prochain troufion qui passe ma porte pour m’en rajouter, il repart par la fenêtre !
En tout cas, je sais pas ce qui se passe aujourd’hui, mais ça fourmille dans le couloir ! Tellement que je ne peux même pas écouter un peu de musique pour me distraire de mes ennuis quotidiens.
-Commodore ?
-Ici, c’est le bureau du Commodore tertiaire, vous avez le secondaire en face, et le général est parti prendre un café avec des petits gâteaux.
On vient pas me déranger avec aussi peu d’information que mon grade, mince alors ! Et je ne suis pas non plus un bureau de renseignement, qu’il se débrouille, je suis trop gentille.
Il a vite fait de faire demi-tour, bafouillant des excuses. Tiens, j’aurais dû lui demander ce qui se trame. Bah, je finirai bien par le savoir grâce à mon petit réseau de commères ! D’ailleurs, ça serait bien que mon petit ange revienne de sa pause, histoire que j’aille à la mienne.
-Tu veux un gâteau ? Me proposa justement l’objet de mes pensées.
Le cookie tremblait un peu dans ses doigts, comme si il craignait de se faire dévorer. Mais pas de scrupule, c’est dans mon estomac que tu finiras !
Je ne fis pas deux pas que je me jetai dessus, l’engloutissant avec l’extrémité de sa main, recevant un regard noir. Je me contentai de lui sourire malicieusement avant de me pencher vers son visage. Du moins je me dressai, étant plus petite de quelques centimètres seulement. C’est rageant.
-Bon eh bien, y’a un gamin qu’est passé, peut-être que c’était pour toi, peut-être pas. Maintenant, je fonce, le distributeur se lamente de mon absence !
Je lui donnai un coup d’épaule amical pour ainsi pouvoir fermer correctement la porte, avant de courir aussi vite que le permettait mon uniforme.
Quand je pense que j’ai abandonné les « Forces Spéciales des Colonies » pour ses beaux yeux ! Y’a des jours où je me dis que je suis folle. Ouais, folle amoureuse.
Toujours est-il que je déteste ce que je porte. Je sais bien que si j’en formule le souhait, j’obtiendrais l’autre version des uniformes féminins (avec pantalon, au lieu de la jupe cintrée), mais de ce côté aussi je dois être complètement cinglée. Bah ! C’est ce qui compose mon charme, non ?
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Les Forces Spéciales des Colonies ou FSC sont des délégations rattachées aux Colonies. Les missions aux portées humanitaires consistent à apporter aide (quelle qu’elle soit) aux populations.
Tenant plus des militaires que des civils, les volontaires sont lourdement armés lorsque le besoin se ressent. Particulièrement depuis que les conflits entre Terriens et colons aient dégénérés.
Mais ils sont encore trop peu, et les Colonies sont trop faibles pour s’en passer.
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-Aucune nouvelle des trois Masters ? Voulus-je savoir en me laissant tomber sur la banquette arrière de notre jeep.
-Ôte tes pieds de là, Sole. Sinon, nous n’avons effectivement reçu aucun ordre depuis la dernière fois. N’allons pas nous plaindre !
À ses côtés, Yosae ricana, caressant machinalement la couverture bleue et usée du livre qu’il ne quittait jamais.
-Je me demande quand aura-t-on encore le grand malheur de nous faire appeler.
Je baillai de manière peu élégante tout en renvoyant en arrière ma tresse qui prenait ses libertés. Je croisai les yeux gris si froids et impassibles de ma moitié.
Il n’y avait pas mieux pour que la tristesse remonte à mon cœur et que ses battements ralentissent. Un jour, arriverai-je à faire fondre l’épaisse carapace de glace entourant le corps et le cœur de mon amour ? Était-ce une illusion que me le jurer ?
-Tss… Pourquoi ce regard triste ma princesse ?
Et il suffisait de ce genre d’attentions pour que le sourire revienne sur mes traits, malgré l’absence de chaleur dans ses prunelles.
Mais je croisais alors le regard flou et le sourire amusé de Yosae qui ne semblait jamais gêné de cette intimité qu’on lui infligeait. Mais comme nous non plus, on se considérait comme quitte.
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Vous savez, être Commodore (même tertiaire) peut avoir son côté amusant. Comme le fait qu’on me sous-estime toujours de par mon apparente jeunesse et mon absence de sérieux. Mais le rire, c’est la vie, vous savez !
J’adore me planter sous le nez de ces officiers bouffis d’orgueil et leur offrir un sourire empli de candeur. Je suis mignonne comme ça, non ?
-Allez me chercher un café mademoiselle, vous serez bien aimable…
Et même pas un regard en ma direction…
-Hey Jimmy ! Tu peux lancer la cafetière s’il-te plaît ? Me contentai-je de crier.
Un regard furieux plus tard et mes deux supérieurs nous rejoignent. À ce moment-là, ces messieurs se redressent, tirent sur les plis de leurs vestes, et arborent un air respectueux. Et c’est dans cette ambiance de formalité que je m’amuse à tout casser.
-Ah bah enfin, vous voilà ! Je suis là depuis au moins dix minutes !
Yosae fait la moue et Mayaku se contente de me sourire.
-Ce n’est pas de notre faute si tu es incapable de nous attendre Sole.
Je vois bien le regard surpris ou furieux de nos spectateurs. Qui étais-je ? Comment osais-je ainsi m’adresser à nos supérieurs ?
M’en tape.
-Bien, comme nous voilà trois, nous sommes donc au complet. Qu’en est-il de chez vous, chers officiers ?
Eh oui, je suis Commodore tertiaire. Pas juste un simple soldat qui accompagne un supérieur ou qui est chargé du service.
Mais je suis gentille et ne leur porte aucunement rigueur : je m’amuse trop à chaque fois.
Et je sais que ça fait bien sourire Mayaku. Et ça, c’est bien.
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-Sole, qu’est-ce que tu es en train de faire ? Le repas est prêt, tu sais ?
Bien sûr que je sais, mais je suis bien, là, sur le toit en train de me gorger de soleil. Et puis sauter un repas n’est pas très gênant, en ce moment je ne fais pas assez d’activité.
-Tu vas la chercher Mayaku ? Je risque difficilement de la trouver.
Ah, Yosae joue de l’ironie. C’est bien. Ça signifie surtout que j’ai intérêt à surveiller ma langue le temps du repas. Après, de toutes façons, elle sera utilisée à bon escient.
-Tu es là.
Avisant le (petit) sourire mi-moqueur mi-tendre qu’arborait mon ange, je ne pus que fondre et descendre de mon perchoir.
Nous sommes en temps de guerre, certes, mais rien ne nous empêche de nous aimer.
