-Tu as déjà choisi la marque ? L’interrogea Arashi.
-Et toi ?
-J’hésite encore, soupira-t-il.
-Moi j’ai pris Happy Berry ! S’exclama Miwako avant de sauter au cou d’Arashi.
-C’était à prévoir…
-Pourquoi cela ?
-Sa sœur en est la fondatrice.
-Ah bon ? Elle doit être vachement jeune, alors…
-Et tu as pris quelle marque, alors ?
La jeune femme leur montra le logo, les joues légèrement roses.
-Ça représente quoi ?
-C’est vrai que cette marque n’est pas encore implantée au Japon, soupira-t-elle.
Allez expliquez quelque chose quand vous ne savez pas parler correctement la langue !
Elle leur adressa un regard désabusé. Ça allait encore être la croix et la bannière pour se faire comprendre…
-Donc, pour résumer, c’est un ange recroquevillé dans une flamme de l’enfer.
Keiko hocha la tête avec énergie. Ce fut ardu. Entre les expressions anglaises, les mots français, et le cafouillage japonais… Du pur bonheur. Heureusement que Georges était là, tiens ! Quoiqu’il ne fut pas non plus d’une grande aide, s’amusant de la confusion qui avait régné.
Elle le fusilla du regard tout en lui souriant. Bien que le mélange était plutôt flippant, c’était une bonne traduction de ses derniers ressentiments.
-Ton frère vient te chercher après les cours ?
-Pourquoi cette question, Georges ?
Il se contenta de hausser les épaules avec une attitude ennuyée, comme si la question n’était que pure politesse. Mais il ne fonctionnait pas comme ça. Oh non.
-Je n’en ai aucune idée. Peut-être lui. Peut-être pas. Je vais peut-être rentrer seule.
Georges hocha la tête pour la remercier, les yeux dans le vague.
-Georges… tu penses à quoi ? Voulut savoir Miwako en se perchant à son cou.
-À attacher Arashi, répondit-il très naturellement.
Le concerné riposta, éloignant sa petite-amie du pervers bleu. Isabella regarda Keiko du coin de l’œil. Elle craignait que la jeune fille se fasse de mauvaises idées sur eux et qu’ainsi il n’y ait aucune possibilité d’amitié entre eux.
Mais elle affichait un petit sourire, la situation semblait la faire rire.
-Ils me font penser à chez moi. Grimmjow, Ogichi et moi, expliqua-t-elle en pointant tour à tour Arashi, Miwako et Georges.
-Qui est Ogichi ?
-Le copain de mon frère, ils sont ensemble depuis maintenant trois ans… ajouta-t-elle d’un ton rêveur.
-Tu fais des progrès de langage, s’extasia Isabella, provoquant un rosissement de Keiko.
-Merci. Il faut bien.
-Ton frère est gay ?
-Cette question mérite-t-elle une réponse ? Rétorqua-t-elle d’une voix sèche.
Georges eut un mouvement de tête, rien de plus.
-Alors, nous nous arrêterons là.
Au même moment retentit le signal de fin des cours. Ils n’avaient pas écouté les propos du professeur. C’était regrettable, mais rien de trop grave.
-Bon, bah, y’a personne aujourd’hui… releva la brune.
Se mordillant la lèvre inférieure, elle hésita. Soit elle allait voir le local, soit elle rentrait tout de suite. Elle ne savait pas à quel niveau d’activité l’atelier devait fourmiller. Alors ?
-Alors ?
-Tu me parlais ? S’excusa la jeune fille.
-Je te demandais si tu habitais loin, répéta Miwako en souriant.
-Euh… Un quart d’heure ? Quelque chose comme ça… Je ne fais jamais trop attention…
Ou plutôt, elle se faisait poser quasiment tout le temps, alors elle n’avait pas conscience de…
-Hey, princesse !
-Shûhei !
Keiko sauta au cou du jeune homme qui l’embrassa avant de la reposer à terre.
-Je passais dans le coin et je me suis dit que tu pourrais me montrer le local, fit-il en français.
-Bien sûr ! Répondit-elle de même.
Elle salua ses amis puis passa son bras à celui de son copain pour le guider, alors qu’il lui faisait la conversation.
-Un problème, Georges ?
En effet, celui-ci jouait avec ses lunettes de soleil, l’air pensif, et le regard fixé sur le couple qui s’éloignait d’eux.
-Georges ? Répéta Isabella, un peu inquiète.
-Ce jeune homme ne m’inspire pas confiance, fit-il d’un ton léger.
-Comment peux-tu dire ça de cette manière ? S’exclama Arashi.
-Moi non plus, soupira l’amie du bleu. Il s’échappe de lui de drôles d’impressions.
-Je t’invite à boire le thé, Isabella ?
-Avec plaisir, Georges.
Elle prit le bras que lui offrait son ami et prirent la direction de sa voiture.
-Les locaux sont à nous ! Les locaux sont à nous ! Chantonnait avec entrain Liatey en sautillant sur place, tenant les mains de Orihime dans les siennes.
La jeune rousse riait avec elle, heureuse de la nouvelle, tout comme ses collègues.
Ils allaient pouvoir enfin s’installer comme il le fallait ! Avoir un local digne de ce nom ! Leur marque se fera bientôt connaître, et les rentrées d’argent se feront, à la grande joie de Izuru qui en soupira de soulagement. En tant que comptable, il était celui le plus conscient de la situation financière dans laquelle ils se trouvaient.
-Les choses sérieuses vont pouvoir commencer ! Ricana Grimmjow en se frottant les mains d’anticipation.
Il fut suivie par sa sœur et Uryû qui était venue il y a peu. Ce styliste avait quelque chose de flippant dans sa manière de travailler. Une sorte de psychopathe en tissus. Heureusement pour Grimmjow, sa carrière de mannequin est entièrement dévouée au génie d’Hitsugaya et aux mains habiles de Liatey.
D’ailleurs, en parlant de celle-ci, son petit-ami ne paraissait pas aussi enthousiaste. Il semblait presque… déçu ? Peut-être qu’il pensait à autre chose ? Ça devait être ça.
Maintenant que les locaux étaient disponibles, leur marque allait se faire connaître. Une boutique ouvrira. Et l’argent, et la renommée.
-La Terre appelle Grimmjow. Me recevez-vous ? S’enquéra Nelliel, tout sourire.
Il croisa le regard si particulier de son petit-ami. Ogichi lui offrit un petit sourire en coin, les pommettes bien rosées. Ils se frayèrent un chemin l’un à l’autre.
-Ça va ? Soufflèrent-ils en même temps.
Ils ricanèrent en réponse. Grimmjow passa son bras autour des hanches de l’albinos et l’approcha de lui, pressant ses lèvres contre sa tempe.
-Toujours partant ? Murmura-t-il à son oreille.
-Je ne te lâcherai pas, promit Ogichi. Je te l’ai déjà dit.
-Tss… Dois-je en prendre peur ?
-Qui sait ?
Hypnotisé par les iris semblable à de l’or en fusion, Grimmjow ne bougeait plus. Il ne reprit vie qu’une fois ceux-ci obturés par les paupières neigeuses et les lèvres pressées contre les siennes.
Ils eurent tôt fait de s’enlacer amoureusement. Leurs voisins sourirent tendrement, et Liatey laissa s’échapper son rire clair alors que Shûhei se collait à elle.
Ggio embrassait une Soi rougissante, alors qu’à leurs côtés Kisuke et Yoruichi échangeaient à voix basse. Orihime avait harponné Uryû d’un grand sourire. En bon gentleman, le jeune homme restait plongé dans ses yeux, malgré l’imposant décolleté de la demoiselle.
La commande avait occupé tout le petit monde dans la journée, mais ils étaient bien loin de tout ça. Ce soir, c’était la liesse.
Enfin, là, ça virait assez à une sorte de partouze. Mais un peu plus calme.
-Liatey ?
-Je t’écoute.
Enfin, avec le traducteur activé.
La bouche pleine d’épingles, les lunettes sur le nez, les cheveux tirés en un chignon flou. Elle était crevée. Enfin, c’était ce que suggéraient ses cernes. Elle paraissait dix ans de plus.
-Liatey.
-Quoi ? Soupira-t-elle.
Elle se tourna vers son frère. Si ce n’était lui, c’était Hitsugaya. Ils étaient les deux seuls à la nommer ainsi.
-Ça fait une semaine que tu enchaînes tes cours, l’atelier et la boutique. Il faut que tu souffles, aussi.
-Pas le temps, marmonna-t-elle.
Elle reprit son épinglage où elle en était. Qu’il dise quelque chose d’intéressant, ou qu’il la laisse !
Mais le vil schtroumph ôta l’ouvrage de ses mains.
-Il est minuit, reprit-il bassement. Tu as prochainement des examens. Tu fais des bêtises, tu négliges ton entourage.
Elle cilla. Des bêtises ? Elle faisait des bêtises ? Où ?
-Alors, tu viens dormir. Ogichi m’a envoyé venir te chercher.
Il l’attrapa par l’épaule, la traînant derrière elle. Il ne lui fallut pas longtemps pour se retrouver allongée entre les deux garçons. L’albinos paraissait endormi, mais il s’était redressé lors de leurs arrivées.
-Finalement, tu y es arrivé !
Il esquissa un large sourire de requin et passa son bras autour des épaules de la jeune fille.
-Allez, profite de l’angoisse de ton frère, et dors pour les heures qui te restent, compris, poupée ?
Ladite poupée soupira avant de se délester de son jean et de ses lunettes. Puisqu’on ne lui laissait pas le choix, autant se plier aux ordres !
-Et fais pas ta sale tête, mistinguette, la gourmanda-t-il.
-Allez, bonne nuit tous les deux, j’éteins ! Les prévint Grimmjow en prenant place auprès d’eux.
-Ouais, c’est ça, marmonnèrent les deux autres.
La raison pour laquelle Grimmjow avait été réticent à l’idée d’accueillir sa jumelle était celle-là : Liatey et Ogichi se collaient l’un à l’autre et ne se lâchaient qu’au matin. Et lui se retrouvait isolé dans le lit, malgré leurs proximités. Il pourrait dormir dans la pièce d’à côté que rien ne changerait. D’une certaine manière, il l’espérait.
-Isabella, tu peux servir une boisson chaude ? Cria Arashi, paniquée.
La porte avait violemment claqué lors de son arrivée. Georges survint peu après, une silhouette dans les bras.
Il pleuvait depuis les environs de midi, et les deux jeunes hommes dégoulinaient d’eau. Miwako leur tendit des serviettes qu’ils déposèrent sur leurs cheveux.
-Que se passe-t-il Georges ? S’inquiétait Isabella.
Elle déposa la tasse fumante.
-Plus tard ! Répondit Arashi.
Il fonça jusqu’aux toilettes pour en sortir une large serviette de bain et en entoura la silhouette grelottante encore collée à Georges.
-On a trouvé un petit chat sous la pluie battante.
-C’est vrai ?
Miwako s’approcha de la serviette et tira dessus pour mettre le visage sous la lumière.
-Oh ! Mais c’est Keiko !
-Miwako, tu peux la faire changer de vêtements ? Elle est complètement trempée.
-Bien sûr !
Il ne fallut pas plus à la jeune fille pour faire enfiler des vêtements signés Paradise Kiss à la nouvelle venue, et encore moins pour que celle-ci se retrouve avec une tasse entre les mains.
-Merci, finit-elle par bégayer entre ses dents claquantes.
-Qu’est-ce que tu faisais comme ça ? Demanda brutalement Arashi.
Il frottait rigoureusement sa chevelure, son T-shirt étendue à ses côtés. On pouvait entendre quelques murmures à travers le mur, là où Georges s’était enfermé après avoir subtilisé les affaires de la Française.
-Je sais plus. J’ai dû m’endormir… avoua-t-elle piteusement.
-Comme ça ? Sous la pluie ?!
-Arrête de l’agresser, Arashi, le gourmanda Isabella.
Keiko avait plongé son nez dans sa tasse fumante, l’air piteux. Oui, elle avait dû s’endormir, comme ça, sous la pluie. Grimmjow avait finalement raison : elle avait accumulé trop de sommeil. À cause de ça, elle était somnolente et s’endormait à la moindre surface plane.
-Je suis confuse, commença-t-elle. Mon comportement n’est pas…
-Tss, garde tes excuses pour d’autres, la coupa le punk.
Hop, retour à la tasse.
Ce fut une poignée de secondes plus tard que Kaoru arriva, refermant son parapluie au passage.
-Caroline ! La salua Miwako.
-Bonjour tout le monde ! Quel sale temps…
-Bonjour Caroline.
-Georges n’est pas là ? S’étonna-t-elle.
Elle scruta le bar à la recherche des cheveux bleus si spéciaux.
-Georges ?
-Il est à côté.
Elle remarqua alors la nouvelle tête. Suspicieuse, elle s’en approcha. Elle avait été remplacée ?
-Bonjour, je suis Kaoru.
-Keiko, enchantée.
Elle paraissait lessivée.
C’est à ce moment-là que Georges réapparut, ôtant son chapeau.
-Ah ! Kaoru, tu es arrivée ! Tu as fait connaissance avec Keiko ?
Ses doutes étaient fondés, alors ?
-J’ai mis tes vêtements à sécher, Keiko.
-D’accord, et merci. J’ai prévenu mon frère. J’ignore qui pourra-t-il m’envoyer, et quand, par contre.
-Keiko est dans notre classe, expliqua Miwako à Kaoru. Georges et Arashi l’ont ramené ici.
-Elle dormait sous la pluie, grinça Arashi.
Piquant un fard, la jeune femme repartit dans sa tasse. Ça, on l’aura comprit. Ils étaient tous méchants avec elle.
-Tu leur as indiqué l’adresse ? L’interrogea Isabelle.
-Oui, merci.
L’écran de son téléphone s’éclaira deux secondes.
-Ah, il arrive… et c’est… Ah ouais, quand même.
-Il y a un problème ?
-Pas à proprement parler. Juste que… Bah, vous verrez bien.
Ces propos ne les rassurèrent évidemment pas.
-Il fait peur ?
-Non, pas vraiment. Mais il est plutôt… spécial ? Si on peut dire.
On frappa à la porte. Des coups secs mais tendres. Georges alla ouvrir, dans le silence le plus complet.
-Bonjour, on m’a envoyé chercher Keiko.
Elle soupira d’aise. Il ne s’était pas trompé sur son nom. C’est déjà ça. Mais il valait mieux couper court aux politesses avant qu’il ne mette les pieds dans le plat. Qui sait ce dont il était capable ?
-Ah, Il Forte ! Tu n’as pas eu de problèmes ?
-Ton frère compte bien te tirer les oreilles, et notre petit génie t’empêchera de fuir.
-Je n’ai plus envie de rentrer, avoua-t-elle dans un soupir.
Il y eut quelques petits rires en réponse à cet aveu, et Il Forte tenta de lui ébouriffer les cheveux mais elle se déroba. La tendresse quasi paternelle du blond à son égard la mettait plutôt mal à l’aise, surtout qu’il n’était son aîné que de peu.
-Tu m’as apporté ce que j’ai demandé ?
-Yoruichi s’en est occupé.
Il lui tendit un sac de tissus où des vêtements de rechange étaient pliés.
-On t’apportera tes vêtements demain, si tu le souhaites, lui proposa Miwako.
-Ne vous donnez pas cette peine ! Par contre, je vous rendrai les vôtres aussitôt que possible.
-C’est sûr qu’en vivant à plus de dix, les machines à laver tournant sans cesse, remarqua Il Forte.
Bon, on va s’arrêter là.
Keiko fila se changer, priant pour qu’aucune gaffe ne se faufile durant son absence.
