-Bonjour Asa-chan.
La personne ayant parlé était quelqu’un de très grand. De longs cheveux coiffés d’anglaises, et un maquillage en forme de grande fleur, c’était une apparence peu commune, et pourtant…
-Bonjour, répondit la jeune femme par automatisme.
Elle semblait vouloir se cacher derrière ses longs cheveux noirs où de discrètes tresses se trouvaient, des boucles en or y avaient été passé.
-Je m’appelle Isabella.
-Keiko.
Un discret sourire étira les lèvres de la plus grande qui prit place à ses côtés.
Ils avaient parlé de la nouvelle venue hier, dans les locaux-bar. Si les filles étaient intéressées par elle, Arashi semblait s’en moquer éperdument. Georges ne prononça pas le moindre commentaire sur elle.
-Tu viens d’où ? Reprit Isabella pour créer un peu de conversation.
-Euh… eh bien… De… de…
Elle prononça un son indéchiffrable et donc incompréhensible.
-Pardon ?
-Je viens de… de… bafouilla son interlocutrice.
-Tu n’es pas obligé de répondre, la rassura-t-elle d’un geste doux.
Ses doigts étaient refermés en serres sur le rebord de la table et ses épaules tressautaient.
C’est à peu près à ce moment-là que George, Miwako et Arashi arrivèrent à leur niveau et s’installèrent en les saluant.
–I come to France ! S’exclama Keiko.
Elle semblait soulagée de l’avoir à moitié crié. Elle ne manqua d’ailleurs pas les yeux pleins de stupeur.
-D… désolée, couina-t-elle avant de piquer un fard monstrueux qu’elle camoufla grâce à son rideau de cheveux.
Keiko-zéro, pensa-t-elle.
Le cours de la mode dans l’histoire commença alors.
Distraite, la tressée n’y fit pas vraiment attention, semblant griffonner dans un petit carnet en langue romane. Elle marmonnait aussi, en français d’après Georges qui avait compris quelques mots.
-Tu es donc Française ?
Sursautant, Keiko promena son regard sur ce qui l’entourait, l’air effrayé.
Ce n’était que Miwako, installée sur les genoux d’Isabella.
-C’est l’heure de la pause, la rassura cette dernière.
-Euh… Je ne suis pas. Je suis Japonaise de naître.
Elle semblait butter sur les mots, et n’avait pourtant aucun accent. Elle paraissait aussi affolée.
-Tu veux dire, de naissance ?
-Oui.
Elles papotèrent toutes trois, aidant la nouvelle à s’exprimer.
De leur côté, les garçons étaient plus silencieux. Arashi rattrapait un cours, et Georges lisait dans son coin. Il lui arrivait de relever la tête, observant quelques secondes la nouvelle avant de se remettre à sa lecture.
Lorsque la fin de la journée arriva et que la moto ronronnante de son frère fut visible, Keiko put enfin s’échapper de leur société.
-Tu t’es fait des amis ? Voulut savoir Grimmjow.
-Démarre, grogna-t-elle bassement.
Son frère était aisément reconnaissable, et elle s’en voulait de ne pas y avoir pensé plus tôt.
-Oh ! S’exclama Georges.
Et mince…
Les deux garçons aux cheveux bleus se firent face. Ils semblaient se jauger du regard, sans prononcer le moindre mot.
-Georges Koizumi.
-Grimmjow J…
Un coup de pied de sa sœur le coupa. Il comprit alors sa bourde et serra la main offerte.
-Asa.
Les associés de Georges, et Georges lui-même, lui tinrent la jambe un bon quart d’heure au grand malheur des jumeaux qui prirent leur mal en patience.
-Excusez-moi, minauda finalement Keiko en attrapant le bras de Grimmjow, mais nous avons encore beaucoup de travail.
Elle y ajouta nombre de regards appuyés et ils furent enfin libérés.
-Tu me dois une glace, le prévint-elle en s’éloignant.
-Oï Izuru ! L’interpella Liatey.
Le comptable s’arrêta et la regarda sans rien dire, attendant la suite.
-Où en sommes-nous ?
Un regard rapide sur les feuilles qu’il transportait, mais c’était inutile : il avait les chiffres en tête. Et ils n’étaient pas bons. D’ailleurs, il le lui dit, la faisant pâlir.
-On est mal, chuchota-t-elle.
Il hocha la tête.
-Il nous faudrait un tremplin -quelque qu’il soit- pour nous faire un peu mieux connaître.
-Et pour la boutique que je t’ai indiquée ? S’inquiéta Liatey.
-La corde est raide, mais pas encore rompue, déclara-t-il sentencieusement.
Il la dépassa, la laissant donc à sa réflexion, pour rejoindre son bureau. Bureau qu’il partageait avec Tôshiro qui crayonnait furieusement sur son bloc à dessin.
-De nouvelles idées ?
-De nouvelles commandes, grogna-t-il.
-On ne fait pas dans le sur-mesure.
-On se fait un nom.
Ne trouvant rien à y redire, le blond prit place à son bureau, chaussa ses lunettes, et se plongea dans ses dossiers.
Angel in Hell, raccourci en Ang-Hell, est une marque récente. Créée deux/trois ans plus tôt, elle se caractérise par la multitude de ses styles vestimentaires (gothique, punk, chic, décontracté, sportif, soirée…) qui plaît à une grande fourchette d’âge (jusqu’à 12 ans pour les plus jeunes).
Le logo, un œuf bleu pastel avec des ailes déployées, au creux d’une grande flamme verte, fut présent dès le début, montrant ainsi une certaine réflexion sur la chose.
Initialement lancée en Angleterre -pour son ouverture d’esprit, déclarera Mlle Jaggerjack- elle y reçut un certain succès, avant de pouvoir s’installer en France où son expansion fut longue et difficile, la boîte-mère ayant opté pour la ville de Lyon comme ville de lancement.
La marque n’était pas très étendue, et encore moins connue. Mais elle reste plutôt appréciée par ses acheteurs.
La délocalisation de la boîte-mère -située à Londres- fut une décision assez mouvementée, au sein même de l’équipe, et sa raison, ainsi que sa nouvelle localisation, reste un parfait mystère.
