Genres : Romance / One-shot
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Résumé : Un bateau écume les sept mers, semant la mort et la discorde. A son bord, la très célèbre Viviane la Rouge, fille de Barbe Rouge. Sa spécialité ? Boire le sang de ses victimes ! Mais tout changera quand elle fera LA rencontre qui bouleversera sa vie.
Bonne lecture !
Je m’appelle Florence. Mais ce prénom, c’est du passé. Et du passé, faisons table rase. Maintenant, je suis Viviane la Rouge, terreur des 7 mers, presque autant redoutée que Barbe-Rouge, mon… père ! Lui qui se lamentait d’avoir une fille ! Il ne sait même pas ce que je suis devenue ! Il ne sait même pas que Viviane = Florence ! Personne, hormis mon équipage, digne de confiance par ailleurs, ne connaît mon histoire ! J’ai le temps, je vais le raconter à ce tas de papiers.
J’ai vu le jour un 29 octobre. Mon père m’attrapa et me porta jusqu’au balcon qui surplombait tout le village de pierre qu’il avait lui-même fondé. Là, tout son équipage y vivait, avait une famille, ou non. Tous s’étaient amassé en-dessous de ce balcon. Mon père me leva au-dessus de sa tête, à bout de bras. Il leva les yeux, et blanchit.
« -C’est… c’est une fille…! »
De la foule sortit des : félicitation ! Bravo! Quelques chapeaux s’élevèrent. Mon père m’avait pris dans ses bras. D’un coup, une servante arriva. Elle tendit un bébé rose et joufflu. Mon père le prit dans ses bras avec un grand sourire. Il le leva à bout de bras.
« -Et un garçon ! »
Là, une gigantesque clameur monta de la foule. Entendant ce bruit, mon frère pleura. Moi, je continuai à rester calme et silencieuse. Puis ma mère arriva. Je ne me rappelle pas beaucoup de ma mère. Tout ce que je sais, c’est qu’elle est brune. Avec de grands yeux étonnés, frangés de long cils noirs. On aurait cru une poupée de porcelaine. On la voyait rarement. Je me réfugiais dans ses bras pour être consolée. C’était les rares fois que je la voyais et lui parlais. Mon frère, lui, au contraire, était toujours avec elle. Quand on a appris à mon frère à se battre, j’étais là. Quand on lui appris à chasser, à pêcher, à monter à cheval, à naviguer, à savoir retrouver son chemin par les étoiles, savoir lire une carte, tirer au pistolet, au canon, nager… à chaque fois j’étais là ! J’écoutais, j’apprenais, et toute seule, je m’entraînais.
Un jour, je défiai mon jumeau. Il a bien ri. Les gens (mon père, par exemple) présents, aussi. Il accepta avec un grand sourire, sûr de sa victoire. Je le laissai choisir l’épreuve. Il choisit le combat à l’épée. On nous ficela la main dans le dos et on nous arma. On traça un cercle autour de nous. Et le combat commença. C’était assez difficile de savoir qui gagnait. Puis d’un coup, mon frère déficela son bras, et essaya de sortir du mauvais pas où je l’avais mis. Moi, je continuai de ferrailler avec une main. Puis, de deux feintes, je réussi à lui faire mordre la poussière. Je plaçai la lame de mon épée contre sa gorge. Je regardai les gens qui nous entouraient.
« -Alors ? Je le tue, ou il a la vie sauve ? »
Un grand silence suivit cette question. Mon frère me regardait, effrayé. J’étais fière de le tenir à ma merci et de choisir mon geste. Tous me firent signe de lui laisse la vie sauve. J’ôtai ma lame de sa gorge, où commençait à perler le sang. Je lançai l’épée, et me détachai toute seule la main. Puis je sortis du cercle, sans un regard pour mon frère, qui était toujours à terre, se tenant la gorge, là où l’épée avait appuyé. Je repartis vers la maison, passai dans ma chambre pour prendre de quoi chasser le gibier et partis pour la forêt… J’avais 8ans, et je remontai dans l’estime de mon père.
Un an plus tard, mon père m’emmena voir un armateur pour lui acheter un bateau (le sien ayant coulé). Pendant qu’ils discutaient « entre hommes », je me baladai dans le port entre tous les bateaux. Un de ces bateaux me séduit. J’allai voir le propriétaire. Je négociai le prix, promis de ramener l’argent dans 10 jours. Avant de partir, je sortis un couteau, et lui montrai le tranchant aiguisé.
« -Si dans 10 jours mon bateau a disparu, vous ne ferez pas long feu ! »
Le jour dit, j’étais là. Mon père devait revenir, ayant lui-même un bateau à acheter. Je lui avais fait un « emprunt à long terme » dans sa richesse. Je payai mon bateau, et demandai à l’armateur de l’amener de l’ancrer dans le port de la ville, en lui recommandant de le surveiller.
Un an passa. J’eus 10ans. « J’engageai » un équipage, composé exclusivement de filles (plus âgées que moi-même) du village. J’y avais deux amies : une noire, appelée Maoufa, elle est très grande et très costaude. Une plus vieille que nous (20ans), à cause d’une chute mal soignée, très sage et très intelligente. On l’appelle quat’pattes, car elle doit se tenir sur deux béquilles. Toutes trois, on est inséparables !
Je pensai partir dans deux mois, mais mon père attrapa une maladie tropicale accompagnée de délire et d’une très grosse fièvre qui l’affaiblit. Je m’occupai sans cesse de lui. Trois mois plus tard, alors que j’étais allée chercher de l’eau fraîche au puits dehors, mon frère s’était approché de mon père. Mon père ouvrit à cet instant les yeux. Il allait mieux. Quand je revins avec mon seau d’eau, mon père me cria dessus. Il me reprocha mon absence, me dit que je devrais prendre exemple sur mon frère qui l’avait veillé et soigné durant ces trois mois. A ces mots, je pris le seau, et le versai sur mon frère. Puis je courus m’enfermer dans ma chambre.
A la nuit tombée, j’enjambai ma fenêtre, et sautai sans bruit à terre. J’allai au centre du village, et sifflai sous chaque maison un sifflement bref et aigu. Je courus jusqu’au port. Un quart d’heure plus tard, un groupe d’ombres arriva. Elles montèrent dans plusieurs barques.
C’était mon équipage ! Chacune ramèrent. On finit par arriver au port où était resté mon bateau. On embarqua, et on y termina notre nuit. Le lendemain, assez tôt, nous nous levâmes. Je donnai les ordres de lever l’ancre et d’ouvrir les voiles. Nous étions juste au bon moment : c’était la première marée ! Le vent soufflait bien, et nous a fait bien avancer.
Ça, c’est mon histoire… C’est ce qui m’a tellement marqué. Voilà d’où vient ma rage, ma haine et ma colère, ainsi que mon dégoût des hommes. Quand les bateaux voient mon drapeau flotter (deux sabres croisés avec un profil de tête de femme dans le fond, le fond est mauve) et claquer au-dessus du bateau en face ou à côté d’eux, ils tremblent. (pas les bateaux ! L’équipage !) Même ceux qui nous dépassent ! En fait, ce n’est pas de nous dont ils ont peur ! C’est de moi, ou plutôt, quand je les torture. Même s’ils m’ont déjà tout avoués, même s’ils nous ont donnés toute leur cargaison. Je suis sans pitié.
On les met sur notre pont, et on sort les seaux. J’arrive avec mon beau couteau d’argent. L’une d’entre nous jette les restes par-dessus bord. Aussitôt, Canine et Demi-nageoire, nos deux requins, arrivent. Alors la torture commence…
Je m’avance vers le capitaine, l’attrape par le cou, et le fait avancer au centre du bateau. Je lui donne l’ordre de se déshabiller. Le plus souvent, il refuse (ce qui est normal). Mais, je suis très persuasive, donc il finit par exécuter mon ordre.
Je commence alors par les bras. Délicatement, j’enlève la peau, de sorte, que quand j’ai fini, il n’a plus un gramme de peau. Enfin si, je lui en laisse aux pieds et aux mains. Puis, deux compagnes l’attrapent par les poignets, commencent à courir, et le jettent par-dessus bord. En l’entendant crier, à cause des brûlures qu’occasionne l’eau salée sur lui, nous nous mettons à rire. Un rire pas vraiment cruel, un rire qu’ont les enfants quand ils voient un criquet se faire dévorer par les fourmis.
Le reste de l’équipage a encore plus peur qu’avant. Et oui ! C’est possible ! La plupart, je les saigne, et remplis les seaux vides avec. Ce serait dommage de le gâcher ! Du bon sang chaud et mousseux. Les filles font de même. Elles les saignent, et les fichent par-dessus bord. Ça fait plaisir des les voir manger ! Après, on s’offre un p’tit verre de… sang ! On se régale, le plus souvent. Puis, on entrepose le reste pour plus tard…
Ensuite, on plonge dans la mer, jouer avec les dauphins et nos 2 requins. Une fois qu’on a bien joué dans l’eau, on s’accroche aux parois extérieures du bateau, et on se chauffe au soleil. Quand le soleil se couche, nous remontons sur le bateau, et, suivant le temps, on navigue, ou alors, on va se coucher. Nous prenons le repas ensemble, et la même chose. Quand je veux appeler quelqu’un, je la « siffle » (on a toutes un son de sifflet).
Une fois tous les cinq ans, nous allons dans notre port accoutumé, et, là, on se quitte pour un an. Pendant ce temps, les mariées retrouvent leur mari, les fiancées leur homme (et souvent, elles se marient) et sinon, les solitaires se trouvent un homme. Moi, je m’occupe du bateau.
Je le rentre dans le hangar, je lui refais son goudron, après avoir raclé l’ancien. Je repeins ses peintures passées, recouds les draps et les voiles. Je lave tous les drapeaux, draps, vêtements et autres tissus. Je brique le pont et cire toutes les boiseries (le bois). Je dépoussière chaque pièce. Je vide la cambuse et ferme à quatre tours la Sainte-Barbe (pièce où on entrepose la poudre et les armes). Je n’oublie pas de ramener le butin (qu’on a partagé équitablement entre nous) à ma cachette. Je ferme le hangar, et je voyage en cheval ou en fiacre… Je visite chaque recoin de la ville.
Je me fais des amies et des connaissances… Mais aussi des ennemies ! Puis, je reviens au port, pas au bout d’un an.
Une fois arrivée dans le hangar, j’ouvre la porte en grand, relave le bateau et les équipements, puis, enfin, je le sors pour qu’il rejoigne les autres bateaux qui sont en train de paresseusement flotter sur l’eau bleue qui scintille de mille feux sous l’ardent soleil…
Voilà que je me prends pour une poète ! Ça doit être le manque d’air marin, ça !
Puis j’attends mon équipage, après avoir chargé le bateau d’eau potable en grande quantité, de nourriture et de savon… Nous sommes peut-être des pirates, mais nous sommes propres !
Je m’accoude à la balustrade, et attends mon équipage, tout en fumant ma pipe. Le plus souvent, la première arrive devant chez la seconde qui va avec elle, etc…
Ce qui fait que quand elles arrivent, elles sont toutes là, le sourire aux lèvres, et pour la plupart, enceintes… C’est pour ça, que l’on fait une pause. C’est pour être sûre que des filles que l’on connaît prendront notre succession… Quand ce sont des garçons, nous les ramenons au père. Sinon, on les abandonne. On s’occupe des filles, en leur apprenant à lire, écrire, compter, coudre, broder, tricoter, naviguer, lire une carte, reconnaître les étoiles, les poissons, nager, se battre… Bref, le savoir-faire d’une pirate ! Ce qui fait que quand on reprend la mer, ou l’équipage est « surpeuplé », ou alors, je remarque que des mères sont restées à terre, laissant à leur fille leur chance . Ou encore, (mais c’est rare) des filles qui se sont engagés. Mais il y en a, aussi, qui ont préféré éviter la vie pirate. Ces dernières me dégoûtent. C’est comme si elles avaient honte de ce que fait la femme qui les a enfantées ! Celle-là, on préfère les oublier… Heureusement qu’elles ont peur de leur mère, sinon, elles nous auraient dénoncées.
J’admire quand même leur mari. Car certains ne sont pas marins. Il y en a même un qui est noble ! Et pourtant, ils ont beau savoir que leur femme est pirate, ils l’acceptent et ne la dénonceront jamais.
Un moment après avoir attaqué un navire un navire « peuplés » d’Italiens, alors que j’allais commencer la torture, je croisai le regard du capitano. Beau comme un ange. Des yeux noirs comme l’encre, des cheveux noirs à reflet bleutés, un teint cuivré, un nez droit, une boucle d’oreille en argent à l’oreille gauche, des sourcils épais et noirs, grand, des épaules carrées, des mains fortes aux ongles courts. Il se tenait droit comme un I, et me fixait droit dans les yeux.
J’étais, moi-même, en train de le fixer. Je portais un foulard rouge sang sur la tête, avec de longs morceaux qui pendaient derrière, une tresse de cheveux noirs, cinglant dans le vent, qui me va jusqu’aux genoux, deux yeux verts plantés dans un visage fin, la peau brunie par le soleil, une taille fine et élancée, une chemise blanche bouffante, un gilet sans manche en cuir fermé par un lacet, un pantalon de cuir, une ceinture d’où pendent une épée à la lame recourbée, trois poignards dont un dans le dos, une bourse pleine, des bottes montantes en cuir brun. Je portais deux créoles d’or aux oreilles et une paire de gants fins en cuir aux mains. J’étais contre la balustrade, un pied contre un barreau et l’autre au sol, et une main sur le pommeau de mon sabre. Je le regardai, un sourcil en l’air, étonnée de son attitude. J’avais 23ans.
Je me sentis mal. J’avais des papillons devant les yeux, je me sentis timide, je dû rougir. Je ne sentis plus mes jambes, j’avais chaud au ventre, et mon cœur battait si fort, que je crus que même ma mère, dans sa tombe de pierre, l’entendait.
Je me mis à bredouiller, puis partis, ordonnant qu’on les laisse là, sous le soleil cuisant, sans eau ni ombre. Je m’enfermai dans ma chambre, pour y réfléchir. Je le guettai de ma fenêtre. Il ne bougeait pas, ne parlait pas. Il se contentait d’observer la mer qui s’étendait devant lui. Je sortis au bout d’un quart d’heure, et lui fit signe d’entrer.
Je donnai l’ordre, aussi, de donner à boire à l’équipage. Les filles me regardèrent avec des yeux ronds, mais obéirent. Quand je rentrai dans ma cabine, quat’pattes et Maoufa m’y attendaient. Je les fis vite sortir, après leur avoir demandé de surveiller l’équipage.
Je m’assis sur un siège de paille, richement décoré de plumes et de coussins. Je posai mon chapeau. C’est un beau tricorne brun avec une grosse plume noire et dorée. Un petit crâne fait de nacre et de perle sur un tissu rouge tendu sur le devant du chapeau complétait la décoration. Je lui fis signe de s’asseoir sur le tabouret en face de moi.
Je pose ma tête sur mes poings et le fixe droit dans les yeux.
« -Bon, écoutez-moi, beau capitaine, où avez-vous caché le butin ? Vous pourrez restez vivant !
-De toute façon, nous allons mourir, je ne vous le dirai pas !
-Vous me dites où est le butin, et je vous laisserai partir, d’accord ?
-Vraiment ?!
-Vous avez ma parole !
-Que vaut la parole d’une femme ?
-Elle vaut la vie, signor.
-Et pourquoi bénéficierai-je de cette chance ?
-Parce que vous avez de beaux yeux, capitano. »
Je donnai l’ordre aux filles de rapatrier les Italiens sur leur bateau, mais en y postant quelques membres de mon équipage. Elles acceptèrent, encore plus étonnées que jamais.
En rentrant dans ma cabine, je me dirigeai vers un placard décoré de sculpture, et en sortis deux carafes : une de vin, et une d’eau pure. J’en sortis aussi deux verres. Le tout en cristal pur. Je posai les verres sur la table et lui proposai les deux liquides. Une fois qu’il fit son choix (du vin), je me versai un verre d’eau, et nous trinquâmes.
Je m’assis sur la table, de trois-quarts, en face de lui. Je bus mon verre, et me reversai de l’eau. De son côté, il finissais son vin, et se lécha les lèvres. Je lui versai encore du vin.
« -Pour être sûr que je pourrai quitter ce navire sans dommage, que dois-je faire ?
-Vous êtes beau, mon capitaine. Êtes-vous marié ?
-Moi, marié ? Non.
-Ou vous n’aimez pas mentir, ou vous aimez jouer avec le feu…
-Comment cela ?
-N’importe qui me dirait qu’il est marié, pensant que je vais le relâcherai…
-Ce sont des lâches, ou des menteurs !
-Et vous n’êtes ni l’un ni l’autre, j’en suis persuadée ! N’est-ce pas ?
-Oui, je préfère me battre et affronter que pleurnicher et supplier.
-Vous, vous vous comportez en vrai homme !
-Merci. Mais que dois-je faire ?
-Capitano, sachez que je n’ai même pas 25ans. Je ne suis pas mariée, je ne le serai sûrement jamais. Je n’ai jamais connu ce que c’était que la passion de l’amour… Et encore moins ce que c’est d’aimer un homme et d’en être aimé…
-Et alors ?
-Alors ? Alors ça ! »
Je me penche sur lui, et l’embrasse. Ses lèvres avaient un goût de vin. Je me redresse, lui fait un clin d’œil, et le regarde droit dans les yeux. Il avait perdu ce petit air « droit » qu’il avait. Il était même assez surpris. Je le réembrassai.
Cette fois-ci, il passa son bras autour de mon cou. Il posa son verre, encore rempli, sur le bureau. Il me fit glisser jusqu’à lui. Il me lâcha. Il me prit dans ses bras et me porta jusqu’à mon lit. Au passage, je tirai les rideaux.
Je passai mon bras autour de son cou et l’embrassai. Il entreprit d’enlever le lacet qui fermais mon gilet de cuir, il déboutonna ma chemise blanche, et la laissa tomber sur mes épaules. Il enleva son pourpoint beige foncé et sa grande chemise blanche. On ôta autant qu’on pu nos bottes. Nos bras enserrèrent le corps de l’autre, nos lèvres se pressèrent et s’ouvrirent, nos langues se mêlèrent, nos corps se touchèrent.
Doucement, je m’allongeai sur le dos. Il me caressa les côtes.
La nuit fut douce et belle… Je me réveillai à l’aube, le soleil commençait, à peine, à poindre. Je me redressai sur le lit, et encerclai mes jambes avec mes bras. Je le regardai dormir. Il est sur le ventre, la tête sur l’oreiller, le bras gauche étendue là où était mon épaule. Il dormait d’un sommeil paisible.
Doucement, je m’extirpai du lit, essayant de ne pas le réveiller. J’allais me laver, comme j’en avais l’habitude, dans un coin du bateau. Puis, je me postai sur le château avant, les bras croisés sur la balustrade, les cheveux aux vents, le sourires au lèvres…
Une à une, le reste de mon équipage se réveilla. De là où j’étais, je les voyais s’activer, aller et venir sur le pont. Je remarquai un petit groupe à tribord. Je me faufilai auprès d’elles. Elles ne m’ont même pas remarquées !
« -Moi, je dis que la chance, c’est jamais pour nous !
-Comment ça ?! On est les pirates les plus redoutées et les plus riches !
-Sans oublier les plus populaires !
-Ouais, mais, je trouve qu’y en a que pour la capitaine !
-Comment ça ?!
-Gare à tes paroles ma fille ! Tu pourrais les regretter !
-Regardez-là ! Elle fait rien de la journée, elle donne des ordres !
-C’est le rôle d’un capitaine…
-Elle couche avec un capitaine qu’on est censé torturer !
-Les lois de l’amour…
-Même ! Marre ! J’en ai assez ! Il faut… »
Elle s’est arrêtée, quand elle sentit la lame de mon épée la traverser. Elle fut étonnée, puis ses yeux furent de cire. Je retirai l’instrument de ses côtes et la fit passer par-dessus bord.
J’allumai ma pipe, et allai m’asseoir sur une marche d’escalier. J’attendais mes amies. Elles me félicitèrent.
Je rentrai dans ma cabine, où il s’était réveillé. Il s’était lui aussi rhabillé. Il me serra dans ses bras, je l’embrassai. Mon cœur se déchira et je pleurai dans son étreinte.
« -Je ne veux pas te quitter !
-Il le faut, je suis désolé…
-Tu m’aimes, non ?
-Oui, je te le jure ! On se reverra, j’en suis sûr.
-D’accord… je t’aime…
-Moi aussi, ma chérie, moi aussi… »
On a dû se quitter. Je fis comme de rien n’était. Mais, une fois le bateau hors de vue, je lâchai un flot de larmes dans les bras de Maoufa, qui détenait le secret de calmer les larmes et de consoler les gens.
Les jours passèrent, suivis des semaines et des mois… Neuf mois, exactement. Oui, je suis sur le point d’enfanter…
Voilà un mois que j’ai accouché. Ce sont des jumeaux, des « faux » jumeaux. La fille est blonde comme les blés, avec des yeux de mers calmes. Le garçon a les yeux noirs d’encres, des cheveux noirs à reflets bleutés, un teint cuivré, un nez droit, des épaules carrées et des mains carrées.
La fille s’appelle Viviane, et le garçon Juan (Jean). Je l’ai fait débarquer en Italie, là-bas on l’appelle Don Juan. Mais c’est une autre histoire.
J’ai appris que le beau capitaine s’est marié… Je reste avec ma fille qui sera, je l’espère, aussi redoutée que moi !
Viviane Bloody
Ce capitaine, jamais elle ne le revit.
