Genres : Romance – Amitié – Douleur/Réconfort / One-shot
Rating : +16
Résumé : Une rose, un bleuet, des tiges de lierres, un flot d’épines, un désherbage… Ils espèrent être liés à jamais… Seront-ils replantés ensemble ou mourront-ils sur un tas de fumiers ?
Bonne lecture !
Mal… J’ai… si mal !
Elle est partie, mais je ne peux pas faire un geste sans saigner ou que la peau me brûle. Elle a fait exprès de mettre dans mes blessures de la saumure. J’en suis sûre.
Pourtant, je ne vois pas en quoi je l’ai contrariée ! J’ai été exemplaire, même ! Pendant la promenade j’ai conversé avec tous ces hommes inconnus, ri à leurs tentatives d’humour, joué l’indécise quand chacun me demandèrent qui était le plus sûr de ravir mon cœur à jamais…
Au repas, j’ai avalé de travers un morceau de viande, mon voisin, croyant bien faire, me tapa dans le dos pour me dégager les bronches. Mais quand il ôta sa main, elle était couverte de mon sang. D’un regard vers ma mère, je compris, par son regard noir, ce que je devais faire et dire. Je me levai et m’excusai envers tous les invités, mais je devais les quitter plus tôt que prévu et aller m’étendre, car la promenade m’avait fatiguée.
Chacun avalèrent l’excuse sans broncher, et je m’éclipsai dans le couloir. J’essayai de me cacher, bien inutilement, : elle me trouve toujours !
Quand les préposés au mariage partirent, elle se mit à me chercher. Un simple regard à la vieille servante suffit pour qu’elle montre du doigt l’armoire dans laquelle j’étais recroquevillée.
« -Tu n’as vraiment aucune fierté ! Commenta-t’elle. Lève-toi ! M’ordonna-t’elle, ensuite.
-Qu’ai-je fait de mal ?
-Lève-toi ! Et ne pose pas de questions stupides !
-Mère ! Pitié ! »
Elle m’attrapa par le corsage dont l’arrière était ensanglanté. Elle m’arracha d’un coup sec au sol et me poussa. Plusieurs fois, je m’écroulai à terre tout en la suppliant de ne pas le faire. Malheureusement, elle continua à me pousser sans broncher. On arriva vite devant la grande porte de chêne breton dure et solide. Puis elle me poussa dans l’escalier en colimaçon et en pierre. Je glissai jusqu’en bas. J’essayai de me relever, mais je ne le pus. Quand ma génitrice arriva, elle aussi, en bas de l’escalier, elle me fila un coup de pied pour m’obliger à me relever. Elle n’eut aucune réaction de ma part. Je me relevai avec beaucoup de mal. Elle me plaqua contre la porte pour m’obliger à l’ouvrir. Une fois le battant tiré, elle me poussa dans la pièce, prit le fouet noir qui y était, et me coinça le brasero brûlant entre les mains. Automatiquement, les larmes me montèrent aux yeux. Car si ma mère portait des gants en cuir, moi non. J’ai les mains nues. Mes mains se couvrirent de cloques et de brûlures. Ma mère fit claquer le fouet au-dessus de ma tête pour me faire comprendre que je devais avancer. Notre « cortège » se mit en branle. Elle fit claquer le fouet du côté de ma tête pour me donner une direction à prendre. Une fois arrivé devant une nouvelle porte, elle me fit une nouvelle fois comprendre que je devais l’ouvrir. Elle me fouetta une nouvelle fois pour me faire entrer. Elle donna un coup contre la table massive, qui prend toute la place de la pièce étroite, pour que j’y pose le brasero toujours aussi chaud. Elle me poussa contre le mur. Je m’affalai, à demi-assommée. Elle profita de cette situation pour poser le fouet sur la table, et m’enchaîna aux anneaux qui pendaient contre le mur. Une fois assurée que j’étais bien attachée, elle me gifla d’un coup sec pour revenir à moi, ce que je fis. Par habitude et réflexe, je tirai sur les chaînes qui me déchiraient les chairs. Peine perdue. Les menottes avaient beau être rouillées et extrêmement vieille, elles étaient solidement ancrées dans le mur de pierre. Elle fouetta mon visage. Mais pas beaucoup. Elle ne veut pas que tous sache qu’elle me bat. Elle me tordit les membres et je hurlai de douleur. Elle arracha d’un coup ma robe et m’écorchai le dos, ôtant des morceaux de ma peau, j’en suis sûre.
Une fois fini cette torture habituelle et quasi-journalière, mon bourreau me détacha et je m’affalai de nouveau sur moi-même, des perles salées m’arrachant des gémissements de douleurs. Encore quelques coups de pieds, et elle semble se résigner. Je soupire un bref instant avant que ce soupir se mue en hurlement de douleur. Je comprends alors la présence et l’utilité du brasero. Ma mère s’était emparé des poignées et me l’avait renversé sur le dos. Je griffai le sol de mes mains impuissantes aux ongles cassés et en deuils. Mes cheveux châtains me retombaient sur le visage cachant mes paupières closes d’où coulent des flots salés. Mon corps douloureux me fait mal au point qu’un battement de cil me laisse échapper des gémissements tellement ce geste si anodin se change en mini-torture… Bon, j’exagère, je l’avoue, mais vous voyez ce que je veux dire ? Non ? J’aurais essayé…
J’entends un bruit sourd non loin de ma tête, des gouttes de liquides tombent sur mon épaule. Je suis trop loin de la réalité et trop près de décrocher de ce monde. Un froissement de tissus, des gouttes qui retombent dans un seau, j’imagine, puis une sensation qui m’achèvent : une brûlure froide. Je perds pied et le noir m’envahit… Je remarque juste une sorte de pulsation qui disparaît un peu plus, au fur et à mesure que la zone d’ombre me happe à elle. Je m’abandonne à ses soins, laissant quelques gémissements s’échapper de mes lèvres.
Une sensation de bien-être m’envahit, à son tour. Je cligne un peu des paupières, ne voulant pas faire exploser cette bulle de bonheur. Je grogne un peu à une sensation plus dure que les autres.
« -Oups ! Excuse-moi…
-Hector ?
-En effet, c’est moi… »
Avec précaution, je tourne ma tête vers cet ange plein de douceur avec moi, qu’est Hector. Hector est un valet à notre service, sa famille habite au patelin à côté. Nous nous connaissons depuis le début de son service, c’est à dire, depuis 5 ans. Il a 16 ans et j’en ai 15. C’est mon meilleur ami, ou mon confident. Il s’occupait de moi durant mes punitions, les banales, quand on vous enferme dans une pièce sombre ou quand on vous prive de repas. Rien de grave, en somme ! Mais, quand la personne qui est censé vous aimer, choisir le meilleur pour et vous comprendre du mieux qu’elle peut… C’est ça une mère… Elle était ainsi la mienne… Avant la mort de mon père, avant que la famille affiche son dédain envers la nouvelle mère qui vient d’avoir une fille…
En fait, la seule erreur de parcours qu’elle a pu faire, c’est moi. Une fille ne peut pas reprendre le nom, les richesses, les terres et la descendance, sans devoir tout donner à son mari. Bref, mon père était le dernier espoir de la famille. Tous espérait qu’il pourra donner un fils à la famille, une pierre à l’édifice… quelque chose de durable pour la vieille famille noble et à cheval sur les principes. Deux ans après leur mariage (arrangé, qu’est-ce que vous croyez ?), Helena eut le bonheur de tomber enceinte, neuf mois plus tard, elle eut le malheur d’accoucher une fille, et la famille leur tourna à moitié le dos. Quand mon père -Charles- eut un accident qui entraina sa mort dans la semaine qui suivit, ma mère fut tourné en dérision par la famille qui la laissèrent seule et sans soutien. C’est ainsi que ma mère se retrouva sans aucune ressource pour un mal qu’elle n’avait pas commis… Abandonnée par une famille stupide et bornée… Ma mère a du courage, je l’avoue, elle m’est chère et je la respecte. Elle aurait bien pu m’abandonner et se remarier… Mais non ! Elle m’a gardée et joue le rôle de veuve…
Oui, je plains la personne qui me bat, celle qui me frappe, qui tente de se débarrasser de moi et qui m’en veut de tout ce qui lui arrive. Mais je ne lui en veut pas. Non, je ne suis pas folle… C’est juste que c’est de ma faute. J’aurais été un garçon ou si mon père était encore là, ma mère aurait été peut-être plus heureuse ou quelque chose de ce genre…
Hector est mon meilleur ami et il brave les interdits à chaque fois. À chacune de mes punitions, quelqu’elles soient. Alors que le mot d’ordre chez les domestiques est de ne pas s’occuper des affaires des maitres. Mais il passe outre. C’est pour ça que je l’apprécie : il sera toujours là pour moi, malgré les problèmes qu’il pourrait avoir si ses bonnes actions se font savoir et arrivent aux oreilles de ma mère, et alors, ce sera le commencement des ennuis, Hector pourrait se retrouver sans emplois et risquerait de ne plus pouvoir en retrouver, et moi… Je pourrais me retrouver dans un couvent, la connaissant… voir pire… Je ne veux même pas savoir quoi ! Imaginez : elle est capable de m’envoyer en prison, de m’envoyer en exil… voir de me marier à un vieux barbon réfractaire ! Ça serait un véritable cauchemar, pour ma part.
Soudain, la caresse du tissus cessa. Je relevai la tête vers mon unique ami. Mes yeux débordaient de reconnaissance. Je me relevai un peu, et tentai de remettre un peu d’ordre dans ma tenue.
« -Je ne sais pas comment te remercier…
-En guérissant rapidement, en ne disant rien à ta mère… Ce sera un bon début je trouve…
-Idiot ! »
Je le tapai gentiment derrière la tête.
« -Aïe ! Je te préviens, si tu continus à me battre, je me barre ! »
Je lui tirai la langue, dans une attitude très puérile. Il afficha un air choqué et leva le nez en l’air.
« -Ma chère ! Votre attitude ne sied guère à votre rang ! À se demander si vous n’êtes pas plutôt une roturière ! »
Je m’esclaffai bruyamment devant cette parodie exquise et criante de vérité de mon « adorable » tante paternelle, qui n’arrivait pas à avaler le fait que ce soit ma mère et moi qui profitions de l’héritage confortable que disposait la famille et dont mon père avait rendu seul bénéficiaire ma mère. Autant dire que la famille nous avait dans le nez ! Les pauvre petits choux ! Bon, je vais pas perdre 10 minutes à les plaindre, alors que justement, c’était moi la plus à plaindre !
