Ce ne fut que grâce à ses réflexes foudroyants -et un cadet maladroit- que Héraklès rattrapa à temps le jeune homme.
– C’était moins une. Vous allez bien ?
Avisant ses cheveux humides et ses traits légèrement tirés, Héraklès eut un pincement au cœur.
– Les dernières heures n’ont pas dû être faciles pour vous… Venez avec moi, je vais vous aider…
Lui prêtant son épaule, il le guida jusqu’au château, meublant un peu le silence entre eux avec des banalités. Ce n’est pas que l’absence de bruit le dérangeait -il était quelqu’un d’assez calme- mais c’était plus fort que lui. Il ignorait d’où venait ce besoin et y répondait.
Lorsqu’ils parvinrent à l’intérieur de la bâtisse, une armée de serviteurs se pressa autour d’eux, étourdissant légèrement leur maître malgré qu’il y soit habitué. Il finit par les faire partir au profit de son conseiller et de son frère qui accueillirent, chacun à leur manière, leur invité surprise.
– Je vous présente Gupta, mon conseiller, et Neoklos, mon petit-frère.
– Votre ami est trempé, si j’ose me permettre. Nous allions justement profiter des bains, souhaitez-vous nous accompagner ? Proposa ledit conseiller. Sadiq est impatient de vous revoir.
À cette mention, deux émotions se partagèrent sur le visage du prince. L’enthousiasme et le mépris. Étonnant de voir à quel point elles s’accordaient à merveille ensemble.
Après avoir vérifié auprès du blond son accord, ils allèrent tous les quatre dans les profondeurs du palais, ne prêtant guère attention aux jacassements des servants qu’ils dépassaient. Gupta s’arrêta juste un instant avant, afin qu’on leur apporte des vêtements propres, en particulier pour le nouveau venu. Bien que la toge soit une tenue reconnue en leur contré, il n’était pas difficile de voir que ce n’était rien que de la toile de voile, raidie par l’eau salée et crasseuse.
Une fois les portes passées, un poids invisible parut être enlevé de leurs épaules et leurs traits se détendirent. Neo attrapa même les mains de l’inconnu pour l’emmener à sa suite, malgré le geste qu’avait esquissé son aîné pour l’en empêcher.
C’est donc avec un grand sourire et son attitude débordante d’énergie qu’il entreprit de le guider à travers les installations, même si son frère dut le refréner au début.
– Neo, je pense qu’il est capable de se déshabiller tout seul, s’amusait Héraklès.
Lui-même était torse nu et commençait à déboutonner son pantalon alors que Gupta était déjà nu et pliait leurs affaires avant de les ranger dans les paniers. Ce dernier leur tendit des serviettes et ils purent enfin accéder aux bains où l’attendait Sadiq avec son rire agaçant et son masque bien en place.
Comme à chaque fois, il était nu, ne portant qu’une serviette autour de la taille et faisait craquer ses articulations.
– Oh oh ! Mais en voilà une beauté ! Tu as un nom ?
Sans même y réfléchir, Héraklès se faufila entre le blond et Sadiq, brisant ainsi le numéro de charme de ce dernier. Surpris lui-même par cet acte, il détourna la tête en marmonnant un « commence pas », puis alla remplir les seaux d’eau.
– Sadiq est chargé des bains, expliqua Neo. C’est lui qui s’occupe de nous.
– Allez, assez perdu de temps comme ça, au hammam, tout le monde !
C’est ainsi qu’ils se trouvèrent tous les cinq, nus pour la plupart, à souffler fort et parler légèrement, loin des oreilles qui traînaient. C’était un lieu de détente qu’affectionnait Héraklès, malgré que sa relation avec leur dirigeant soit conflictuelle.
Lorsqu’ils eurent suffisamment transpiré, ce fut l’heure du gommage au savon noir où le maître des bains eut l’air de bien s’amuser, puis le savonnage avant de terminer sur le massage. Généralement, on en ressortait avec une grande envie de dormir, et cette fois-là ne changea pas la donne.
Lorsqu’ils enfilèrent leurs vêtements propres -déposés là par des servantes- ce fut une vraie lutte pour le prince de garder les yeux ouverts et de ne pas bâiller. Son frère s’en cacha moins, déclarant qu’il irait faire la sieste après déjeuner, ce qu’il lui envia. Un simple regard en direction de son conseiller suffit pour qu’il comprenne que les affaires du royaume n’attendaient pas. Argh.
Et, effectivement, elles n’attendaient pas.
Offrant un sourire d’excuse au jeune homme et le laissant en compagnie de son jeune frère, Héraklès alla s’enfermer dans son bureau où une conversation mille fois répétée débuta.
– Bien que je comprenne que sa majesté veuille un mariage d’amour, il est ridicule de penser que ce qu’il nous faut comme souveraine soit une jeune fille sachant nager et chanter.
– Elle m’a sauvé…
– C’est tout à son honneur. Mais si elle avait vraiment été intéressée par vous, elle serait restée.
Le ton implacable lui serra le cœur alors qu’il accordait ce point à Gupta. Si elle l’aimait vraiment, elle serait restée à ses côtés, au lieu de s’enfuir. Ou au moins, elle lui aurait soufflé son nom. Mais il n’avait rien. Juste cette musique incomplète et une vague silhouette que sa fièvre avait sans doute déformée.
Il n’ajouta donc rien et se plia à sa tâche quotidienne, épaulé par Gupta.
Son unique bouffée d’air frais fut lorsqu’il alla sur le balcon, rejoint par ses chats qui se roulèrent sur le dos en une invitation de caresses, à laquelle il répondit bien volontiers.
Sentant un regard peser sur lui, il leva la tête, étonné, et croisa le regard du blond au nom toujours inconnu. Il le salua, souriant largement.
