Lorsque l’étreinte de deux bras se fit sentir, Grèce cessa tout mouvement, bloqué dans un sanglot, presque mort de l’intérieur. Il savait que tout lui mettre sur le dos était injuste mais il avait besoin de tout faire sortir, de mettre des mots sur ses souffrances. Il avait besoin d’un exutoire.
Il sentait le regard et l’indifférence des humains qui oblitéraient leur statut de nation pour ne voir que deux êtres humains pleurant la perte et la douleur. Si ils savaient…
Là, la tête contre le corps de son frère de cœur, Grèce n’arrivait pas à rester entier. Il était divisé.
C’était un état fréquent, lorsqu’on était une nation. Le peuple et les politiques. Soi-même et les autres. Et c’était pire en période de guerre ou de révolte. Il n’y avait qu’à voir France qui était devenu Fou.
– Tu étais face à un dilemme de Conventry ? La bonne blague, ricana-t-il sombrement. La bonne excuse. C’est si simple comme prétexte…
Son rire se faisait grinçant, sombre, rauque. Violent. Ses ongles devenaient des griffes, s’enfonçant dans la peau de Roumanie.
– Que je ne souffre pas de nouveau ?
Le relâchant, il recula d’un pas, les traits métamorphosés en un masque de glace, ses yeux presque venimeux qu’il promena sur le quartier dévasté, ne ratant aucun détail, avant d’attraper Roumanie par le col et de le traîner après lui alors qu’il se dirigea droit devant, foulant les pierres brisées et les corps déchiquetés jusqu’à la mer encore agitée malgré que ça n’avait pas été un acte naturel.
– Comment veux-tu que je ne souffre pas ? Comment veux-tu que je vous rejoigne ? C’est cruel de prendre un peuple en otage ! Es-tu vraiment une nation digne de ce nom ?!
D’un geste large du bras, il le suspendit par le cou au-dessus du vide, juste retenu par son bras.
Oh, ce n’était rien de spectaculaire, le port était très proche du niveau de l’eau, les bottes du Roumain frôlaient la surface sans peine. Il ressortirait juste mouillé si jamais Hellas lâchait. Mais c’était une menace, il fallait le prendre au sérieux.
– Et toi ? Pourrais-tu être protégé ? Pourrais-tu supporter tout ça ? Crois-tu vraiment que nous allons vous laisser choisir vous-même nos sorts ? Je suis sans doute plus jeune que toi, mais cela ne m’empêche pas de savoir ce qui est le mieux pour mon peuple. Tu veux jouer comme le vieil homme, en fait… Décider toi-même ce qui tombera sur le coin de la gueule des Grecs sans rien savoir de nous, lever des taxes débiles pour nous voir ramper dans la fange jusqu’à ta chaussure pour la baiser ? J’ai bien assez donné avec l’autre. Je ne recommencerai pas.
Prenant une profonde inspiration, il jeta Roumanie au sol, le faisant rebondir sur un tas pierres cimentées et se retourna, prenant son peuple en témoin, levant le poing alors qu’il clama la devise nationale :
– LA LIBERTÉ OU LA MORT !
Les plus âgés, d’abord, furent les premiers à répéter, suivis de plus jeunes, de ceux ayant été touché par Mu, scandant avec une espèce de fanatisme propre aux discours des nations. Ils avaient assez donné pour être un peuple libre, ils ne retomberont jamais sous le joug d’un autre mégalo.
Observant avec un sourire de maniaque l’engouement qu’il avait propagé, Grèce se tourna de nouveau vers son frère de son cœur.
– Alors ? Que penses-tu que va faire ton très cher maître envers une nation qui embrasse son destin les bras grands ouverts ?
