– Tu… Tu t’inquiétais pour moi ?
Dans son cœur, deux émotions se battaient. La colère et la joie.
Il n’y avait pas vraiment de raison pour que Vladimir se trouve là, sur ses terres. Ce qui se passait chez le voisin n’était pas ressentit et c’était bien trop récent pour que les médias l’aient relayés à l’international. Et il n’était pas sans savoir que certaines nations avaient préféré suivre ce reliquat d’une autre époque.
Mais, malgré ça, revoir ce visage familier lui rappela des souvenirs agréables -et d’autres beaucoup moins- et il avait envie de se couper de tout le reste, de se bloquer dessus.
Il esquissa un geste en sa direction, qu’il avorta aussitôt. C’était un simple geste du bras, entre le serrement de main et l’étreinte, malgré la distance les séparant. C’était un geste d’affection mais il était tout simplement déplacé, en ces temps, en ce lieu. En cette heure.
“Ce n’est que le début, il aura d’autres désastres comme celui-ci beaucoup plus important et pas que ici …”
– D’autres ? C’est une blague ? C’est tout ce que vous avez trouvé ? Nous frapper là où ça fait le plus mal sans pour autant être blessé ? Accuser chaque coup et se relever à chaque fois ? Perdre en force sans jamais s’affaiblir ?
La haine est un venin que sa langue roule et frappe contre ses dents, dans le vain espoir de pouvoir l’instiller dans les veines qu’il devinait pulser.
Il y avait des Grecs et des touristes qui les observaient, confus. Malgré que l’affaire ne soit pas cachée, c’était à un tel niveau qu’ils pensaient tous être hors des plans. Ne pas faire partie de la toile de cette abominable araignée. Ils venaient d’avoir la preuve du contraire.
– Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi es-tu là, sérieusement ?
Sa voix menaçait de casser, d’une minute à l’autre. Il devait cesser cet échange au plus vite, avant de… Avant de quoi ? Se ridiculiser ? Se mettre à pleurer ? Faire quelque chose qu’il regretterait ?
Sans doute un peu de tout à la fois.
Mais, surtout, de donner satisfaction à un ennemi qu’il ignorait. Une nation qu’il considérait comme un frère malgré qu’il aimait bien le faire tourner en bourrique lorsqu’ils étaient enfants. Malgré lui, il se replongea de nouveau dans ces souvenirs teintés de la douleur de la nostalgie.
Comment en étaient-ils arrivés là ?
Malgré toutes les guerres, les révolutions, les changements de régime, il y avait ce mince espoir de voir le soleil se lever. Mais là… Restera-t-il seulement le soleil, au bout du chemin que l’Histoire était en train d’emprunter ? Restera-t-il même quelqu’un pour l’admirer ?
Ses poings se serraient par intermittence, comme hésitant à former un poing ou rester droite. Signe de guerre ou de paix ?
– Pourquoi es-tu resté ? Chuchota-t-il finalement, sa voix se cassa pour de bon.
