– Ce n’est… pas grave… Je crois…
La vapeur était tombée durant leur discussion, calmant petit à petit Grèce. L’événement était pourtant récent, mais ce n’était plus qu’une vague gène qu’il ressentait, semblable à une courbature, un élancement. Bref, une douleur mineure, qui se rappelle à chaque geste mais qui n’occupe qu’une partie de l’esprit.
Machinalement, il referma les mains sur le koboskini, les nœuds coulant entre ses doigts, en un réconfort bien futile. Comme si la religion pouvait lui être d’un quelconque secours en ces temps troublés, lui qui avait vu des dieux idolâtrés et jetés au sol, la misère humaine et la félicité. Lui qui a vu les temps faire son œuvre et s’écouler, inexorable.
Les nations ne peuvent pas croire en des dieux. Mais elles le font quand même, pour se raccrocher à quelque chose, pour ne pas subir la Question ou l’inquisition, pour faire comme tout le monde, ou juste pour ne pas se prendre eux-même pour des dieux.
C’était déjà arrivé, dans l’ancien temps, des nations qui perdent l’esprit et qui sont vénérées par leur peuple. Particulièrement dans les premiers temps de l’humanité, dans des heures sombres et incertaines où les divinités se cachaient dans chaque action de la nature.
– Merci… souffla-t-il.
La cordelette, malgré ses nœuds, paraissait si fine entre ses grandes mains, c’en était ridicule. Mais bon, comme on disait, c’est le geste qui compte, non ? Et puis, ce n’était pas un cadeau, c’était une promesse.
– Et t’as vraiment intérêt à venir le chercher. Sinon, je te jure que je le mettrais en enchère sur ebay ! Et je parie que je pourrais en tirer un max de fric !
Il avait forcé sa voix pour lui prendre le même ton que Turquie lorsqu’il faisait ses menaces débiles, juste pour mettre une petite touche d’humour dans leur échange, pour se remémorer le bon vieux temps. Juste pour tenter d’oublier le temps d’une seconde tout le délire actuel.
Mais il savait. Ils savaient.
Héraklès ne pourra pas retourner à son chantier de fouille et y pelleter avec entrain, échanger des bêtises avec les archéologues et les bénévoles. C’était derrière lui et ce, pour un moment encore. Peut-être même plus que la vie desdits archéologues et bénévoles.
Car les premières victimes des combats sont bien les rêves et les recherches.
Ses yeux croisèrent de nouveau ceux de Vladimir. C’était avec un effort surhumain qu’il luttait contre les larmes, estimant en avoir fait suffisamment coulé comme ça.
– Si… si jamais c’est moi qui me suis leurré depuis le début… Tu voudras bien… enterrer ce qui reste de moi dans un joli paysage ? Que j’ai au moins de quoi m’occuper pour les siècles qu’il me restera à me morfondre entre quatre planches…
Ses phalanges étaient blanches d’être contractées ainsi mais son regard était imperturbable, restant aussi fixe et calme qu’il en avait l’habitude. Comme si il ne venait pas d’énoncer sa dernière volonté mais juste de déclamer une de ses habituelle citations philosophique et ô combien sibylline.
