– Il y a… quelque chose de différent chez toi, murmura-t-il avec appréhension.
Il avait déjà failli la perdre en utilisant des mots inconvenants, il n’était pas sûr de pouvoir survivre à une deuxième perte.
– Ne t’inquiètes pas, lui répondit-elle. Plus rien ne nous séparera.
Elle avait souligné ses propos en glissant ses doigts sur le pendentif qui était niché entre ses rondeurs féminines, attirant le regard masculin qui devint presque vitreux pour le coup.
– Non, plus rien…
Leurs pas les menèrent auprès de Néfret qui dirigeait la troupe, la faisant hausser les sourcils. Mais qu’allait-il donc lui inventer, encore ?
– Néfret ? Serait-il possible de cesser la musique ? J’ai une annonce à faire.
Diligemment, elle obtempéra.
Francesca au bras, Héraklès remonta la salle, se plaçant idéalement au centre de la salle de bal, souriant à sa mère qui gardait un masque inébranlable, mais il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle luttait sans doute avec ses larmes.
– Rois et reines. Princes et princesses. Ducs et duchesses. Marquis et marquises. Comtes et comtesses. Barons et baronnes. Mère. J’ai une déclaration à vous faire. Aujourd’hui, et comme le prévoyait cette festivité, j’ai trouvé mon épouse.
Les félicitations furent de mise et, bien que certains sourires étaient purement forcés de la part des jeunes filles et de certains parents déçus, la majorité était en liesse. Certains invités avaient reconnu la fille du seigneur Lucius et, bien que ses frères étaient absents, ils ne pouvaient s’empêcher de voir en elle la future héritière.
– J’ai la joie de vous présenter la future reine de notre royaume. Enfin, lorsque je monterai sur le trône, bien sûr !
Ce n’est pas parce qu’il avait retrouvé sa fiancée qu’il pouvait se permettre de finir assassiné par sa propre mère…
– Et, afin de lui prouver mon amour, je souhaiterais vous prendre pour témoin pour le vœu que je compte prononcer.
Il se tourna vers sa princesse qui semblait le dévorer des yeux et n’attendre que ces mots qui allaient franchir la barrière de ses lèvres. Il ne fallait pas la décevoir en cet instant crucial.
– Devant les dieux et les déesses, devant les mortels et les nobles de ce royaume, je jure un éternel amour… pour la princesse Francesca.
Il ne détourna le regard que lorsque le froid de l’extérieur tourbillonna dans la salle de bal, éteignant bougies et lampes à huile, pour découvrir un homme roux de haute stature et portant… une jupe ? Pourquoi pas. Il n’était sûrement pas là pour discuter mode.
Après réflexion, ses sourcils étaient plus impressionnants que sa tenue.
– Bonjour petit prince~ Tu viens de promettre ton amour à une autre !
– Mais que racontez-vous, impudent ? Cette femme est la princesse Francesca !
– Noon. « Francesca » est à moi !
Ces simples mots suffirent pour que Héraklès comprenne qui il avait en face de lui.
– J’ai fait un vœu, un serment qui vous empêchera de lui nuire ! Vos pouvoirs n’auront plus aucun effet sur elle ! Ou sur nous !
Bien loin de s’en effrayer, le sorcier… gloussa ? Avant de reprendre la parole, déstabilisant le prince.
– Oui, tu as fait une promesse d’amour ! Mais à la mauvaise personne ! Ce qui fait que tu as condamné ta « princesse » à un éternel trépas !
Une lumière bleue jaillit de la main du sorcier, allant percuter la jeune fille qui chût, le visage caché par ses cheveux, sans un bruit.
Le cœur de Héraklès parut se figer sous l’affront et il courut auprès de sa bien-aimée, la retournant avec crainte. Faîtes qu’elle ne soit pas morte… Faîtes qu’elle ne soit…
Mais ce furent deux yeux verts surplombés des mêmes sourcils que le sorcier qui lui firent face, le visage déformé par une grimace victorieuse et amusée.
– T’es vraiment pas futé pour un prince, toi ! À se demander quel sera le destin de ton royaume !
Il fut coupé dans son caquètement par le jeune homme qui le balança loin de lui avant de se redresser, défiant le roux de son épée.
– Tut tut, tu perds du temps, petit prince. Hâte-toi avant qu’elle ne pousse son dernier souffle, seule et abandonnée~
Son rire affreux parut le poursuivre alors qu’il remontait en selle et galopait à travers les bois en direction du lac où il avait retrouvé l’espoir. Une fois de plus, il chevauchait, l’ouïe brouillée et le regard fixe. L’Histoire aimait se répéter…
Le château en ruine finit par être visible, étreignant le cœur bien malmené du prince qui sauta de sa monture sans même l’arrêter, manquant de peu de se gameler. Il courut et trébucha maintes fois sur les dalles inégales qui tentaient de le ralentir. Mais il tint bon.
Et c’est essoufflé qu’il parvint enfin à la rive du lac où un spectacle macabre l’attendait.
Le corps étendu de sa bien-aimée ne paraissait n’attendre que lui. Lui, un macareux, une grenouille et une tortue. Mais lui quand même.
– Francesca…
Sa voix se cassa alors qu’il s’approchait à pas lourds, telle une marionnette abîmée dont les membres menaçaient de tomber. Il s’écroula aux côtés d’elle, comme n’osant la toucher. Mais ses mains finirent par frôler cette peau douce, cette chevelure soyeuse, cette taille délicate…
– Francesca… sanglotait-il presque. Qu’est-ce que j’ai fait ? Pardonne-moi… Pardonne-moi Francesca, Pardonne-moi…
Le corps se faisait un peu plus flasque entre ses bras, lui rappelant la fin inévitable. On ne pouvait repousser la mort éternellement.
