Sans peur ! [Hetalia - Axis Power + Le Cygne et la Princesse]

Sans peur ! – 5/30

Les premiers étés furent éprouvants bien que très drôles, pour les enfants qu’ils étaient. Que ce soit Neoklos qui l’accompagnait dans ses plans bancals ou Gupta qui les surveillait silencieusement, il n’était jamais tout seul avec sa prétendue fiancée.

On fuyait les responsabilités comme on pouvait.

Ceux qui marquèrent son entrée dans l’adolescence furent plus… matures. Mesurés. Bon, il était fréquent que les deux matriarches aient à les chasser des fenêtres à croisillon du hammam, mais rien de plus notable. En-dehors, évidemment, de ce pauvre Neo qui se faisait taquiner sur ses rondeurs de bébé.

Troquant la toge au profit de chiton, ionique ou non, qu’il ceinturait d’écharpes toujours plus colorées, il commençait à s’intéresser à Francesca qui était passée de simple fille à interlocutrice. Il ne se lassait pas de la noyer d’informations sans aucun intérêt en prenant un air sérieux et docte, juste pour le plaisir d’obtenir ce petit air confus dont il se délectait.

Quand il avait un peu de temps libre, il montait des plans pour empêcher le fonctionnement de ceux de son plausible futur beau-père qui semblait n’avoir qu’un seul but : apercevoir la reine Eurydice nue. Ou au moins dénudée. Ça pourrait presque être un travail à plein temps, si sa mère ne veillait pas elle-même au grain.

Et puis, un jour, Héraklès se rendit compte que son regard restait un petit peu trop longtemps fixé sur une certaine partie du physique de la blonde qui se trouvait entre la gorge et le nombril. Qu’il pouvait passer un temps assez long à l’observer, ce petit renflement qui prenait un peu plus d’importance chaque année, semblait-il. Généralement, un taquet de la part de Gupta suffisait pour le faire redescendre sur terre.

Les années continuèrent de s’écouler, le faisant frôler l’entrée dans l’âge adulte où il apprit à serrer les poings et les mâchoires alors que sa promise préférait jouer avec les gardes, contractant par-là même les muscles qu’il s’était forgés à travers les différentes disciplines sportives qu’il exerçait.

– POURQUOI ? S’écria-t-il.

Il donna un coup de poing dans le mur, le craquelant presque sous la puissance, la présence silencieuse de Gupta dans son dos, veillant qu’il ne se fasse pas mal dans sa démonstration de colère.

– Pourquoi ne me regarde-t-elle pas ? Nous allons nous marier, non ? Alors, pourquoi préfère-t-elle sourire aux gardes et parler avec les servants ? Je suis prince ! Nous sommes prédestinés !

Dans ces accès de jalousie, Héraklès perdait son calme habituel, sa logique et ses préceptes de réflexion.

Sa mère avait dû tomber sur une de ces scènes, ou on la lui avait reportée. Dans tous les cas, le résultat fut le même : le bal pré-nuptial venait d’être annoncé.

Virevoltant au rythme d’une valse -une musique provenant du royaume de la future mariée- Héraklès se perdait dans ces yeux si grands, si bleus où il serait resté bien des heures. Mais tout avait une fin et ils durent bientôt se séparer, toujours liés par une main, non sans s’être embrassés. Pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, d’ailleurs.

– Il semblerait que vous pouvez annoncer la bonne nouvelle, déclara-t-il en prenant à témoin les invités. Celle de notre mariage.

Il se tourna vers sa future épouse, un large sourire sur le visage, à la recherche un peu superflue d’un assentiment. De toutes façons, cet événement ne pouvait qu’arriver. Autant que ce soit eux qui décident du moment. La porte de la prison se refermera moins fortement sur eux.

Mais l’envie était toute autre pour la princesse, elle posa la question fatidique malgré ses vaines tentatives de réconfort.

– Rien ? Mais non, voyons, tu es tout. Tout ce qui me manquait jusque-là, tu es ce plein capable de combler ce vide au fond de moi. Tu es cette lueur parmi les ténèbres, tu es… tu es…

Hélas, en plein milieu de ce discours ô combien touchant -Eurydice prétendra ce qu’elle veut, Néfret avait tout vu- son visage fut irrésistiblement attiré plus bas et un sourire benêt prit place, cassant l’ambiance romantique. Dans son coin, Neoklos se frappa le front de la paume de la main.

Pour le mariage, c’était pas pour tout de suite…

Le son clair de la gifle qu’il reçut parut résonner dans le silence de cathédrale, au même titre que les talons de la princesse alors qu’elle passait les portes en vitesse, laissant son père derrière elle.

Se tenant la joue, l’air effaré, Héraklès tentait de comprendre ce qui venait de se passer. Mais il dut se résoudre à l’inévitable et accompagner sa mère pour saluer une fois de plus Francesca et son père. Ce n’était pas pour cette année.

Alors qu’il la regardait s’éloigner au loin, il sentit le regard réprobateur mais amusé de sa mère, ainsi que la main de Gupta sur son épaule et celle de Neoklos dans la sienne, toutes deux en de minimes tentatives de réconfort.

– La prochaine sera la bonne, j’imagine… soupira-t-il, honteux.

Il alla s’enfermer dans la bibliothèque avec la ferme intention de n’en ressortir qu’après que ce souvenir infamant ait disparu de la mémoire des communs. Mais il n’en eut pas le loisir.

Un garde était arrivé en courant, habillé de ces étranges atours typiques du royaume des Bonnefoy, afin d’y pousser son dernier souffle en un message aux allures sinistres. La famille royale venait de se faire attaquer.

N’écoutant rien ni personne, Hellas bouscula tout le monde sur son passage, rejoignant les écuries où il sauta sur le dos de son cheval, dédaignant le confort de la selle par manque de temps, et le talonna comme un forcené, son cœur battant à ses oreilles. Mais il n’arriva pas assez vite et ne put que recueillir les derniers mots du roi Lucius qui le mit en garde contre les apparences d’un monstre énorme. Et nulle trace de Francesca…

La rage au cœur, plus déterminé que jamais, il se plongea avec une ferveur sans égale dans son apprentissage martial, oubliant son amour des mots au profit du savoir des maîtres d’armes, mettant le plus de cordes à son arc qu’il était possible, dans l’idée de sauver sa belle. Ou, en tout cas, de la venger.

Mettant à profit l’entrée de Neoklos dans les arcanes supérieures de la maîtrise d’arme, il n’en dormait presque plus, sous l’inquiétude de sa mère qui le surveillait de loin, avisant les cernes qui s’épaississaient sous les yeux verts et le teint qui virait au gris, loin de son habituel bronzage. Sans oublier ce collier au motif d’une fleur de lys qu’il ne quittait plus depuis qu’il l’avait trouvé auprès du carrosse qui transportait Francesca et son père.

Son cœur de mère en souffrait plus que de raison alors elle se décida à faire un choix qu’elle n’aurait jamais voulu prendre.

– Hellas ? Trésor, tu devrais te reposer, tu tiens à peine debout…souffla-t-elle en entrant dans sa chambre.

– J’aurai tout le temps de dormir plus tard, mère. Une fois que j’aurai retrouvé Francesca et…

– Chut. Je connais la suite, ne te fatigue pas plus, le coupa-t-elle. J’ai quelque chose à t’annoncer.

Il n’en fallut pas plus pour recevoir toute l’attention de son fils aîné qui l’observa avec crainte.

– Je vais organiser un grand bal. Prochainement. Où toutes les filles de grande famille seront conviées.

– C’est bien.

Il ne l’écoutait pas vraiment, compulsant des ouvrages.

– Et j’aimerais que tu y prennes part. Afin d’y trouver une épouse.

Le codex percuta le sol, faisant voleter des feuilles.

– Comprends-moi, trésor, je te vois t’abîmer dans une quête perdue d’avance. Rien ne nous prouve que Francesca soit encore vivante. Nous ne sommes plus liés avec ce royaume, ses frères ont pris la succession, il est temps que tu t’occupes de toi, de la place qui t’est due. Le trône sera à toi, un jour, tu ne peux pas éternellement parcourir le monde, courant après un rêve plus intangible que les nuages !

Elle avait élevé la voix sur la fin, le surprenant.

Sa mère n’était pas adepte des humeurs, des éclats, mais quand elle le faisait, ce n’était jamais sans raison. Et ça faisait assez peur, généralement.

– Alors, tu vas mettre ta plus belle tenue, ton plus beau sourire, et tu feras l’effort de passer plusieurs minutes avec chacune d’entre elles. C’est ainsi !

Elle quitta la chambre, ses sandales ne faisaient aucun bruit, mais il ne put s’empêcher de transposer cette scène à une autre, son cœur se serrant de même.

Sa décision était prise.

Attrapant vivres et frère, il passa à la partie pratique de son plan, allant enfin sur le terrain. Tant pis si il n’était pas suffisamment prêt, il préférait mourir en ayant essayé que de devoir se soumettre à un mariage avec une inconnue.

– Je te trouverais Francesca, je te le jure… souffla-t-il avant d’embrasser le pendentif comme il en avait pris l’habitude.

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